‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 88 sur 133 · A M. THÉOPHILE O · texte numérisé non relu

A M. THÉOPHILE O

Au Trépoit, 29 juillet 18G9.

Je serai prêt^ mon cher enfant. Je l'ai écrit à M. L. . . , mais je veux me donner le plaisir de vous le dire. Je pars d'ici demain pour me rendre à mon poste, où vous me venez plein de joie. Une véritable joie d'ami et de père.

Votre mariage est tout à fait selon mes idées, selon mon cœur. C'est une bénédiction de Dieu par Rome. Je l'ai dit à mon vieil ami lorsqu'il m'a consulté. J'en augure tout bien. Cette grande chose-là, la j^lus grande qui soit entre le J3aptême et la mort^ vous la faites comme il la faut faire et comme on ne la fait quasi pkis. Vous vous mariez uniquement parce que vous aimez, et vous aimez comme il faut aimer. Vous êtes en tout ceci dans l'ordre de Dieu. Il n'y a j)as de l3onheur plus rare. I.es anges ont la main dans la trame de votre amour, et ils assisteront à vos noces. Dieu ayant fait ce mariage, il fera la dot. Il la fera de paix, de force, d'honneur, d'espérance et d'amour! Le reste importe peu. Que je vois de gens qui ont tout, mais pas cela, et qui, n'ayant pas cela, n'ont que misère, regiet et horreur I Quant à vous, si vous le voulez, rien ne vous ôtera la grâce et la splendeur de ces premiers jours. Le paysage chan-

I. Eu 1869, ]\r. Théoplillc O., le zouave poiilidcal de iSfij, se niariait et drmaiidait à mon frrre d'èlre sou témoin.

gera, les fleurs passeront, les feiiillai^es jauniront et tomberont; mais vous serez toujours dans l'air du bon Dieu, dans Tair resjDirable des âmes. Vous ferez ])artie de la bonne espèce bumaine, celle qui porte de bons fardeaux, qui jette les bonnes semences, et que Dieu fait forte parce qu'elle soutient tout. Il n'v a pas de meilleur emploi de la vie; il n'y en a point, quoi que l'on dise, qui soit payé en meilleur argent. Les saints seuls ici-bas sont heureux. Le peu de succès humain, les iniquités à subir, les mépris et les haines du monde, ne sont que des fantômes méprisables aux yeux de la simple raison humaine; ils sont de véritables et d'immenses bienfaits pour la raison supérieure du chrétien. Le laboureur bénit la pluie qui féconde son cliamp, et s'inquiète bien qu'elle dérange une partie de plaisir!

Adieu, mon 'cher enfant. A la Transfiguration! Voilà un beau jour, bien choisi, et qui doit bien parler à des fiancés chrétiens. Les vêtements de Notre-Seigneur apparurent plus blancs que la neige. Le mariage doit être plus chaste, s'il se peut, et plus pur que la virginité. Il est dit aussi dans le texte après le ravissement : Ils ne i^irent plus que Jésus seul. Quel grand enseignement! La gloire est passée, la vision du ciel a disparu; il n'y a plus que l'humanité avec ses labeurs et ses souffrances, il n'y a plus que le Fils de l'homme qui doit mourir. Mais le Fils de l'homme* est le Fils de Dieu qui doit ressusciter, et la gloire n'aura plus de fin.

Tout à vous en Notre-Seigneur, mon cher enfant.

Louis VrurrxoT.

A M. LE VICOMTE O. DE POLIi

5 novembre i86().

Mois SIEUR,

Je me félicite de mon larcin très involontaire, s'il peut démontrer à votre éditeur que vous avez choisi un titre excellent; votre travail et le succès achèveront de l'en convaincre.

Je vous rends donc ce titre avec d'autant plus d'empressement qu'il est plus couru. Il vous appartient de toutes manières, et convient à votre jeunesse et à votre agilité beaucoup mieux qu'à ma pesanteur. Comme vous serez prêt avant moi, je pourrai avoir le profit et le plaisir de vous citer.

Veuillez agréer, Monsieur, les sentiments de sincère confraternité avec lesquels j'ai l'honneur d'être,

Votre très huml)le serviteur,

Louis Veuillot\

1. VUnU'ers avait annoncé que son rédacteur en chef préparait nn livre qu'il intitulerait : les Soldats du Pape, M. de Poli, qui voulait publier sous ce titre une histoire de l'armée pontificale, demanda à Louis VeulUot de renoncer à le prendre : de là cette lettre.

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