A MADAME CLAUDIUS LAVERGNE
J'ai eu la témérité de vouloir tailler la plume d'aigle, Madame. Elle ne se laisse pas faire facilement! L'ayant pourtant taillée, je la prends pour vous écrire; elle résiste, crache sur le papier, et s'emporte en effroyables zigzags avec un bruit de tonnerre. Je vois que le bon Dieu n'a pas donné des plumes à l'aigle pour servir à mon métier. Quand j'aurai fini cette* lettre, je mettrai la plume dans un coin^ et elle restera pour toujours en jouissance de son oisiveté royale. Mais cette fois-ci^ cependant, elle servira. Obéis, plume d'aigle, et fais la révérence à Mme Lavergne, qui m'a donné du verre de ses fourneaux ^ des œufs de sa poule, des plumes de ses aigles, et qui n'a oublié que de me donner du génie pour la
I. Cette lettre a été publiée par rjmatenr d'autographes. MmeLaveigne, l'auteur des Neiges d'antaii^ des Légendes de Trlauon et de tant d'autres contes charmants, avait envoyé à Louis Veuiilot une plume d'aigle, pour réaliser ce vœu exprimé dans Çà et là :
« Jean-Marie, le premier aigle que vous verrez passer au delà do nuages, vous l'abattrez, pourvu qu'il soit beau; vous arracherez de son aile la plus belle plume, et vous me l'enverrez à Paris. Je veux me servir d'une plume d'aigle (une fois n'est pas coutume) pour décrire vos exploit?. »
CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILf.Ol'. 409
remercier comme il est juste. Dis-lui que Claudins a fait un bou arlicle, et même un bon numéro.
Véi'ital^lement ce Chenavard* est excellent^ excellentissime. On ne peut pas \oir de plus baut ni plus juste^ ni fondre mieux sur la proie. Cbenavard est un limaçon, mais il est croqué de bec d'aigle. Et on lui dit qu'il est un âne et même une ânesse : il doit en être fort content. Et vous^ ^ig^^; vous devez aimer ces façons.
A présent, plume d'aigle^ dites à Mme Lavergnc que je suis son très bumble serviteur, et coucbez-