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baron de Tshoudî , auteur des Danaïdes , mort avant la représentation de son ouvrage^ s'y est pris tout autrement. Il a montré sans cesse $ur la scène cette multitude de furies dans toute leur horreut ; on les voit autour de leur père faire 1^ germent d'égorger leurs époux ^ avec une tage égale à la sienne ; on les voit ensuite, suivant l'ordre qu'elles reçoivent de lui, danser avec eux et leur faire toutes sortes de caresses et d'agaceries, ayant sous leurs robes les poignards dont elles doivent les frapper, et qu'elles ont soin d« montrer aux spectateurs j on les voit après le meurtre commis , revenir sur la scène en robes de nuit, le poignard sanglant à la main, danser une bacchanale; et ce spectacle de Cannibales, cette fête d'anthropo- ' phages t tout cet amas d'atrocités froides qui soulève le cœur sans l'émouvoir un moment ni de pitié ni de terreur , a été supporté sur le théâtre où Ton joue Armide ^ -'O'^ €t Didonî II ne faut pas s'en étonner j quand une fois l'on a passé les bornes naturelles (jue le goût et le bon sens ont prescrites pouf ,tous les arts d'imitation, il n'y a pas de raison pour s'arrêter. Chacun est le maître de prendre ses plus bizarres . fantaisies pour.da
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belles inventions, et les progrès de Textravagance pour les pas du génie. Il faut s'attendre au premier jour à voir manger sur la scène de petits enfans tout cruds. Nous avons déjà vu Médée égorger les siens, quoique Horace eût dit chez un peuple qui avait un spectacle de gladiateurs ,
Necpueros coram populo Medea trucidet^
Cela n'a pas empêché qu'à la dernière reprise du ballet-pantomime de Médée , on n'ait cru le perfectionner beaucoup en faisant tuer sur le théâtre les enfans qile l'on tuait auparavant derrière la scène j et M.l^^ Heinel donnait avec beaucoup de dextérité un coup de poignard à droite et à gauche, ce qui faisait le plus bel effet du monde.
Le style est digne du plan ; il est dur , plat, barbare et ridicule.
%i Pan de nous osait violer sa promôsse , Ciel ! désigne'le par tes coups.
Que ta foudre vengeresse Le sépare d entre nous,
A l'égard de la musique , il est arrivé ce que. j'avais, prédit; On a bravement mis sur l'affiche, par M. ""^ Gluck et Saliéri; mais quand on a vu que malgré tous les efforts de. la
LITTERAIRE. tlZj
cabale, il n'y avait pas moyen de faire réussir Tin récitatif aigre , monotone et criard , un opéra dénué de chant , si Ton excepte quelques airs de ballet, et dénué d'effet musical , si Ton excepte un chœur du second acte , le serment des Danaïdes ; alors est venue de Vienne au journal de* Paris ijne lettre de Gluck , qui déclare que, cet opéra est tout entier de Saliéri, et qu'il lui en laisse teinte la gloire.
Cependant les premières représentations de cet opéra ont attiré du monde , comme en attire tout ouvrage de parti , et d'ailleurs il y a du spectacle, La décoration du temple de^Némésis est fort belle, et le moment où le palais de Danaiis s'embrase par la ' ^ foudre et fait place au Tartare , est d'une belle exécution; , quoiqu'il s'y mêle encore des détails ridicules. Danaiis est tranquillement assis dans le Tartare comme sur un canapé j il fallait le représenter sur une roche , enchaîné pittoresquement comme Prométhée. A la première représentation on avait imaginé un gros vautour qui lui man-»
geait le cœur ; mais ce repas , je ne sais pourquoi , n'a pas ragoûté le publie , et on ne Ta pas servi une seconde fois. Vous voyez qu'il
a38 coRaÉSPow D AarcE
n*y a qu'heur et malheur 4 car on pouvait bien supporter à TOpéra le cœur mangé par un vautour ^ comme à la comédie française le cœur servi si proprement à Gabrielle de Vergy.
On attend ici le roi de Suède dans les premiers jours de juin ^ et l'on diffère jusques^là la réception de M. de Montesquiou à l'académie , dont on veut faire voir à ce prince une séance publique. L'élection de M. de Montesquidu à la place de l'évêque de Limoges lui a valu une épîgramme 9 car il faut bien qu'on en fasse sur tout , et principalement contre l'académie. On nous traite comme Içs puissances : heureusement cette épigramme n'est ni longue ni amère.
Mootesquiou*Fesenzac est de racadémie»
Quel ouvrage a-t-il &it t sa généalogie.
Presque toutes les satyres contre les élections académiques portent sur un préjugé très- faux. Il semble que l'académie française doive être composée de quarante hommes de talent : on ne les trouverait pas dans toute la France: Il entre dans l'esprit de son institution de choisir des a^^ateurs , et c'est une manière d'honorer la littérature , que de les prendre dans les classes les plus distinguées.
Xjt 1 r T à K A i n Ji. 239
àe l'Etat. Au reste , nous aurons bientôt une nouvelle place à donner : M. de Pompignan est à rextrémité et peut-être mort j il a reçu l'extrême - onction , et il a dicté une déclaration de son attachement inviolable à la doctrine de l'église. Le roi a demandé de ses nouvelles , lorsque M. de Choîseul-Gouffîer lui a porté le vœu de l'académie en faveur de M. de Montesquiou.
Les S^moires de la vie de Voltaire qnî
avaient couru manuscrits , sont aujourd'hui
imprimés et se vendent sous le manteau ,
malgré les plaintes du ministre du roi de
Prusse. Les deux pièces les plus curieuses
§ont sans doute les vers de Frédéric contre
Louis XV, et la réponse à ces vers attribuée
à M. le duc de Choîseul , mais qui est (dit-on )
de Palissot , ou de M. de Lisle, officier de
dragons. Frédéric a Tait des vers français
qui ne sont pas trop mal pour un roi Aller
mand , sur-tout quand Voltaire les corrigeait;
mais il a fait ceux-ci tout seul , on le voit
bien , et vous n'aurez pas de peine à croire
que la réponse vaut infiniment mieux que '
ses vers.
a4o CORRESPONDANCE
P>W«MM^M^«PWl»-M«M
LETTRE CCVIII.
Le roi de Suède a assisté à la séance publique de racadémie pour la réception de M* de Montesquiou , et le récipiendaire et le directeur ( M. Suard) ont tou3 deux fait entrer l'éloge de ce prince dans leurs discours. Après la séance , il a causé avec tous Jes académiciens.
LediscoursdeM. de Montesquiou est celui d'un homme de cour; il ne contient que des éloges, et ceux de Monsieur, frère du Roi , et de M. le comte d'Artois y tiennent une grande place. M. Suard, quoique son discours soit trop long, s'est pourtant préservé de la monotonie des louanges , en semant dans sa réponse à M. de Montesquiou des idées générales sur les avantages que la langue. et le goût pouvaient retirer dePassociation des gens de. lettres et des gens du monde , l'ui^i des objets qui ont dû entrer da^s le projet d'établissement d'une académie française- Il a traité cet endroit avec beaucoup d'esprit, quoiqu'en donnant peut-êtr un peu trop d'importance à ce qu'on anpel
IiITTiRAIHEi 241
le bon ton , mot si vague , si susceptible d'arbitraîre dans Texplication , si soumis à la mode^ la chose du monde la plus va* riaJ3le , qult serait beaucoup plus facile à un bon esprit de s'en passer que d'en faire l'objet essentiel de ses études. En faisant sentir ce qu'il a d'utile , il fallait ne pas laisser oublier tout ce qu'il a de frivole j jl fallait ne pas allejr jusqu'à dire que la politesse est un talent : c'est abuser . ce tae semble , des idées et des termes. La politesse dans l'esprit et dans les manières est une très-bonne qualité qui s'acquiert par l'usage et l'observation du mpnde, et n/est point un talent ^ car un talent est un don de la nature. Il y a d'autres fautes dans. ce discours , des expressions impropres , de n^auvaises constructions , des phrases entortillées et obscures , par exemple celle-ci : « notre langue est plus variée dans ses tours que dans ses mouvemens. » Qu'est - ce ! que les mouvemens d'une langue ? ce ne peut être que les figures de pensée et de diction ^^ et ces figures seront plus ou moins nombreuses , selon que l'homuje qui parle o^. qui < :rit sera plus. ou mcfins éloquent j, plus 4 X moins passionné.' Cettç difîérence^iie.'tîikit
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point à Tidiôme , mais à l'individu : aussi yoyons-nous que chaque langue a ses constructions p mais que dans toutes les langues les passions ont les mêmes mouvemens. Il en résulte que dans cette phrase Vauteur ne s'est pas entendu lui-même. En voici une autre bien plus extraordinaire , sur-tout <dans un académicien , parce qu'elle pèche à la fois et contre let bon sens et contre la syntaxe. Si les Muses ont des charmes pour vous y dit-il au récipiendaire ^ elles ont encore moins de rigueurs. Cette phrase est totalement absurde : lé mot moins suppose ici une phrase négative quiprécède y celle-ci par . exemple : siles Muses n^ont point de charmes ou ont peu de charmas . . . elles ont encore moins de rigueurs. Moins est alors le corrélatif de point ou àepeu ; mais comment entendre que les Muses qui ont des charmes aient encore moins de rigueurs qu* elles n^ont de
charTnes ? Cela est incompréhensible ; et Ton n'a pas manqué d'observer qu'il était désagréable qu'un directeur présidant Tacadémis dans une assemblée- publique , commît des fautes si étranges. Cela n'empêche pas que son discours n'ait fait plaisir en général , et SI ait ét^ £brt applaudi.
M. le duc de Nîvernoîs a lu ^ne demidouzaine de fables d'une moralité juste, mais commune , et d^uue yersification aussi mince que sa voix est flûtée : Tune semble être faite pour l'autre. Mais sa personne est aimée et justement aimée , et Ton a fort applaudi ces vers de duc et d'amateur. ^
M."® de Genlis vient de faire paraître ses Veillées du Château en trois volumes'^ faisant partie de son cours d'éducation. Il s'en faut de beaucoup que ce nouvel ouvrage soutienne la réputation que les pré* cédens lui ont méritée: mais il lui fera encore plus d'ennemis , et Ton ne peut nîeiT cette fois qu'elle ne l'ait bien voulu.
hes Veillées du Chdleau sontun recueil de contes instructifs et moraux, du moins dans les deux premiers volumes. On y retrouve dans plusieurs endroits le talent de Tauteur, des traits intéressans , des détails heureux , l'art de mettre la morale en action , et de donner à la vertu ce charme qui doit se faire sentir , sur- tout à des âmes neuves et innocentes i mais aussi la critique trouvera beaucoup à s'exercer sur d'autres parties , et l'auteur a donné le droit d'être sévère. Il y a une très4ongue histoire iatitulée la Féerie de là
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Nature, qui est très-mal inventée^ et dénuée également d'intérêt et de vraisemblance.
L'auteur a voulu y rassembler quelques-unes de ces petites merveilles de la physique qui peuvent en effet étonner des enf^s p mais qtd sont depuis Ion g- temps si communes et si connues qu'elles ne sauraient surprendre un jeune homme qui a fait quelques études et qui a lu , tel que celui qu'elle a introdtdt dans son conte. Il n'y^a point d'homme , . pour peu qu'il ait eu quelque éducation, qui ne connaisse les effets du phosphore , de l'écho , des feux électriques , les accidens de la lumière sur des rochers de glace , etc. etc. j et il n'y a qu'un imbécille qui puisse les prendre pour des miracles , et en rester stupéfait. On ne voit dans ce conte que là prétention de montrer des connaissances acquises de la veille , et dont le mérite; est nul dans un temps où toutes nos jeunes femmes qxd font de& cours de physique , en savent beaucoup plus en six mo;s que M."»* de Genlis ne peut leur en apprendre dans son livre. La partie morale de ce conte n'est pas moins repréhensible j c est une exagération continuelle de couet d^ vertu > et la bizarrerie y ê&t
XiIttiSrâ lus. ^45
portée jiisqu^à Fabsurde* L^auteur veut absolument qu'on détruise toutes les pas* sions dans une jeune personne, et cela est impossible : la sagesse ne doit tendre qu'à les diriger et à les tempérer. Mais comment conceyoir qu'un père qui destine sa , fille à un jeune homme qu'elle aime et qui en est aimé , lui dise : je yeux que ma fille vous croye amoureux d'une autre femme, et je vous défends de la détromper ? Quel amas d'inconséquences cruelles dans une pareille conduite ! Quoi ! ce père veut que sa fille soit gratuitement malheureuse, et que sou gendre joue le rôle d'un homme faux et inconstant !
Et ne songe-t-il pas que sa fille , après avoir long-temps souffert , peut finir par oublier celui qu*elle croit perdu pour elle , et en aimer un autre P il aura donc fait alors )e malheur de celui qu'il avait choisi pour gendre. De plus, toute feinte et toute dissimulation n'est - elle pas condamnable ?
Comment en donne- t- on le précepte et l'exemple dans un livre d'éducation? Voilà j usqu'où mènent les idées outrées et les vertus factices.
Mais ce qui est plusinexcusableque tout le reste, c'est le 3..* volume. Il est inouï que dana
a4^ con&BSFOvDAS'CS
un ouvrage de ce genre U y ait un Yolame consacré k la haine et à la vengeance, et rempli de satyres améres et injustes contre ^ l'acadéoiie française en général , et contre ge$ membres les plus illustres* Ce projet 10 manifeste sur-tout dans un conte d'une excessive longueur, qui a pour titre les Deux Réputations. Le fond de ce conte est trivial et insipide ; on voit que ce li'est <}u'un cadre pour amener , n'importe comment^ des diffu^m^ions personnelles, directes ou indirieçtes. Les deux principaux personnages sont deux homnies de lettres, dont Tan est honnête, et l'autre n'est qu'un intriguante Tous deux aiment une veuve t et prétendent en même temps à Taca'' demie. Il y a ni^e pl^uce vacante, et la veuv^ promet sa u^ain à celui qui aura mérité cett^ place . C'est ce mot de médité qui fait tout le nœud de l'intrigue , cjt qui est la pointe ile l'épigramn^ie. L'intriguant nia plape à^Q,cdr ùéwxçion , et oroif v^w la main de la veuve j jnais celle - ci ^ a^xi contraire , prétend que puisque! a pbj^enu la pl^^e ^ c'est une preuve qu'il ne l'a pai méritée ^ et en conséquence fille épouse son rival- iî'e&t bi^i là le caa* dç IV^o^e fi connu : gu^i ptQUve t^op m^
prouve rien. Certainement Tacadémie est très - faillible , puisqu'elle est composée d'hommes j mais comment établit - on en principe que Son choix est toujours le contraire de la justice f Comment fait^on de ce principe calomnieux la base d'un conte qu'on appelle morale Enfin ^ lorsqu'on se souvient que M.«p« de Genlis a voulu , il y a deux ans , avoir le prix de l'académie , et a naême fait pour cela des visites et des démarches qui ne sont point d'usage ^ lorsqu'on sait que dès ce temps elle menaçait l'acadé*mie.d'une satyre , si elle n'avait pas ce prix que M.°*« d'Epinay remporta , on ne voir dans toute cette conduite que les égarement d'tin amour -* propre offensé, qui n'est ni sable ni même adroit dans ses vengeances; et ^ ce conte y prétendu moral, peut con** tenir une leçon ^ c'est sans doute qu'il faut bien se ^rder d'iiiiiteE l'auteur.
. On peut ajouter qu'il ne faut pas :l'en croire non plus dans ses jsugemens lîtlérairety toi»jaur« dictés par la passion et Tes^ril de ]jarti \ et certes personne ne croira sur sa parole , que l'auteur de Zaïre , de la Henriade^ de l'histoire de Charles XII et de tant de poésies légères n^uît jamais^ qu^une^
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manière et qu'un ton dans son style ; que les contes moraux de Marmontel sont d'un homme sans connaissance du monde ; ni que M. de Buffon , dont le défaut est précisément d'avoir un style trop uniforme , soit beaucoup plus varié que Voltaire.
M.°*« de Genlis n'était point obligée dans un livre de morale d'assigner ainsi les rangs en littérature , et tout ce qu'elle nous apprend 9 c'est qu'elle n'aim^ point du tout Voltaire y et qu'elle aime beaucoup M. de Buffon 9 ce qui n'est ni fort instructif ni fort intéressant, et ce qui sui^-tout n'est point une excuse pour juger si mal tous les deux^ On pourrait citer d'autres jugemens de M."^^ de Genlis » tout aussi bizarres et toujours dictés par la même partialité. II ne suffit pas d'âtre l'amie d'un historien d'ailleurs estimable, et d'en avoir été prodigieux sèment louée, pour être en droit de nous dire que c^est le seul historien qui ait du sentiment ; elle a voulu dire sans doute de la sensibilité ; car on n'a jamais dit qu'un historien eut du sentiment. Mais il me semble que Tite-Live, Tacite, Voltaire, V.abb6 de Vertot ne sont pas des historien^ iroids, et léyr sensibilité p'est jamais déd(^
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matoire. M.™« de Genlis annonce un cours de littérature : il y a toute apparence que ce sera un cours de préjugés et d'erreurs , puisque l'auteur juge avec ses passions plus qu'avec son goût et son esprit.
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