Ministre de la justice et des cultes
Nous allons voir si le système d'étoufTement appliqué à vos deux premières brochures continuera en présence de la troisième. Que ces gens-là sont lâches ! Je tiendrai votre Grandeur au courant*.
Je me recommande, ainsi que toute ma famille, à vos bonnes prières^ et suis, Monseigneur^ avec tous les sentiments d'un fils,
Votre bien tendrement dévoué serviteur.
Louis Veuillot.
A M. L'ABBÉ MORISSEAU.
i3 mars i844«
Très cher abbé, nos lettres se sont croisées, et j'ai connu l'injustice de mes reproches au moment où je venais de vous les expédier. Merci de votre chère relique. Je vous reconnais là. Je l'ai reçue et je l'ai baisée avec un double sentiment de tendresse.,,
Il est décidé que nous nous croiserons : voici le paquet d'Aubineau qui m'arrive avec une nouvelle
I. Mgr Parisis força l'attention et fut attaqué plutôt que discuté. Le débat devint général. Après le mémoire de la province de Paris publié le 6 mars i844 P'*'" VUnlifcrs, il y en eut d'autres. On avait marché depuis 1843. Alors trois évêques seulement s'étaient montrés. Grâce aux protestations épiscopales, aux brochures de Louis Veuillot, de Montalembert, de Mgr Parisis, de l'abbé Combalot, au pétitionnement, aux réunions catholiques, le mouvement avait grandi. Le « parti catholique » était constitué. M. l'abbé Dupanloup s'y joignit et le seconda par deux brochures, qui parurent en avril et mai i844'
lettre de vous. A la ])onne heure^ c'est réparer le temps perdu. Je porterai à l'abbé Combalot^ l'excellente adresse des bons catholiques de Tours, et nous débattrons en couseil la question de savoir s'il faut la publier. Jusqu'à présent, c'est mon avis, car je la trouve parfaite ^
Mais ce n'est pas le tout d'écrire : il faut un peu fmancer. L'abbé Combalot est encore plus pauvre que moi, car il ne vit pas de son travail, il vit d'aumônes ; et 4000 francs, plus les frais, qui ne portent pas la somme à beaucoup moins de 6000 francs, sont assez lourds à payer. Il n'a qu'une partie de cette somme, et nous voudrions recevoir davantage pour lui faire cadeau d'un beau calice. Voyez, cher abbé, avec vos amis, ce que peut fournir la bonne ville de Tours. I^es lois de Septembre ne permettent pas d'ouvrir cette souscription publiquement, mais rien n'empêche qu'il ne reçoive par la poste ou par la diligence ce que l'on voudra bien lui envoyer. Le ministre voulait lui faire remise de l'amende et de la prison : il a refusé.
Je vous laisse, car j'ai vingt lettres à écrire. Embrassez Aubineau pour moi, c'est-à-dire pour nous, les hommes de Babvlone\ ^les sœurs vous font leurs
1. L'nbbé Combalot avait été condamné par la Cour d'assises de la Seine, le 6 mars i844i ^ i5 jours de piison et 4000 francs d'amende, pour la publication de son Mémoire aux ntqi/es de France et aux pères de famille sur la guerre faite à la religion par le monopole universitaire.
2. Cette adresse avait été rédigée par M. Léon Aubineau, V'U/iii'crs la publia.