‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · CCLXXVII · texte numérisé non relu

CCLXXVII

A M. Vabbé Morisseaii

3o mars iSB^.

Cher ami, on revient avec plaisir même de Rome. Une des joies de mon retour a été de recevoir vos félicitations. Vous me pardonnerez d'y répondre si tard ; j'ai eu un rude déballage à faire et ce n'est pas encore fini. Ce voyage a été charmant, je pourrais dire glorieux. J'ai en effet vu trois fois longuement le Saint Père. Il m'a donné les bénédictions les plus douces, les approbations les plus complètes, les encouragements les plus victorieux. Il y a voulu ajouter des marques ostensibles de sa faveur qui ont grandement profité à Elise. Elle a fait son pèlerinage en ambassadrice ; on lui a ouvert toutes les portes, même des couvents d'hommes ; on lui a montré tous les trésors ; elle a reçu de la main du Saint Père de beaux camées et enfin il lui a envoyé ce célèbre cierge qui a fait dire que j'allais être cardinal. Voilà nos gallicans qui s'appliquent à souffler sur ce cierge, quoique je ne l'aie pas allumé. Ils ne l'éteindront point, et votre archevêque y perdra son vent comme les autres, comme

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Falloux y perdra le génie de Tétoin. Le Saint Père m'a donné à moi de beaux livres et de belles images. Je lui ai demandé la croix de Commandeur de Saint-Grégoire pour Taconet et je l'ai ra|)porlée. Mais les bénédictions, mais les douces paroles, mais les sourires voiià ce qu'il faudrait vous conter longuement pour vous faire pleurer comme nous pleurions, Elise et moi, quand nous étions là

J'ai retrouvé mes filles bien portantes. Le couvent leur fait grand bien sous tous les rapports. Quand elles le voudront, elles en feront l'honneur surtout la petite Luce par ses rares aptitudes. Agnès ne fera point encore sa première communion cette année, à cause de son incomparable légèreté. Mais grâce à Dieu tous les sentiments sont bons et puis. Elles ont l'une et l'autre beaucoup de foi, point de piété ; de l'esprit, point de tact ; de l'intelligence, point d'application. Ce qui doit être existe, espérons que ce qui doit venir viendra.

Mille compliments respectueux à Mlle Henriette de ma part et de la part de ma sœur. Elle souffrait quand vous m'avez écrit ; j'espère qu'elle est guérie. Adieu mon bon ami, nous vous aimons de tout notre cœur, priez pour nous.

Louis Veuillot.

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