‹ Correspondance littéraireChapitre 40 sur 47 · L E T T R É C CXI I · texte numérisé non relu

L E T T R É C CXI I

XV COMTE ScHOWAtOW.

JDbfuis que l'enthousiasme pour les ballons aTest un peu calmé , rien n'a plus occupe Jês * esprits que le magnétisme, animal. Le gouvernement s'en est enfin mêlé, etîl le devait. Vous demandez ce que j'en pense : le fond de la question n'est pas de mon ressort , puisque je ne suis ni ijiédecîn ni physicien, j 'Je n'ignore pas quelle est l'opinion de ceux ' qui vont prononcer, et qui en ont le droit, .

Mais jç n'e^simine ici que les probabilités • morales qui trompent rarement, et j'avoue qu'elles rie sont pas en faveur dç Mesmer. Sa conduite n'a pas été celle d'un homme qui ] veut faire part à riiumanité d'une grande et utile découverte, en tâchant^ comme il.'est trop juste , d'en tirer une récompense j mais celle d'un charlatan frès-âdrdit qui a su , à force de patience et de réserve , exciter une grande Curiosité et la faire tourner à son '^ profit, sans jamaiis la satisfaire , d.'où l'on'peut inférer que la lumière^e lui est pas favorable.

H s'est environné jusqu'ici d'un nuage îinpésétrable.^l^enciaat t/ois ans il a fait peu de sensation dans ce pays ; on n'avait pas fait une grande attention à l'exposé des principes gé* nëraux dif phy^itjue qui étaient e6mp;ie les prolégomènes de sa mystérieuse doctrine.

H annoit^ait toujours un grand secret que le gouvernement sieul pouvait payer , et se contentait de quelques traitemens particuliers qui ne faisaient pas grand bruit.. Cependant ' ^ dès la seconde année de son séjour, quelques curea^ qu'on pouvait fort bien croire opérées par la nature, pour peu qu'il ne l'eût pa« contrariée, "engagèrent le gouTemement à lui offrir vingt milice livres de pei^sion et une maison -aux frais du roi, obt il traiterait desmalades^ pdur éprouver les effets de son système médical sous les yeux de commissaires instruits dans ' cette partie.

Cette proposition semblait devoir convenir à un homme qui aurait agi de bonne foi :

l'utilité de son remède un^ fois constatée , les vingt mille livres de pension lui étaient assurées pour sa vie, et cette récompense était honnête. Il refusa, et ce refus parut très- justement suspect. Il donna pour raison qu'il ite Toulait pour jugés ni médecins ni savans

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dont il craignait ia/a/02£5ie. Il roulait qu'on

s*en tint au rapport de se$ malades ^ et qu'on

lui payât pour Tacquisîtion de son secret la

somme qu'il demanderait. Il demandait au

inoin» cent niille écjos ; il fut re%$é à son

' tour^ et devait l'être. Il est sûr que récusant

les médecins et les savans^ jiiges âaturela

dans ces înatières , il devenait fort difficile

de le juger } car assurément cela u!étaît point

delà coînpétence des tribunaux » ni même

de ses malades^ que Ton peut si aisément

abuser sur les moyens cur^tifs qu'on a em*

ployés. Mesmer ne se rebuta pas : connais*^

sant bien notre nation ^ il jugea que s'il parve'

nait à faire seulement un enthousiaste dans la '

classe d'hommes qui donne le ton aux autres^^

cela suffirait pour lui en iaire mille ^ parce

que dans ce pays -ci le mourement une

fois donné et la chose devenue mode , on

ne peut plus calculer jusqu'où elle ira. U

annonça qn'il révélerait sa doctrine à quel*

ques personnes' dont il serait sûr et sous le

sceau du secret. Le premier adepte qu'il fit

fut le comte de Puységur ^ \ qui il apprit i

magnétiser; celui-ci lui en gagiia d'autres*

li produisait ou paraissait (Siroduire des effets

extj:àor4inaire8 $ et cela faisait t^amusement

des sonpers.Toutle monde voulut être ï portée d'en f^ire autant 9 et Mesmer disant toujours qu'il ne voulait que répandre la lumière en conservant la propriété de son secret qui était touCe sa: fortune , on convînt que tous ceux qui voudraient apprendre ses procédés magnétiques ^ lui paieraient cent louis , et promettraient sur leur honneur de ne point révéler Ses principes en les mettâtït en ac* tion. Ce fut à qui se ferait inscrire , eten sîx mois Mesmer se trouva (dit- on) en- état de placer ici deux cent mille écus* Le nombre de ses partisans croissait., toiis les jour^: imaginez quelle jouissance pour^ des têtas françaises que la possession exclusive d'un

jsecret^ et quel plaisir pour dés hommes qui ne cpnnaissaiienïpaaseulèment le mouvement du pouls, V de* se voir pour cent louîs érigés en thaumaturges î On courut .mi foule à soft baquet , hommes et femmes , et à celui de Deslon, l'un de ses élèves. Des médecins de Paris et des provinces se firent initier , et l'on magnétisa d^^ns toute la France.

Alors le ministère nomma douze cotu'^ missâires pour examiner ses procédés et ses traitemeiis/ quatre de l'académie des sciences / quatre de la faculté de œéde-^

a^a ' coanESPÔK D A ir QE

cine p et quatre de la société royale : dé médecine. U examen se 'fit non pas cke^ Mesmer, mais chez Deslon, quoique MesmeV; protestât que Deslon n'était pas instruit de sa théorie I et n'avait qu'une pratique-aveugle* Mais en même; temps Jl rendait l'examen à peu près impossible chez lui par les diffîcuhés et les entraves ^^l y mettait , et auxquelles ' personne n'étaSp^ obligé de se soumettre.

Toute cette conduite n'est pas nette , et dans l'exposé que tout le inonde a 1 u, de ses démêlés avec la société royale de médecine , la hqq.ne foi dans les procédés n*est certainement pas âe son côté.

Enfin lorsque lés commissaîres^ à l'exception d'uaseu|, (M. de Jussieu) eurent déclarédans un rapport parfaitement, bien rédigé pat , M. Bailly , que l'existence du fluide magnétique était une chimère , Mesmer présenta une requête très- violente au parlement, demanda des juges , mais toujours en termes vagues et conçus de manière qu'on voyait clairement qu'il voulait que ses examinateurs procé- •.

dassent suivant ses instructions , et .non pas suivant leurs propres lumières. La requêta est demeurée jusqu'ici sans effet j mai i moitié de la cour protège vivemçjat M^*"^* I

il a mis dans ses intérêts ramour-pfopre de tous ceux qui ont vanté ses miracles , et les baquets magnétiques subsistent , sinon avec gloire , au moins avec profit. J'ai cédé comme bien d'autres à la curiosité ^ et je niev suis laissé mener par quelques personnes de connaissance au baquet de Deslon qui a la vogue^ sur-tout auprès des femmes j car il a sur Mesmer l'avantage d'être jeune et fort bel homme. J'ai eu la patience ( car malgré la bonne société c'était vraiment un effort pour un homme de mon caractère ) d'y aller huit jours de suite , et je n'y ai rien vu , en mon ame et conscience , qui ne m'ait paru ridicule ou dégoûtant , hors l'harmonica dont on joue de temps en temps dans la salle du baquet»

On a essayé sur moi toutes les simagrées magnétiques ^ sans que j'aie ressenti aucune espèce d'impression , si ce n'est qu'une fois le magnétiseur me pressant l'épigastre assez fort et assez long-temps^ et me demandant ce que je sentais : je sens ( lui dis-je ) que vous me faites mal, et voilà tout. Le char- [ latanisme perçait à tout moment et de toute 1 m aière. Je demandai une fois ( c'était le d< nier jour que j'y allai , et il faisait fort chaud) s*^!! n*y aurait pas moyen d'avoir de 4. S

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la limonade* On m'en apporta , et je la trouvai un peu aigrelette. Savez-vous ce que c'était ? unesmédecine , et je ne pouvais pa3 être Ion g- temps à m'en appercevoir , quand même un de mes voisins qui était dans le secret ne m'en eût p4|8 averti. Après ce dernier trait , j'en eus assez. Je vis fort bien que pour me faire quelque chose ^ on n'avait rien trouvé de mieux que de me purger; mais pour cela je n*avais besoin de personne, et je savais fort bien mettre une cuillerée de crème de tartre dans uji verre d'eau ^ quand je voulais me procurer une petite purgation* C'est pourtant là tout ce que le magnétisme et le baquet ont opéré sur moi , qui apparemment ne suis pas un sujet pour la science. Au reste , je ne crois nullement à la médecine occulte , non plus qu'à la physique occulte. On peut trouver quelques spécifiques pour tel ou tel mal , et qui même n'agissent qu'en raison de l'analogie éven* tuelle avec le tempérament , et delà le danger de cette espèce d'empyrisme toujours aveugle. Mais sans être médecin , on peut affirmer qu'en rigueur métaphysique il ne peut y avoir de remède universel , puisque l'homme ne connaît aucune des causes premières en

tsltràîÈiXl II B. ^yS

t^nol que ce soit, et ne peut par conséquent opérer aucun effet unîVersei. iTôûté science faarché avec le temps ; et qnèllè ci'édulité , bon Dieu ! d'inafagîtret qtoé tout ce que npuii Savons de médecine depuis Hîppocrate jusqu'à Boërlrhalré ti*é»t bon ^ Hen , et: qu'il fallait arriver à ht fin du dix-huitième siècle , pour qW'nn dôctetit* âlîeihând vînt à Paris tïous révélet* la médecine Universelle , fondée sur l'action . d'un fluide hiaghétîque dont les savans ilîent rekïstéilce ! Voilà pour ce qui regarde la ^ttctidé hlètôire dû mafgnétisine animal : passti^s à la littérature.

Elle a pèf du àeût hôiUrîiës bien différçns , Didetot et Leftanci dé PôrfipîgnânJ L'un à désiioUdré sa phîlosdplïiê en brécîiant Pathéïsale, 4'iàUtre atrui'àla causé dé la religion par Un zèle tout' au iiioiils imprudent. Le crémier tt'a pâè été re^'u à'Facadémîe à cause de son impiété affichée j Taûtre, après y avoir pris séance , n'a jamais pu y reparaître , parce qu^rl n*y avait pris place que pour accuser \ei gens de letti'es ses confrères. Lar vanité de Pompignan l'a ridiculisé, ^tlés gens éclairés otîr reproché avec justice à Diderot d^a voir abtfôé de son esprit pour porter dans la théorie de$ beaux arts des

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idées très-erronées. Sa poétique du théâtre est le premier ouvrage qui ait ébranlé les principes du bon goût , et qui ait ouvert la porte aux extravagances du paradoxe et à l'inondation des mauvais drames. Cela n'empêche pas qu'il n'ait rendu dans l'JS/xcjclopédie de vrais services aux sciences mécaniques; car dans les sciences spéculatives ce n'a jamais été qu'un de ces fous qui ne doutent de rien. Il a ét^ du petit nombre des savans qui ont eu de l'imagination , il est vrai j mais l'imagination seulç , dénuée de jugement et de goût, ne produit pas tm seul, bon ouvrage ,; et c'est l'histoire de Piderot. On dit que les manuscrits qu'il a laissés sont nombreu;^ ; j'ignore en quelles mains ils sont et quel us^fî on en fera*

, Quelque temps •. ayant, sa, mort , il quitta sa maison pour se fair^ transporter dans celle que l'impératrice de Russie avait fait arranger pour lui. Le. ciiré de S. Roch , sur la paroisse duquel il est mort; est lin prêtre fort sage , qui s'est contenté de lui dire qu'un mot d'un homme tel que li;i en faveur de la: religion qu'il avait offensée , serait d'un exemple très-utile et très-édifiant. Les uns disent qu'il a cédé ; les autres le nient. Il

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