LETTRE CCIX
LiAturpitude de notre théfitre et de notre littérature va toujours en se perfectionnant, et il est de plus en plus avëré que les succès ne ^ sont plus qu'une affaire d^arrangement. Quelques-uns de nos confrèresi pleins de ce tendre penchant que des gens mêmes de mérite ont si volontiers pour la médiocrité , se sont mis dans la tête de porter à l'académie im M* Leblanc , auteur d'une tragédie de Maneo Capac qui est un chef • d'œi»vre de bêtise. Ils l'ont aidé à faire remettre au théâtre une autre rapsodie de la même^ force , intitulée les Druides , jouée il y a dix on douze ans avec quelque succès i, parce qu'elle était remplie de déclamations satyriques contre les prêtres , et qu'il y avait un rôle de pontife où l'on roulait reconnaître l'archevêque de Paris , Beaumpnt , à qui ses qùejfelles avaient fait beaucoup d'ennemis; et il n'en faut pas davantage pour faire applaudir les plus mauvaises choses.
C'est cet ouvrage détestable de tout point ^ absurde dans toutes ses parties, d'un style
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ridicule et barbare , hérissé de contre • sens et de aolëcismes , ^qu'on est parvenu à faire applaudir sans contradiction , ce qui est tou* jours très ^ aisé quand l'auteur est trop xné« diocre pour avoir des détracteurs. Cependant comme il n'est pas aussi facile de faire suivre une pièce que de la faire applaudir avec des billets payés y les Druides n'ont pas attiré de monde , et cela n'ira pas loin ; mais il est toujours honteux qu'on tolère de si scanda-^ leuses rapsodies.
La fortune de Figaro se soutient toujours : ^ Içs vingt premières représentations ontTalu cent mille francs. On est à la vingt-septième p et l'affluence est toujours la même. Cela doit aller au moins, suivant toute apparence, à quarante représentations "^ , qui dans la salle immense de la comédie française en valent quatre-vingt de l'andenne salle. M. Suard^ ennemi personnel de Beaumarchais , a fait une sortie très ^ vive contre les Noces de Figaro , qu'il a désignées assez clai-* rement dans sa réponse. Voici comme il s'exprime en parlant de la décadence
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de Tart dans le genre de la comédie :
« N'est-il pas permis de craindre que par » un abus toujours croissant, on ne voie >? un jour avilir lé théâtre de la nation » par des tableaux de mœurs basses et » corrompues, qui n'auraient pas même 53 le mérite d'être vraies , où le vice sans » pudeur et la satyre sans retenue n'inté^ » resseraient que par la licence , et dont 13 le succès ^dégradant Tart en blessant » rhonnêteté publique , déroberait à notre » théâtre^ la gloire d*étrc pour toute TEu- 3» rope Técole des bonnes mœurs comme du •3 bon goûtj »
Ce morceau fort sensé dans lès vues générales , pèche par deux endroits où il manque de vérité , d'abord dans les termes , ensuite dans les choses. JLa iicenea ne peut pas intéresser : il fallait mettre ne plairai0âà que par la licence; car la licence peut plaire quand les mœurs sont très-corrompues, et le succès dé Figaro en est la preuve.^ De plus, il n'est point du tout prouvé que les mœurs de Figaro ne soient pas vraies : on prouverait aisément le contraire. Cette tirade a été applaudie avec transport par ce même public qui court ,
en foule à Figaro , et rien n'est plus commun que ces sortes de contradictions.
M, Anquetil^ auteur de V Esprit de la Ligue ^ et frère de racadémîcien des inscriptions à qui nous devons un Ouvrage trèscurieux sur la religion et les livres des Brames^ vient dé noua donner la Vie du maréclial de F'illars en quatre volumes, rédigée sur les mémoires écrits par Villars lui-même , et dont nous avions déjà une ancienne édition en trois tomes. Celle-ci est mieux digérée et plus complette : on y a joint le journal fait par Villaxs , et qui sert de suite à ses mémoires. Tout ce qu'on peut reprocher à l'éditeur , c'est d'y avoir laissé des fautes de diction q^'ii était très-facile et très-permis de corriger , et qui déparent trop souvent cet ouvrage ^ d'ailleurs très- curieux et très-instructif.
Lcj chevalier de Florian vient de remporter encore le prix de poésie à l'académie française* Il y avait soixante - cinq pièces de concours : il n'en est resté que deux , la sienne et une autre dont on fera mention.
L'ouvrage couronné est tiré de rancien testament : c'est l'histoire de Ruth , espèce d'églogue la plus intéressante que l'antiquité nous ait laissée. La pièce de M. de Florian
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est écrite avec facilité ; il y a de la grâce et de la douceur ; c'est le style du geni^ qiii ne demande pas une poésie forte ; et c^est encore une preuve d'esprit et de jugement dans l'auteur ^ de choisir des sujets qui n'exigent guères plus de talent poétique qu'il n'en s^
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