‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 27 sur 133 · I. Ce moine était le P. Le Bannier · texte numérisé non relu

I. Ce moine était le P. Le Bannier

serai par Tours pour regagner Paris. Je m'arrêterai «njour ou deux chez vous^ et peut-être trois, si mes yeux sont en bon état ; mais je ne l'espère point. Adieu, cher abbé, rappelez-moi au bon souvenir des dames de Lavalette, et recommandez-moi aux prières de vos Carmélites. Quant aux vôtres, je ne vous les demande plus^ je les ai. Dites au sage et paisible Aubineau que je ne l'oublie point dans l'église de Solesmes. Tout à vous en Notre-Seigneur,

A M. EUGÈNE VEUILLOT

So'esmes, 17 septembre i843.

Mon cher enfant, veux-tu faire tenir cette lettre à Jourdain*, dont je ne sais pas l'adresse ? Je suis toujours dans le même état et j'y resterai probablement jusqu'à ce que j'aie vu le médecin de Paris, car celui de Sablé me paraît a quia. Il me soutient que je vais mieux, mais il ne me le prouve pas. Voilà le feu ouvert à Paris et je vais probablement être écharpé dans le courant de la semaine. Si les coups te chatouillent, rappelle-toi qu'on en dit bien davantage du bon Dieu, et que personne ne s'en porte plus mal pour passer parées verges-là*.

1. Connu comme écrivain sous le pseudonyme de Charles Sainte- Foi, ilhabitait alors Angers.

a. Sa brochure : Lettre à M, Villemaïn sur la liberté iT enseignement venait de paraître.

On te pleure ici, on te trouve gentil, sage, spirituel, et moi, je fais comme Mme de Sévignë quand on lui parlait de sa fille. — N'est ce pas,dis-je, que ce n'est point bête d'avoir un frère si bien troussé ?

l.a demoiselle que tu sais m'a écrit une lettre infiniment touchante, en prose, du meilleur sens et du meilleur goût, qui m'a mis l'âme à l'envers. Je ne te l'ai point lue, et je m'en suis presque repenti, parce qu'elle me priait de la détruire aussitôt, ce que j'ai fait tout à l'heure après avoir répondu le Jioii le plus affectueux, le plus poli, mais aussi le plus positif du monde; et voilà le roman fini. Je t'embrassse en Notre- Seigneur et du fond de mes entrailles, toi, mon fils et mon frère, ma famille et mon amour. T'ai-je bien dit que je t'aimais? Tu m'as embaumé le cœur pendant cette semaine que nous avons passée ensemble et il me semble que je te dois quelque reconnaissance pour la douce affection que tu m'as montrée. Prions Dieu de nous réunir à son service, dans le même bivouac, nous sentirons peu les fatigues de la guerre. Il nous faut deux plumes, mais il suffira d'un encrier.

Louis.

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