‹ Correspondance littéraireChapitre 8 sur 47 · LETTRE CLXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXV

On a ilonné une tragédie nouvelle , d'un genre assezextraordînaire, intitulée Zorai, ou les Insulaires de la • nouvelle Zélcinde.

Elle n'a er^ qu'une seule représentation y et il ne pavait pas que l'auteur songe àTimpri"» mer* Les absurdités du plan de cette pièce sont palpables ^ et il serait inutile de les détailler. C'en eist une entre autres qui n'est pas médiocre ^ que le pi^qjet attribué par l'auteur à des penplades aussi barbares que cellesdelanouvelle Zélande, pays le plus sauvage des deux héjuisphères , pays dont ou % recoiinu à peiue quelques plages ^ et où peutêtre le nom de l'Europe n 'est pas même connu • liy a loin de là au progrès qu'il faut avoir fait nécessairement pour sentir le besoin d'un gouvernement régulier , et pour aller en chercher le luodèle chez des ^uissance$ européennes. Il n'y a point d'exemple que.

jamais un peuple sauvage ait conçu une pa-^reille idée , pas même ceux qui sont en relation depuis long-temps avec l'Europe ^ et familiarisés avec ses habitans. L'auteur «

sX COR itsTù jrDÂir è*

donc fondé son ouvrage sur une sappeaitiini contraire à toute vraisemblance et à tonte raison. Ce n'est pas une idée moins bizarre ni moins déraisonnable, que celle d'envoyer en Angleterre un sauvage qui n'en rapporte que des Kçons de tyrannie et l'ambition d'asservir ses concitoyens* Assurément on n'aurait jamais cru que ce fût à Fécole des Anglais que se forment les tyrans. Cet extravagant ouvrage, aussi mal conçu qxre iHat écrit, et la dégoûtante adulation potir le gou vemement français, qu'on a cru y appercevoir , ont révolté ce même public qui avait souffert patiemment ^gis, Manco et Tibère^ ouvrages qui n'étaient pas meilleurs que Zorai. Apparemment qu'il y a un terme à la patience publique, et l'auteur de Zorai Ta trouvé. Les comédiens avaient été tellement charmés de cette pièce , et comptaient si fort snr les flatteries qu'elle renferme , qu:'ils ont trouvé les moyens , grâce à la protection qu'obtiennent facilement ces sorte* d'ouvrages, de le faire jouer sur le chamj^ et hors de rang , comme tragédie du moment.

L'événement a. fait voir qu'il n'y a point de bon momjent pour des ouvrages de cette erspèce.

Un nouveau Voyq^ge dans l* Amérique sep* tentrioîiale par M. l'abbé Robin , contient des détails intéressans et curieux $ur I4 camr pagne de M. de Rochambau en xj^i ^ sur 1^ séjour des troupes françaises en Amérique p sur les chefs de la révolution opérée en ce pays , sur les mœurs , le commerce , les productions y etc. : malheureusement l'auteur n toujours le ton d'un panégyriste , et le styl^ d'un déclamateur. C'est la maladie de ce siècle^} elle a tput infecté. Il n'y a point de lecteur raisdnnable qui ne soit dégoûté lorsqu'il lit dans la description des arbres d'une de ces contrées: le monarque de ces forêts est te tulipier i sa tête altière domine ^ etc. Quelle ridicule emphase d'expressions , qui seraient mauvaises même en poésie ! Qu'ester qu'un arbre qui est le monarque desforêtsl C'est ce qu'on dirait du lion. Mais enfin , c'est la mode d'écrire ainsi : il faut attendre que cela passe comme autre chose.

Depuisquelquesannées on s'occupe à nous faire connaître le théâtre allemand. Il est vr^i que la langue étant peu cultivée par nos littérateurs^ fes traductions que nous en .

"avons ont été faites, presque toutes par àes Allemands francisés, qui oi^t Le double défaut

Ae ne pas écrire assez bieti pour ce pays i ^t de mettre dans leurs opinions les préjugée du leur. Ainsi, par exemple , M. Friedel vient de nous traduire en 4 volumes /es meilleures pièces qui ont paru avec succès sur les théâtres des capitales d* Allemagne ^ et dont les auteurs sont M." Lessing, Veisse, Vezel, Goethe, Leîscwits, Brandes , Gebler, Lèîppel^ etc. Il fait le plus grand éloge de tous leuris ouvi^ages, et les donne comme des preuves du progrès de Tart dramatique en Allemagne j et pourtant rien ne prouve mieux combien cet art y est encore înconiiu, La tragédie sur-tout, à eri juger parles pièces que M. Friedel a choisies, paraît encore dans Tenfance, non pas seulement par l'inobservation de certaines régies qui donnent pins de gloire à acquérir en offrant plus de difficultés à vaincre , et dont Toubli n'empêche pas qu'on ne puisse produire des beautés réelles dans un ensemble défectueux j mais ètir-tout par l'absence presque totale de ces mêmes beautés qui prouvent le talent et rachètent les défauts, Atrée et Thieste , de / M. Veisse, est une déclamation froidement ampoulée, dans le goût de Sénèque , et fort au*dessous de Tai^teur latin , qui brille

du moins quelquefois par la pensée et par certains ^ traits de force. Agnès Bernau , mtXtxxiée pièee nationale ^ et dont l'auteur n*est pas nommé ^ est une composition barbare , qui semble être du temps où l'action s'est passée. Ses personnages voyagent sans cesse et reviennent en un clin-d'œil d'une extrémité de la Bavière à l'autre. L'héroïne de la pièce est jetée^ sur le théâtre^ du haut d'un pont dans la rivière, et les bourreaux l'enfoncentdans l'eau avec des crocs. Le sujet est pré* cisément celui de notre Inès de Castro. Le £is s'est marié à l'insu de son père , et sa maîtresse meurt à la fin. On peut voir combien l'exécution est différente pour le mérite et les effets. La pièce française sera par-tout un ouvrage pïein d'intérêt , et la pièce allemande est d'une atrocité froide. Enfin le chef-d'œuvre de, la scène germanique, suivant le traducteur , VEmilie Galotti de Lessing , ne vaut pas mieux que Je reste.

C'est le sujet de Virginie , sous d'autres noms! ; un père qui ne croyant pas pouvoir sauver autrement l'honneur do sa fille , lui plonge un poignard datis le cœur. Cette scène terrible fait frémir dans Tite-Live j elle est ridicule dans l'ouvrage allemand , et ressem-

on CORRESPOXDAKÇC

ble à nne parodie. Lepèreet la fille conTersent ensemble par quo^bets, et font de jolies phrases. Emilie qui ne craint pas la violence d'un ravisseur, craint /a séduction, ISàVaWxe^ mariée ce jour- là même à son amant ! quelle indécence et quelle fausseté dans les idées ! Aux yeux d'une jeune personne qui aime ^ est-il quelque chose de plus horrible que celui qui Tarrache à son amant , et peut-elle craindre d'être ^^^i/z/^? Il faut voirie dialogue qui amène le dénouement. -— ce C'est à moi, mon père, qu'il faut donner ce poignard » r^ 9» Ma fille y ce n'est point une épingle à cheveux. » * — Eh ! bien, une épingle à cheveux me servira de poignard .... » — « Si tu savais ce que c'est que ce poignard !» — « Et quand je ne le saurais pas, un ami inconnu est toujours un ami. . . » — ce II n'est point fait pour ta main, j» *— > Il est vrai , c'est une épingle à cheveux qui doit me Servir* » En cherchant cette épingle , elle met la main sur une rose qui est dans ses cheveux :

ce —Quoi, tu es encore là ! tu ne dois plus orner la tête d'une victime de la séduction. » Elle en revient toujours , comme on voit , à cette séduction. Elle reproche à son père de n'avoir pas le courage de Virginius. Là-

dessus y il prend en£A.:spn p^rtiët la ppjl** gnard^i *-^ cc.Ditewx, qu'ai -je fait|* » — « Vous avez cueilli une > rose avaiu qu*u]| «ouiHe cruel en fit tomber les feuilles...» » \j^ kavisseur paraît : — ^ <? Père cruel, qu'avez- ¥01^ £idl; ? » — ' çc J'ai cueilli uujp rose av^ût i]u'u^ soufii^ eruel i^tv fit tomber les feuilles^ n'est-ce pas , . rm::&l}e ?»-=-« AK! mon père.. . uXfe empire et il la pose daucem^enf à terre. Cert^esil^stdiiHcilede tuer sa fille avec un plus beau^Atig^f rold« Dans Jules 4e Tarante j^xfLtve pièce qu'aile appelles atjssi tragédie:^ il y a un père qui tue son fils toutaussi tranqvùUementr - Lps' iîométlies des. AUemaacls, . quaîq.ue faibles d'intrigue^, de situation et de ^0miquey me paraissent beaucoup plus suppcurtables que leurs tragédies. Leur plaisanterie est frai4e^; maisil ya quelque vérit(^ dans i^e dialogue et dans les caractères ^ et du moins on y trouva peu de^e mélange 4'enflure et de trivialité qui est si choquant dans leurç $cèa.es tragiquies.. Le seul ouvrage de ce genr^ ^«ki m'ait paru exempt de Ce défaut, n'est pas dans le recueil de M. Frledel : c'est la fiilort d^Adam , de Klopstock. Le sujet est pettt-être pour nous un peu trop simple et trop dénué d*action.j. mais le dialogue çn est 4.. ' ' C .

B4 CO&RSSPOKIOJLKCS

vrai y touchant et quelquefois sublime. li*au«

teur avait le sentiment de la belle nature, et je

ne connais parmi les Allemands que Tauteur

du poëme i^Ahel qui ait aussi ce mérite* Ce

^ullyade mieux danslteTecueilde'M.Frîedel

est un drame intitulé le Ministre d'Etat, da

baron de Oebler. Ce genre est plus aisé que

les deux autres; il ne demande ni l'élévation

de la tragédie , ni là gaîté comique. Avec un

peu d'intérêt dans lé bujet , on s'en tire asses

facilement; il y en a dans le Ministre et Etat ^ et

la^ pièce n'est pas mal conduite. Au surplus ^

on nous promet une suite de cette collection

qui a son utilité , puisqu'elle nous fait con«-

naître un théâtre étranger.

On a joué à celui de la comédie française une pièce nouvelle en cinq actes et en prose ^ les Amans Espagnols , qui a été èî^core plue mal reçue que Zoraï : on a cru qu'elle n'irait, pas jusqu'à la fin. C'est un manyaisintàrOff/io dan s le goût des ancienneis farces de Tri vèlîn et deScaramouche. Tout au milieu des huées »

un personnage de lapîèee disait : nous avMS passé une terrible soirée. Le public qui n'était pas trop content de la sienne , .3ri*a pas .manqué de saisir Tà-propos^ et les batto«> mens de main ne finissaient pas.

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Voici une chanson nouvelle qui a le mérite de la naïveté , et c'en est un dans €6 genre.

Sont et matin sur la fougère , ti'an passé 'je £iais mou lin.

Matku^in qui voulait me plaire ' Venait m?y voir soîi et matin* Il voulait parler y moi de même y Cétait à qui s^enhardirait. .

Il fallait dire 9 je vous aime ; C'était à qui commencerait.

Par un beau jour ( c^étaitma fête ) ^ Il vint m^apporter un bouquet ; Je Tacceptai d* un air honnête , Puis je le mis à mon corset.

Il faisait un pas j moi de même { C^étaît à qui s'approcherait.

Il fallait dire , je vous aime ; C'était à qui eommencerait.

Une autre fois ( c'était dimanche ) ^ Le voilà qui court après moi ; '' ^ Puis en me tirant par la manche f Il me dit ^ mon cœur est à toi* Je lui répondis ^ moi de méqie Et v'ià que depuis ce jour-là ^ Il me dit j je lui dis | ^e t'aime | Et c'est à qui le rf dira*

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