LETTRE C X C V I
xjEAUMAaCHAis toujouTs actif et infatîgable , ft fait de nouvelles tentatives pour ses Noces de Figaro. Il a obtenu l'approbation de deux censeurs^ moyennant quelques sacri^ fices. M. de Vau4rèuil a eu la permissien de faire jouer la pièce chez lui , à Gennetilliers , par les comédiens français , devant trois cents personnes, La comédie se flattait^ d'après toutes ces circonstances, de jouer enfin cet ouvtàgfe. Mais malgré les approbations , la permission de représenter ne vient point ctncore, et Von doute même qu'elle arrive. Il semble que la fonction des censeurs soit devenue à-peu -près illusoire, puisque leur signature au bas d'une pièce ne suffit pas pour que la pièce soit permise. VoUà quatre ouvrages arrêtes depuis un an : les auteurs et les comédiens crient, mais inutilement , et il n'y a pas de pire conditiom que celle de travailler pour le théâtre. Autrefois on n'avait affaire qu'au censeur de police qui approuvait , et au magistrat de cette même police qui signait la permission de représen-
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ter. Aujourd'hui le garde des sceaux se fait représenter tous les ouvrages , et trouve des raisons poyr empêcher qu'pn ne les joue.
Ainsi l'on n'est jamais sûr de rien.
ï>e cheValier de Florîan a adressé à M. le duc de Pénthièvre de jolis vers sur Anet ,
maison de campagne de ce prince.
Vallon délicieux ^ âsyie du repos , Que VksvtL coiur est ém» de vos beautés (;liampétras ! «JF^iviP à, me rappeler sous cet' rians berceaux Qu'en tous t^ms Anet eut pour maStras |
Ou. des belles ou des héroa« Henri bâtit ces murs « monument de tendresse ; Il y grava par-tout le nom de sa maîtresse \ Chaque pierre offre encordes croissans , des carquois , £t nous dit que Diane ici donna des loîx% Vesd6me couronna des mains ^e la victoire , Pour les myrtes d'Anet oubliant ses lauriers ,
Sous ces an tiques, peupliers
A long-t^ps reposé sa gloire.
Enfin de ce beau lieu Pénthièvre est possesseur; Avec lui la bonté , la douce bienfaisance Dans ce palais modeste habitent en silence.
Les Tains plaisirs ont fui , mais non pas le bonheur* 8 Bourboci n^appelle point les folâtres bergères.
Sous Tombrtfge de secs ormeaux \ il ne ^e mêle point à leurs danses légères ,
Mais il leur donne des troupeaAix.
Anety que ton orgues/^ su i* ces titres se fonde. Pour illustrer ton nom que te faut- il de |>lu5 ? Anet a rassemblé tous l6s biens de ce mande f L'amour , la gloire et les vertus.
La seule nouveauté que les comédiens
français aient jouéç à Fontainebleau, est la
comédie du Séducteur, en cinq actes et est
vers. Cet ouvrage est de M. de Bièvre , qui
/l'était connu jusqu'ici dans le monde que
.par son goût pour les calembours , quoique
3es amis sussent fort bien qu'il valait mieux
que sa réputation , et qu'il avait Choisi un
* genre d'esprit fort au-dessous du sien. Il y a
s\^ ans qu'il me uK>ntr'a , sous le sceau du
secret y la comédie du Séducteur: j'y trouvai
de fort j^lis rers ; mais je ne fus pas content
de la pièce. Il la présenta néanmoins auit
comédiens qui la refusèren t ; il la retravailla
depuis, et la lit recevoir cette année. Elleaéte
jouée anonyme à Fontainebleau où elle a eu
peu de succès , et à Paris où elle en a eu
beaucoup. C'est là le cas de demander qui
mmitmmmmmmmmmÊmmmmmmàm
* Et pourquoi de l*&rgueil ^ QucWe rage démettre V orgueil par- tout , comme si c'était la pltis belle cliose du monde ? QttVstce que t orgueil d^ Anet l Est-ce qu'on ne peut $*honortr k moins tle s'enorgueillir fC^est le premier qui était le mot propre ^ et rautrequeronprodigiie à tout propos parce qu'il est ronflant, n'est In pins sourfint qu'une cheville.
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avait tort ou raison , de la ville ou de la cour. A mon avis , Tune a été sévère, et Tautre indulgente , et il y a dans la pièce assez de mérite et de défauts pour justifier à uu certain point l'un et l'atitre jugement.
Le fond du Séducteur est tiré du roman de Clarisse : M. de Bièyre a voulu mettre Lô*^ Telace sur la scène. Son principal personnage est un homme de vingt-huit ans y sans mœur^ et sans'principés , qui a un grand nom et des dettes y et qui pour arranger ses affaires, veut épouser Rosalie , jeune personne dont il n'est point. aimé , et qui même en aime un autre.
Mais il a trouvé le nloyen d'éloigner d'elle Damis son amant; il la brouille avec son amie , une veuve de vingt -^ quatre ans qui lui sert de guide et de protectrice. Elle a une querelle avec son père qui veut la renvoyer'àu couvent , et c'es^t le momqnt que prend le Séducteur pour l'engager à fuir de ia maison paternelle , et à se jeter dans les hras de sa mère, à lui et de sa sœur , qui doivent venir prendre Rosalie dans leur carosse , à l'entrée de la nuit , à la porte du parc } car la scène se passe à la campagne.
On se doute bien que cette mère et cette sœur sont supposées. Rosalie ne consent pas
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toirt-à'-faît à l'évasion nocturne ; mais pourtant elle vient au rendez-vous , et heureusement pour elle, dans l'instant où elle arrive, ^ son amie qui Jacherche l'appelle par son nom, et cette voix fait fuir le Séducteur. Damis son amant , q,ui a découvert toute la trame , se trouve là comme on s'y attend bien : scène d'éclaircissement et de réconciliation. Le père et l'amie arrivent ; le Séducteur est éconduit, et Damis épouse Rosalie.
On voit déjà par cet exposé, que les ressorts de cette intrigue ne s'ont ni assez forts ni assez bien combinés. Quand Clarisse prend le parti de la fuite , elle est réduite au désespoir par une longue persécution de sa famille, et sur - tout par l'horreur qu'elle a pour M. Solmcs qu'il faut absolument qu'elle épouse le lendemain , et enfin elle a du moins quelque goût pour Lovelace. Voilà sans doute de quoi renverser une jeune tête; mais Rosalie a déjà fait un choix; c'est beaucoup , c'est tout , et une querelle d'un momgnt avec un père qui est le meilleur homme du monde , et la orainte de quelques mois de courent , en mettant tout au pis, ne peuvent pas la troubler assez pour la déterminer à la démarche laplushardieetla plus effrayante que
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puisse hasarder une fille bien née , sur- tout .arec un homme qu'elle n'aime point du tout.
Mais ce défaut n'est pas le plus considérable; <;ar il produit du moins la situation du cinquièn^e acte^ la seule intéressante de la pièce, et qui a le plus influé sur le succèâ^en raison de cette pitié iiaturelle qu'on a toujours pour l'innocence en danger , et qu'augmentait la figure virginale et la voix touchante d'une jeune actrice , M.^*® Olivier, qui est beaucoup plus jolie que M.*^® Doligny , et qui a quelque chose du charme de son organe. Ce qu'il y a- de plus répréhensible , c'est le vide absolu dfes trois premiers actes dans lesquels il n'y a -pas trace d'intrigue ni d'action. Joignez à ce vice essentiel les caractères manques , tels que celui du père qui est d'une nullité et d'une bêtise impardonnable, celui d'un valet philosophe qui ne sait pas l'orthographe et passe pour un savant , qui ne sert en rien à l'intrigue , ef qui n'est qu'une caricature informe e| une dissonance révoltante ; une Mélise , autre personnage inutile , à qui le Séducteur fait très- mal- à-propos une déclaration d'amour , dans une maison où il veut épouser Rosalie. Toutes ces fautes inexcusables peuvent bien justifier le jugement de Fontainebleâ:u.
Mais d'un autre côté^ des détails agréables dans le rôle du Séducteur qui remplit une grande partie de la pièce , de temps en temps quelques vers qui ont de la grâce et de la douceur, un style en général assez correct, malgré beaucoup de lieux communs et quelques négligences » et enfin l'intérêt du cinquième acte ont pu disposer le public à riiidulgence , 4ans t^n temps Oju il est si rare d'entendre une comédie supportable. C'est le style sur-tout qili a fait le succès de celleci , et il est à remarquer qu'il n'est pas audessus du médiocre ; mais on écrit si mal aujourd'hui que le médiocre peut paraître excellent, quand il n^y a point de parti contre l'auteur , comme dans cette occasion : dans le cas contraire , l'excellent est rabaissé jusqu'au ipédiocre par tout ce qui est dans les intérêts de la médiocrité. Si M. de Bièvre avait de la réputation et des ennemis , à peine aurait-on rendu justic^e au peii qu'il y a de bon dans la pièce. Mais comme c'est un homme du monde et sans conséquence, le journal de Paris n'a pas manqué de comparer son style à celui du Méchant , dont une scène vaut mieux; que vingt pièces écrites cùxnmtle Séducteur. M. deJBièvres'estnommé
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après la première représentation , et comme on doutait encore , il a imprimé dans ce même journal de Paris une lettre où il se déclare l'auteur du Sé4ucteur.
La santé de d'Aleihbert va toujoiirs en empirant : sa fin est lente et douloureuse , et pour comble de malheur , il commence à la prévoir. Il est dans un extrême abattement d'esprit ; car rien n'abat comme une longue souffrance qui n'a de terme que la mort. Il parle peu et avec peine j mais il désire toujours qu'on s'entretienne autour de lui , et sa raison ne se sent point de l'affaiblissement de ses forces. Malheureusement encore, dans l'extrême besoin qu'il a de voir du monde , il ne peut pas toujours choisir , et l'on rencontre aujourd'hui chez lui des gens bien peu fait^ pour y être, et qui jusqu'à ce momentn'y , avaient pas été admis. Plusieurs de ses confrères qui lui ont l'obligation de l'être, ont rîngratitude de l'abandonner , et la dureté de s'occuper déjà de sa dépouille. Rien ne rappelle davantage ces beaux ver s de Vol taire :
Ah ! que nos derniers [ours sont rarement sereins ! Qi>e tout sert à ternir notre grandeur première | £t qu'avec amertume on finit sa carrière !
j.itriKÀ.iB.z. 173