LETTRE CCX
Xj'Éloge de Fontenelle par M. Garât a donné lieu à un usage nouveau , introduit pour la première ibis en sa faveur , mais qui désormais ' parait dev4>ir être général. Il a densandé à lire lui - même son discours , et on le lui a permis. Il a lu debout et avec une extrême rapidité : c'était ce qu'il pouvait faire de mieuï ^ le discours étant d'une extrême longueur ^ quoique l'académie lui en eût fait retrancher un tiers. La lecture
en a duré une heure et demie ^ encore en lisant en a-t«il supprimé quinze ou vingt pages qu'il a conservées à l'impression , mais qu'il a sacrifiées*à la craiilte de lasser son auditoire. Les discours les plusloiigs que l'académie eût couronnés jusqu'ici, mêmesur les plusgrands sujets y n'avaient pas excédé cinq quarts* d'heure , et en général elle désire qu'ils ne passent guères une heure , ce qui est une mesure fort raisonnable , les chefs*d'œuTre des Bossuet et des Massillon ne s'étendant pas au-delà. Mais M. Garât, comme tous les rhéteurs , prétend qu'en une heure otk ia'a pas
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le temps d'avoir Ju génie y et mesure le sien plutôt paf la longueur que par le mérite de ses productions. M« Garât ignore que celui qui n'a pas la mesure juste d'un sujet , n'en a pas une juste idée ; que celui qui ne S£(it pas le borner , ne sait pas le remplir. Aussi q[ue fait - il ? il étouffe sous l'amas des lieux communs, et des digressions et des hors* d'œuvres , le peu de beautés réelles qu'il répand dans un ouvrage. Il est diffus quand il croit être profond; il s'égare sans cesse an lieu de marcher à un but , et fatigue tellement son lecteur qu'on pi^end le parti de le laisser là. Rien n'est si pénible à \\te que M. Garât , quoique dans tout ce qu'il écrit il y ait de l'esprit ; c'est que son esprit n'est pas réglé par un jugement sain ili par un goût sûr. Jamais il ne conçoit un ensemble et des effets ; il fait un morceau , puis un morceau y et chaque morceau lui fait .oublier l'ouvrage entier. Joignez à ce défaut d'ordre et de distribution un style laborieuisement recherché 9 des phrases entortillées y des consrtrùctions louches , des périodes d'une longueur assonunante, des expressions de mauvais goût,' des idées fausses 3 tous ces défauts qui se manifestent
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^lus ou moins dans ses différentes produc- . tiens, ne laissant pas esprérer qu'un homme qui à rage de trente • six ans n'est pa« 'piu$ avancé ni plus mûr, sache jamais ixi bien Gomposer ni bien écrire. Il i^estera dans: la classe de tant d'écrivains médioct-es , qtii avec de l'espcit et du talent, n'ont jamais p:U faire que dés morceaux; et pas un. ouvrage.
Il y a dans son éloge de Foateneljle do9 endroits dont le 'mérite peut justiJBer ,ka suffrages^ de l'académie^ qui ne prétend pas et Kfés peut pas couronper souvent des chefs^ d'œuvre* I*e morceau qui regarde lesi £/a^es des académiciens \>eiv Fontenelle, et quelque^ autres encore se font r^nlarquer ààas la seconda mojitié de son discQufs ; /itia^s toute la première est excessivement défeci tueuse 9 et pour le , fond et .pour la foriïie; Quoi de plus bizarre et de plus mal-adrott'i de plus opposé à la connaissance dé l'art Oratoire, que de dét^iller^ çt de développer* très- longuement tous Jes gtorés de taJejUf que Fontenelle n^a pas eus? Eh 1 ce n'e^ï pas cela qu'on 'vous demande ; dît^s-îiqyf^ en quoi il a été louable >pui{»que vpusf }3p louez y et ne faites pas comure; ce vïilçt dp comédie , qui montrant tour- à< tour qir^q; ou
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fiîs maisons , au li^ dci la seule qu'on lui demande i dit toujours : ^uons voyez bien cette maison là- bas: eh bien ! ce n^estpas eelle^là:
II n'est pas étonnant qu'avec nn plan temUable on fasse un discours de troii heures > quand il en faudrait un d'une deini^ heure. Ce n'est pas richesse de composi* tion; c^est pauvreté de jugement. On pouvait apprécier en unû page les . pastorales de Fontenelle; mais ce n'eat pas là ce qui occupe M» Garât. Il eét questicm de pas* torales : eh 1 vite , une poétique sur Téglogue; car il convient au g^nie d'être législateur même dans le^ matières où tout a été dit ; et là - dessus quinze pages sur Théocrite et 5ur Virgile ^ qui servent merveillensement à faire sentir le mérite de Fontenelie. Il a fait nn opéra fort médiocre : eh ! vîte, une poétique sur l'opéra et un long élc^e de Quinault. Il a fait des Dialogues des Morts ^ qtti ne sont le plus souvent qu'un abus d'esprit : eh ! vite^ un long panégyrique de Lucien* Voilà ce que M. Garât appelle faire un discours avec génie. Mais qu'est- il nrrivé ? son dJiscours » assear accueilli à la séance publique , mais à la faveur d'une
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techare oiorcelée^ n'a pii $é soutenir eix son entier dans le cabinet , et personne > que je fiaché, n'a pu le lira sans ennuii
Ou'^ fait mention d'un antre élogô dé i^antenèl])^ par M. Leroi : il çst en général d'un esprit judicieux et d'un style sain^ On j distingue sUr-tout nn pax^allèle dé Voltaire ^et de Fotitenelle assez bien fait ; niais l'ouvrage est peu approfondi, et ne s'élève guères an-dessus du médiocre.
L'églogue de ÂuiA que M. dé Fldriàn a lue aussi lui-même^ a paru faire plaisir. Il f a des chotôs faiblit > prosaïques et négligée^ ^ niai$ dumûins le style est en général celui du gente ; il a de là douceur , de la grâce et de la tiaxvété. On peut remarquer que l'auteur a le bon esprit de. ne choisir que das sujets qui ne s^élètent pais trop au- dessus de son talent poétique qui est niédioqre* 11 téussit infiniment mieux en prose : il vient de donner Un petit volume de Nouvelh^i 9ur six il y en a quatre de fort jolies, sur-tout la dernière qui roule sur .une très «- ingénieuse allégorie du bonheur. Ces Nomeii^s, quoique "fort agréables à lire , ne sont pas aussi purement écrites qne Galathée. On voit qu^ Tailteur les it moins aoignéeâ , et mémn çlles ne font
sl6o courespondâk^cs
pas eixetnptes d'afTectatioi^i et de mauY^iâ goût y tant la contagion est difficile à 'éyiter. -
M. de. Rivarol , ^ofinu par quelques satyre Spirituelles 9 facifes à faire et à lire, vient de remporter un prix d'éloquence à racadémie de Berlin, Le sujet était intéressant : <fe?' tauses de l'universalité de la Langue française. L'auteur les développe ^yec beaucoup d'esprit", mais parfois avec cehii d'antrai, notamment de Tabbé de Condiilàcj il a des connaissances; son ^tyle est rapide et bril^ lant j mais gâté à Tèxiiès par To^bus des \ figures et dès métapfiores. Rien.ne prouve inieurx combien cette épidémie est géné- ' raie, que de, voir à quel point en sont infectés des gens même qui n'ont paç un esprit vulgaire. ,
On a joué aux Italiens .avec beaucoup dé Succès un petit drame intitulé Funfan et Colas , tiré d'une fable de l'abbé Aubert. C'est une des trois ou quatre qui ont paru les meilleures dans son insipide recueil; Il y a ; quelque intérêt dans le sujet , et la pièce est bien jciiiée j mais il ne faut pas la*lire* Quel- »
' ques traits de naturel ne sauraiexJt racheter
^toutes les fautes qui s'y trouvant contre l'art, lé bon sens et le goût .^EUe est sous le nom de