LETTRE C L X X I I I
Xi^ACAD^MiB françaîse a teuu sa séance publique lejourdelaSaint-LQuîs., pour la distribution des prix. Comme j'étais chargé de porter la parole et dé présider l'assemblée ei\ qualité de directeur , les détails relatifs k cet cet objet se trouv^ntdaixs l'exposé queje lus ca jour-là , et que. je vais transcrire ici du moiua en grande partie.
» L'auteur du Siècle de Louis XIV , en déplorant à la fin de son ouvrage la corruption du langage et du goût dans tous les genres de littérature , s'expriuiie ainsi : « C'est contre » cette décadeAce que l'académie française V lutte continuellement j elle préserve le boa y> goût d'une ruine totale en n'accordant des 5?. prix qu'à ce qui est écrit a.yec quelqua » pureté, et en réprouvant tO:Ut ce qui; péch/^. » par le style, c^ C'était nous rappeler en peu, 4e mots notre principal devoir et l'esprit de Ijotre fondation. Bn effet , une compagnie littéraire telle que l'académie française, quoique établie pour l'honneur et le progrès çles lettres, ne peut pas faire naître les talens;
inf is dumoin8 ea priêmmnt un bnt & l'ému»
latioa , elle peaf: encore sçrrir <Je burrièi?^ <2Qntre le mauvais goût ^ si aile p^mst^ k inaintentr dans tonte leur intégrité les yrais principes à^ l'art 4'écrirej^ principes invarift^ blés et sûrs ^^ non pas seulement parce qu'ils ont été ceux des meilleurs esprits de Ums le^ siècles , depuis Aristote jusqu'à Horaee ^ ec depuis Quintiiien jusqu'à Desprjéau:i^ ; qtait sut- tout parce qu'ils sont essentiellement conformes au bon sens y qui est* le oiêiMi dans tpu5 Jes temps et dan? tous les Rettx* C'est le boi^ sens qui nous dit que les deuiç qualités reconnues les plus indispensables en tout genre d'écrire , sont la justesse des idées et la propriété des teroi^es, Jy'acqidéoiîe a cru d'eutant pl^s nécessaire de rappeler aux jeunes écrivains cette vérité communa et oubliée ^ qu'elle a vu en lisant les pièces du concours , que ce dont ils étaient le moins occupés ^ c'iétait de s'entendre eux*cn^mes « et de se fi|ii« entendre aux autres. Plusieurs annoncent de ^esprit et même du talentj mids ceux-là même ne songeut point assez à appliquer les idées au syjet et les expression3 aux idées. On voit trop cJairemejat qu'égarés per 1«9, P9^ique$ $dA^ mmxbcê que l'on fait pour
le mbmelit et pour 4e besoin, ils ont borné t%>us leurs efforts à chercher quelques beautés accessoires , quelqueis parties de Tart dont on leur a exagéré Timportance , et qu'ils ont Begligé Tart lui-mônie dans ce qu'il a d'essentiel î et pourquoi ? c'est qu'en effet on ne^ leur en parle jamaijs. Boileau leur en parlerait : Boileau (si tant de législateurs modernes ieur laissaient encore le loisir de lire et de méditer ces auteurs du vieux temps), Boileau leur dirait : . \
^ AvAKT donc que d^écrîre, apprenez à penser.. ••
Aimez donc la raison : que toujours vos éorits . empruntent -dVlie «eule et leur lustre et leur prîz««»
^ Tout doit tendre au bon sens; mais pour y parvenir^ ■^Le cbemin^st glissant et pénible à tenir.*..
Si le sens de ^'os vers tarde à ce faire entendre. Mon esprit aussitôt commence à se détendre.
C'est peu que dans VouTrageoùles fautes fourmillent ^ ^ Pes Wits dVsprit semés de tems en tems' pétillent: . ^ il faut que chaque chose y soit mise eli son lieu ^
Que le début ^ la fin répondent |lu' milieu ;
Que d'un art délicat les pièces assorties \N'y fassent qu'un seul tout de diverses parties f
Que jamais du sujet le discours s'écartant, '• N 'aille -chercher ^0p tein quelque mot éclatant | ete^
Il faut bien qu'on nous pardonne de citer à ]*académie des vers de Boiieau : ils sont d'ailleurs ici d'autant mieux: places ^ que chaque mot est fait pour rappeler aux jeunes auteurs ce, qu'il est le plus important d'observer, le plus difficile d'acquérir , et le plus ordinaire de négliger. Ces vérités qui leur paraissent si simples , deviendront fécondes pour eux^ quand il&les auront méditées, et ils sentiront mieux toute retendue de ces préceptes, à mesure qu'ils apprendront à les pratiquer.
L'oubli trop commun aujourd'hui de ces leçons si lumineuses,' est une d^s raisons principales qui ont déterminé les suffrages de l'académie en faveur de la seule pièce où elle ait vu un sujet traité et une marche suivie. Cette pièce a pour titre , Voltaire et le Serf du Mont* Jura , avec ces deux vers pour devise:
Je veux que le tœur parle, ou que P auteur se ta£\0* Ne célébrons jamais que ce que nous aimons*
L'auteur est M. deFlorianf, gentilhomMe deS, A. S. M,&f le duc de Penthiôvre. L'aca^ demie n'a point donné dUaccesûit , • parce qtte d'après les principes qu'elle a eus en vnô en décernant le prix , elle n*a pas ;cru dctôir
mccorder eatte diitiaetioii marquée ^ des oif ^ ▼rages qui manquant d^ fond et d'enaçmble ^ et ne se recommandent que par quelques détails. Elle s'est contentée de faire iiqe m^t^'don honorable de six pièces qui lui cmt parn contenir des morceaux estimables > et loérîtar «m encouragement public. ~
L'académie ^ qui a trouvé dans la pièiC^ eoFari»inée ui^ sujet intéjressant , des v^rs ; ingémeua; et faciles , des traits dé seusibiUt^, ne s'est p^s dissimulé ce q^'U pou^f^it y ^vpir ; à désirer j m^^^is elje a H^ru quç ce qni mia.]}* quait à Tov^vrag^ peuvjiil: êtrç sufjj^sa^l* ment comp^us4 ptr d^ni( qualités 4ev^riues ai prodîgi^^eweftt ri^r^s qu'f Jlejç ne jsa»* i raient être trop exMi^ur^gées^ le i^ature^ ^t4| la raison^ *
P<mr en te94ri9i9^io^4*)i|»i ^cje n^H dp raison dans son sens véritable , il n'est p^s h^S 4^ |^i>pos de sç r^ppiel^Jr uu p,Ê|SS?gp^ d'p^ écrivais .célèbre , qpi n'^iupl^WJ; J^e tçj^es qu'à leur place ^ et ne leur donnant jamais îWïfl j^çception y^up p» 9^gA^^ , |eur \m^9^ tOM^ l'énergie q:^ilwr m f^QIpT^, ce ^fi §9% f ncpre on des s^icre^ç P0itix>¥is jsejulç- «nentd^ cemc q^i ^î^v^nt écrira. Cet bof^i^e m JUab«iy ^F* , fl» ^6 au#çiif s ^rigf^m^ du .
ti X T t i a ▲ t & Xé i3
dèitiitfr siècle, ce Les esprits médiocres p ii dit - il ^ croient écrire . divinement ; les » bons esprits croient écrire raisonnable- » hieht, 3» On s'apperçoit bien dan^ U plu* pÂft des productions de nos jours , qtie leurs auteurs n'ont pas des prétentions %% modestes.
Après af oir irendu compte des motifs et des vues de l'académie i qu'il nous soit per^» ffliédê saisir cette nouvelle occasion de maiii-^ fbtér les setitimens qu^elle conserve pour ik méihoii'e dû grand iiomme doiit elle a reçu ^ p^ni àihsl dire » les. derniers soupirs. Bile se félicité d'avoir eticore à couronner un ouvragé coûsattré à la gloire de M. de Vol* taire ^ et VM jeune auteur allié à sa famille PC à son nom^ C'est là sans doute une de ces circohstàilces qui doivent rendre le vainqueur ^IliS itatéreê$ailt , et lui rendre sa victoire plus ckère 5 et pour que rien ne manque aux doiiËfeurs de son triomphe ^ il peut offrir Vhôitntiàge de sa première couronne au prince à qui dès Tenfaucé il eut le bonheur d*ètre attaché y prince que l'adulation ne vanta jimais ^ parce que jamais il iie fit rien pour la vanité j qui tout occupé de soulager des louffranees secrettes ^ met autant de soin à
l4 C O SL H s SF J3( 3) A ]>r CE
à cacher le bien qu'il fait , que cette classa respectable de malheureux en met à cacher 8a misère } bienfaiteur, vraiment rare , qui n'a besoin que des jouissances de son cœur, et non pas de la renommée de ses bienfaits, puisqu'il les répand de préférence sur ces infortunés obscurs 9 dont la reconnaissance aussi timide que leurs besoins , ne sait s'exprimer que par dés larmes- Quelque plaisir qu'il y ait à rendre un hommage si légitime et si pur, il eût fallu peut-être l'épargner, à sa modestie j mais nous aurons eu du moins pour excuse le désir de fiiire entendre Texpression de la voix publique. à la tendresse filiale qi^i en jouira plus que lui, à la princesse auguste **" en qui Von adore, et cette bonté affable em compatissante qui semble chez elle un héritage dé famille , et ces grâces que son sexe sait ajouter aux vertus. »
M. d'Alembort fit ensuite la lecture dé la pièce couronnée} l'abbé Arnaud lut un moj> ceau dç prose intitulé , Portrait de Jules^ César ^ qui fut fort peu applaudi. C'est à deux ou trois phrases près un lieu commua
* M.^2 U ductcscc d'Orléans, présente à k séanct.
Xi »T T i A A I a?* . i5
ambitieuieinent délayé nily ade la pesanteur et de l'embarras dans le style , des fautes de sens et de diction • Le ver^ fameux de Lucain ,
Fil aciam reputans si quid superessei agendum. Croyant n'avoir rien fait tant qu'il lui reste ^ faire.
est paraphrasé en quatre lignes de prose. Il y a beaucoup d'autres idées d'emprunt dans ce morceau de rhéteur > fort différent des portraits que traçaient en \ingt ou trente lignes Saluste , Patercule , Tite - Live et
Tacite.
Pour achever de remplirla séance, je Iu3 la traduction du dixième chant de la Pharsale^ suivie d'un épilogue adressé aux mânes de Lucaîn , et Tun et l'autre ont été fort applaudis , sur-tdut l'épilogue. M. d'Alembert finit par annoncer au public la fondation^ d'un prix de douze cents francs qui doit être donné à une action vertueuse , mais qui dans Tintention du fondateur , ne doit être décerné qu'à une personne de la classe du peuple, celle de toutes qui a le plus besoin d'encou-ragement et de récompense.
Un autre programme annonçait aussi un.
prix de la même valeur pour un catéchisme (Je naôrale , propre à servir à l'éducation de* enfans.
16 colLiLlt«»oirsAa-«ii
Parffît les parodiés qn^on joo^ de tenips en temps au thëfttre italien i on a remarque celle à'Jgis ^ non pas qu'elle itfct meilleure que lés autres I mais pour une singularité en éfiet asseiE étrange. On y a mis en dcène totrtë lliistoire du parlement Maupeoù sous le der^ liier régne i Le roi de Lat:édémone ordonné à wû ministre de lui composer un sénat à sa dé-* tdtioii ^et le ministre ne peut en venir à bout^ attendit que tout le moxide $e moque dé ^es nouyeaulc sénateurs. Cela fournit matière à dès couplets et à des plaisanteries dont l'allusion fait tout le mérite ; mais ce mérite Q^i de nattifre à être fort goûté par tous les ordres de spectateurs.
Comme on Se met à présent à parodier dé niatiYâises tragédies, espèce d'hdnneur qù'âu^ trefbis on n'accordait guères qu'aiist bonnes pièces i il faut espérer- que nous àùroils la parodie de Tibère^ ouvrage ridicule ei absurde qiie l'on jotie actuelièmént au théâtre' Français^ à la vérité sans aucun succès, et qui est d'un M. JP**^ secrécaire de la galette:
assurément il n'est pas celui des Muses.
riTTlâRAIRS.