‹ Correspondance littéraireChapitre 14 sur 47 · L E T TRE C L X XX I · texte numérisé non relu

L E T TRE C L X XX I

Xjie irès^grand succès du RoiLéar^ tragédie ilouvelle de M. Ducis, imitée de Shakespeare^ est lineépoque remarquable àbiendesëgards.

Mats avant d'eiposer les réflexions qu'il peut faire naître , îl est à propos de se faire une idée du sujet et de. la manière dont il est traité.

Il y a peu de cHoses à dire de la pièce anglaise : c'est un monstre comme toutes celles de Tauteur. Il faut'obseryer pourtant que dans Othello, Handet, Macbeth, Jnles^ César , il y a , parmi toutes les fautes possibles ^ de grands traits de génie ^ des scènes» dont le fond est dramatique, Dana Léar il n'y a rien , pas même l'intérêt que pouvait offrir ridée d'un roi cbassé par des enfans ingrats; situation qui a fourni à Sophocle^ dans OEdipe à Colonne , des beautés sublimes et des scènes pathétiques. Ce germe d'intérêt est étouffé dans l'ouvrage anglais, parce que Léar, avant la disgrâce qui a troublé sa raison , n'a été qu'un vieillard imbéclUe et odieux , qui a eu à l'égard de

\es filles line conduite insensée et atroce* M. Ducifià emprunté de l'anglais le fond da sujets la démence du roi Léar et lés caxactèreà jprincipàn^ic ; il à écarté beaucoup d'épisodeâ dégoûtans , et imite quelques détails. Voici comme est arrangée sa fable.

Léàr ^ roi de la Grande-Bretagne ^ voulant abdiquei: là couronne, a partage seè états entre ses deux filles ^ îlégane et Volnérille : celle-ci çst mariée au duc d'Albanie ^ Tautré au duc de Coriiquailles. A Tégard d'une troisième fille nommée El monde « otk Ta calomniée auprès de lui et accusée d'intelligence atec les ennemis de l'Etat. Il l'a condamnée sans la plus légère preuve ^ et bette malheureuse princesse s'est sauvée au Ibnd d'une forêt , où elle à vécu dans la maison d'un vieuk paysan; Léar qui avait fi^té sa demeure chez Volnérilje y est fort itiécontént de la manière dont il y est tiraité \ sa raisoit fcommenoe à s'affaiblir et par les ans et par iechàgriti. Telle est l'idée qù'oli Udus donné de ce pauvre vieillard i que pourtiànt scui gendre le duc dé Côrnouailles trouve si fort à craindre dans be misérable état , qu'il croit Àécessaire de s'en défaire , de peur qu'il fié àoit tefité de remonter sur le trône. j>pesL«

6d CO&HESPOKbA ISf^C £

dànt un rietix comte àe Kent, ami du vieux Lear , paraît sur la scène avec ses deux fils* L'tm d'eux nommé Edgar est celui qui a favorisé la fuite d'Eltnonde, et qui sait le lieu ile sa retraite j il est sûr de son innocence , et il assemble y pour la venger , nn corps dé troupes qu'il cache dans les boiis. Son frère est un personnage tellement inutile dans la ^ièce qu'on ne sait pas même à la fin ce -qu'i4 devient, et l'on s'en passe bien. Tel est è. peu-près le résumé qu'on peut tirer d'un premier acte aussi long qu'embrouillé , surchargé de deux ou trois expositions qui n^ex^osent rien, pas même le lieu de la scène. Il est impossible , pendant cet acte et. le •second , de deviner oh se passe l'action , pourquoi les personnages sont là , ni •4'où ils viennent. Léar paraît dans le second ètcte ; il a quitté le palais de Vol-- «lérille ^ et arrive tout seul , on ne sait où ni chez qui. On voudrait savoir aussi les sujets^ plainte qull a : la seule chose qu'on - fuisse comprendre àtravérs sesdéclamations, ^'ést qu'on l'a laissé manger seul dans sa oham- " bM j petidAntqu'im chantait et qu'on daitsait '«âanà le palais. Il n*est pas fort étonnant qu^tm wieilUr d iniirmeet imbécille ne figure pasdans

ime jeune cour au milieu des fêtes • Iln'y epa» là de quoi se répandre en malédictions , ni de quoi s'en aller tout seul courir les champs* Ce qui doit étonner davantage , c*est qtie Cor- QOuaiUes et Volnérille , qui craignent qu'on ne remette ce vieillard sur le trône , ne veillent pas même à ce qu'il ne puisse pas s'en aller ^ quoique son état d'imbécillité soit un prétexte si honnête pour le garder à vue. Vu roi de cet âge et dans cet état, couranttoutseul lanuit, est un conte des Mille etune nuits ^et un spectacle digne des petites-maisons. Quoi qu'il en soit y il trouve sûr la scène son autre fille Régane , qui lui offre un asyle îb plu& honnêtement du monde , ce qui n'empêche pas que saisi tout-à-coup de son accès de folie , il ne la prenne pour Volnérille , et;Qe l'accable de reproches et de malédictions.

Son ami Kent lui offre de le conduire dans une retraite qu'il a dans les bois. Il s'élève lin orage épouvantable ; on entend tomber la pluie et gronder le tonnerre , ce qui np doit pas trop réjouir un vieillard à pied , et qui doit être las de la course qu'il vient de faire. Point du tout ; le voilà enchanté^ et il s'écrie :

Je #en8 qu^Av^t plaisir je verrai la tempête.

^o c o 11 B. JE s p ô sr s À ir e s

Là-dessus il converse avec les vents e^ }^ foudre , et leur dit (Ju'il n'a point de reprocha à leur faire , qu'zVs ne sont point ses enfans^ cpUil ne leur a rien donné , qu*il leur offre la nudité de sou front , etc. Tout cela peut paraître un peu extraordinaire ; mais on répond , il est fou ; et tout e$t dit. Oh î c'est une chose bien commode que de mettre un fou ^ur le théâtre , et je ne doute pas que la mode n'en vienne.

Léar égaré dans la nuit , et causant tou*^ jours avec le mauvais temps , retrouve pourtant son fidèle Kenjt qui Pavait perdu de vue. Tous deux apperçoîvent une cabane qui leur paraît habitée : c'^est celle où demeure le vieux paysan qui loge Elmonde. On's*attend i une reconnaissance du père et de la fille , et comme Léar n'a cessé de Se reprocher son injustice envers elle , quoiqu'il n'ait pas plus de ravisons pour la croîçe innocente qu'il n'«n aurait de la croire coupable , cette situation annonce de l'intérêt} maisTauteur qui a besoin d'un quatrième acte, n'a prouvé d'autre moyen pour se le réserver ,

que de gâter la scène qui devait être la seule dramatique de son ouvrage. A peine Elmonde.

c'est' elle nommée à Léar qui ne la recôn,^

Z. I T T i RA X & I* 7t

naissait pas, que ce pérequi danssoa malheur ne ibrmait d'autre yœu que celui de la revoir^ tire son ëpéc et yeut se tuer , pour se punir d'aroir été injuste /envers elle. Jamais il n'y eut au théâtre un mouvement plus iàux; jamais on n'a donné à la nature un démenti plus formel ; car il ost de fait que même dans l'espèce d'aliénation qui naît de la douleur^ il y a toujours de ces idées premières qui dominent «dans une tête dérangée y et ce sont celles qui tiennent à un sentiment profond. Lear, en revoyant cette innocente £lmonde qu'il a opprimée ; doit fondre en larmes dans ses bras , à nK>iDS qu'il ne soit dans une- stupidité -totale , et ce n'est pas Tétat où l'auteur le représente : sa raison qui se trouble y quand il plaît à l'auteur j a des intervalles lucides* Cela est isi Tirai qu'au quatrième acte , cette scène devient à-peu*près , au moins pour l'effet ^ ce qu'elle devait être au troisième f mais ici Elmonde effrayée lui crie qu'elle n'est point sa £tle. Il retombe dans un égarement fmieux, et on l'amène dans une caverne pour le cacher aux poursuites de Comouailles., qui dans ce moment le fait cherclier partout»: ain^ii finit le troisième acte*

Au quatrième , le jeune Edgar paraît aVéC sa troupe , va chercher Elmoudé dans sa retraite , et la présente à ses soldats } il les exhorte à la venger , et à remettre Léar sur le trône , et sort pour aller exécuter se? projets. Cependant la tempête est enfin calmée , el comme il faut que la reconnaissance se fasse Burla^cènc; l'àutetir qui a besoin d'amener aux yeui des spectateurs ce vieillard qu'on a. tant d'intérêt à cacher , imagine un pré- , texte non moins étrange que tout le reste.

Voilà un bien beau temps , dit Elmonde :

pourquoi mon père n'en jouirâit:il pas ? cela le guérira peut-être ; et en effet, comme il n'y a rien de plus efficace qu'un beau soleil pour guérir de la folie , on apporte Léar endormi isuf un lit de roseaux. Elmonde lui adresse, pendant son sommeil , une apostrophe di'environ cinquante vers , et demande ensuite à Kent s'il ne connaît pas quelque moyen de rétablir l'esprit affaibli du vieux roi: Kent loi dit qu'il y a des herbes qui produisent cet cfï'et. Là-dessus, apostrophe aux végétauac.

Végétaux précieux , 5i vous pouvez m* entendre et sentir 'mes alarmes , Fleurissez pour mon p^re , et croissez sous mes larmes.

Ces végétaux qui ne peuvent ni entendre nî

' 1. I f T é B. JL X &l. 73

ifèhïtr dêà Jédûrfnès , ni trofîïre sous des larmes j ne Irépdndeiit rieli } mois Léâr se rë«* veille âuX crîls de sa' £lle ^ et ici pourtant coihmence utté scène où il y ia de l'intérêt ^ du moins si l'on peut oûbllef tout ce qni la pHcedé et ce qui la produit. Elmonde , avarit dé '%t faire refeoiinaître à. son père, s'efforce de ràihenet sa raison ^ de remettre quelque ordt'é dans ises idées. Il y a encore bien des iheptiesj mais la situation est tou*chante , et il y a qUetqes mots heureux.

Atrive Colrnouailles avec des soldats et des flambeaux , pour descendre dans les souterrains où ou lui a dit que Léat est caché avec Elmonde. Mais on a bien vite niché Léar dans le creux d'un arbre ; les soldats entrent dans la ciaVeme; ou ne l'y trouve point , et l'on veut forcer Elmonde à découvrir la retraite de son père. Il entend cette altercation j il sort de son trou et arrive en criant , me voilà ! me voilà ! On a vu le temps où une pareille scène aurait fait pouffer de rire : elle a ^té applaudie comme tout le reste.

Il n'est pas possible de démêler les res* sorts du dénouement : c'est une complication d'événemeus inexplicables. Le résultat est qu'Edgar est battu et pris, qu'il eist, ainsi qtfe

74 COB.RESPOKD1VCE

Lèar, entre les mains de jCornouailles ^ qui a donné ordre de faire jpérir Elmoade; qu'Edgar seul et désarmé harangue sur la scène , pendant un demi - quart • d'heure , les soldats de Cornouailles , et s'eilbrcie de les soulerer contre lui , tandis que. celui -^ ci ^ en l'écoutant ^ reste immobile et muet. Cette incompréhensible scène finit par le soulèvement des soldats de Cornouailles^ et ce tyran beaucoup plus imbécille que Léar, et qui au premier mot d'Edgar aurait dû le poignarder^ se tue lui-même. Reste à délivrer £lmonde;leduc d'Albanie s'est chargé de ce soin. Il s'est brouillé avec Cornouailles y et il ramène la fille dans les bras du père , qui la donne pour femme à Edgar , quoique d^ns toute ]a pièce oii n'ait pas dit un mot qui put faire croire qu^ils fussent amoureux l'un de l'autre ; ce qui pourtant , ce me semble, n'aurait nui à rien ^ puisqu'on voulait finir par les marier.

Mais comment , dira-t-on , cet incroyable amas d'absurdités révoltantes , de niaiseries puériles , de déclamations ridicules et ampoulées f de lieux communs en yets barbares, a-t-il obtenu un succès aussi grand que Zaïre et M^érope l On pourrait en donner bien dos

^' I. I TT i IL A'I'B. b. yS

raisons/ mais la principale y c'est que nos spectacles ne sont plus> ce qu'ils ont été, une assemblée choisie dHimatenrs et d'hommes pi as ou moins instruits : c'est le rendez<vous d*une foule désœuvrée et ignorante , depuis que le peuple des petits speetacles n'a eu besoin pour envahir les grands , que de payer un peu plus cher un plaisir dont on lui adonné le goftt , et qui n'étaitpasfaitpour lui. La multitude des sots donne la loi dti moment:

elle veut faire des réputations à son gré , et la cabale des mauvais écrivains est réunie pour détruire tout principe de goût et toute raison. Ils ont senti leur force , leurs intérêts çt leurs besoins ; et l'esprit de parti , né de la haine secrète qu'on porte au petit nombre de vrais talens , hâte les progrès de la barbarie , et précipite la décadence des lettres. La seule espérance qui reste encore , c'est que du moins jusqu'ici les succès de ce genre n'ont ^té que passagers^ et que la voix «des connaisseurs , au bout de quelques mois , met à leur place ces productions insensées. Tout ce qu'il y a d'hommes éclairés dans Paris , se récrie sur le scandale d'un tel succès. Il est mémo è remarquer que cette pièce tant applaudie Sk U ville , a très - ma^ réussi à la cour. Un

^6 coiLaJssPONBÀircx

autre OHyrage de M. Ducis , OEcUpe chez Admète^ malgré les deox belles scènes empruntées à Sophocle ^ est tombé entièrement à la reprise, parce qu'on s'était enfin apperçu de rénorme disconvenance de deux tragédies étrangères l'une à l'autre, et^ réunies ensemble. U est à présumer qu'il en sera de même de ce monstre anglais ^ et qu'il ne se naturalisera point parmi nous. Mais c'est toujours une chose honteuse et déplorable, que la facilité d'obtenir un si grand succès avec des ouvragée «i extravagant*

!bXTTiRAXK«. jj

LETTRE CLXXXtI.

\l kb serait pas juste de confondre avec le$ 'libelles qui sotteiit des presses étrangères , et qu'on vend à Paris sous le oianteau , un ou« trage sur les Lettres de cachet et les prisons d'Etat^ qu'on dit être de M* 4e Mirabeau ^ fils de celui qui a fait VAmi <ies hommes. U4 véritable ami des hommes serait sans doute celui qui parviendrait à détruire ce funeste nsage des èmprisonnemens arbitraires , dér shonorant pour toute ^nation qui se vante d'être policée et d'avoir un gouyerDement légal. ]\i. de Mirabeau fils eiif^ermé plusieurs fois sur la requête de son père , peut l'avoir été pour de bonnes raisons ; mais une lettre de cachet est une mauv^aise raison. Il date 'lOn ouvrage de^la prison de Vincennes , où il a été détenu pendant des années , et les années sont longues à Vincennes comme à la Bastille ; mais le livre n'a été répandu qt;ie depiHs que l'auteur est libre et retiré en Languedoc. Cet écrit prouve des connaissances et dû talent ; il j a pkisieurs morceaux d'une éloquence énergiqxre , qtri tient à un

^8 COAKHSFOITBAVCS

sentiment profond de la justice et de là liberté* On y trouve aussi des détails curieux et efFrayans sur Tadministration intérieure des prisons d'Etat. Voilà le mérite de cet oa- Ttage, qtii d'ailleurs est beaucoup trop long^ â^ln style difïus , illégal et déclamatoire , enntiyeusemeiit chargé de citations et d'auto^ rites. Certes , c'est faire trbp d'in|ur8 à la raison hum^line ^ que d'employer deux volumes à prouver méthodiquement que tout emprisonnement arbitraire est un outrage aux droits naturels de l'homme , ei une infraction de toutes les loix sociales et politiques. Un esprit meilleur que le sien aurait suivi un autre plan ; sans perdre son tenips à pfottver ce qtii eét clail*^ il se serait occupé A chercher le remède à un si grand mal , et il n'y en a qu'iin : c'est de démontrer au Souverain dont le nom et l'autorité servent de prétexte à cette oppression ^ que non*seulement tin pouvoir légitime n'a nul be* soin de se soutenir par des moyens illégitimes i mais niêmle que le monarqtre est lè' Seul qui n'ait jamais intérêt à violer les lois,

et qne lorsqu'on les viole en ^on nom , c'est toujours la faute dé ses ministres "^ qni

ttmm

* C'est une vërité qui a été forUment sentis par îë

t î T «r jS B. A î * 2; 79

fe lai laissent ignorer , ou qui Tiennent, à bout de le rendre très-gratuitement complice de leurs injustices et de leurs passions. Voilà ce que Ton pourrait porter jusqu'à révidence^ SUT *- tout dans un gouvernement aussi pai^ siblement absolu que le nôtre ^ où il est im-<> possible que le roi ait jamais rien à craindre de ses sujets "*" » ni le plus léger intérêt d'en opprimer aucun.

C'est cette môme autorité arbitraire qui a fait delà censure des outrages d'esprit une inquisition aussi inconséquente que vexa-* toire dans ses principes et dans ses effets* Non • seulement un manuscrit passe par les mains de plusieurs censeurs qui ne sont point obligés de motiver leur jugement , du moins pour l'auteur; mais après avoir été approuvé , il est encore* livré à des cea« leurs anonymes, et par conséquent dispensés de rougir , et sur leur rapport un livre est arrêté même après l'impression , au risque de ruiner l'auteur ou le libraire , qui pour*^

^— gfc— fci— — — ^— Él— <— ^— li^i ■ ■ I ■

peuple anglais | qui an a fait une des bases de sa lëgislalion.

* Nesoia mens hominum faH sortisque futurae*

YlAO.

tant n'ont imprimé que sur la loi d'uivp approbation légale. Ceux qui agîs^nt ainsi »

aéraient du moins conséquens p s'ils étaiei|( lesmaStres de l'Europe conima de Iji^ France ; mais comment peuvent • ila oublier que les écrivains à qui l'on. refusa à Paria une liberté décente et honnête , peuvent ^ à soixante ou quatre - vingts lieues , aller jusqu'à la licence , et passer toutes les bornes p pré^cisément parce, qu'on n'aura gardé aucune mesure aveo evx ? Ce raisonnement si simple parait pourtanat a^^^ dessus de la portée de nos inquisiteurs , et l'expérijenoe même ne les corrige pas , tant iOn* est naturellement < porté à abuser du pouvoir Vni^oie à son propre détriment.

S'il y a un genre 4'éx:rits qui aemUe donner peu de prise à cette espèce de àQQfi}irè| c'est sans doute ui^e v tragédie qui par sa nature même est un ouvrage moral, dans lequel l'au* teur se nvirait à lui - même ^ s'il voulait y autoriser de aàau vais • principes ou de maut

vais exemples. C'est pnnrtaot Att théâtre que l'on a le pluç nmltipUe les, entraves* On vienî de défendre la représentation de de]qgc tragédies, Constantin p mi d'Ecosèe, et Elizabeth ^ de France^ Je ne connais point la première j

M. Léfèvre , auteur de la secondé , m'en à fait là lebture, et quoîqnb ce ne soit pas lin bon ouvragé, il y à du mérite et des înorceaux bien écrits j il pourrait avoir dû Isiiccèô : c'est donc tin tort cruel t[Ue Ton fait k Taùteur. Soii sujet eât la mort de D. CarlôSy déjà traitée par Campistron soiis le nom X Andtonic^ Pourquoi s'opposerait- <Ja à ce qu'on mît cô sujet sur le théâtre de Paris , lorsqu'on à vu sur celui de Versailles là trahison du Connétable de^ Bourbon , repfésenèée devant toute la cour ? Si un .événement qui s'est passé il y a deux siècles , n« peut pas être mis sur la scène , il faut donc quel les auteurs dramatiques renoncent à puiser leurs sujets dans l'histoire ^.

La tragédie dé M. Lefèvre , quoiqu'il y

* ÇPt&X raisonner en auteur tragique qui ne connaît Hek d^oh plus gràna intérêt qne son art. L^ambassft-* dènr d'Kspagnè avait demandé ^ et ^vec raison ^ que la représeiitatiou d^ Hôni Cartos ne fût pas permise^ Conimeut la cour de France aurait-elle pu ^ s^ns blesser toutes les bienséances ^ mépriser la juste réclamation d^une puissance alliée par les traités et par le sang 9 et souffirir ^u^on flétrit sur U scène la mémoire d'un roi d^Ëspagne? Le théâtre n^a pas à cet égN^ toute la liberté de Phistoire.

82 C0B.1LESP0KX>AKC£

ait pea d'action , que le style en soit incorrect, et rempli de réminiscences^ a pourtant des beautés réelles et qui lui feraient honneur. Tel est par exemple le morceau suivant où il peint une entrevue de Philippe II et de D. Carlos I et que l'auteur m'a permis de transcrire : c'est D. Carlbs qui parle.

J^ALLAis 9 deyaBçant Theure à l'Etal consacrée y Aux portes du conseil épier son entrée» (PhiL IL) Je pensais à mon tour y dans un transport plus douZy Lui su]:prendre un regard désarmé de courroux*. Qui sait même où m^aurait emporté nsa tendresse ? Qui 'sait si de ses yeux la plus simple caresse y Dégageant mes esprits d^un reste d^embarras , Ne mVût point tout-à-coup fait yoler dans s.es bras? Il parut. • • • ses regards y son front y tout son visage ^ Semblaient enveloppés d^un sinistre nuage.

Il ne jetait sur moi que des yeux ennemis *y " Majestueux , mais sombre y il observait son fils. J'ai senti y cher Alvar , à cet aspect farouche y L'accent de la nature expirer dans ma )>ouche ** y Mon cœur prêt à s'ouvrir y se refermer soudain , * Et mes bras étendus retomber sur mon sein.

J'ai reconnu Philippe où je cherchais mon père. .

* Désarmé de courroux est une fort belle expression ! c'est un des beaux vers de Rh&damiste :

Le cœur , à ton aspect y désarmé de courroux ^ Je ferais mon bonheur de revoir mon époux.

** Je seutis le reproche expirer dans ma bouche. Racihk

t. î T T i a i rji^m • 85

Il^'eB &ttt de beaucoup que itoote la pièce fiOil «rite de cette manière j tafiit il n'y a pa« , daos le 5oi Léar\ aujourd'hui ai ridicule* m&tit applaudi > un seul morceau dont le style aoit auaai élégant et aussi tragique que eeli4*làk '

Ja%^ nouveauté^: du théâtre italien tombent les unes sur les autres. En voilà quatre qui dans l'espace de trois semaines n'ont iaît t}ue paraître et disparaître : une Çéphheàt M. des Vivetières j les Trois Inconnues , de M.Desfontaines j (ces trou Inconnues étaient \e^ Grâces qu'en effet personne n'a recon»

nues : ) Sophie Francour ^ de M. le marquis de la Salle , et une pièce sur la paix , qui avait pour titre Ueniid'Albret, Roi dé N&mrre , par un nommé Dorfeuille , ooiiiédien de pro<^ -vînce, qui en a fait liiSe autre pour le théâtre français y sut le mime sujet ,. intitulée le. Soldat laèoureur^ que Ton ta jouer. Il a fait, eomme l'on voit, son thème de deux façons :

dieu veuille que la seconde vaille mieux que la première.

Au théâtre français , M. yigée , . frère de M.™® Lebrun,femmecharmante etd'un talent très- distîngué.dans la peinture j( a toulu s'essayer daxis la comédie : il vient de donner un

84 CO&BESJPOVDÂKCE

petit acte qui a pour titre les Afteux difficiles^ et qui a été joué avec succès. Le fond est peu de chose : ce sont deux amans qui ^ sur le point d'être mariés , cmt été éloignas l'un de l'autre pendant trois ans , et qui dans cet intervalle^ comme on peut i)ien s'y attendre^ ont cjiangé tous fes deux. Ils se craignent l'un l'autre, et sont également embarrassés à se faire l'aveu de leur inconstance mu-> tuelle ^ ce qui forme une situation à • peu* près semblable à celle des deux sœurs dans le Dédit ^ qui se mettent à genoux l'une devant l'autre pour se demander pardon d'un même changement. Mais si le fond de la pièce est commun y le style 'en général est facile et d'un goût assez pur j il y a de jolis verb, et c'est toujours un mérite. ^

Parmi les bagatelles courantes , les deyx couplets suiyanS du chevalier de Boufïlers m*ont pari^ pouvoir être recueillis. Ils spnt biei\ certainement de lui ,.et.la plate turlupinade sut) la CVv/a/iaa , .qu'on . avait mise sous son nom , et que d'autres attribuaient à Sedaine^ est; d'un M. Coqueiey de Chausse- -piierr^,; ^tjrès-: digne; d'en être.

^ 'Air x^Tandis que toiU sommeille.

•'• • - Lfi sexe enfin s'éclaire ^ 11 permet de cbauger.

l ITtiKAXlLS.

On peut être léger f Sans risquer de déplaire* Les tendres feux Sont ennuyeux y Quand ils sont trop fidèles, La constance est de mauvais ton»

Nousn^aTon^ plus de Céladon ^ Bt ees dames trouvent fort bon Que Pon- fasse comme elles. ' Il n^est si douce chaîne Qui ne blesse à la fin.

Ce qui plaît au. matin , Souvent le soir nous géàe.

Sans liberté ^ La volupté N'est bientôt l[u^une peine* Que parmi ntius tout soit commun f Plus de tyran , plus d'importun | £t que <;liacune et que chacun.

Sn ait une douiraine.

8$ C p |l E s s F O K B A ir C' V

ez

LETTRE ChXtXlll.

Les mnsîcîenis les plus célèbres de TEurope viennent tour-à-tour essayer leurs talens sur . le théâtre de.f aris. Aprè« Gluck , Piccîni et Back , voiU. Sâ^ockiiii qui vîeiit de nous donner un opéra de Renaud ;m^i^ le succès en à été médiocre', etjn*à pas répondu à la grande réputation du compositeur. Soit qu'il ait négligé son ouvrage, soit qu'accoutumé à faire réussir uu. opéra ^n Italie avec quelques beai;r]^ airs , «U a'atit: pas pris une idée assez; juste de ce qu'on' ^icige dans un opéra français , il est certainqu*à l'exception de deux ou, trois morceaux où Ton retrouve le caractère d'un grand mâî tre , sa musique a paru iaible et remplie de traits déjà connus. Il est vrai qu'il a été bien mal servi par le poëte - : les paroles qui sont de M. le Bœuf ^ sont extrêmement plates , et le fond du. poëme qui est emprunté de l'abbé Pellegrin , est dénué de tout intérêt. Armide y est indécemment avilie , toujours suppliante aux pieds de Renaud , qui , après s'être fait longtemps prier ^ finit par lui déclarer qu'il

Tsir T i & À I X: fi. 87'

raîme , quoiqu'il n'y ait pas le moindre changement dânssa sitnation , et qii'il n'y ait eu aucune raison connue pour lui cacher; d/'abord son amour , ni pour y céder ensuite* On n'est pas moins surpris d'enteôdre des* maHométahs invoquer Tisiphone , Alecton et Mégère y divinités du paganisme qu ne se trouvent point dans l'AIcoran : cette igno* rance est inexcusable.

On.a réuni dans un petit volnme d'«ine impression assez jolie ^ les csu^re$ du che* valierde Botifflers e(du marquis de Villôtte.^ On s'attend bien que la première partie de ce recueil sera infiniment supérieure à* la sebcmde; mais {^our donner du relief à celle-^ oi' y oit y a inséré tme douzaine de lettres de Voltaire qui sont très-jolieset très*amusantes^ comme tout c^ qu'il écrivait en ce genret \[l y en a une entre autres où il ne s'agit quet de demander des petites pinces pour s'arra-* cher la barbe , et qui fait voir le talent qu'il avait d'orner les plus petites choses.

JLe jeune la R'*''*''*' l'avocat , connu dans Parîl par beaucoup de ridicules:, comme ison père leTublicaîn^ ( c'est ainsi qu'il l'appelie ) -par fies ricbesées étleliuc^ de^^s soupers , vient d'imprimer une brochure qui a pour titre ^

QQ C09.&9SP02rxlJLlf OB

Réfiej^ioTis philosophiques sur le plaisir. Ge titre n'a rien de comnitin avec l'ouvrage qui ne contient qu'une censure vogue et souvent usée des mœurs du jpur« Cependant on y remarque. plus d'esprit qu'on n'en supposait à un homme qui passait pour une espèce de fou. Il y a. des observations assez justes ^ parmi beaucoup de lieux commun^ et d'idées fausses. M. Thomas y est traité très-duremeot, et M. Dorât y est fort k>ué, ce qtd peut servir à faire apprécier la critique de l'auteur. Ge qu'il y a de plus curièux,^c'est l'avertissement qui se trouve à la tête de cette brochure. ^

«c Les circonstances favorables dans lesr quelles paraît cet ouvrage^ Timpor tance du* sujet y l'étendue de la matière , et l'attention Qcriipule&se avec laquelle on^ soigné la partie typographique, tout semblait permettre d'en porter la valeur à 3o sols y et personne sans ^dputç n'aurait eu raison d'en murmurer. >».

]\$ai3 l'auteur, jaloux de donner à soin livre une pi^ licite relative à V utilité dont H peut être, ^t de le mettre, par sa modicilé, à la portée de toutes lés classes de lecteurs, en a irrévopablementjiaxé le prix à a4 sols , broché , f f'fuc de port par tout le royaume • ^

i:. XT T i A A I A B« a8

*<ii i i 'i', ';.

Page 1