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Msr Fillion, mort depuis

(anémique)... deux! Et cette plume d'oie, taillée à la mécanique, est ajustée d'un cuivre et d'un bâton... trois!

Sauf ces inconvénients et l'absence infiniment douloureuse de la Conception, hélas! rappelée à Saint-Malo, c'est tout de môme le paradis. Nous en parcourons les merveilles, et le ravissement continue et s'accroît. Lafon ne rêve plus que de mettre Mmc Lafon au noviciat, et de peindre ensuite du haut en bas cette nouvelle demeure de son Aimée ; Agnès boit de l'air et mange de la soupe aux choux; et moi j'avale du lait et du cidre, jusqu'à la colique inclusivement. Les portraits l sont commencés, s'annoncent bien et plaisent. Les séances sont bien drôles : les deux modèles sont là, avec l'assistance de la maîtresse des novices et de la très charmante Pauline. Je soutiens la conversation et les attentes. J'explique que le bon Père ne peut pas encore être parfait de ressemblance avant que le premier coup de pinceau soit donné. On le comprend par un effort de foi, on l'admet par un effort de politesse. La bonne Mère surtout est pétulante et turbulente au dernier point, et fait un tapage de diable, au milieu duquel éclatent comme un feu d'artifice les expressions saint-servanesques, maritimes etmalouines : tout y passe. Néanmoins elle est contente. « C'est ça, mon petit Monsieur Lafon ! — Ah ! par exemple, v'ià un

1. M. Emile Lafon était venu chez les Petites Sœurs, à la Tour, pour y faire les portraits du fondateur et de la fondatrice.

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petit dessous le nez qu'est gentil ! v'ià qui attrape! v'ià qui attrape! L'bon Père y sera tout de même ben tiré. — Mon petit Lafon ne manquera pas son coup! » etc., etc. Dans le fait, les deux croquis sont parfaits, et il y a lieu d'espérer que les portraits ne laisseront rien à désirer. J'ai eu un moment d'angoisse et de dépit. Ce diable de Lafon avait une idée pittoresque, et s'était convaincu qu'il devait faire le bon Père et la bonne Mère devant saint Joseph et à genoux! Il voulait leur proposer cela. J'ai cru que je le jetterais par la fenêtre. Il s'est heureusement rendu à la raison, et fera deux belles figures en pied, gravement assises. A mon avis, la bonne Mère surtout sera un chefd'œuvre.

Point d'autres nouvelles. On est tout aux portraits et à la fête de demain. Je me propose de ne point laisser aux autres ma part de joie. Je suis en pleine dévotion. J'espère qu'on offrira, à Lafon et à moi, de porter le dais. Lafon sera en habit noir, orné de toutes ses croix; il aura même une cravate blanche. N'ayant pas les mêmes moyens, j'essayerai de remplacer les bibelots illustres par un air important et recueilli, dont les Petites Sœurs voudront bien se contenter.

Adieu, sœur. Fais mes amitiés à nos parents. Je t'embrasse et suis ton serviteur et frère,

Louis Veuillot.

Ayant critiqué avec raison la bonne Vierge de plâtre et de loques qui est dans le jardin des Pe-

tiles Sœurs, sur un monticule de gazon, j'ai résolu de remplacer le gazon par une colonne et le plâtre par le bronze. Ainsi les Petites Sœurs rentreront dans l'aumône qu'elles nous ont faite lors de la suspension, et je satisferai mon goût pour les charités qui ne servent à rien. Mais c'est mon idée que le parfum des roses est aussi nourrissant que la solidité des pommes de terre.

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