CCCXVI1I
Nice, 24 décembre 1872.
Ma SœIjR,
Plus je parcours le monde, plus je me convaincs que je ne devrais pas sortir de chez moi. Il n'y a qu'une maison sur la terre : c'est la tienne. C'est là qu'on boit le vin qui fait rire, c'est là qu'on trouve l'encre à écrire et la plume d'oie si nécessaire à l'expression des sentiments humains. Toi, tu es un ange de fer : tu te sers d'une plume de fer. Moi, j'ai besoin d'une plume d'oie : il faut que la plume soit de la même nature que l'oiseau.
Me voilà donc à Nice, après des vicissitudes que M. Lapeyre1 t'a contées et que je te compléterai. J'ai fait tant de choses, et j'en ai manqué tant d'autres, que je crois être parti depuis l'année passée et que j'éprouve le plus grand besoin de revenir. Qu'il fait beau à Nice! et que Nice est laid! Quel bête de soleil! quelles bêtes de fleurs! J'y célébrerai la Noël, et vendredi matin je partirai. Je