LXXXVIII
Au Même
29 juin i85o.
Mon cher Ami,
Roux veut recevoir la tonsure aux prochains Quatre-Temps. Jusque-là sans doute il compte rester avec nous. Vous avez donc le temps de réfléchir, vous ne l'avez même que trop, car rarement une résolution vigoureuse sort de ces longues délibérations et vous auriez besoin de prendre votre parti avec une sorte de violence.
Dans l'incertitude 011 vous êtes, la réflexion est de peu de secours, mais la prière sert beaucoup. Priez Dieu de vous faire connaître sa volonté. Cela ne vous empêchera pas de poursuivre votre Thierry. Peut-être quota jtublication de cet ouvraiie produira quelque chose.
Je suis enchanté des peines que vous y prenez et fort peu touché de vos inquiétudes sur le mérite de ce rude travail. Il est tout simple que vous ne soyez pas content ; mais pour moi je suis convaincu qu'on ne trouvera point maigre le fils de tant de sueurs.
Je vous embrasse.
Louis.
DE LOUIS VELILLOT l55
A M. Foisset.
Juillet i85o.
Mon bon Ami,
El moi qui comptais sur votre livre ! Pour l'amour de Dieu et par charité pour moi, mettezvous à la besogne ou j'aurai des discussions avec les libraires. Cette œuvre, indépendamment des considérations qui me sont personnelles, mérite vraiment de n'être pas abandonnée. Si elle est menée passablement elle fera du bien.
J'espérais ces derniers temps vous envoyer la nouvelle désirée d'une réconciliation entre Montalembert et YUnivers. Comme vous l'avez vu, je ne m'étais pas épargné à construire le pont ; mais notre ami n'a point voulu encore passer et je n'ai eu autre signe de lui qu'une rebuffade amère à l'occasion des lettres de Londres. Son amitié pour Thiers s'en est choquée. J'ai bien peur que nous ne nous trouvions définitivement dans des voies différentes et pas très parallèles. Pour mon compte je ne puis me dissimuler depuis déjà bien longtemps que je suis monarchiste et légitimiste. Je n'ai ni ne veux avoir aucune relation avec le parti, encore moins avec ses journaux ; j'aurai soin de ne me confondre jamais avec eux ; mais enfin ma conviction est qu'il nous faut une monarchie sévère et qu'il la faut prendre oii elle est. Quant à toutes les variétés du parlementaire, je les renie et les rejette
l56 CORRESPONDANCE
absolument. Plus de discours, plus de journaux. Je ne suis pas du tout gagné à ce régime oTi je fais de si beaux articles. La gloire de battre ChamboUe ne me console pas de l'entendre parler.
Les discours, les livres, les journaux sont bons pour pervertir le monde, impuissants à le convertir.
Nous avons beau faire, sur l'esprit de la masse Chambolle aura toujours raison. Un bon bâillon est le seul argument qui le puisse vaincre.
Adieu, mon cher ami, aimez-moi, écrivez-moi, et écrivez surtout pour moi.
Tout à vous en N.-S.,
Louis Veuillot.
.4a Même Mon cher Ami,
19 juillet i85o.
J'ai un quatrième enfant, une quatrième fille. Cela m'est arrivé lundi à 2 heures du matin, de la façon la plus agréable et la plus courtoise. Des douleurs tout juste ce qu'il en faut, une très belle enfant, forte, vive, pas trop hideuse, quoique marquée du cachet paternel, et depuis, des suites charmantes. Néanmoins je ne suis pas encore délivré des angoisses immenses que j'éprouve depuis le premier instant de la grossesse, bien que cette grossesse ait rétabli comme par miracle la santé si longtemps affaiblie de ma femme. Je ne respirerai que le neu-
DE LOUIS VEUILLOT lÔy
vième jour. Priez le bon Dieu pour nous, afin que tant de bons pronostics soient suivis du bon résultat qu'ils annoncent.
J'étais trop sûr que vous vous alîîigcriez de l'article sur Ozanam. (i) J'aurais autant aimé ne pas le faire, mais convenez qu'il l'a cherché et qu'il l'a voulu. Ozanam est un bon garçon et un bon chrétien ; nos façons ne lui vont pas, il a un but personnel, il y tend par des appuis que nous n'aimons guère, je passe tout cela ; je n'exige jamais que l'on pense comme moi. Mais lorsqu'on m'attaque, lorsqu'on me dit que j'ai tort, lorsqu'on prétend nous donner pour maîtres et modèles Chateaubriand et Ballanche, je suis en droit et en devoir de me défendre. Je me suis défendu deux fois en six ou sept ans, ce n'est pas abuser. En iS'j.S, qui obligeait Ozanam de prêcher contre nous au Cercle catholique et de nous promettre le sort de M. de Lamennais ? Qui l'obligeait d'y revenir en i85o, après répreuve de ÏÈre nouvelle ? Je trouve qu'on fait de trop grands privilèges à ceux qui prennent sur eux de morigéner les autres. Suffit-il donc d'accuser le prochain de manquer de chaiité pour n'avoir plus aucune réserve à observer en ce qui le regarde et pour être dispensé soi-même de tout combal ? Voyez si nous n'avons rien gagné depuis i843. Qu'Ozanam se tienne et nous laisse en repos. En considération des amis qu'il a parmi nous, je souf-
(1) Réponse à un article cl'Ozanam paru dans le Correspondant, où l'école de l'Univers était prise à partie, rapprochée de Lamennais et où Chateaubriand était opposé à de Maistre.
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frirai qu'il loue tous les livres de T Institut et qu'il dise, par exemple, que les vers d'Ampère le consolent de vivre en ce siècle malheureux ; mais c'est assez de célébrer Ampère et Ballançhe et Chateaubriand ; il ne faut pas décrier M. de Maistre, ou il faut dégainer.
Parlons d'autre chose. J'ai fait rencontre dernièrement d'un vieillard qui m'a détaillé ma généalogie par le menu, père, grand-père, arrière-grandpère. Je n'allais pas si loin. Le vieillard est d'ailleurs aimable, et il connaît bien d'autres généalogies que la mienne. II se nomme Guérard et m'a parlé de vous. A première vue il m'a paru bon chrétien. En savez-vous quelque chose ? J'ai appris de lui que j'ai encore des parents à Noyers. Cela me donne envie de me rapatrier et de redevenir entièrement bourguignon.
Si la B'ibUoihèque nouvelle fait fortune, vous verrez que j'achèterai quelque tronc d'arbre de vos côtés et que je finirai par me nommer Veuillot de la Souche.
Et de Sieur de La Souche en prit le nom pompeux.
Je vous dis cela pour vous exhorter à la besogne. Le succès de la Bibliothèque tient beaucoup à vous.
Adieu, mon bon ami, aimez-moi toujours malgré mon vinaigre. Ce vinaigre-là se forme, soyez-en sûr, à des sources aussi pures que tout le miel de l'Hymèl*'.
Tout à vous en N,-S.
Louis Veuillot.
A M. Lcoii Aubineau.
19 juillet i85o.
Pardonnez-moi mon retard. Au moment où j'allais vous écrire dimanche matin, les premières douleurs ont pris ma femme, et dans la nuit, à deux heures, il est arrivé... une fille. Et de quatre !
Grâce au Ci^el, mon malheur passe mon espérance.
Trois filles c'était ridicule, mais quatre c'est curieux et original et je prends le parti de me considérer comme réhabilité. Cette quatrième se nomme Luce ; elle ressemble beaucoup à Marie pour les traits et pour la masse. (T'est une belle fille. Elle m'a fait oublier que j'avais une lettre à vous écrire. Vous savez quelles inquiétudes s'ajoutent pour moi aux inquiétudes ordinaires en ces sortes d'occasion. Elles me tiennent depuis que ma femme est enceinte et je n'en suis pas délivré. Néanmoins tout va très bien jusqu'ici, et le soin scrupuleux que j'ai pris d'écarter toute cause extérieure d'accident réussit à merveille ; mais je ne serai tout à fait allégé qu'après le neuvième jour, et nous sommes au cinquième seulement. Je recommande bien ma malade à vos prières et à celles de l'abbé Morisseau.
Venons à vous. Dieu vous veut plus de patience qu'à d'autres. En même temps à peu près que votre lettre, en est arrivée une de l'évêque de Rennes qui
l6o CORRESPONDANCE
conseille à Roux de ne point reprendre de service dans l'Université et de lester au journal. Voilà une première issue bouchée ; il y en a une seconde qui ne l'est pas. Les mêmes libraires qui font la Bibliothèque nouvelle veulent aussi une bibliothèque classique à l'usage des collèges libres. Je leur ai donné Roux pour la faire, et il a commencé. Si cela prend, et nous le saurons bientôt, il aura besoin de tout son temps et devra nous quitter, ce qui conviendra d'ailleurs parfaitement à la situation nouvelle qu'il va prendre. Vous savez qu'il doit être tonsuré aux prochains Quatre-Temps.
Mais jusque-là il faut attendre, c'est ce qui me coûte infiniment à vous dire dans le moment que vous venez de prendre, à ma grande joie, une résolution qui vous a tant coûté. Pour Dieu, mon cher ami, que cette anicroche ne vous décourage pas. Restez décidé à venir ici dès qu'il y aura jour. N'était la prudence, je vous conseillerais d'y venir dès à présent, plutôt que de remettre en délibération si vous y viendrez jamais. Quoique sans position fixe au journal, vous pourriez sans peine vous faire là au moins vos appointements d'archiviste ; vous aurez en outre l'imprévu, les petits livres, la Revue des Deux Mondes. Tout cela doit suffire à la soupe, et vous travaillerez à l'essentiel qui est de n'être plus enterré. Vous savez que ce n'est pas de vous qu'il s'agit quand je parle de vous déterrer, mais de ce que vous pouvez faire ici, de ce que vous ne pouvez faire qu'ici, et que vous seul pouvez faire.
Adieu, je vous embrasse. Je ne m'absenterai pas
avant le mois de septembre. Ne l'er( z-vous pas un
tour à Paris d'ici-là ? Eugène part mardi pour Turin
et Rome.
Tout à vous,
"* Louis.
A M""" la Comtesse de la Ferrière.
Août i85o.
Madame la Comtesse,
Si je suis indiscret en vous écrivant de nouveau, ne vous en prenez qu'à vous. Je ne puis avoir reçu une si bonne et si aimable lettre sans remercier la bonne grâce qui l'a écrite, et sans laisser jaser un peu les pensées de toutes sortes qu'elle éveille dans mon esprit. Je ne veux pas tout dire ; j'écrirais un traité de la religion et du mérite des femmes chrétiennes, et ce serait vous prendre inutilement un temps que vous savez mieux employer. Permettezmoi cependant de vous féliciter ou de féliciter Madame votre mère du grand don que Dieu vous a fait en vous donnant ce ferme amour de l'Église, qu'il a récompensé aussitôt, suivant sa généreuse coutume, par une intelligence supérieure des devoirs et du bonheur de la vie.
Au dernier siècle, les philosophes avaient séduit im certain nombre de pauvres femmes qu'ils appelaient pompeusement <v les femmes qui pensent ».
102 CORRESPOXDANCE
Elles les ont secondés dans leur œuvre et elles ont laissé la réputation des plus folles et malheureuses créatures dont on se souvienne. Point de vertu, point d'honneur, point de repos, et point d'esprit, du moins point d'esprit qui leur fût propre, voilà l'histoire, ici-bas, de ces muses de l'athéisme. A mesure (pie la lumière se fera davantage autour de leuis renommées, déjà cruellement déteintes, elles paraîtront plus odieuses et ridicules.
11 y a, dans ce moment, un homme qui entreprend de les peindre avec toutes sortes de respects pour elles, et qui ne paivient qu'à les jeter en plein luisseau ; ce courant va les porter tout droit aux gémonies ; elles y seront plus traînées et plus enfoncées que les hommes eux-mêmes qui les ont perverties. Mme Duchâtelet paraît sans contredit beaucoup i)lus abominable (jue Voltaire. Telle est la gloire des femmes qui ont pensé. On ne leur en Toudra jamais trop pour le mal qu'elles ont fait, et ce mal est si grand qu'il ne peut être réparé que par les femmes qui prient. C'est là, Madame, le mérite particulier qu'il faut aux femmes, dans tous les temps, et spécialement dans le nôtre..
Vous savez bien que je ne parle pas seulement de prier le soir et le matin à la maison, et les dimanches et fêtes dans les églises. Il faut prier toujours, dans les occupations, dans les études, dans les tracas de ménage, dans les conversations et dans les divertissements. Il faut prier dans la pensée, et penser dans la prière, c'est-à-dire inéditer tellement la loi de Dieu et l'avoir tellement pré-
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sente, qu'elle devienne, comme à noire insu, l'inspiration de toutes nos paroles, la règle de toutes nos actions et l'unique mobile de notre vie. Au bout de cela, il y a les conséquences sociales, pour parler le langage du temps, les plus heureuses, les plus puissantes et les seules qui puissent nous sauver.
A l'exception peut-être de celles qui en veulent trop avoir, toutes les femmes ont de l'esprit, même celles qui n'en ont pas. Toutes savent prendre les esprits et les cœurs ; leur fréquentation est comme un air que l'on respire et qui, sans qu'on s'en aperçoive, fait du bien ou fait du mal. Il n'y a pas de tempérament si robuste qui n'en subisse l'influence. Si cet air est chrétien, parfaitement chiétien, il embaumera la terre d'ime odeur de salut. J'en dirais bien long là-dessus. Madame, si j'avais le temps de prendre toutes mes dimensions et toutes mes précautions pour éviter jusqu'à l'apjjarence des compliments et des faveurs ; mais enfin, vous-même, toute simple et chrétienne que vous êtes, vous connaissez votre empire, et ce pauvre Corneille dit bien bêtement une grande vérité, lorsqu'il s'écrie : Un bel œil est bien fort !
Que ne peut pas une femme qui veut ? Vous obtiendrez, de Bonnetty même, la grâce de l'abbé Maret. Or, (juand ce levier si puissant s'est placé dans les mains de Dieu, lorsque toute la bonne grâce de la femme, ses douces manières, sa charmante finesse et l'aimable et invincible ascendant de sa vertu viennent seconder, polir, adoniser la
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raison et la vérité, lorsque l'on vous voit porter, sur vos mains délicates, ce grand poids de l'Évangile et courir de vos pieds légers dans les âpretés de la pénitence, une immense partie de l'immense besogne est faite, et bientôt, ce que votre exemple prépare, votre autorité, cent fois plus respectée et plus durable, l'accomplit. Il n'y a point de mère chrétienne qui ne soit maîtresse de ses enfants. Un berceau est l'obstacle devant lequel recule toujours l'imbécile incrédulité d'un esprit fort ; le mari résiste à l'épouse, le père est vaincu par les enfants qui combattent sous les ordres de leur mère pour le Dieu qu'elle leur a fait aimer.
L'esprit de la pauvre grand'maman Eve n'est pas mort ni complètement battu. Il a des retours. Il en a eu un effroyable au siècle dernier. Mais l'esprit de Marie aussi est toujours là pour réparer tant de désastres. Eve est la femme qui pense, Marie est la femme qui prie. Eve la penseuse se perd et nous perd ; elle fait son malheur et le malheur du monde ; Marie, en priant, se sauve et nous sauve. Eve, n'apprenant que le mal, ne fait rien et se met tout au plus en état d'écrire dans le Journal des Modes ; Marie, par la prière, devient la maîtresse des docteurs de l'Église, regina apostolorum ; toute bonne inspiration vient d'elle, et, pour entendre les mystères de la loi divine, les savants regardent comment elle l'a pratiquée. Il faut imiter Marie pour réparer les sottises d'Eve.
Voilà, Madame, le travail des femmes qui veulent, comme vous, être chrétiennes tout de bon.
DE LOUIS VEUILLOT lÔO
C'est plus que tous nos législateurs et toutes nos législatures ne sauraient faire. Montrez-nous l'épouse, la mère, la femme chrétienne ; rétablissez la famille ; forcez-nous d'aimer le bien et de plaire à la vertu ; donnez aux bonnes idées cet appui, aux bonnes choses cet encouragement, aux mauvaises ce mépris, qui sont peut-être ce qu'il y a de plus fort au monde ; laissez de côté les romans, et prenez les livres ; fermez vos lèvres aux chansons et chantez les psaumes ; abandonnez la broderie et saisissez l'aiguille ; éloignez-vous du bal et fréquentez l'hospice, il n'y aura rien d'assez puissant pour empêcher notre salut. Les hommes rougiront d'être des femmelettes, lorsque les femmes seront viriles. Ave, Madame. Priez poui votre très humble et très obéissant serviteur,
Louis Veuillot.
Si mesdames vos mères, que j'ai eu l'honneur de voir chez M. Bonnetty, sont maintenant près de vous, daignez leur dire que je me rappelle respectueusement à leur bon souvenir. Je salue aussi M. de la Perrière. N'a-t-il pas quelque manuscrit à nous donner pour nous aider à passer les vacances de l'Assemblée ?
l66 CORRESPONDANCE
A Madame Louis Veuillot
8 août iSâo.
Ma chère Amie,
J'ai enfin reçu une lettre d'Eugène. Il est arrivé dimanche à trois heures du matin sans accident (i). Il devait avoir la Croix dans la journée et la remettre aussitôt. Déjà il avait vu un de mes amis de là-bas qui s'est offert de bonne grâce à lui monirer le pays. Par malheur cet homme obligeant a un mal d'yeux qui ne lui permet de sortir que le soir, et de ne montrer les choses qu'à l'heure où on ne les voit plus ; mais Eugène trouvera d'autres guides.
M. de Maistre a ])assé la matinée^ ici et déjeuné avec nous. J'ai reçu ta lettre pendant qu'il était là, trop tard pour envoyer Eugénie faire la commission dont ton père m'a chargé. Elle ira demain sans faute.
J'applaudis à tes progrès ; il me seniblc que tu peux suivre ton appétit, l'essentiel est de ne pas le forcer. Je n'ai pas vu Lebaudy depuis ton départ. J'essaierai d'aller demain chez lui. 11 a plu ici avanthier et ce matin d'une façon prodigieuse. J'espère que vous n'êtes pas si terriblement arrosés à Versailles, et qu'en tout cas vous savez prendre vos mesures pour n'être pas noyés dans le jardin.
(1) Enr^'ène Veinllot élait parti pour Turin, chargé de remettre à Mpr Fransoni, persécuté par le Gouvernement piémontais, une croix pectorale offerte par les catholiques de France. Il devait ensuite aller jusqu'à Rom.e.
DE LOUIS V^EUILLOT 167
Point de nouvelles de Bercy, ni des Batignolles, ni de Boynes. Signe que tout va bien.
Pour moi je suis en festin tous les jours. Lundi aux Oiseaux, mardi au Palais-Royal avec le colonel de Cotle, hier chez Mme de Morgan, aujourd'hui chez mon vieux Bourguignon, et probablement demain chez les Laval. Si cela continue, j'aurai gagné plus de livres de graisse que tu ne pourras m'en faire payer. Hier, chez Mme de Morgan, j'ai vu
une jeune dame qu'on nomme la comtesse de
Elle est de la (aille de maître Ilepp, et certainement plus vaste. Ah ! la belle femme ! Si jamais tu en viens là, ne t'avise plus d'être malade ; je serai obligé d'aller chercher l'Hercule des Tuileries pour te porter. Et oi!i lui trouver un caleçon ?
Embrasse bien pour moi père et mère et fillettes.
Louis.
A la même
i3 août i85o.
Ma chère femme.
Je t'ai souhaité ta fête ce matin à la sainte Table, te donnant ainsi, en partage avec le bon Dieu, le temps que j'aurais employé à t'écrire. J'admire que tu me fasses des reproches. As-tu oublié que j'ai à servir M. Lechevalier et M. Lecoffre et qu'il faut que je me mette encore en double au journal ? Tu crois donc que je passe ma vie à me promener. Mais
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toi, tricoteuse, pourquoi es-tu restée trois jours sans me donner signe de vie ? Réponds !
Mais je te pardonne et je voudrais bien t'aller porter mon pardon jeudi. Malheureusement je n'aurai pas trop de toute cette journée pour mettre en ordre les Mélanges dont Lecoffrc va commencer l'impression. Je tiens pour beaucoup de raisons à lui donner de la copie et Picart, successeur de Poupiche, est bien pour quelque chose dans ces raisons-là.
Gondon est revenu de Londres hier, avec du fil et des aiguilles pour toi, du j)apier pour moi et un bel ananas arrivant des Indes pour nous deux. L'ananas t'attend. J'avais quelque espérance que tu serais ici pour le manger le jour de l'Assomption, mais je pense qu'on pourra le pousser un peu plus loin. Je ne te demande pas de rien changer à tes arrangements. Je ferai l'essai de ma prochaine solitude en allant dîner à l'auberge avec Dulac s'il n'est pas pris. Ne me plains pas trop. Je serais fort malheureux si j'étais condamné à m'amuser sans toi, ou à ne travailler que pour moi, mais c'est une consolation de travailler pour toi.
Eugène m'a écrit une nouvelle lettre qui paraîtra demain dans le journal. Il me marque dans un petit post-scriptum qu'il va partir pour Gênes, et il doit être bien près de Rome en ce moment-ci. Je ne suis pas fâché de ne le plus savoir à Turin, mais je suis joliment content qu'il y ait été. Comme le bon Dieu l'a conduit ! Tu ne peux pas t'imagmeï les compliments et les tendresses qu'il y a pour lui
DE LOUIS VELILLOT 169
et pour moi dans les journaux catholiques italiens.
Nous n'osons pas traduire tout
Adieu, chère petite. Embrasse pour moi tout le monde, anciens et nouveaux.
Louis.
Le frère d'Hortense est arrivé ce matin de Romescamp venant me prier de lui trouver une place. Il apportait deux brioches énormes ; j'étais sur le point de trouver que son voyage en était une troisième ; mais point du tout. Ce pauvre garçon qui est charmant et pas du tout Nicolas, parait avoir une vocation religieuse très décidée, et je vais l'envoyer à M. Moreau du Mans pour qu'il le reçoive dans sa Congrégation et lexpédie au Père Sorin, en Amérique. Il serait bien digne du bon Dieu de donner un religieux à cette pauvre famille pour la consoler de son allliction. On ne sait toujours pas ce qu'Hortense est devenue.
Élise a découvert que Marie Bachelard la volait dans la perfection. Elle prenait l'argent et ne dédaignait pas le linge.
Veux-tu bien ne pas me faire perdre mon temps comme cela, monstre de Murcillon 1
l'yO CORHESPONDANCE
A la Même