‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 17 sur 133 · A M. L'ABBÉ MÛRISSE AU · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ MÛRISSE AU

19 septembre i84' .

Mon cher ami, J'avais tant à faire sur la fin de mon séjour en Al-

1, Le chef du bureau dont mon frère e'tait le sous-chef, toujcurs absenl, et dont j'étais l'un des rédacteurs, toujours en congé.

116 CORRESPONDANCE DE LOUIS Vf:UILLOr.

gérie, que j'étais condamné à n'écrire à personne, et pas même à vous. Me voici de retour, un peu débarrassé de tout ce que j'avais de visites à faire, de renseignements à donner: reprenons nos bonnes correspondances, et pardonnez-moi une interruption qui m'a coûté. Ma sœur m'a remis votre excellente lettre; je vous en remercie, comme du soin charmant que vous avez pris d'écrire à ces petites filles : elles n'en ont pas été médiocrement flattées. J'avais espéré qu'en revenant je pourrais aller vous voir. Le bon Dieu ne m'a pas permis cette joie, qu'il faudra bien cependant que je me donne un jour. Je suis revenu en bâte et tout droit, bien portant, mieux portant même que je n'étais lors de mon départ, mais vieilli de tout ce que le spectacle des hommes et des choses de ce temps peut faire éprouver d'angoisses à un vrai chrétien. Je crains quelquefois que nous ne soyons destinés à voir mourir la patrie Je m'en console en pensant que nos neveux verront revivre FEglise. Louons Dieu !

Je vais entrer dans un grand travail, auquel il faut donner le pas sur tout ce queje rêvais. Je l'entreprends sans savoir si je pourrai l'achever; et si je l'achève, ce sera un breuvage de honle queje présenterai à mon pays. Priez Dieu pour qu'il m'inspire et me soutienne dans cette œuvre. Demandez à mon auguste patron saint Louis, mort sur la terre africaine, de m'envover un rellet de ses lumières et de sa charité. Adieu, mon cher ami. Je suis toujours à mon ancien logement, rue de Grenelle, 85. Écrivez-moi bienlôt, et dites-moi si l'on vous a envové llonie et Lorette, J'a-

vais à cet égard donné des ordres avant de pnrûr, et je ne puis savoir s'ils ont été suivis.

Votre bien dévoué en Noire-Seigneur.

XXXYI

A M. EUGÈNE VEU[LLOT.

25 septembre 1841.

Cher frère^ ce matin je suis allé déjeuner chez M. Guizot. Je ne me doutais de rien, je portais aux enfants les babioles que tu as vues et les trois volumes de Gabourd qu'il m'avait chargé de présenter à S. Exe. \ Les enfants ont reçu leurs babioles en riant^ et M. Guizot les siennes avec beaucoup de bonne grâce. Puis, après déjeuner, il me dit : Je viens d'écrire à Bugeaud une lettre qu'il faut que vous lisiez. — Je lis la lettre, très longue et très bien faite pour un pékin. J'approuve. Ce n'est pas tout, me dit- il; il faut que je sache, par détail, telles, telles et telles choses : une kvrielle. Vous allez me faire un travail comprenant ce que vous savez sur ces divers points. Nous le réduirons ensuite en une certaine quantité de questions, et vous partirez de manière à arriver à Alger vers le milieu de novembre; vous y resterez à tout éclaircir, décembre, janvier, et vous reviendrez en février pour la discussion des Chambres. — Je t'avoue que je fus un peu terrassé. Pourtant, je fis

I. \^ Histoire de France^ par Amedée Gaboiucl. Celui-ci était alors chef ou sous-cbef de bureau au ministère de rintérieur.

l)onne contenance sous ce coup de massue. Je ré- [)on(lis avec sang-froid que j'allais obéir, et que je me tiendrais à ses ordres pour partir lorsqu'il le voudrait. Mais^ lui dis-je^ j'aurais besoin de vous parler de ma position^ qui n'est pas claire. — N'êtes-vous pas toujours à l'Intérieur avec 5oo francs par mois? — Si fait, mais il n'y a là rien de sûr; je voudrais quitter mon bureau et... et... l'Intérieur! — Eh bien, nous arrangerons cela parfaitement quand vous serez revenu. — Ecoutez, Monsieur le Ministre, ajoutai-je, me prenez-vous à votre service? — Oui, me dit-il avec un sourire très tendre. — Eh bien, je suis content.

Voilà, cher frère, l'événement du jour. Je crois que tu le trouveras assez gros. Quanta moi, j'aimerais autant rester, mais je ne suis pas trop fâché de partir. Me voilà ambassadeur. M. Guizot n'a jamais lâché personne : Il ne m'abandonnera pas, et je vais joliment me compléter sur l'Algérie D'ailleurs, je ne pouvais pas refuser. A la grâce de Dieu maintenant!

C'est égal, c'est drôle !

J'ai vu hier Lafon. Il m'a tout réjoui du naïf récit de son bonheur. Quel charmant garçon et comme il mérite bien d'être heureux ! Tu ne peux t'imaginer quels touchants témoignages d'affection il m'a donnés et comme j'ai été content de le voir. La grosse chose qui l'embarrassait et qu'il avait à me dire, c'était que tout le monde dans la famille lui parle de moi et veut me voir, et qu'il craint que je ne satisfasse pas à ce désir; j'y satisferai '.

I. Emile Lafon, le constant et très cher ami de mon frère depuis leur rencontre à Périgueux, venait de se marier.

COnilESrONDAiNCE DE LOUIS YEUILLOT. 119

L'article sur Janiii a eu un retenlissement extraordinaire dans tout le petit monde des journaux. Saint- Cliéron, en le lisant, gambadait comme un singe ; du Lac, en en parlant, posait le douhie-blanc sur le double-six ; Blanche se voilait le visage et déplorait le malencontreux chef-d'œuvre; Toussenel, ivre de joie, est allé acheter un numéro dont il fait des lectures publiques, et je crois qu'il a dansée but retardé son départ de deux jours. Burette a subi ime de ces lectures et a dit : Je ne comprends pas ce que Veuillot a contre Janin: il ne sait donc pas que Janin a fait mettre aux Pèlerinagps une couverture de vingt francs? M. l'Abbé, Mallac, Dillon, criaient merveille. Durangel, qui vise aux Débals, a eu la chair de poule, elLafon, entendant lire cet article à haute voix chez son beau-père, a dit: Il me semble que j'entends parler Veuillot ! Or il ne m'avait pas encore vu, et il ne sait même pas le nom du journal que l'on reçoit chez lui. — C'est certainement le sufFrase le plus flatteur de tous. Mais voilà un succès qui présage une tempête, et, selon toute apparence, je vais être à mon tour érelntxL Bah! je suis de force *.

Je t'ai dit que j approuve complètement Robert d'Arbrissel. On a fait dernièrement un roman sur ce

I. Cet article n'a p;is été reproduit dans les Mélang-s. Divers autres articles de ce temps ont également été écartés ou oubliés. Je compte en former, avec d'autres travaux plus anciens, un volume que j'intitiilerni Premières OEiivres,

Deux mots sur les amis ou connaissances nommés par mon frèie dans ce paragraphe et dont il n'a encore été rien dit : Blanche (Âlbéric de Blanche-Raffîn) était un des plus jeunes, sinon le plus jeune rédacteur de fUnivers ; Burette, professeur de l'Université, auteur do Cahiers cthlstoire et d'une Physiologie du fumeur^ faisait profession d'cîrc

sujet; mais c'est comme les Esquisses du temps présent dont je te parlais l'autre jour. Il faut t'y mettre, toi et ton archiviste, sur-le-champ, avec feu, avec rage. J'offre ma collaboration. Il y aura certainement libraire pour un livre de cet intérêt, s'il est fait consciencieusement ^

Adieu, cher frère, pour aujourd'hui. Je vais ce soir voir M. l'Abbé et j'aurai un post-scriptum à ajouter sur l'effet de la grande nouvelle.

P,S. — 26 septembre. — J'ai vu ce matin à déjeûner, chez M. Guizot, M. de Barante. Je le prenais pour un notable de Lisieux. Il paraît, comme dit Romieu, que ce n'est décidément pas difficile d'être

ambassadeur. Ce grand seigneur portait rougis,

ô mon frère, une cravate violette ! Quel goût, Menzicoff!

J'ai trouvé hier chez mon portier une lettre revenant d'Alger qui ne m'a pas peu surpris. Elle est de Saint-Marc Girardin, à qui j'avais écrit de là-bas. Il approuve complètement le point de vue exclusivement chrétien sous lequel je lui avais présenté la question, et me fait en deux pages un éloge sans réserve de Pierre Saintive^ dont jamais personne, ni toi ni moi, n'a dit tant de bien. Il en trouve la fable belle, les personnages remarquablement inventés, vivants, ne gesticulant pas, et la conclusion haute et morale, tout

l'ami intime de Jules Janin ; c'e'tait sa gloire; Dillon, Irlaiiflais naturalisé Français, était employé aux Affaires étrangères et écrivait dans V Univers,

I. J'avais formé le projet d'écrire en collaboration avec M. Marciiegay, archiviste de Maine-et-Loire et protestant, une Vie de Robert d''Ar~ Irlssel,

CORRESPONDANCE DE LOUiS YKUITXOT. 121

en regretlant comme tout le monde, excepté moi, que Saintive et Thérèse ne fassent pas une multitude d'enfants. Je suis heureux que cette lettre ne soit pas arrivée un jour plus tôt. T.a perspective d'un article dans ce genre aux Débats m'aurait fait peut-être rengainer lâchement ma tirade sur Janin. Hélas! mon pauvre frère, on a beau s'en défendre et s'en vouloir, on est toujours homme de lettres par une foule d'endroits \

La pensée de Robert cl Aibrissel me sourit davantage d'heure en heure. Il n'y a rien qui fasse étudier agréablement comme un beau travail^ et celui-ci comprend des immensités. Tu verras comme cela te formera le jugement et la main; et qui sait si le bon saint, «1 qui tu en dirais de temps en temps deux mots, ne profiterait pas de la circonstance pour convertir ton collaborateur?

Tu dois ce long post-scriptum à la présence inopportune mais fort chère de nos sœurs, que sœur Marie- Louise m'a tout à l'heure amenées^ et qui ne me permettent pas, comme bien tu le penses^ un travail sérieux. Après avoir, s:don leur usage, tout bouleversé et bu par plaisir cinq serres cl eau sucrée^ elles se sont calmées un peu. Elise a empoigné Emile et Ma rie y et Annette le grand homme. Mais voici quatre heures : nous allons au Salut.

T'ai je dit que j'ai reçu une lettre très aimable de Bugeaud, où il me témoigne mille contentements de

I. M. Saint-Marc Glrardin était alors député influent, en morne temps que l'un des personnages de TUniversiié et des plus importants rédacteurs du Journal des Débats,

i'espérance de me revoir? Mais celle fois il n'y aiini plus de broiiilleries, je ne demeurerai plus chez lui, et, avec la mission que je dois remplir, je trouverai des prévenances à toute heure et partout.

2^ P. -S. — Je viens du couvent: l'Ahbé approuve, mais il déclare qu'il ne me reverra jamais si, avant de partir, je ne lui rapporte pas le traité-Gustave, pour qu'il le brûle et en jette la cendre au vent.

Adieu définitivement pour aujourd'hui, et tout à toi en Notre-Seigneur, de près comme de loin.

Ton frère dévoué,

Louis V.

A M. EDMOND LECLERC

Septembre 1841.

Je viens de lire votre affaire *, et c'est vraiment très joli, d'un bon goût, d'une mémoire, d'un instinct, d'une honnêteté qui font continuellement plaisir. C'est écrire en homme qui a toujours une chemise blanche, et qui ne dépense pas son esprit comme un enrichi son argent, moitié pour faire montre et le reste par spéculation. La déception y est

I. Edmond Leclerc, grand admirateur de Mme de Sévigné, avait publié, après une visite aux Rocbers, quelques pages sur cette excursion littéraire.

charmante; toutes les fois qu'elle vkmiI, on l'allend; elle se fait presque désirer. Lnlin Aime.' de Sévigné, oui, Mme de Se vigne en |)ei\sonnc aurait aimé cela.

Quel dommage, mon eher ami, que vous n'ayez pas pu tout comprendre et par conséquent tout pu dire î En lisant, je me dépitais contre vous, li y a les trois quarts de votre narration que je n'aurais jamais imaginés, et je ne pourrais jamais si bien faire 1 autre quart, mais il y a un cinquième quart auquel vous n'avez pas seulement pensé et dont je me serais, moi qui vous parle, tiré joliment. Je l'entreprendrai peutêtre un jour, pour avoir occasion de célébrer tout à mon aise ce que je trouve si charmant dans votre travail. Ah ! chien (révérence gardée) de n'avoir point vu la femme qui aimait tant Bourdaloue, qui se reprochait si ingénument, aux approches de Pâques, d'aimer trop sa fille, qui doutait si tristement de la tendresse de cette froide personne, qui avait tant de jours pleins d'angoisses dans sa belle existence, qui se croyait janséniste et qui l'était moins que vous! Yoilà le défaut de votre article : il y manque deux pages, qui sont le sérieux, le grave, le douloureux de cette plaisante et aimable et facile vie. Vous faites de Mme de Sévigné le portrait le plus frais, le plus élégant, le plus souriant, le plus pomponné : mais elle avait un pli au front que je n'y retrouve pas ; mais, entre chien et loup, sous ces grands arbres où elle aimait tant à rêver de sa fille, elle rêvait à quelque chose encore que vous ne dites pas; et si vous ne montrez point ce pli sur son front, si vous ne dites

point quel était ce rêve dans son cœm% le portrait n'est pas fini. C'est une lacune efFroyal)le, et le mal est que vous ne le sachiez point.

Vous allez partir. Malgré les quarante sous que je vous dois, je ne sais point si j'aurai le temps de vous aller voir. Je veux pourtant cjue vous emportiez mes compliments sincères, et que vous connaissiez sur le même sujet mes regrets, qui sont tout aussi vifs et sincères que mes compliments : c'est pourquoi je vous écris. Ne méprisez point ce que je vous dis là. Songez-y quand vous serez en voiture — car cpie faire en voiture à moins que Ton ne songe? — et promettez- vous, quand vous aurez du loisir, de lire un peu Bourdaloue ou Nicole (mais il est sec comme une vieille peau) comme vous avez visité les Rochers, par dévotion seulement pour ce que Mme de Sévigné aimait. Ne dites point que c'était de son temps^ cju'elle s'est trompée. — H y a toujours quelque chose de vrai au fond de l'erreur d'un esprit comme celui de Mme de Sévigné — (ceci est d'un bon auteur) — et la moindre lumière que vous en pourrez tirer^ éclairera beaucoup d'admirables choses que vous ne soupçonnez pas.

Adieu. Voyagez heureusement. Je vous place, comme c'est mon droit, sous la garde des bons anges. Puissent-ils, en même temps que vos yeux s'ouvriront sur les merveilles de la nature, reporter votre esprit jusqu'à l'Auteur de ces belles choses, et faire en sorte qu'un cœur et qu'une âme qu'il a aussi formés, ne soient pas moins intelligents à le reconnaître, à le louer et à l'honorer que ses pauvres créatures, le brin

iriiei'be et l'oiseau! Croyez à mon afifeelion chrélienne.

XXXVJU

A M. EUGÈNE VEUILLOT

Septembre 1841.

Cher frère, la présente est pour l'informer que je n'ai absolument rien à te dire. La position n'a pas varié depuis dimanche dernier, que j'ai vu M. Guizot et entendu de lui ce que tu sais I.e Père Varin ayant fait hier une apparition à Paris, je l'ai informé de mon départ; sur quoi il a loué Dieu, persuadé que la chose me serait bonne. Tu sais qu'un pareil sentiment m'aurait enlevé jusqu'à l'ombre d'un doute et d'un regret, si j'avais ressenti quelque chose de seml)lable : je vais donc faire mes paquets en toute sérénité d'esprit.... et tu referas le voyage de Paris en février naturellement.

Que parles-tu de seconde édition de Rome et Lorette pour Tannée prochaine? Sache que neuf cents exemplaires ont été enlevés, et que la seconde édition va se fabriquer incessammenl^ Je la prépare avec l'aide utile de M. Guerrier de Dumast, qui a la bonté de venir à cet effet passer deux heures chez moi tous les jours. Nous avons fait de Vlntroduclion un chef-

I. Les deux premières éditions de Rome et Lorelte étaient en deu\ volumes, format in-12. C'était aussi le formai ries Pèlerinages de Snisw, Les éditions suivantes ont paru dans le format in-S'».

126 CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUlLLOT.

d'œuvre : c'est nettoyé, c'est brossé, c'est frotté, c'est ponctué... ah! mais\.. — J'ai ravagé beaucoup le volume II. J'en expulse toute espèce de charge et d'idées politiques de nature à me fermer n'importe quelles portes de France ou d'Itahe; j'y ajoute deux ou trois chapitres, et va donc ! Gustave tire cette fois à trois mille, et prétend que j'en recevrai deux mille francs et quelques fractions; il vendra quatre francs. Quant à la première édition, qui se vend cinq francs, elle m'aura valu neuf cent quatre-vingt trois francs soixante-six centimes.

Gustave me redevait, tous comptes faits, cent cinq francs, qu'il va me payer par un billet. Vois l'avantage ! Puisqu'il ne veut payer qu'en billets, je vais avant de partir, lui en faire faire sur le prix de la seconde pour cinq ou six cents francs, que je donnerai à Moreau, Broquet, etc. Si Ion me passe des frais de route avec quelque abondance, je m'arrangerai avant de partir pour payer tout ce que je dois. Ce sera joli. Je vais voir pour tes quatre-vingts francs; je les empoignerai peut-être, et donnerai à Meynadier un billet Fui..., — pour solde.

J'ai vu Duchâtel, qui était, m'a dit Leclerc, un peu vexé de n'avoir encore pas reçu ma visite. J'ai arrangé cela, jetant la faute sur Mallac. J'ai longtemps causé avec S. Exe. de laffaire d'Afrique : tout s'est très bien passé; il a approuvé ma course nouvelle,

I. M. de Dumast, très grammairien, prétendait que mon frère n'entendait rien à la ponctuation. Mon frère soutenait que chaque écrivain devait avoir le droit de ponctuer ù sa façon ; mais il se rendait presque toujours.

et hier Gérin m'a dit son petit mot. C'est bien^

Le Sub iuLtm marche. — Si je ne le finis pas, je l'emporterai bien avancé^ et je le terminerai là-bas. Ce sera original de dater d'Alger la belle copie que j'en veu\ remettre à Mme la Supérieure. Sans compter qu'il y en aura un exemplaire sur lequel Lafon, Rëdier, Clîézaud^ et Gustave lui-même^ quoi qu'il en ait, épuiseront leurs arts, comme obligés des Oiseaux.

Maman a pris de son mieux la nouvelle de mon décampement. J'ai fait du style pour lui dorer la chose; et, comme j'y étais allé exprés le matin^ j'ai détourné sa tristesse en lui demandant un bouillon^ que j'ai loué beaucoup.

Les sœurs sont toujours magnifiques. Nous avons eu le bonheur ce matin de communier tous les trois^ et nous t'avons bien recommandé à Dieu.

Très cher petit frère^ aime-nous bien et prie pour nous. Travaille, travaille surtout pour le bon Dieu, qui nous comble de tant de faveurs que le Père Varin n'en revient toujours pas.

M. l'Abbé n'a pu me dire si Robert d'Arbrissel est canonisé ou seulement béatifié. Je vous trouve plaisants, vous autres historiens, de ne pas savoir cela. Le Uoberl d Arbrissel dont je t'ai parlé, est d'un lillérateur breton nommé Ernest Menard. On en annonce la seconde édition (en tout conforme à la précédente). Va votre train. Ceci ne doit nullement vous arrêter. L'Abbé approuve très fort ce projet de travail.

I. M. Gérin élalt le caissier en chef du ministère de l'iatéiieur.

Adieu, mon cher enfant. Je t'embrasse en Nolrc- Seigneur,

Louis Veuillot.

A M. L'ABBÉ MORISSEAU.

17 octobre i84i«

Je réponds tout de suite à votre excellente lettre : je ne sais pas si je pourrai le faire [)lus lard. Béni soit Dieu de vous avoir guéri ! Je lui en rends mille grâces, et je regarde cela comme une faveur qu'il me fait : il me laisse mes amis, il me les laisse pour qu'ils me donnent de bons conseils et pour qu'ils le prient de me continuer sa miséricorde. Quoique je m'applique à être très réservé dans les choses que je demande à Dieu (du moins de propos délibéré, car mes misérables désirs veulent tout), je lui demande ici formellement de me donner la satisfaction devons embrasser un jour. Je sens que vous m'aimez, et dans chaque ligne que vous m'écrivez je vois battre votre cœur. Oui, mon cher ami, quoique bien occupé en Afrique et de choses bien graves, je me donnerai le plaisir de vous écrire plus souvent que je ne Tai fait. Comptez-y.

Procurez à mon frère toutes les bonnes connaissances possii)les. C'est un charmant enfant^ mais un

CORPxESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT. 120

peu relire. Il sera enchanlë de voir un de mes amis, car il vous connaît et vous aime presque autant que je le fais. Frères, sœurs et mère, tous les Veuillot du monde vous sont très attachés. Mon frère se nomme Eugène, il est rédacteur en che^ du Journal de Maineet-Loire. Si vous avez jamais le temps de lui écrire un petit mot, vous le rendrez fort heureux.

Le jeune horloger^ successeur de M. D**^, c'est mon cher R***, mon fds spirituel : car c'est par moi que ce brave garçon est revenu, il y a dix-huit mois, à la pratique de la religion. Je n'ai jamais fait pour Dieu conquête plus facile et plus douce. Je ne connais qu'une âme aussi simple et aussi bonne : c'est le peintre Emile Lafon, gendre de M. Clioiselat-Gallien, autre ami de R*** et mon enfant aussi.

L'on peut confier à R^*^ le bonheur d'un ange. C'est la droiture, la franchise et la piété mêmes. Il est excellent ouvrier, et même plus qu'ouvrier, car son esprit est plein de ressources et d'inventions ; il est laborieux, très rangé, doux, confiant, égal et spirituel. Il a toutes les chances de succès et il offre toutes les garanties de bonheur. Certes, je le présenterais à une famille avec plus de sécurité que moi-même : car, pour moi, je ne serais sûr que de vouloir combattre; et lui, il y a des combats qu'iL n'aura jamais à livrer. Si vous savez qu'on le propose pour quelque personne digne de lui sous le rapport de la délicatesse des sentiments et de la piété, dites qu'on accepte bien vite, et mariez ensemble ces deux saints.

R*** est fort connu aux Oiseaux, où Lafon et moi l'avons mené, et toutes ces bonnes dames l'aiment I. 9

comme leur enfant. Il est aussi le protégé des pères Jésuites^ et il a pris parmi eux son directeur ^ Adieu, très cher ami. Que Dieu vous garde !

Louis Veuillot.

P,-S. — Je vous recommande PJi'cnt liturgique de dom Guéranger. C'est un beau livre, tel qu'il le faut en ce temps-ci ^

A M. EUGÈNE VEUILLOT

Paris, 6 novembre 1841.

Certainement, cher Eugène, nous n'avons pas beaucoup fatigué la poste depuis un mois. Je me le reprochais et à toi aussi. Je voulais te demander s'il fallait être absolument à Alger pour recevoir une lettre de loi. Tu m'aurais joliment retourné la plaisanterie.

Je ne sais quand je partirai, ni même si je partirai. On attend aux Capucines^ une lettre du gouverneur général. J'ai fait mon mémoire : 48 pages, grand stvle à sentences, clarté parfaite, raisonnements nouveaux, el, pour finir, une péroraison catholique, où, grâce à Dieu, j'ai fait entendre à mon illustre lecteur

I. R**' a jusliGé les prévisions de mon frère : il compte parmi les notables de l'industrie française; il est reste ferme clirëtien.

•>.. Le premier volume de V Année liturgique venait de paraître.

3. Le ministère des affaires étrangères, situé alors boulevard des Capucines.

protestant tout ce que j'ai dans le cœur. Tout cela a été fort approuvé; mon patron Guizot me l'a dit en termes très nets, il y a eu mercredi huit jours^ après avoir dîné en tête-à-tête avec lui et ses enfants. Il est toujours parfait pour moi^ et je l'aime vraiment : il est bon et large. Sur le propos de mon voyage, lui ayant dit que les 5oo francs de l'Intérieur pourraient ne pas me suffire, ce qui est vrai , il m'a répondu tout de suite qu'il y suppléerait, et demandé ce qu'il faudrait pour me mettre à l'aise. J'avais fait le compte : je demandai un millier de francs. — Je vous donnerai un peu plus, me dit-il^ pour que vous ne soyez gêné en rien. J'aurai donc de 12 à i5oo pour cette course : tu vois que l'économie n'y perdra pas.

J'y pourrai perdre ma place à l'Intérieur : je n'en serais pas absolument fâché^ quand même l'extérieur me laisserait dehors par suite d'expulsion instantanée au moment de mon absence. Je serais victime: c'est cela qui est bon ! Tu n'ignores pas que le victima^e est la plus grosse usure que l'on puisse pratiquer en ce temps-ci. Renversé avec le ministère !... bigre ! où s'arrêtera mon élévation ? Sérieusement, j'aime mieux tout et n'importe quoi que de me rendre à mon bureau sous les ordres de M. Brûle deCr^ dont on cite des histoires très bouffonnes. C'est M. le marquis de Mascarille tout craché. La bibliothèque de l'Intérieur ayant été mise dans ses attril^ntions, il a aussitôt écrit à Alfred de Musset qu'il se félicitait de l'avoir sous ses ordres, qu'il eût à le venir voir, et qu'il le traiterait bien : le tout sans un

132 CORRESPONDxVNCE DE LOUIS VEUILLOT.

mol d'orthographe. Musset est venu au ministère demander à être mis sous les ordres du garçon de bureau des Beaux-Arts, mais pas sous les ordres de ce monsieur-là^ étant trop vieux à présent^ disait-il^ pour servir sous quelqu'un qui ne sait pas l'orthographe. Le Brûle est chevalier de la Légion d'honneur. Ce C. brûle de me voir : On prétend, dit-il, que mon souschef est un écrivain assez distingué, mais je ne le vois pas beaucoup. Il a certainement du malheur avec ses subordonnés, mais ses subordonnés en auraient plus encore avec lui. Au moins M. Boue ne corrigeait que mon style ; en voici un qui voudra corriger mon orthographe. Non, non, Brûle, tu ne me verras pas beaucoup. Je n'ai nulle envie de travailler à ta splendeur, et de te faire des rapports.

L'Abbé veut toujours me marier, mais les affaires matrimoniales sont bien remises. Il faut couler l'Algérie en visite d'abord, et puis après en écriture. Ce n'est pas l'affaire d'un moment. Je veux bien me marier ; mais je ne suis pas fâché de le vouloir et d'en écarter l'heure. Il y a des jours où cela m'épouvante tout à fait.

Mon cher enfant, je ne puis certainement prétendre à être heureux comme le bon, sage, tranquille et naïf N.; et cependant il a ses petites peines ; cela donne à penser. Quand je suis tracassé, je prie, je travaille, et tout passe. Quand je serai marié, si ma femme me tracasse, elle ne passera point. Il faudra certainement à cette pauvre femme beaucoup de patience, de raison, d'esprit et de simplicité. En connais-tu douze de ce calibre-là?

Maman va bien, nos sœurs vont h'ien. Antoine est en voyage.

J'ai vu Debécourt; il m'offre, le prix du livre étant réglé, de me donner moitié à la remise du manuscrit et moitié deux mois ou un mois après la publication. Point de billets, point de calcul sur le' prix de revient, point d'affaires d'aucun genre, et cela me sourit assez.

Patiente sur les petits désagréments de G. et autres; essaye de rester jusqu'à mon retour; mais ne fais cependant aucun sacrifice aux dépens de la religion, et n'insère plus de Juives : c'était proprement ignoble. Si tu ne peux rester, tu viendras demeurer chez moi, et tu prendras de Gérin ou de Gustave ce qu'il faudra pour n'aller jamais chez Cuvigny. Je ne veux pas du tout d'une économie qui consisterait à te tuer. Tu t'informeras de quelque bonne pension, ou tu iras à la Madeleine. Songe que ce n'est plus même ici un sacrifice. Je dois encore environ I200 francs. Gustave, pour Rome et Lorette, va m'en devoir 2000; G. m'en doit 100 (qu'il pourra le donner),et le manuscrit du Sub tiium sera prêt à être livré à mon retour; or je ne le livrerai que contre du comptant. Cependant, il faut patienter. Dieu ne te demande point des tirades qui aboutiraient à te faire remplacer par un voltairien ; et si tu ne peux parler à Ion gré de la religion, il t'est aisé toujours de la praliquer. Fais de ton mieux le journal dans un goût de morale bête comme la peuvent supporter ces messieurs, et mets toi en état de payer tes dettes. Quand nous ne devrons plusrien^ nous serons riches,

très riches; d'ici là, nous sommes des gueux. Mais que fais-tu? que lis-tu? Pour l'amour du bon Dieu et de ton âme, pour l'amour de nos sœurs et de moi, ne perds pas ton temps. Apprends, mets-toi en état de travailler, écris ta course dans la Vendée, étudie, et prie surtout.

Adieu, cher frère, Je t'embrasse en Notre-Seigneur.

Louis VtUILLOT.

J'ai fait huit chapitres nouveaux pour Rome et Loretle, d'où je retire l'équivalent. Tout est revu, corrigé, ponctué, rafistolé, et M. de Dumast soignera les épreuves. J'ai fait mon mémoire algérien, dix ou douze chapitres du Sub tuuni , quelques articles pour l Univers, etc., etc. Vois tout ce qu'on peut faire en travaillant un peu.

A M. EUGENE VEUILLOT

Paris, aS novembre 1841.

Je commence, ou je finis (ça m'est bien égal, et, comme on doit dire à la cour, je m'en bats l'œil) par croire que je ne retournerai point en Algérie : pas un mot de ce pays-là, pas un mot du ministre, que je ne vais plus voir, lui ayant signifié que j'attendrais ses ordres, et il ne me les envoie pas. Dans quelques jours il serait presque ridicule de partir, et je com-

mencerai mon livre. Mais, en tout cas, je ne me mêle point de cette aŒiire; je la laisse à Dieu. Moi^ je suis dans le doute, et Dieu n'y est pas. Il faut convenir que nous serions de grands sots, de prendre tant de soucis de nous, lorsque ce bon maître s'en occupe et veut bien ne pas ne nous le laisser ignorer.

J ai livré la seconde de Home et Loret.te à l'éditeur^, accrue de dix chapitres nouveaux et diminuée à peu près d'autant des anciens. Tu auras donc le plaisir, si plaisir il y a, de lire un tome II tout neuf.

Voici une nouvelle. Tu connais mon aversion pour la confrérie de Saint-Paul? En conséquence, j'y entre*. Elle fonde une revue que j'ai critiquée; j'en deviens le collaborateur. Je me plains des chiens de libraires qui payent trop peu les auteurs : c'est pourquoi j'ai passé deux ou trois jours à fabriquer pour la susdite revue un bel article de 22 pages, qu'elle insérera moyennant payement /;«/'/726>/de vingt francs pour deux années de cotisation confraternelle! et je suis enchanté de cette affaire-là, car — chose étrange ! — tous ces changements ne sont pas sans raison. Le Père Lacordaire est venu dire un mot à la confrérie. Gabourd m'y a perfidement entraîné ce jour-là : je me suis laissé prendre. Ce que le Père a dit, m'adonne des scrupules sur mon isolement. Pourquoi ne travaillerais-je pas comme les autres, avec les autres ? Si je fais un peu mieux qu'eux, est-ce une raison pour me

I. La confrérie de Saint-Paul était une réunion ou association de jeunes gens catholiques appartenant aux professions libérales, surtout des écrivains et des artistes. Le saint abbé Desgenettes, curé de Notre- Dame des Victoires, la patronnait de tout son cœur. Elle se réunissait chez lui ou dans une dépendance de son église.

tenir a l'écart? Ne leur dois-je pas rigoureusement le peu de force qu'ils peuvent recevoir de mon concours ? J'ai vu des dehors simples^ des cœurs unis dans le désir du bien^, qui avaient la modestie de me demander presque comme un chef. Hélas ! les pauvres catholiques en sont-ils à ce point qu'ils regardent presque comme un de leurs chefs un pauvre diable comme moi? J'en ai été chagriné; je me suis hâté de grossir leurs rangs. Ils ont ma plume, et ils auront encore tout ce que je puis leur donner de temps et d'avis. Après tout^ avec un peu de zèle, Gabourd et moi, qui sommes les moins inexpérimentés, nous parviendrons peut-être à nous former parmi eux des exemples et des maîtres ; il y a dans cette petite réunion beaucoup de foi et de bonne volonté. Debécourt nous imprime pour rien : il fera ses frais, s'il peut ; du surplus nous solderons une petite collaboration laborieuse et indispensable ; les autres donneront leur travail^ leurs soins et leur cotisation. J'aime ce marché-là; je suis capable d'aller jusqu'à payer mon abonnement, et je vais tourmenter mes amis pour qu'ils en fassent autant. Tu comprends bien que j'entre avec armes et bagages, et que je te demande ta collaboration, tes éloges^ etc. Nous paraîtrons le 1 5 décembre; tu nous feras mousser, et il faudra qu'absolument tu nous donnes quelques articulets. Fais cette petite infidélité à Robert d'Arbrissel : le bon saint ne t'en voudra pas. Cette revue peut devenir quelque chose; si elle prend, je la pousserai dans l'art, et, avec nos confrères les artistes, nous en ferons un Artiste chrétien^ chose que j'ai toujours désirée.

Depuis deux ou trois jours, je ne fais rien^ je flâne, je bouquine; je cultive IMnic de Maintenon. J'ai acheté pour vingt sous^ au coin de la rue du Bac^ es curieux Mémoires de la Beaumellc^ — lo volumes, — que j'ai reconnus avoir été volés à mon ami j\l. de Cabre, et celte lecture m'en apprend long sur la politique. Je suis toujours monarchiste, et plus que jamais convaincu que la monarchie est flambée et qu'elle ne l'a pas volé. Nous allons à du nouveau, et nous sommes bons de nous battre pour de semblables guenilles ; mais il faut toujours un sabot à cette énorme diligence de Ihumanité qui est toujours sur une pente rapide.

Notre petite revue sera un tout petit sabot. A propos de cette revue, Gustave, qui a refusé de s'en charger à des conditions plus onéreuses pour la confrérie que celles de Debécourt, a fait la mine la plus drôle du monde, lorsqu'il a su quej' liais y travailler assidûment. Je n'ai pas voulu laisser à Gabourd l'ennui de lui annoncer cette nouvelle, dont le pauvre Gustave a eu la faiblesse de faire une nouvelle désagréable pour lui. lia prétendu que mon zèle ne serait pas de longue durée. J ai répondu que c'était bien possible, mais que j'aurais grand tort : — deux vérités !

Mère, sœurs et Antoine, tout va bien.

Adieu. Prions Dieu, aimons-nous.

Louis.

J'avais pourtant bien recommandé au portier de fermer ma lettre. Mais il n'a pas eu grand tort: son affaire est d'ouvrir, et non pas de fermer.

138 GOllRESPO.NDAXCE DE LOUIS VEUILLOI'.

A M. L'ALDÉ MÛRISSE AU.

1 5 décembre 1841 .

MOiN CHER AMT,

Vous me croyez sans doute en Afrique, et je n'ai pas quitté Paris. Après bien des hésitations^ il a été décidé que je resterais. Reprenons donc notre amical commerce : c'est une de mes joies.

Le mariage de mon ami R*** n'a pu se taire. Le pauvre garçon s'est soumis de bon cœur à la volonté de Dieu, mais il a eu delà peine à digérer ce qu'il y a eu de blessant et d'injuste pour son père dans les raisons qui ont détruit ce projet. Il est venu chercher auprès de moi quelques consolations, et^ après avoir un peu causé, nous sommes convenus que tout était pour le mieux dans toutes les épreuves. Maintenant il n'y pense plus. Pour moi, j'ai regretté, tout en m'en remettant à la Providence, linsuccès d'un plan que je savais heureux. Connaissant le caractère des jeunes gens d'aujourd'hui, je plains la jeune fille chrétienne qui manque un mari comme celui-là. Il est peu probable qu'elle en rencontre jamais un pareil, comme il se peut aussi que mon pauvre R*** ne retrouve pas ce qu'il perd, d'après tout le bien qu'on dit de la demoiselle en question. Mais faut-il quereller Dieu s'il lui plaît d'éprouver les saints?

Je veux que vous m'accordiez votre appui pour une petite publication que plusieurs de mes amis ont

CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUltXOT. 139

entreprise, et à laquelle ils m'ont prié de m'associer. Il s'agit de continuer avec quelque développement le BLilletin de bibliographie catholique de M. des Genettes. Cette œuvre se fait avec un dévouement rare, par des jeunes gens tous pauvres, qui non seulement donnent leur travail pour rien, mais encore font des dépenses d'argent pour la mener à un succès dont ils n'espèrent que la plus grande gloire de Dieu. Comme les autres, je paye pour travailler à cette revue; vous voudrez bien payer pour la lire, et nous faire, si l'occasion s'en présente, des abonnés. Ce n'est pas une grosse somme : il s'agit de douze francs par an. Mais j'attends de vous un concours plus précieux : je veux, je demande à votre amitié de nous adresser de temps en temps quelques courtes réflexions sur les ouvrages que vous aurez occasion de lire, pour les signaler, soit à l'approbation, soit à la sévérité des personnes qui sont en position d'indiquer des lectures à la jeunesse. Vous verrez par le premier numéro, qui paraîtra tout à l'heure, comment nous entendons cela.

Je ne dis pas que cette publication réussira, mais elle est nécessaire, au moins comme ballon d'essai.

Adieu, mon cher ami. Donnez-moi vite de vos nouvelles, et priez pour celui qui vous aime tant.

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