‹ Correspondance littéraireChapitre 3 sur 47 · LE C H O U · texte numérisé non relu

LE C H O U

LomsQUE sous tes emprunts masquant ton indigence^

De tous les écrivains tu cherchais Palliance ,

D^où vient que ton esprit et ton cœur en défaut p

Du jardin potager ne dirent pas un mot ?

li aurait pu fournir à ta veine épuisée

Des vrais trésors de l'homme une peinture aisé««

Le verger de ses fruits eût décoré tes chants ,

. £t mon nom l'eût valu des souvenirs touchans.

' N'est-ce .pas moi^, réponds ^ créature fragile ^ Qui soutins de mes sucs ton enfance débile ?

Le Navet &'a-t-il pas dans les pays latins ^

^ Long-temps composé seul, tes modestes festins ^ Avant que de Paris la gourmande cohue Payât de ses dîners ta Muse bien repue ?

I^nfant dénaturé , si tu rougis de moi , Vols tous les Choux d'Auvergne élevés contre toi. Songe à tous mes bienfaits , délicat petit-maître s ,Ma feuille t'a nourri , mou ombre t'a vu naître. Dans tçs jardins Anglais tu me proscris en vain. Adam au paradis me plantait de sa main \ Le Kil me vit au rang de ses dieux domestiques y Et l'auteur immortel des douces Géorgiques | De ses grandes l^çous interrompant 1« £1 1

4 COAÛÉSTOitiÂJSCZ

S^àrréta dâûs sàh irol^ouÉ thaiiter \t persil» Que ne Vimi tais-tu? Mais ta frivole Muse Quêtant un sentiment aux ëchds de Vaucluse f De Pétrarque en longs ters nous rabâche la foi « Et ne résenre pas d^liëinisticlie pour moi.

Réponds donc maintenant aux crie des chicorées ^ Aux clameurs des oignons , aux plaintes des ^oirées^ Ou crains de voir bientôt, pour venger notre afiront^ Los chardons aux pavota s^eltUtèr sur ton i&t>tit<

Lx NavxT) av Chou.

Pai senti tommë toi notre communs injure |

Maïs ne crois pas , ami , que par un tain munnurè^

I>es oignons irrités Inimité le coùrrou± :

Le del lit les Nàvtts d*un naturel plus douX4

Des mépris d'un ingrat le sage se console ;

Je Tois que cVst pour plaire à ce Pttrîs frivole ^

Qu^un poite orgueilleux veut nous exiler tous

D^ jardins oà Virgile habitait avec nous.

Un prèlre ddins Memphis àvet cérémonie

£Ât conduit au bûcher le candidat impie.

Mais le tems a détruit Memphis et noè grandeurs 9

Il £uit à aoa état accommoder ses mœurs.

Je pevmets qu -aux boudoirs , suit les g^oux des belles^

Quand ses ^ ers pomponnés enchantent lès ruelles ,

Um âègant abbé mugisae un peu de nous ^

£t mV p^le ]aauis des Navels et de» Choux.

Son strie citiiilln i^eint en beau le^ campagnes }

&m un papier chinois il a ru les montagnes ^

La mer à IVj^ém , l*s forets i Long-Uiamps,

Et io« ces g^awis objets ont «nnoUi ses diauats*

Z>ç visgt npias rjoturierç défhonoff^ ^f^ pmp^ 9 £t pour nous reuopçant au musc du p^f'l'uiiiaur , D«s Choux qui l'out nourri lui pr|é£ér^r Vo4tttr ? Papillon «n r»|)at y coiffé d^u^ie fur^îole , Dont le siantjBau pU«sé voltige ^u gré ^*%1? 9 C'est assez qu'il ^îQJpuTfi pn ses l^g^f 9 propof , Les bosquets^ çt la ro^p 9 it Vénus et Paphos. La mode à Vqsil changeant ^ aux t^iiohîles aigrettes | Semble avoir pour lui seul fixé ses girouettes *• Sur spn char fugitif où brillent nos Laïs , L'ennemi des Navets en vainqueur s'est assis ; £t ceux qui pour Jeannot abandonnent Pré?ille f Lui décernent déjà I0 laurier ift Virgile*

Qu'importent des succès par la brigue surpris ? On connaît les dégoûts du superbe Paris.

Combien de grands auteurs dans les so^i^pers brillèrent^ Qui ) inalgré Iqurs amis y au grand jour s'éplipsère^t! Le mo^de ^sjt un théâtre 9 et dans ses jeu:!^ cruels « I^'idole du matin le soir n'a plus 4^aut.els* Kqus y verrons tomber cet esprit de collège ^ De ses dieux potagers déserteur sacrilège.

Sa gloire passera , les Navets resteront*

Lb Navet.

Si la fortune un jour y pour venger notre affront y

* Qirouttpfs ne peut avoir enrjers que la yal^ur djp trois syllabes: «rec quatre il choqne l'oreille. Cest le privilège de la poésie de déduire dans ces sortes de mots les deux syllabes à ta diplithongue » en faveur du ae«ibfe ai essentiel en vers.

6 COftHESPOirBAïrÈH

Et donner du relâche aux oreilles ptibliquès y Force à planter des Choux ses mains académiques f Alors y comme un vrai sage à son' jardin réduit ^ Qu'il vienne de 1* Auvergne ètris le bel- esprit. . Qu^l vienne 9 reprenant'les mœuçs de son enfance f ^

ï)e son cœur et du mien sentir la différence.

Je veux lui rendre alors mes bienfaits j mes secours ^ j?r de ce grand débris * consoler les vieux jours.

On voit d'abord qu'il n'y a pas un fond de critique bien fin ni bien délicat à reprocher à l'abbé de Lille d'avoir été nourri de choux et de navets à Sainte-Barbe où il aété élevé. C'est , de plusune véritable bpuffonerie défaire d'un navet un sage , et de faire parler un chou de son cœurj ce n'est pas là la plaisanterie We Boileau. L'omission des potagers dans un poëme des Jardins est sans doute un défaut j mais l'auteur de la satyre , qui prétend dans sesnotes , que les jardins ne pouvaient fournir qu'un épisode (en quoi certes il se trompe beaucoup) , devait sentir au moins qu'à plus forte raison les potagers ne devaient pas tenir une grande place dans un ouvrage de poésie.

Aureste , les vers de cette satyre sontgénéralement bien tournés} il y en a xaème d'un naturel très - heureux ; mais on y remarque

* Hémistiche du poëme des JarÀins»

lieaucoup de fautes qu'on ne peut pas excuser dans un homme qui censure si amèrement un talent rare et célèbre, CherclwrV alliance dt^s écrivains , est du galimathias; créature fra* gilcjesl une cheville ; s'arrêter dans son vol, en interrompant lejilile ses leçons j voilà des figurés incohérentes; quêtant un sentiment et rabdche la foi > voilà des platitudes. Il n*est point vrai qu'on eût brûlé un poète dans Memphîs pour n'aroir pas chanté les oignons; c'est tout au, plus ce qu'on aurait pu faire s'il en avait dit du mal. Le musc du parfumeur est dur , et l'on ne voit pas pourquoi le poëte «^appelle ici un candidat^ le terme estimpropre j et mettre les oreilles publiques pour les oreyies du public, c'est ne pas parler français. Il y a aussi une contradiction marquée à traiter à^ esprit de collège l'hom me qu'on vient de peindre comme un abbé petit^màître; rien ne s'accorde moins ensemble. Voilà bien des fautes dans un morceau très-court; mais' en lisant une satyre, on n'y regarde pas de si près, et vous pouvez être sûr que tout le mopde n'a pas ru la pièce des mêmes yeux que moi.

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