‹ Correspondance littéraireChapitre 29 sur 47 · I. I T T i E Â.r&X. JIOI · texte numérisé non relu

I. I T T i E Â.r&X. JIOI

An feu dai;iphîn , père du roi actuel ; mais il en arriva tout autrement. Voltaire qu'il avait très- cl air emplit et très-^injuriensement désigné y. était riiomme du monde qui sup-* portait le ipoins une offense , et qui maniait le mieux l*arme du ridicule. Cette *ainne devint cettejbis d'&ut^t plus terrible , que M. Lefranc fut très * mal <- adroit dans aea défenses, et Voltaire très-gai dans ses at-^ tagues. Il n'a, je crois, rien fait 4e meilleur en çe^enre, parce qu'il ne passe guères Je« bornes de la satyre littéraire, ce qu'il n'upas toujours observé , il s'en faut ; aussi jamais jnstiee ne fut si complètement faite. M. Xie^ franc couvert d'un ridicule ineffaçable, n'osa pas se montrer une seconde fois h l'académie^ et allant un jour fbire sa cour à M. le dau-p phin , il l'entendit répéter ce ver« U)ent6tc devenu proverbe :

£l VsLmd Pompigaân pense être quelque choae*

Il s'est tenu depuis ce temps dans le fond de sa province , et B*est sorti de son obscu^ rite volontaire que pour donner l'édition qui vient de paraître , et qui me fournit une occasion de rappeler en peti cb mots ses différentes productions.

Il a çomBimcé k se faire' eoxmaitre ( et

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fort atantageusement ) ' par sa tragédie de Didon qui eut beaucoup de succès j et qui est restée au théâtre. L'ouvrage n'est pas en général au-dessus du médiocre; mais le sujet est intéressant, la conduite en est sage et le style assez pur, quoique trop sou- Tent faible , inégal , et quelquefois froidement sentencieux : il y a des scènes bien faites et quelques beaux morceaux. Il publia depuis un Voyage de Provence , où Ton voit eu même temps Penvie de lutter contre celui de Chapelle , et la distance infinie qu'il y a de l'un à Tautre. L'un montre le travail de l'esprit, et un travail presque toujours ingratj l'autre a toutes les grâces du plus heureux naturel. Il y a dans le Vo'wapae de M. de Pompiguan quelques endroits tout au plus agréables ; mais sa plaisanterie est froide , et sa gaieté est contrainte comme sa versification. Sa dissertation sur le Nectar et V Ambroisie vaut beaucoup mieux j elle offre des morceaux bien travaillés , et l'agrément et le goût y. sont mêlés à l'érudition. Viennent ensuite les Poésies sacrées dont Voltaire s'est tant moqué , et qui dans le fait étaient peu lues , même avant qu'il pût défendu d*y toucher. Il n'en estpasmpins vrai que âii'au-

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teur a totalement échoué dans les pseatimes, il se relève assez souvent dans les prophéties et les cantiques y où il a de la verve et de la poésie. Sa traduction des Géorgiques et 'du sîxîème Uvre de TEacide , montre presque par- tout 11 mpiiissance aljsolue d'approcher, jnêine de loin , du onërite des originaux.

L'extrême sécheresse , la moniotonie, le prosaïsme sont les caractères habituels da. son style. Dans la poésie héroïque , morale et lyrique , tous ses vers sont froidement serrés dans un même ordre, sansmouvement et sans \ie^ et s'il n'a eu plus de feu que dans les/?rD- ^A<?V/^5^ c'est que pour approcher continuel* lement de l'onction et de la majesté de rEcriturç > il faut être Racine ou au moins Rousseau ; au lieu que çans avoir beaucoup de génie, on peut emprunter du style oriental des prophètes quelques iigures hardies , quelques grands mouvemens, quelques tableaux; e^t c'est ce qu'a fait Pompignan.

Parmi les Odes qu'il a composées d'orîgr»

nal , la meilleure est sans comparaison celle qu'il fit sur là mort de Rousseau: il y a bien encore des strophes ^rès-faibles , mais il y en a tine parfaitement belle , et le début d« l'odo est iippasant, Dans $es Epttres et dan$

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ses Discours philosop}iîques , tirés de Salomon y quelques endroits ne manquent pas d'une sorte d'élégance ; mais là comme ailleurs , il manque presque toujours d'harmonie , de sentiment et d'intérêt de style.

Il ne sait pas faire la phrase poétique , et

, son oreille ne la connaît pas.

Une chose assez singulière , c'est que dans tous ^^% ouvrages il ne nomme jamais Voltaire, t\. cherche à le désigner par^tout : quelquefois même alors la haine lui tient lieu de verve :

facit indignatio versum. Enfin il a imaginé de faire un opéra contre lui , et c*est peutêtre la première fois que la satyre est entrée dans un opéra. Voltaire y est représenté , sous le nom de Prométhée , qui a enseigné les arts aux hommes , mais qui les a cor-* rompus en leur apprenant à mépriser les dieux. Le fond de ce drame est d'ailleurs imité d'Eschyle, dont M. de Pompignan a traduit eii prose les sept tragédies qui nous restent. Cette version est assez élégante, mais pas assez conforme à l'original , comme on Ta pu voir par celle que M. Dutheil a faite des Coéphores , la meilleure pièce d'Eschyle : - }e dernier traducteur a beaucoup mieux saisi la manière du poëte grec.

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M. de Pompîgnan , outre son Trométhée-^ Voltaire , a fait cinq ou six opéras d'une mortelle froideur, et qu'il est difficile de lire. A tout prendre , on pourrait réduire à un volume ce que cet auteur a fait d'esti*^ xnabie, et dans ce volume même , peu de choses s'élèveraient aU'^dessus du médiocre^ mais aussi ne faut*il pas prendre à la lettre ce qu'a dit Boiieau , qu^il n^esi point de degrés du médiocre au pire s c'est linô hyperbole de poëte satyrique,

M. Lefranc avait fait aussi autrefois une Zordide , et quelques autres tragé.dies qui n'ont jamais été foiiées} mais irne les a point mises dans son recueil ^ soit qu'il les ait condamnées iui^mâme^ soit qu'il ne veuille pas qu'elles paraissent ayant sa mort.

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