‹ CorrespondanceChapitre 3 sur 96 · LOUIS VEUILLOT · texte numérisé non relu

LOUIS VEUILLOT

CCXXII '

Solesmes, 18 avril (mardi de Pâques) 1865.

Sœur,

Tel est le papier que l'on trouve à Sablé, ville de marbre, lorsque l'on ne veut pas subir l'ignominie de la beauté du papier moderne2. J'aime mieux écrire sur ce gravier que d'embourber ma plume dans le coton à la mode. Tu pourras toujours y lire que je vous aime.

* Cette lettre et la suivante devaient, à raison de leur date, figurer dans le premier volume, puisque ce premier volume pousse la correspondance de Louis Veuillot avec sa sœur jusqu'au milieu de l'année 1868; c'est par une erreur de classement qu'elles n'y ont point figuré: ce qui les place naturellement en tète du second volume.

2. Le papier sur lequel Louis Veuillot écrivait cette lettre, est un papier gris pareil à celui dont on fait des cornets d épicier. C'est à Sablé que sont les carrières de marbre exploitées par M. Landeau, ami des bénédictins de Solesmes et de Louis Veuillot.

Je suis installé. Mais que ton gouvernement m'a rendu délicat ! Je viens de me surprendre le balai à la main (quel balai!), ôtant des encoignures de ma fenêtre certaines toiles d'araignée qui étaient là depuis longtemps. Ce n'est pas le frère chargé de ma propreté qui ferait pareille besogne. Il pousse le soin de ne rien déranger jusqu'à laisser sur le carreau les serviettes sales qu'on y laisse tomber. Il balaye autour. Ce matin, j'en ai relevé six du sol ainsi balayé plus de six fois. Voilà, je l'espère, un gaillard qui ne comprendrait pas Haussmann ni Monseigneur de Mérode. Cet extrême respect des positions prises a bien ses inconvénients. Le pire est de servir de prétexte aux aligneurs et aux nettoyeurs. Cependant il me semble que je remplacerais sans hésiter Monseigneur de Mérode par ce frère balayeur. J'ai un autre frère plus clément pour mes manies séculières : c'est le frère Grégoire, lequel est né entre Boynes et Pithiviers, un pays. Tu croirais voir notre ancienne Augustine Baudouin1. Il a l'accent : il m'aime de tout son queur. Quand je lui ai demandé de nf aider à débarrasser ma chambre de l'attirail de Lafon 2, il a paru étonné, puis il m'a dit : « Volontiers, mon cher ami. » Et en un clin d'œil il a tout mis dehors devant ma porte. Reste à savoir comment je passerai.

Avec tout cela, la vie est bonne et douce ici. Ce

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