‹ Correspondance littéraireChapitre 43 sur 47 · LETTRE CCXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCXV

L' AVENTURE de Tanglais Asgîll qui a fait tant de bruit dans la dernière guerre , |pcsquQ Washington voulut le faire périr par. rçprér sailles des cruautés atroces exercéese»v.er$ les grisoniiLiers aipéricains, et n'accorda s^gr^U^e qu'aux sollicitations de la ii-eine de France^ afait naître à M. de Sauvigny l'idée de çomTposer un drame sur ce sujets en changeant les noms : il a intitulé çon. ouyrage . Ahdir^ La pièce est en quatre actes et en vers ; ellç a été jouée avec fort peu de succès; les.dçux derniers actes sur-tout ont été fort m^l accueillis. Ce sujet semble, annonrcer d'abord une situation intéressante; mais elle a oin grand inconvénient au théâtre ,^c'est qu'il est très-difficile de la varier. On n'a pas trouvé non plus que l'auteur eût bien établi les caractères de ses personnages, ni qu'il les eût fait parler convenablement. Le style e&t^ouvent celui de la comédie , et jamais il ne s'élève y à la noblesse et à l'énergie tragique , quoique la situation semble l'exiger. On n'y a pas

remarqué une beauté , et cette production va mourir, comme tant d'autres , après quelques représentations mendiées. \

Alexis et Justine , opéra comique du comédien Monvel, n'a pas eu beaucoup plus de succès aux Italiens , malgré le jeu inimitable de M.™« Dngazon, et les morceaux

' charmans qu'on a applaudis dans la musique de Désaîdes. Le reproche le plus général que Pon ïasse à l'auteur , c'est que son sujet est absoltrment celui de Félix , opéra comique

' de Sedaine , froidement reçu dans sa nouveauté , mais qui a repris faveur depuis , grâces à la musique de Monsigny. Peut-être celle de Désaides pourra procurer quelque jour le même bonheur à la pièce de Monvel.

Les résurrections sont encore plus fréquentes au théâtre italien qu'ailleurs.

On court actuellement à l'Opéra voir une très-plate farce à grand spectacle , à grand tintamarre , et à petite musique , quoiqu'elle soit de Grétri, Panurge dans Vîle des Lanternes ^ sujet de Rabelais, paroles de Morel*.

* Je. nd sâoraû souffrir , je l'avoue y de voir nos grands acteura de r<>péra travestis en bouffonfi, | et C0 théâtre n'est point fait pour les fieirces. Est loçus uni' €urque suus.

Z.ITTi£.ÀIRC. 293

L'abbé Maury a pm séance à racadémie le 27 janvier. Son discours est d'un rhéteur qui veut tout agrandir y tout amplifier, tout alonger. L'éloge de son prédécesseur Pompignan est hors de toute raison , tant pour Tespace qu'il occupe que pour la nature des louanges que le récipiendaire lui prodigue.

Il lui donne le titre d^ illustre : Tépithèt^ est forte pour un homme qui n'a jamais été qu'un érudit , et un écrivain médiocre dans ce qu'il a faitdemieux, etfort au-dessous du médiocre dans tout le reste. A propos de la sortie qu'il fit contre les gens de lettres le jour de sa réception , et qui l'exila de l'académie pour le reste de ses jours, l'abbé Maury dit : « Je sépare à tos yeux les talens qui ont illustré une vie toute entière , d'une erreur inexcusable qui en a oliscurci le plus beau jonr. ... Je porte tous ses succès en tribut à votre gloire. » Quels sont donc toua ces succès f Celui de Didon est le seul , absolument le seul que l'on puisse citer dans une vie de quatre-vingts ans. Voilà comme les discours académiques, à force de vouloir tout enfler, rappetissent tout; voilà comm.e la louange n'a plus de valeur. Pourquoi s'est*on mis dans la tête que celui qui

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remplace un ^cadëinîcîen , doit le louer en tout et outre mesure ? C'est un moyen sûr pour que les éloges académiques ne soient regardés que comme des exagérations convenues qui n'ont aucune sanction et ne .

prouvent rien , si ce n'est qu'on a rempli sa tâche.

Ailleurs M. l'abbé Maury se représente Vombre de M. de Pompignan attendant de ses mains les dernières palmes qui doivent le couronner. On ne dit point de soi - même qu'on donne àes palmes ; c'est blesser les convenances ; et ce sont de plaisantes /7a//7z^^ que quelques phrases de M. l'abbé Maury en l'honneur de M. de Pompignan : c'est abuser un peu de la métaphore. Il abuse encore plus des fonctions de panégyriste , lorsqu'il reconnaît dans les odes sacrées de Pompignan un beau caractère de poésie , une élocution abondante , animée ^ correcte, une versification toujours pure ^ et ordinairement coulante et harmonieuse. Un homme de goût ^interromprait et lui dirait : qui | •i^ous ofelîge de mentir? Vous êtes libre de j êhoisir les objets de vos éloges, et de vous taire surie reste. Pourquoi venir nous dire sur €è$ poésies tout le contraire de la vérité ? Le

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camctère général qu'on y remarque , c'est la sécheresse ; c'est le défaut d'harmonie ; c'est le prosaïsme ; c*est la monotonie des formes du style. L'auteur connaît peu la période lyrique ; il blesse à tout moment l'oreille et le goût par des chûtes désagréables et des expressions faibles ou impropres. En un mot, à quelques strophes près, il est trèsdifficile à lire. Voilà la yérité j vous n'étiez? pas forcé de la dire : mais rien ne vous forçait non plus à* vouloir nous en imposer. La diction de l'abbé Maury dans son discours est en général assez saine; 'elle est d'un homme qui a étudié les bons auteur»

et qui souvent aussi s'en souvient trop ^ et se sert sans scrupule de leurs idées et même de leurs expressions. Mais on peut encore lui reprocher, du mauvais goût et de faux }ugemens : ili est ridicule y par exemple , de dire d'un homme qu'il est entré dans, la pos^ iérité. Voilà le néologisme à la mode 5 voilà l'abus du style figuré r comment se représenter un homme entrant dans la postérité ?

Il dit d'Eschyle qu'il . est le plus tragique des Grefc:^. Rien n'est plus faux : le noir et l'horrible ne sont point le tragique : Eschyle l'est beaucoup moins qu'Euripide et So-

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Dans le sein de ia volupté y Peut-on songer à la dépense ?

Vieux parens , en vain vous précbez f Vous êtes d^ennuyeux apôtres., Rappèlez-vous donc vos péchés ^ Four être indulgens sur les nôtres*

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