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Une servante qui était du pays natal de Louis Veuillot

2. M. Emile Lafon était venu à Solesmes pour y faire des peintures.

n'est pas de certaines aises qu'il est difficile de se priver. Je me décrotte, je vais chercher de l'eau à la pompe, je me procure des allumettes, je nettoie ma cuvette, etc., etc. (!), comme quand j'étais sauteruisseau, il y a une quarantaine d'années. Ça me rajeunit. Il est moins aisé de se passer de vous.

Le journal de X... a donc fait sa crevation? On m'a raconté une bonne histoire d'un de ses amis et bailleurs de fonds, qu'il amena ici une fois. Cet ami, dans la conversation, au réfectoire, à l'église, tirait sans cesse son calepin de sa poche pour écrire ce qu'il venait d'entendre, ou noter les propres lueurs de son esprit. Et dire que le journal de l'ami X... est mort, malgré ce calepin si bien chargé et ce foin amassé si longtemps ! Il est vrai que l'ami a du foin meilleur pour sa propre consommation, et j'affirmerais bien qu'il s'est gardé de tout bailler à son ami X... Néanmoins, si ledit ami me demande ta main, je suis décidé à refuser. Il aurait trop de notes à prendre, et ça t'ennuierait.

Il pleut, mon enfant; et vous ?

P. -S. — Je reçois ma caisse, mais tu vois si j'avais besoin de papier. Bien obligé de Thomassy. Gros monstre (toi) ! Je connais ce que tu en as lu en huit jours, et tu te faisais plaindre. Envoie-moi, s'il vous plaît, un N.-S. et un Ça et là pas « sur chine». Je ne peux donner ce trésor à des êtres indifférents. Les exemplaires non précieux se distinguent par leur beauté très supérieure.

2me P. -S. — Et puis, tu m'envoies Rouland, mais pas un des autres : pas Guéroult, pas Ollivier, pas Thiers, pas Machin1. Tu pourrais aller ce matin chez Eugène, l'embrasser de ma part et lui demander s'il ne serait pas possible d'avoir tous les Moniteurs depuis le commencement de la discussion à la Chambre des députés, et tout mettre à la poste avec les volumes. Ce n'est pas bien malin.

Plombières, 1866.

Ma Sœur.

Voilà donc huit pleins jours que nous ne nous embrassons qu'à travers les kilomètres. Longs jours ! longs kilomètres ! 11 faut la force de l'amitié fraternelle pour tenir si longtemps hors de la maison un homme à qui sa maison est si chère !

Mon état de malade ne m'occupe pas trop. J'en remplis exactement les devoirs : je mets mes bas trois fois par jour, trois fois par jour ma chemise, trois fois par jour ma cravate (et personne pour attacher mon épingle!). Quant au résultat de tant de peines, il est nul jusqu'à présent. On dit qu'il

1. Une discussion sur le pouvoir temporel venait d'avoir lieu à la Chambre, et Louis Veuillot avait exprimé le désir de lire dans le journal officiel les discours in extenso des divers orateurs.

faut attendre, et parfois faire crédit aux eaux un mois après les avoir prises. Du reste, nous mangeons bien, nous dormons beaucoup, nous nous promenons agréablement, — quand il ne pleut pas. Depuis deux jours il pleut, mais nous avons des parapluies. Ils nous tiennent lieu de grabuge. Le pays est joli. Plombières forme un petit amas de maisons très propres et très blanchies, serrées dans le fin fond d'une ornière de montagnes. Tous les édifices sont des baignoires, toutes les maisons sont des auberges. La nôtre s'appelle la Poire d'or. Le soir, les habitants prennent Pair au seuil des logis, sur la rue, qui semble un salon ; les malades fatigués paraissent au balcon, les routes se garnissent de toilettes. Ce dernier coup d'œil, que l'on vante fort, ne nous est pas donné. Le monde n'étant point arrivé, nous nous en passons joyeusement, et les routes nous appartiennent. Leur solitude est une beauté que

les crinolines et les faux chignons n'augmentées o

raient pas. Elles serpentent aux flancs des montagnes ou s'enfoncent avec mille détours dans le creux du vallon qui descend vers Paris ; de beaux arbres les ombragent, mille fleurs charmantes poussent sur les bords ; il y a des odeurs de feuilles, de baume, de foin; partout une eau claire chante en courant. Je regretterais de ne pouvoir te montrer tout cela, si la Suisse ne devait bientôt nous donner mieux.

Un plaisir que je ne tiens pas à te faire partager, est celui que j'ai pris ce matin, dans l'étuve. On se

met nu comme une dame du grand monde, et même davantage, et on entre dans un souterrain où coule une source fumante. Il y fait quarantecinq degrés de chaleur. Tout de suite on étouffe, et on se trouve changé en meta suclans d'où l'eau coule de toutes parts. Il faut supporter cela quinze minutes ; mais on sort si pénétré de ce feu, que l'on sue encore terriblement trois quarts d'heure après. Tu vois, sœur, que les eaux sont tout de môme une médecine. Et l'on dira que je m'amuse!

Dis à tes filles ma joie de savoir qu'elles ont été très bien chez notre pauvre Arthur, et qu'elles se soient amusées avec Marguerite et Paul. Oh! que je les aime dans ces amusements ! Et avec mes mauvais yeux, sans lunettes, je vois très bien les anges qui s'amusent pour tout de bon avec elles. Le Papa.

Paris, 26 juin 1868.

Mon Dieu, sœur, ça va bien, mais c'est triste. Doucet ne dinait pas chez les abbés; ce n'est pas cela qui me fait pleurer. Il ne dinait pas, parce que les abbés Rivier1 ne pouvaient se divertir le jour

1. L'un des abbés Rivier, aujourd'hui curé de Saint-Nicolasdes-Champs, était alors vicaire de Saint-Thomas d'Aquin. Il habitait rue du Bac, n° 44, la môme maison que Louis Veuillot, et formait une sorte de petite communauté avec M. l'abbé de Girardin, ancien directeur de la Sainte-Enfance, mort depuis, et M. l'abbé Le Rebours, aujourd'hui curé de la Madeleine.

de l'enterrement du pauvre curé de Saint-Thomas. Alors, pourquoi éloigner le bon Doucet? Parce qu'il est auteur de comédies. Ces prêtres sont simples : ils croient que c'est toujours gai , un auteur de comédies! Enfin, il n'y était pas, et l'on a ri tout de môme. Moi, j'ai mangé et causé en vivant : c'est mon devoir, puisque je suis vivant. Il y avait l'abbé Gay, très charmant et très aimable. On a parlé de Rome. C'est le Pape quasi tout seul qui a invité les souverains à ne pas venir au concile. Je veux dire qu'il ne les a pas invités à venir. Les cardinaux ont fait voir leur étonnem ent ; mais le Saint-Esprit a ses idées. Ainsi, la bulle affichée le 29 juin 1868 proclamera, en fait, que ce jour-là le moyen âge a fini. Grosse, grosse date ! Les cours d'histoire commenceront à la noter dans cent ans. Que nos filles ne s'en inquiètent pas encore.

J'ai ragé de n'avoir pu t'écrire hier une lettre que tu aurais trouvée ce matin à la poste. Tu as eu moins de temps que moi, et tu m'as fait ce plaisir.

Bon! voilà l'héritier de l'abbé Aulanier qui vient de me prendre une heure, et le temps de mettre à la poste est venu. Je t'en dirai plus long demain.

Arthur aussi est venu. Tout est impossible à Saint-Germain pour Mme Murcier. Mirés m'a demandé à déjeuner, un papier dans sa poche1. Il

1. M. Mires, alors au plus vif de la lutte qu'il soutint si énergiquement durant plusieurs années pour reconquérir le droit de rétablir ses affaires, multipliait à cet effet les articles de

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profite de ton absence. J'ai vu M. de Sabran et sa fille. J'ai fait le compliment pour Bernay, en vers ! Je voudrais bien être dans Peau. J'aime Mme Testas1, j'aime mes filles, j'aime toi, avec force.

GGXXV

Paris, 30 juin 1868.

Ma Sœur,

L'on vous dit salut, Ton vous dit amour, Ton vous dit bonsoir. Il ne s'agit pas de batifoler avec les dames, il faut faire de la copie de guerre. Ça chauffe, et il ne convient pas que le public s'aperçoive trop que Fidèle est parti et que * * n'est pas revenu. Va ! je ne les compare point.

Ma mignonne, tu écris joliment bien! Tout à l'heure, je passerai à l'état d'Agnès et de Luce, et je n'oserai plus mettre mon humble prose sous tes yeux. Quel bonheur que tu sois femme ! nous aurions été enfoncés par notre culot ! J'en convenais ce matin avec Eugène, et il en convenait avec moi, pendant que nous grignotions un bœuf au café d'Orsay. On ne parle que de toi dans ce café-

presse et les mémoires publics. Il aimait à les soumettre au jugement de Louis Veuillot, pour avoir son avis, et parfois ses corrections, sur la forme de ces écrits. Louis Yeuillot ne lui refusait pas ce service, mais quelquefois cependant il ne le lui rendait pas sans effort.

1. Mme Testas, très ancienne amie de la famille Yeuillot, se trouvait en villégiature au Tréport, avec M1Ie Yeuillot.

là. J'avais débauche Eugène, parce que je ne suis pas content des figues d'Honorine. C'est d'ailleurs une brave femme. As-tu remarqué comme elle est ronde ?

J'ai perdu le fil de mes histoires depuis deux jours. Hier, Fidèle est venu me faire ses adieux. Je l'ai retenu à dîner. Il a gobé une côtelette de veau, la moitié d'un pigeon, et il s'est arrêté net. Il a des principes sur tout, et ne mange pas plus que sa faim. Que les jeunes gens d'aujourd'hui sont drôles ! Je dîne ce soir chez Aubineau pour solenniser le départ de Madame, qui va décidément à Villers. J'expédierai des lettres, des réclames, je laisserai un article. La fatigue est grande , mais je peux aller encore deux jours. Je veux faire quelque chose sur la bulle d'indiction1 : il me semble qu'un autre ne dira pas comme je le veux ce que je vois à dire. Il est bien vrai que moi non plus je ne le dirai pas comme je veux.

A bientôt, mes amies. Chère Félicie2, attendezmoi. Nous irons tout de même sur la falaise, en jambe ou en esprit. Je vous embrasse toutes, en papa que je suis pour toujours.

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