CL XXX
A M. LÉON GALOUYE*.
Paris, 19 juillet.
jMo]n cher zouave,
J'ai enfin trouvé votre article, et je l'ai lu. C'est très bien^ mais c'est trop bien. Contre une statue, il ne faut pas se mettre ainsi en fureur : elle vous déconcerte par son impassibilité, et le public lui donne raison. Il faut prendre une pioche ou un vilebrequin^ faire un trou^ mettre dedans une gargousse, et allumer, toujours bien tranquillement. Le public attend, bien tranquillement aussi, l'efFct de cette opération calme, et^ pour peu que le monument soit ébranlé, il applaudit. Telle est la tactique; j'ai eu le temps-de l'étudier. La bête difficile n'est pas Voltaire^ c'est le public.
Ainsi, je vous ajourne. Dans votre article, il y
I. M.Léon Galouye, volontaire dans les zouaves du général Cliarette, avait envoyé à Louis Veuillot un travail contre Voltaire, et surtout contre le projet d'élever une statue à cet ami des Prussiens.
en a trois ou quatre^ qui sont bons. C'est ce qui le fait rater. Les preuves ne sont pas d'ailleurs parfaites. L'endroit de l'hôtel de ville est tiré par les cheveux et par les pieds. Lorsque je vous reverrai^ nous causerons de tout cela. Venez : j'ai quelque chose à faire de vous. Vous n'êtes pas un gnan-gnaji et un propre à rien; il y a de l'étoffe. C'est pourquoi je vous dirai la vérité. Je mécontente aujourd'hui de cette annonce^ car j'ai trop d'autres choses à faire. Aimez, aimez, aimez l'Église, brave garçon. L'enfant qui aime sa mère, sera un jour très sage, et sa mère ne le laissera pas périr. Fût-il malade, fût-il mort, elle saura encore ie sauver. Cette bonne femme de Naïm connaît bien le chemin que prend le Sauveur. Sur la route du cimetière, elle l'arrête; et, à cause de ses larmes, il rend la vie au cadavre qu'elle suit en pleurant. Mille amitiés.
Louis Yelillot,
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