Un évoque missionnaire, mort depuis
LETTRES A LOUIS DESQUERS
Les trois lettres suivantes ont été adressées par Louis Veuillot à son neveu et filleul Louis Desquers, fils de sa sœur Annette.
Paris, 28 juillet 1859.
Mon cher enfant,
Ta lettre m'a fait grand plaisir. J'ai regretté que mes occupations m'aient empêché de te répondre tout de suite, comme elles m'avaient empêché d'assister à ta première communion l. J'aurais été heureux de me trouver là, avec ta chère maman et ta tante Elise, pour remercier tes bons maîtres, et surtout le bon Dieu. C'est ce que j'ai fait de loin, priant pour toi de tout mon cœur, plus encore qu'à l'ordinaire, car je prie pour toi bien souvent.
1. Louis Desquers était au collège de Senlis, si excellemment dirigé par les PP. maristes.
Voilà que Dieu t'a accordé une grâce immense. Je le prie de te donner tout ce qu'il faut pour qu'elle porte tous ses fruits. A présent, mon petit Louis, tu n'es presque plus un enfant, et tu vas commencer à compter dans la famille. Travaille sérieusement à devenir un bon chrétien, si tu veux devenir un homme. Il n'y a que les vrais chrétiens qui soient vraiment des hommes, puisqu'il n'y a qu'eux seuls qui soient ce que veut le bon Dieu, qui a créé les hommes. Un bon chrétien est celui qui prie, afin de connaître ses devoirs et d'obtenir de Dieu la force de les remplir. Pour toi, mon cher petit, cela est bien facile : tu n'as qu'à obéir. Ecoute tes maîtres, fais ce qu'ils te diront : tu seras un bon chrétien tant que tu resteras au collège, et tu auras appris à l'être encore, lorsque tu en seras sorti. Veux- tu un bon moyen de bien faire tes études et de triompher de tes défauts? Ajoute seulement ces mots à ta prière avant les classes : « Mon Dieu, par la grâce de ma première communion, faites-moi la grâce d'être obéissant. )> Un enfant qui ferait bien cette prière aurait toujours à ses côtés un ange pour l'aider à faire ses devoirs.
Adieu, mon cher enfant. Je te laisse là-dessus, n'ayant rien de plus à te dire. Obéir est la vraie sagesse, et la sagesse conduit à la vraie science. Tout ce que l'obéissance achète est de bonne qualité et dure longtemps. Je sais que tu renouvelleras dimanche; je m'unirai à toi. Prie bien pour moi. Tes cousines Thérèse, Marie, Gertrude
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et Marianne, qui sont avec le bon Dieu, lui présenteront nos prières.
Ton parrain bien affectionné,
Louis Veuillot.
Rome, 18 mars 1860.
Mon cher petit Louis,
Je ne veux pas avoir fait le voyage de Rome sans t'écrire un mot de cette grande ville, où j'ai beaucoup et souvent prié pour toi. J'ai vu le Saint- Père, et je l'ai prié de te bénir, ainsi que tes dignes maîtres et tout ton collège ; il l'a fait avec sa bonté accoutumée, toujours la même pour tous ses enfants. Je demande à Dieu que cette bénédiction te porte bonheur, c'est-à-dire qu'elle te fasse aimer fermement la vérité et la justice : car il n'y a pas d'autre vrai bonheur en ce monde que celui-là, qui rend digne du bonheur éternel. Le Pape souffre beaucoup pour la justice et pour la vérité, mais il souffre avec une constance qui triomphera de ses persécuteurs. Ceux qui l'auront assisté dans ce combat triompheront avec lui. Dieu leur donnera en ce monde la joie qui remplit les bons cœurs ; il les protégera contre les vilaines tentations, il leur donnera des amis sûrs, et au dernier jour il les admettra dans son paradis.
Mets-toi de ce côté-là, mon cher enfant ; tu le
peux dès aujourd'hui, en offrant tes travaux et tes petites peines pour que Dieu communique à son Pontife la force dont il a besoin. Ta cousine Luce a écrit au Saint-Père qu'elle savait que la prière des enfants pouvait beaucoup, et le Saint-Père, qui a lu sa lettre, a été content de cela. Je voudrais bien te donner des détails sur Rome : ils t'intéresseraient; mais j'aurais trop à dire et j'ai trop peu de temps ; je te les raconterai aux vacances de Pâques, car je serai à Paris pour ce moment-là. Je te rapporterai quelque chose qui te fera plaisir. C'est ici qu'on apprendrait bien l'histoire romaine, et l'histoire cent fois plus belle de la religion.
Adieu, mon cher Louis. Fais mes compliments à tes professeurs, principalement à M. Magne et à M. Baguet. Prie le bon Dieu pour moi.
Ton oncle et parrain très affectionné,
Louis Veuillot.
Paris, 16 mars 1861.
Mon cher enfant,
Tu sais que le bon Dieu a rappelé à lui ta bonne mère. Elle est morte dans la grâce du Seigneur, après avoir reçu les sacrements qui secourent et purifient. Nous sommes donc assurés de son salut éternel. Néanmoins, comme elle peut avoir quelque chose encore à acquitter envers la justice divine, il faut prier beaucoup, afin que Dieu lui fasse
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proniptement pleine et entière miséricorde. Prie bien pour ta mère, mon cher Louis : elle a tant prié et tant souffert pour toi ! Tu ne peux pas savoir encore combien elle t'aimait. N'oublie pas que ta meilleure prière sera de bien remplir tes devoirs. Ta mère s'est imposé de grandes privations, dans l'espoir que tu serais un jour un homme de bien, c'est-à-dire que tu acquerrais des talents, et surtout des vertus : remplis son espérance comme si elle était là ; et dans le fait elle y est toujours ; son âme te voit. Songe bien à cela, mon enfant, songe que ta mère a toujours les yeux sur toi. Et ton père aussi te regarde avec plus d'amour encore. Te voilà maintenant sa seule consolation, son seul appui dans l'avenir : c'est une grande obligation qui pèse sur ta jeunesse. Tu devras être aussi le soutien de ta petite sœur. Tu vois par là que le bon Dieu attend beaucoup de toi. Tu peux comprendre déjà, et tu comprendras mieux encore plus tard, que c'est une grande grâce que Dieu te fait : il aime ceux à qui il donne des devoirs.
Adieu, mon cher enfant. Ta tante Élise sera ta mère et celle de Germaine, comme elle est la mère de tes cousines. Nous veillerons sur toi avec toute la tendresse que nous avions pour notre sœur. Prie le bon Dieu pour nous. Ton oncle Eugène et ta tante Louise t'embrassent; ta grand' maman aussi.
Ton oncle,
Louis Veuillot.