‹ CorrespondanceChapitre 2 sur 96 · Çà et là, t. I", p · texte numérisé non relu

Çà et là, t. I", p

AVANT-PROPOS vu

se priver de tout ce qui était grand et parfait comme lui. Tu as enfermé ta vie en de petits devoirs, servante d'un frère, mère d'orphelins. Là, tu restes, comme l'épouse la plus attentive et la mère la plus patiente, te donnant tout entière et ne recevant qu'à demi. Tu as donné jeunesse, liberté, avenir ; tu n'es plus toi-même, tu es celle qui n'est plus, l'épouse défunte, la mère ensevelie ; tu es une vierge veuve, une religieuse sans voile, une épouse sans droits, une mère sans nom. Tu sacrifies tes jours et tes veilles à des enfants qui ne t'appellent pas leur mère, et tu as versé des larmes de mère sur des tombeaux qui n'étaient pas ceux de tes enfants. Et dans ce travail, et dans cette abnégation, et dans ces douleurs, tu cherches et tu trouves pour repos d'autres infirmités encore à secourir, d'autres faiblesses à soutenir, d'autres plaies à guérir!... Oh! sois bénie de Dieu comme tu les de nos cœurs ! »

On comprend qu'ayant ces sentiments pour l'incomparable sœur dont le dévouement animait son foyer désert, Louis Veuillot ait versé dans ses lettres toute la tendresse, toute la confiance, foule la reconnaissance dont il était rempli. On

vin AVANT-PROPOS

comprend aussi quel intérêt, en dehors de ces effusions intimes, offre au public la correspondance où, parlant de ses luttes, il faisait confidence à cette autre lui-même de tout ce qu'il croyait devoir momentanément dérober à la publicité. Comme le dit M. de Pontmartin, d'Eugénie Ficin, sœur de Marsile, ce lui était un besoin et une joie d'ouvrir tout grands son esprit et son cœur au modèle de « ces sœurs qui s'effacent dans la gloire fraternelle, restent dans l'ombre tandis que le frère illustre, ou en train de s'illustrer, se produit peu à peu au grand jour, le consolent dans ses mécomptes, le rassérènent dans ses tristesses, i' éclairent dans ses doutes, le secondent dans ses travaux, le relèvent dans ses faiblesses, et réunissent en un seul les trois types les plus dignes de fixer les affections humaines : la mère, dont elles ont la vigilance infatigable et la souriante indulgence ; l'épouse, à qui elles ressemblent par la tendresse et le dévouement, mais dans des conditions plus absolues d'abnégation, de désintéressement et de douceur; la fille, dont elles offrent quelques traits, en ce que leur cœur conserve sa jeunesse, et en ce quelles se résignent à un rôle d'infériorité. »

AVANT-PROPOS ix

C'est un charme de trouver, dans chacune des lettres de Louis Veuillot, l'un des traits qui serviront à fixer pour la postérité le tableau qu'il peignait d'ensemble dans Çà et là, et qui se retrouve ici dans le détail avec une admirable sincérité. Ce n'en est pas un moindre de voir défiler, esquissées comme en passant, mais d'un dessin qui demeure, tant d'autres figures qui ont leur place dans l'histoire des luttes catholiques de ce temps, sans parler des détails qui éclairent les questions les plus graves auxquelles fut mêlée son œuvre de choix, V Univers.

Avec un autre ton, qui montre une fois de plus la merveilleuse et puissante variété d'un talent qui n'eut point d'égal, c'est ce qu'on admirera de même dans les Lettres à Mme la vicomtesse de Simarcl de Pitray, qu'il appelait en riant « son autre sœur » . Ces lettres font naturellement suite aux lettres adressées à Mlle Elise Veuillot. On y verra combien tendre, affectueux et paternel se montre, pour cette amie qu'il a suivie, depuis son enfance, d'un œil charmé, le fier chrétien à qui de haineux détracteurs reprochent parfois de n'avoir eu que du fiel, et point de cœur.

Dans l'émouvant épilogue qu'il plaçait à la fin

x AYANT-PROPOS

de Cà et là, notre maître, prévoyant ces attaques posthumes, suppliait qu'on ne défendît pas contre elles sa mémoire, protégée par la Croix. Pour toute réponse, en effet, il suffit de produire ces lettres, qui le font voir dans l'intimité de ses relations de famille et d'amitié. Mieux que toute autre défense, elles disent éloquemment combien fut joyeux et doux, dans le commerce de ceux que Dieu lui donnait à aimer, l'infatigable lutteur dont toute la vie ne fut qu'un combat sans relâche contre tous les ennemis de la vérité.

Auguste Roussel.

DE

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