‹ Correspondance littéraireChapitre 20 sur 47 · LETTRE CXCI · texte numérisé non relu

LETTRE CXCI

On a joué ici au thëâtre italien^ en l'absence df MoîPvel , ( qui est toujours à Stockolm , chargé de la direction des spectacles ) un opéra comique en deux actes de cet auteur comédien , intitulé Biaise et Babeî , on la Suite des trois Fermiers , pièce du m^e auteur. Cette suite a eu un très-grand succès : la musique est de Dezède , et c'est dire qu'elle est très- agréable j car nul compositeur n'a mieux saisi l'accent de la naïveté yillageoise. Le drame n'est , quant au fond , que cette charmante scène du Tartuffe^ où deux jeunes amans se brouillent et se raccommodent sans savoir pourquoi, comme cela se pratique.

Le dialogue a beaucoup de ce naturel du patois pa ysan qui a de la vérité sur la scène , mais qui ne peut se passer du jeu des acteurs, cl (jui devient ailleurs un insipide baragouin. ^Ajoutez ici des lieux communs de vertu apprêtée , qui formant une disparate choquante avec le ton gêné» al de l'ouvrage. Mais ce qui en a fait principalement lesuccè*? c'estle jeu deM.i^^Dugazon, qui devient de plus en plus,

et à bîepT jusjp ,tîj:re , l'idole du pu^l^c;.^ Ceci n'est pas de l'engouement, c'est de la justice: rien n'est si enchanteur que le talent de cette actrice , et l'idée de la perfection né peut aller plus loin. Il est vrai qtie c'est dans un genre secondaire, et l'on peut observer qu'avant elle on avait à ce même théâtre M. ^^Laruette qui n'avait pas moins de succès ,' et ayant celle-ci M.™® Fav.art, les (}éliQe3 da Paris, et avant M.»« FavarU M-^'^^ Silvis^j Ptc. Il n'en est pas ainsi du genre Jioble., li^ plus xliiHcile de tous dans les arts. Il faut un siècle pour avoir un Lekain , une Clairon : il y a vingt paysagistes sur un peintre d'histoire.

Il faut espérer au^ssi qu^B ndo»fiè manquerons jamais de chansonniers. Aï^aîns tout est mode, et toute mode amène une' chanson.

Dieu 'Sait combien de temps on a chanté Malbroug^et durant trois mois topt a été à la Mo^lbroug. Aujour4'fcwi Ji? JPijçt-neufa mis en crédit ce refrain » ^hajigez. -t moi cette tête , tête-t^ie ^ et le Bont * n§»f qui donne le ton à la bonne compagnie* plÂs souvent qu'on ne croit, nous à procuré sûr^ce refrain une chanson satyfîque qui pourrait être ]:)lus gaie, mais qui e0t malighé ét^piqnante. JLa VOICI : ^

l36 COB.B.ZSPOlfDÀS'CS

t#K8 T^TES A CHANOBKi

Couplets Nouveaux.

Mdflsvs y prends ta férule \ L'hydre du ridicule . . Demande un autre Hercule ; Elle n^a plus de frein, poursuis de rue en rue l>a falotte cohue Qui va choquer ta vue | Et chante ce refrain- :

Change£-moi cette tête , Cette grotesque tête ; ChangesE-moi cette tête ^ Tète de mannequin.

Courtisan très-solide ^ Robin simple et timide ^ Colonel intrépide < Qui brave le sifflet ^ Oocte Encyclopédiste ^ Profond Economiste y Honnête Journaliste , Brochuriers à pamphlets f Changee-moi tous vos têtes | Vos intriguantes têtes \ Changez-moi tous vos têtes ^ Tètes àcamoufleU*

Un petit Astronome A figure de gnome ^

Veut faire le grand homme ^ Sans qu'on sache par où.

Il rate la comète f Dérange ta planète ^ Et tout Paris répète | En lui faisant hou , hou s Changez -moi cette tête ^ Cette hargneuse tête | Changez-moi cette tète ^ Tètet de sapajou.

La' libertine Orphise f Coquette à tête grise ^ Etend aur sa peau bise Trois couches de caragin | Et sa gorgjj» tombée y Et sa taille bombée , Et sa face plombée Pont peur même à Jasmin* Changez-moi cette tête ^ Cette lasciye tête ; Changez-moi cette tête ^ Tête d'une catin.

tJn corps aultque et gritre y Et des formes esclave , Assemble son condaTe ^

pour réformer ses loix | Mais à dame Justice La mode de Tépice Fut toujours trop propice Pour en céder les droits.

Qil^on me change cis tétes^ Ces ronti mères tètes ^ Qu'ion me change «es titéê Dures comine du bois.

Un prétendu Musée *

A la tourbe abusée ' ,

Débité prose usée ^

Et grands et petits vers.

Là bourgeoise caillette ^

Vieux pédant à lunette y \

Rimailleur et soubrette

Loue à tqrt à travers. < ^

QuW me dhaage ees l^es , *

Ces mto^manes tèt^s f

Qu'oi^ me chasge ces- tètes y ^

Têtes à bqnncts verts.

Ujiii tudesqpe empirique *^ ^ Au bout d'un doigl; magique « Fait naître la poli que , Ou la chasse à Pinçtant.

Son dom Quicbptte assure , Que la mort en murmure | Et qilwM.înte*€Bf« Dont il ^st seul gavAnt.

Gbangez«>moi ces densr tètes , ' Ces magnétiques tètes'^ ' Changez-moi ceu d«sx tètes j '> Têtes de charlatan».-: < '

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* La Loge des Neuf-Sœu^s.

**■ Mesmer et Deslon.

Nestor de rAméri(iue * « Prise la voix publique lïu «loade poiitiquf Et du inonde savant.

Mais dédaigne rhoipmiçe Do9t ce peuple volage , Sans respecter ton âge , Abuse à chaque instant.

Conserve bien ta tête | Ta vénérable tête | Conserve bien ta tête 9 ye U montre pas t^nf:»

Un riiûeur satyrîque 9 Dan< $on iMimfittr caustique y î)ep «pis f v'il ia<?'d «<^ M^ t Ffiit un portrait W4i* Pe sa plvçie maligne La pétulance insigne y Aux masques qu'il désigne Le joint lui-même ici.

Changez-moi cette tête 9 Otte fantasque tête 5 Cbangez^mot cette lAt9 f Tête 4' un éj^urSi^

il ■ ■■ *^

Franklin.

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