A M. VAGUER
Royat, 14 août 1871.
Mon cher vieil ami,
Votre lettre m'est venue trouver à Royat, ou j'ai accompagné mon frère souffrant, et où je me trouve
I. Dès les premières luttes du temps de Louis-Philippe contre \r monopole universitaire, M. Vaguer, de Nancy, quitta l'Université pour se consacrer à la presse et aux oeuvres catholiques. •
moi-même fort empêtré des yeux et d'autre chose qui est survenu. Sans ce contretemps^ ce que vous désirez serait déjà fait : la chose est digne de vous et de nous.
J'ai connu votre malheur et votre gloire, mon cher Vanner ^ J Vivais recueilli la notice que vous avez consacrée à votre fds, afin de me faire l'honneur de paraître dans le cortège de vos amis. Alais depuis mon retour de Versailles^, je suis lié d'infirmités, de préoccupations et d'affaires pressées, qui m'ont cahoté sans me laisser un moment de loisir, jusqu'à l'espèce de maladie agaçante où je me vois maintenant.
Je me ferai donc remplacer par noire ami Aubineau, père de zouave, et très digne comme vous de s'associer à vous. Présentement je ne suis pas en état d'écrire dix lignes. Cette condition me semble très cruelle. Je prie le bon Dieu de ne pas m'y laisser longtemps. Je voudrais rentrer à ma tache quotidienne, et ne m'en plus distraire jusqu'au dernier soupir.
Très cher ami, je ne vous plains pas. Vous n'avez pas perdu votre fils, et vous l'avez plutôt trouvé.
Vous l'avez donné à Dieu et à la patrie, vous savez où il esl. Je vous embrasse de tout mon cœur depuis si longtemps rempli d'estime et de tendresse pour vous.
Louis Veuillot.