‹ CorrespondanceChapitre 49 sur 96 · NÉE OLGA DE SÉGUR · texte numérisé non relu

NÉE OLGA DE SÉGUR

On sait, par les Lettres de Louis Veuillot à sa sœur, en quelle intimité il vécut de bonne heure avec la famille de Ségur. C'est à cette intimité que nous devons la correspondance que Mme la vicomtesse de Pitray nous permet aujourd'hui de reproduire. La fille de la comtesse de Ségur, si semblable par le caractère et l'esprit à sa mère, l'auteur célèbre de tant d'aimables livres pour l'enfance, n'a pas voulu sacrifier aux considérations personnelles qui auraient pu lui persuader de garder pour elle, avec le soin jaloux qu'elle a mis à les conserver, tant de lettres dont on appréciera le charme. Uniquement soucieuse de la gloire de son grand ami, comme elle s'est toujours plu à nommer Louis Veuillot, elle n'a rien réservé pour elle de cette précieuse correspondance. C'est le lecteur que nous chargeons de l'expression de notre reconnaissance : car nous sommes persuadé qu'il goûtera, comme nous, les dons exquis que révèlent ces lettres, aussi bien chez leur auteur que chez celle qui, tout enfant, puis jeune fille, jeune femme et mère de famille, mérita d'en être l'heureuse et honorée destinataire.

Faut-il ajouter que ces lettres, où Louis Veuillot parle

si souvent de sa sœur, qui était aussi l'amie de sa noble correspondante, sont le complément naturel des Lettres à sa sœur.

Paris, 9 mai 1854.

Mademoiselle,

Il est temps que je vous remercie de ce beau cadeau que vous m'avez fait il y a huit jours. Vous appelez cela une petite pierre. Une petite pierre sculptée, qui vient des Catacombes, qui en a été rapportée par vous, et qui est donnée par vous, est un objet fort précieux, et qui parle avec beaucoup d'éloquence. Pensées de dévouement et de sacrifice à cause des Catacombes, souvenir de bonté et de grâce à cause de vous, voilà de quoi m'entretient cette petite pierre. Elle me peint tout à la fois la belle mort et la belle vie, ce qui fait le charme de vivre et le charme de mourir : car, Mademoiselle, mourir a son charme comme autre chose, et même, quand on sait s'y prendre, un charme plus parfait. Mais cela ne vous regarde pas encore pour le moment. Vous ne faites aux Catacombes que des voyages de curiosité; moi, j'ai des raisons pour m'y établir.

Je vous envoie aussi un cadeau j : il ne vaut pas le vôtre; il est d'une matière moins solide, moins précieuse et moins pure. Acceptez-le cependant,

1. Louis Veuillot envoyait un de ses ouvrages à Mlle de Ségur.

Mademoiselle, comme un faible témoignage de mes sentiments très reconnaissants et très dévoués.

Louis Yeuillot.

Paris, 22 avril 1855.

Mademoiselle,

Je vous dois depuis longtemps une lettre ; mais j'ai beaucoup de dettes de ce genre, et le prêtre polonais 1 ne m'a pas encore mis en état de les payer. Cependant je me trouve assez éclairé2 ce matin pour vous donner un à-compte, et j'en profite pour vous offrir, en guise d'intérêts, un petit volume où vous trouverez de bonnes choses, si vous voulez l'ouvrir quelquefois pendant ce mois de Marie.

Yous savez, Mademoiselle, l'effet des cheveux blancs. Il m'en vient tous les jours davantage, ce qui fait que je suis, de plus en plus, votre tout dévoué serviteur, Louis Yeuillot.

Paris, 9 janvier 1856.

Chère Mademoiselle, Hier, j'ai trouvé de l'ouvrage et du pain pour

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