A M. L'ABBÉ X
8 mars i&56.
Monsieur l'abdé,
Je vous remercie de la sympathie que vous voulez ])ien m'exprimer à propos d^un écrit que je n'aurais ])as cru devoir m'attirer tant de consolations. Pour moi, je n'y avais guère pris garde, et ce sont les nom-
I. Le sieur Jacquot, dit de Mirecourt, profita iiaturellemenl de roccasion pour adresser à son ami Lavedan une lettre où il insultait f.ouis Veuillot; mais, cette fois, c la charité » de Mgr Dupanloup n'intervint pas, et c'était ce que Louis Veuillot voulait.
1. Cette lettre, publiée parle Courrier du Berrj^ fut écrite à propos duj^amplilet de 3L Jacquot, dit de Mirecourt.
CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT. i63
breuses lettres de mes amis connus et inconnus qui m'ont fait comprendre que l'on pouvait me croire blessé. Il n'en est rien, grâce à Dieu, et la moindre injure adressée à l'Eglise me trouve plus sensible. L'auteur de ce pamphlet est un malheureux nommé Jacquot, qui n'a pas d'autre moyen de gagner sa vie, et qui ne la gagnera pas longtemps par ce moyen. Il faut prier Dieu pour qu'il réfléchisse, quand il mourra de faim*. C'est un échappé de séminaire, qui pourra se reconnaître au dernier moment. Pour moi, je ne veux ni lui répondre ni le faire punir. Si ma biographie vaut la peine d'être écrite, on l'écrira lorsque j'aurai fini ma tâche; sinon, ce n'est pas le livre de Jacquot qui s'élèvera contre moi devant Dieu; et peu m'importe la figure qu'il me donne devant les hommes. Jacquot, d'ailleurs, n'écrit rien pour l'immortalité, et ses œuvres tomberont encore avant les miennes.
Pour répondre à toute votre lettre, Monsieur Tabbé, je vous dirai qu'il ne faut pas s'inquiéter des phrases et des mots que les adversaires d'un écrivain impriment en gros caractères. Le caractère n'y fait rien du tout. Un sot peut toujours souligner ce qu'il cite. Remettez le mot en caractères ordinaires, comme il a été écrit, et comme il est dans le livre où on le prend : il n'y a plus rien que ce que l'auteur a dit, et c'est ce qui reste.
I. Ce vœu charitable a été rempli. Non seulement M. Jacquot tlemanda pardon à Louis Veuillot, mais il en sollicita et en obtint la faveur de publier un travail dans l'Univers. Plus tard, il entra chez les Frères de Ploërmel ; il y est mort.
3Gi CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT.
Je suis avec respect. Monsieur l'abbé, votre très humble et très ol^ëissant serviteur,
Louis Veuillot.
CLIIÏ