‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

Au Même

4 avril, midi, i853.

J'ai emballé ce matin mes compagnons de voyage et me voilà seul. Du reste, rien de nouveau. Je ne verrai le cardinal Antonelli que mercredi. Nous avions pris l'habitude de ne pas le voir ensemble, ni le même jour, pour être en position de lui rafraîchir plus souvent la mémoire.

J'ai lu Saint-Claude. Il est vraiment gentil. Hier au soir, nous dînions tous en adieu chez Mérode. Comme il était de service, il a demandé congé de bonne heure à cause de nous, et le Pape lui a donné une bouteille d'élixir de la Grande-Chartreuse pour nous la faire boire. Il dit à Mérode qu'il en avait goûté et que c'était très bon, mais très fort ; mais lui, il est encore plus très bon.

Ensuite nous avons vu la girandole, qui se tire sur le Monte Pincio. Nous étions dans l'antichambre même du Pape. Quel genre !

Une indiscrétion m'a permis de lire ce matin une lettre d'un archevêque gallican, qui s'inquiète fort de ce que l'on fait à Rome. Il demande si le Pape dira quelque chose sur la liturgie, sur l'Encyclique ; si l'on doit craindre qu'il ne condamne pas l'Univers et si l'on pense que le Mémoire sur le droit coutumier sera mis à l'index. Il a la réponse à toutes ces questions.

3/i6 CORRESPONDANCE

On dit que Rouen va se promener à Naples. Il n'a pas grand'chose à faire ici,

Dupanloup fait crier dans Rome qu'il est un pauvre homme bien innocent des choses dont on l'accuse, qu'il n'a pas lu un journal depuis qu'il est évêque, et étranger comme l'enfant qui vient de naître à toute besogne de ce geme, surtout à VAmi de la Religion. Il croyait même que ce journal n'existait plus, et croyait avoir entendu dire autrefois que M. Picot était mort.

Ça ne prend pas.

Il fait beau. C'est invraisemblable, mais c'est.

Adieu, petit frère.

Il vient de paraître une traduction italienne des Petites Sœurs des Pauvres. J'en emporterai un exemplaire pour l'auteur, lequel j'embrasse.

A Mgr Mabille, évêque de St-Claude

Rome 6 avril i853.

Monseigneur,

Je viens de lire la lettre que vous avez écrite au sujet de VUnivers. C'est un grand honneur et une grande consolation pour les rédacteurs de ce journal d'avoir pu conduire leur difficile entreprise de façon à obtenir de pareils suffrages. Voilà bien des taches effacées et bien des inculpations cruelles réduites à rien. Tous nos amis, et grâce à Dieu ils sont assez nombreux ici, m'adressent des félicita-

tions dont je jouis trop sincèrement pour n'avoir pas besoin de vous en remercier. J'avoue que sans perdre ni le courage, ni la volonté de poursuivre cette œuvre, j'ai souffert des injustes duretés dont elle est l'objet. Je craignais surtout de donner un scandale en la maintenant avec des apparences d'insoumission et même de révolte. Votre lettre montre le vrai caractère d'une peisévérance que l'on voudrait flétrir du nom d'entêtement. Il faut bien reconnaître que nous ne sommes pas condamnés par J'épiscopat, mais par quelques évêques seulement, et qui se sont trop pressés.

Vous connaissez maintenant l'Encyclique. Bile éclaircit ce que l'on voulait croire obscur dans la lettre de Mgr Fioramonti, lettre d'ailleurs qui est du Saint-Père lui-même, autant sinon plus que du secrétaire qui l'a signée. Il faut bien avouer maintenant que le Pape n'est pas du nombre de ceux qui voudraient ruiner le journal. Tout le monde regarde ici cette pièce comme décisive. On espère que Mgr l'Archevêque de Paris se rendra et retirera sa sentence. On le lui a formellement demandé. S'il ne le fait pas, l'affaire est entre le Pape et lui, et non plus entre lui et moi. Je désire ardemment qu'il s'en aperçoive et qu'il sorte des complications où il s'est jeté, par la porte que l'on laisse ouverte derrière lui. Quant à moi, je n'ai demandé qu'une chose : savoir, si l'on jugeait que le journal fût utile, de pouvoir le continuer sans scandale. J'ai tout ce que j'ai demandé. A Dieu ne plaise que je souhaite davantage.

Je compte revenir bientôt. Je n'attends plus que d'avoir pu recevoir encore une fois la bénédiction du Saint-Père. Je compte avoir ce bonheur assez prochainement. Je rentrerai alors à Paris, bien résolu à faire de mon mieux pour remplir, à la satisfaction même de ceux qui m'ont frappé, des devoirs dans lesquels je suis si hautement et si saintement aidé. Je suis véritablement obligé de viser à une sorte de perfection, si une sorte de perfection est possible aux journalistes. Permettez-moi, Monseigneur, de compter sur votre avis et sur vos prières. Avec quelles impatience j'attendrai l'occasion de vous témoigner de vive voix les sentiments de reconnaissance et de respect dont je vous prie d'agréer ici la faible expression.

De Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur.

Louis Veuillot.

A M. Eugène Veuillot.

Rome, 7 avril i853.

J'ai vu hier au soir le Cardinal Antonelli. Mon audience a duré plus d'une heure, au grand désespoir de deux abbés français, l'un Gallican, et l'autre de Nevers, qui attendaient que j'eusse fmi. Je n'ai pas été fâché qu'ils attendissent longtemps. Les témoins ennuyés sont de fidèles témoins de la durée des conversations. Ils rapporteront cela dans leurs

provinces. Mais, hélas ! tout n'est pas rose. Je n'ai point fini. On veut avoir des nouvelles de l'Encyclique, et ce charmant Antonelli m'a conseillé d'attendre pour demander au Saint-Père mon audience de congé. C'est un ordre.

Du reste, tous ici croient à une conclusion prochaine et douce. Par bonheur, on ne l'exige pas. tendre. Il est positif que l'Archevêque a écrit avec bénignité, demandant qu'au moins M. Veuillot fît une petite démarche au-devant de Sa Grandeur. C'est donc lui qui a sollicité près de la Cour de Rome, puissance essentiellement médiatrice. Ne perdons pas cela de vue pour l'histoire. La démarche est faite ; je n'ai pas négligé d'en faire voir la vertu. Le Cardinal a loué ma déférence, tout en ajoutant qu'il avait lu ma lettre, et que, probablement, la susdite Grandeur n'en tirerait pas vanité. J'ai dit qu'on ne pouvait pas se fier aux interprétations de Paris, et j'ai rappelé le passé. On le connaissait, mais je doute, a ajouté le Cardinal, que l'Archevêque soit pressé de livrer à l'impression toutes ces correspondances, les vôtres et les miennes.

J'ai parlé de vos soupçons touchant le nouveau mémoire contre ÏUnivers. — Oui, on fait ce mémoire. Alarmé de la manière dont je lui parlais du jugement à intervenir, l'archevêque m'a prié d'ajourner toute conclusion, jusqu'à ce qu'il eût produit les raisons qui lui ont fait publier son ordonnance. — \otre Eminence peut prévoir quelle sera cette pièce. Deux abbés la préparent ; l'un est le rédacteur

35o CORRESPO^DA^CE

de VAmi de la Religion, l'autre un intrigant devenu récemment vicaire général, pour des services de plume. On se servira de phrases détachées, on taira les circonstances qui les ont inspirées, on les falsifiera. A mon tour, je prie Votre Eminence de ne rien croire avant que j'aie répondu. — Mais je sais bien quels procédés ils emploient et d'un autre côté, je n'ignore pas quelles sont les exigences d'un journal. C'est ce que je ne cesse de dire aux évêques français qui vous sont contraires. Les rédacteurs de VUnivers ne font pas un article comme nous faisons une Encyclique. Ils n'ont pas des jours entiers à passer sur une phrase, sur un mot. Qu'importe qu'il leur échape quelques inexactitudes ou quelques vivacités. Voyez le bien qu'ils font, songez aux services qu'ils rendent. Ils parlaient quand vous vous taisiez tous ; ils sont tels qu'ils étaient quand vous les approuviez. Comment ! on insulte le Pape, on insulte l'Eglise, on insulte Dieu ; on calomnie la foi, on corrompt les mœurs par des milliers d'écrits détestables; vous n'ouvrez pas la bouche. On se moque d'un abbé ridicule, vous voilà en feu !... Mais fa niente, le mémoire de Paris arrivera trop tard. L'Encyclique a paru ; le Pape ne se dédira pas. Soyez convaincu que tout cela tombera sans bruit.

Voilà le gros et l'important de la conversation. Le reste s'est passé en compliments, divagations et risettes. Le Cardinal est vraiment très aimable pour moi, et d'une netteté sur la question si tranchée et si publique que beaucoup d'amis, tièdes au commencement, brûlent de zèle et deviennent des lions.

Mgr de Falloux me presse d'aller dîner chez lui tous les jours, Mgr Lacroix veut me mettre de l'Académie des Arcades, où l'on me donnerait un nom de berger (le dernier élu se nomme Iragoras. Vois-tu cela dans le Charivari ?) Je les remercie tous deux de tout mon cœur. L'archevêque de Rouen se consterne de plus en plus. Il a été porter au Cardinal ses doléances sur l'Encyclique. C'est lui qui est certains évêqiies français. Le Cardinal lui a t'ait un petit discours. Avant cette visite, l'archevêque disait qu'il était encore dans toute la ferveur de son pèlerinage et qu'il comptait rester à Rome longtemps. Après la visite, il trouvait que le climat de Rome ne lui valait rien. Il reste assis devant sa table, l'Encyclique sous ses yeux, murmurant : Où allons-nous ?

Ce sont de pauvres gens, ces évêques ; s'ils voulaient voir clair, ils seraient émerveillés du respect qu'on a ici pour eux, du souci de leur dignité qui préoccupe sans cesse le Pape, du zèle qu'on a pour leur gloire et pour leur liberté et du véritable amour de l'Eglise avec lequel tout ce qui a quelque impoitance fait toute chose. Mais puisqu'ils trouvent que l'Univers est leur plus grand ennemi, ils doivent se tromper sur le Pape. La vérité est que l'on veut qu'ils soient évêques, et non pas tyrans.

Le Pape continue d'être charmé de ce qu'il a fait et de la manière dont il l'a fait. Il en parle à tous les prélats de nos amis qui vont le voir pour affaires de service, et tous sont nos amis. Il s'applaudissait l'autre jour devant Mgr Rarnabo, secrétaire de la Pro-

pagande, et très zélé pour nous, de n'avoir laissé paraître dans Rome aucun exemplaire de l'Encyclique avant qu'elle fût arrivée en France, parce que Veuillot l'aurait envoyée tout de suite à son journal, et que le Pape aurait eu l'air de faire comme l'Archevêque de Paris qui met d'abord ses lettres

dans les journaux au lieu de les mettre à la poste

Mais Veuillot e'st content,

Veuillot serait bien plus content s'il pouvait partir. Je m'ennuie presque ; je m'ennuierais tout à fait, si ce n'était pas bête, .le voudrais corriger une épreuve et jouer aux boules.

Mon académie du Panthéon est si ravie de la lettre que je lui ai écrite, qu'elle veut la mettre dans les journaux, et elle est partie pour Modène. J'espère bien que vous ne la retirerez pas de ce foglio.

Quoique j'ignore totalement le jour de mon départ, j'espère me donner de l'air le 19, et monter ce jour-là sur le Mongibello, qui va droit à Marseille. Je prie Dieu que vous ayez l'esprit de m'écrire jusqu'à ce moment. Il serait dur de rester sans lettres. Adieu, tous les frères. Je vous embrasse tous, mais surtout le mien. Je suis désenrhumé.

Louis.

J'ai écrit à Saint-Claude. On le goûte fort ici ; et il a eu le plus grand succès après Châlons, dont le cardinal Antonelli m'a encore parlé avec délices. Si nos amis ont un peu de jugement, ils écriront en faveur de l'Encyclique, car les autres ne manqueront pas d'écrire contre.

Au Même

Rome, 8 avril i853.

Frère, j'ai eu ce matin une conversation avec le Cardinal Fornari, qui se montre toujours très bon pour nous, et très ferme, et qui me réjouit le cœur par la manière dont il me parle de du Lac. Il a vu le Pape hier. Sa Sainteté est toujours dans les meilleures dispositions. Vous savez maintenant comment ma lettre au Parisien a passé. On trouve que nous avons fait tout ce qu'il faut, et que c'est au susdit Parisien de montrer maintenant son grand cœur. Il est formellement invité à retirer son ordonnance et on croit qu'il la retirera. On, ce n'est ni le Cardinal Fornari, ni moi, mais il faut attendre. Je vous ai dit que le mémoire n'aura point d'effet. L'opinion est formée, quelques perfidies ne la changeront pas. Point de coup de tête pour l'amour de Dieu, quand même ma lettre serait mal interprétée. Elle ne perdra rien à paraître plus tard, et nous gagnerons beaucoup à nous montrer sages et froids. Je deviens romain. Laissons-nous huer, si le bon Dieu et le Pape nous sourient.

Secret : Le livre de Donoso a été lu par ordre du Pape, avec les articles de Gaduel. Le lecteur ne passe point pour un âne. Il a trouvé dans Donoso en espagnol trois ou quatre inexactitudes légères, plus marquées dans la traduction française, et dans Gaduel

35/i CORRESPONDANCE

quatre grosses hérésies. Dans l'espagnol, une doctrine admirable, dans l'Orléanais une crasse ignorance {sic). On conseille au Pape de faire traduire en italien ce beau livre, le meilleur qui ait été fait contre le socialisme, la traduction existante ne paraissant pas assez bonne. En attendant, la Civilta va démontrer théologiquement la stupidité du pauvre Gaduel. Enfin, Donoso va recevoir ou a reçu un Bref plein d'éloges, et l'archevêque un avis de prendre garde aux ecclésiastiques d'Orléans qui viennent écrire des sottises dans son diocèse, assez riche déjà de son cru. Cela vous va-t-il ? Il ne vous sera pas défendu de traduire la Civilta. Quelle civilité, dira Gaduel.

L'affaire de Bonnetty est terminée s'il a fait devant le Nonce la déclaration conseillée.

J'ai reçu vos lettres ce matin. Pauvres amis, vous voilà en émoi. J'en suis revenu et je suis tout à fait de l'avis du Pape. L'Encyclique vous aura calmés. Attendons la suite avec patience. Le bon Dieu mène tout cela, et saint Pierre ne nous perd pas de vue.

J'ai reçu vos lettres ce matin. Je n'en avais pas depuis quatre jours et je commençais à craindre que vous ne me crussiez parti. Ecrivez-moi jusqu'à ce que je vous aie dit : je pars. Ce qui arrivera de trop ne sera point perdu. Malgré mes gémissements, je resterai jusqu'à ce qu'il fasse clair. Je tarde exprès à demander mon audience et je me contente d'entretenir les Cardinaux et les Monseigneurs.

Taconet, vos commissions sont faites et les autres

le seront. Je tiens enfin mes livres qui ont mis plus de temps de Civita à Rome que de Paris à Ci\ ita. Je vais nous faire des amis avec ce papier sale. Quant à l'argent, merci. J'ai reçu 5oo fr. de Merle, j'ai emprunté trois cents francs à l'évêque d'Amiens, et j'ai encore cinq cents francs à emprunter pour revenir. Il me restera de quoi vous payer à déjeuner. Quoique je vive chichement et en pique-assiette, pourtant ce pauvre argent file et j'en gémis. Si vous aviez vu la chambre où j'ai passé quarante jours, vous me porteriez aux nues. Mais on a beau s'y prendre en Spartiate, deux mois d'auberge ne coûtent pas rien.

Adieu pour aujourd'hui. 11 me semble bien que je m'endors.

9 avril.

Je viens de faire une tournée endiablée : six visites en six heures, dont deux bonnes d'antichambre. J'ai vu Fioramonti, le cardinal d'Andréa, le cardinal Marina, le sous-secrétaire d'Etat, le P. Modena, secrétaire de l'Index, et quelques moines encore. Je partirai ce soir pour voir un consulteur des congrégations, religieux de mon grand ami le P. Vaure, puis le secrétaire des brefs aux Princes, Mgr Pinfici. J'irai dîner chez Castillo y Ayensa, et je viendrai m'habiller pour terminer la soirée chez Lady Gampden. Voilà les roses de l'exil. Notez bien qu'il pleut ou qu'il va pleuvoir.

La conclusion de mes visites de ce matin, c'est qu'il faut attendre les nouvelles de Paris. Si Paris

résiste, alors on plaidera. Le Cardinal Marini, un de mes juges, qui aura bien de la peine, dit-il, à être un juge impartial, est de ceux qui pensent que l'on doit frapper et qu'il n'y a pas moyen d'en finir plus vite ou mieux ; mais tous ne pensent pas ainsi. D'Andréa est furieux contre les moyens termes. La lettre de Fioramonti lui semble ridicule, l'Encyclique ne le satisfait pas. Voilà des amis chauds. Par malheur, ce sont des voix isolées. Comme j'ai peur d'être obligé de m'allonger encore ! et quels vœux je fais pour que l'orgueil parisien s'abaisse. Me voistu obligé ici de réfuter le Mémoire de Paris qui sera, dit-on, un volume. Oh ! saint Pierre, saint Pierre, priez pour nous ; faites-moi voir promptement mes filles et mes frères.

A part cela, j'ai quelques espérances gaies. L'amitié se soutient merveilleusement. Je vois les bons effets de l'Univers sur Fioramonti ; mes livres sont accueillis avec des marques de reconnaissance très vives. Il ne serait pas impossible que nous trouvassions un moyen de répandre nos poisons plus abondamment dans Rome.

Ne vous fiez pas à ce que l'abbé Glaire pourra écrire. Le Pape, averti, n'a pas voulu se laisser tirer les vers du nez. Ce petit homme abîmait l'Archevêque. Le Pape, après l'avoir écouté, lui a parlé du bon cœur du prélat. Je sais beaucoup de choses par plusieurs qui savent beaucoup de choses, et le reste par Fioramonti qui sait tout.

Le Pape a témoigné une vraie joie de la lettre de Saint-Claude. Je n'ai pas encore pu juger de l'effet

DE LOUIS VEUILLOT SÔy

de Moulins, mais je crois fort qu'il n'est pas en défaveur. Il a fort bien plaide sa cause en secret.

Adieu, chers compagnons, priez pour moi, je vous le rends à tous. Jamais je n'ai mieux senti combien je vous aime.

Tout à vous.

Louis.

GLXXXVII

Au Même

Rome, i/i avril i853.

Une dépêche télégraphique de Paris, 9 avril, publiée dans les journaux de Gênes, annonce que l'Archevêque a rendu aux prêtres de Paris la permission de lire VUnivers et d'y écrire. Ici, on ne sait rien de plus. Toutes les lettres s'arrêtent au 7. Le soussecrétaire d'Etat en est là comme les autres. Le Nonce avait remis ma lettre et livré un chaud combat pour la faire accepter, mais n'avait rien obtenu de positif. J'espère que le télégraphe ne nous trompe pas. Du reste, je ne pense point que l'on me demande une lettre plus douce, il serait difficile de l'obtenir. J'en ai fait assez et je ne suis pas obligé de me noyer pour sauver celui qui m'a jeté à l'eau.

Si décidément l'Archevêque s'est exécuté, mon retour sera prompt, à moins que le Pape ne me fasse attendre mon audience de congé, sans laquelle je ne partirai pas. Je la demanderai dès que nous aurons une base d'entretien. Dans tous les cas, il me paraît

impossible d'être prêt, pour le bateau du 19 ou celui du 21 qui portera les dépêches.

Je suis si pressé que je ne pourrai pas écrire aujourd'hui à Donoso. J'avais trop besoin d'aller au Quirinal. Va lui faire mes amitiés. Je dînais hier chez Castillo qui lui a donné les nouvelles. Il aura pleine et large satisfaction. L'article de la Civilta paraîtra dans le prochain numéro.

Fais mes amitiés à Lafon. Je lui écrirai un mot par la voie de terre. Adieu, mon bon petit frère ; qu'il fera bon s'embrasser !

Il repleut, mais qu'est-ce que cela me fait, si nos affaires sont terminées.

Je ne crois pas qu'il y ait rien de positif sur le nonvoyage du Pape. Néanmoins les indices que tu me donnes sont graves. La note du Moniteur, sur le mariage civil, est péniblement remarquée, c'est pourquoi je voudrais bien que Mgr Sibour eût pris son parti.

D'ailleurs, rien de nouveau. Nous attendons et je n'entends que ce mot : il faut attendre>

Tout à loi, cher frère ; mille tendresses aux autres.

Louis.

Montauban est exquis ; mais si je n'avais pas la nouvelle télégraphique, j'aurais peur qu'il n'eût fait danser le Parisien. Je me suis régalé ce matin d'une messe à Sainte-Marie-Majeure, en sortant du Quirinal. J'y étais seul. Vous n'avez pas été oubliés.

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