‹ CorrespondanceChapitre 36 sur 96 · Paul Lapeyre, ancien secrétaire de Louis Veuillot · texte numérisé non relu

Paul Lapeyre, ancien secrétaire de Louis Veuillot

fumerai Marseille, je brûlerai Lyon, je serai à Paris dimanche, et ma vie interrompue reprendra son cours. Tu me parles d'une humidité stupidc. Quand même je devrais nager dans mes corridors, ce sera encore le fleuve de joie. Certainement il est beau d'être brûlé de soleil et submergé de poussière en décembre; mais le soleil et la poussière peuvent être des éteignoirs très parfaits. Trois paires de chandelles me suffisent : ce sont vos yeux, Mesdames, et rien ne les remplace.

Du reste, le P. Lavigne est malade assez gravement, et le docteur Imbert n'est pas rassuré. Il te fait ses grands compliments, ce docteur. Mes iniquités ne l'ont pas irrité contre moi. Il est vraiment parfait. J'ai pu lui donner de bonnes nouvelles de son livre, qui n'est pas à l'index autant qu'il l'a cru, et qui pourra môme, je l'espère, reparaître, moyennant quelques faciles adoucissements1. Tout s'arrangera par un coup de pierre ponce. Mme Yolnys est malade aussi, aussi Mme Delchet, et plus malade encore est le inonde; mais le livre dTmbert n'est qu'incommodé, et en somme le docteur respire. Pauvres diables d'écrivains ! nous sommes tous comme cela : quand nos livres ne sont pas en grand danger, il nous semble que le monde entier se porte bien.

Adieu, sœur et enfants bien-aimés. Cette plume de fer me pèse. Je ne sais plus l'orthographe. Ne vous en alarmez pas. La plume d'oie sait écrire

1. M. le docteur Imbert-Gourbeyre venait de publier un livre sur les stigmatisées.

LETTRES A SA SCEUR 177

correctement, et je sens que j'ai encore quelque chose à dire, qui peut-être ne sera pas mauvais. Je suis content de mon voyage, je me porte bien, et il n'y manquera rien, quand il sera fini. Soyez toujours bonnes pour moi. J'aurai plaisir à vous décrire l'affection de Mgr Mercurelli, celle de Ms* Nardi , celle du cardinal Bilio , celle de Msr Bastide. Mgr Mercurelli est l'homme fort.

Poitiers est cardinal in petto. D'après tout le monde, point de danger au sujet de l'autre. Mais... à dimanche !

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Nice, 26 décembre 1872.

Sœur chérie,

Froid, vent et pluie. Tableau changé, situation affreuse. L'hiver est revenu, et vous êtes toujours fort loin, plus loin même que jamais. Que va faire à présent M. Malpartout, mystifié par le printemps éternel? Il s'adonne aux réflexions les plus amères, et il jure de ne plus jamais voyager qu'accompagné de son grabuge vivant. Mais ces serments tardifs n'empêchent pas le vent d'apporter la pluie, la pluie d'accoucher de la boue, et la boue et la pluie d'engendrer le froid, et Nizza d'apparaître parmi tout cela pas belle.

Alors, moi pas fier.

Le papier tenant ici la grande place que j'ai dite, vous jugez des effets de la pluie : tout se délaye,

et moi comme le reste. Les autres nouvelles sont sans intérêt. Je continue de parler considérablement, et je m'étonne généralement du peu de force des hommes. C'est une espèce qui ne voit pas juste, qui cherche beaucoup, gâte beaucoup, et vit de peu. Sur le papier de Nice, le catéchisme n'est pas imprimé magnifiquement, et il n'y en a pas long. Je ne trouve pas non plus que l'élégance et le bon sens éclatent dans la construction de la ville, ni l'invention chez les marchands de nouveautés, ni la grâce dans l'attitude des dames.

Enfin ! enfin ! peut-être que l'oranger n'est pas un arbre, peut-être que le palmier n'est qu'un artichaut; peut-être que ceux qui croient entrer ici dans le paradis n'entrent que dans un palais de Cora Pearl1 chauffé par un calorifère sujet à s'éteindre.

Il l'est en ce moment.

Votre malheureux ami.

'Ici figurent dans l'original trois larmes au-dessous desquelles est dessinée une croix. A côté, Louis Veuille- 1 écrit : Ce sont des larmes.J

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Nice, 28 décembre 1872.

Ma Sœur chérie,

Les premiers jours, il était question de m'acheter une ombrelle, objet essentiel en ce pays de palmiers ; mais il y a du changement : pluie et

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