‹ CorrespondanceChapitre 55 sur 96 · L'abbé Lacroix était alors clerc national à Rome · texte numérisé non relu

L'abbé Lacroix était alors clerc national à Rome

2. Louis Veuillot était alors au fort de ses discussions contre les rabbins juifs, ouvertes à la suite de la mémorable « affaire du petit Mortara ».

lui montrerai mes étrennes, et il vous cherchera partout pour crier : « Vive Olga! » Vous avez joliment trouvé mon faible : c'est bien là ce qu'il me fallait. Ça ne durera guère; mais, comme j'ai le moyen de remplir ce petit porte-monnaie, sa capacité m'importe peu. Au fond, il est de la taille de votre bonté ; c'est un coffre, et môme un coffrefort. Je comprends à présent toute la beauté de ce mot : coffre-fort. Il me semblait que c'était un meuble stupide; mais, à présent que j'en ai la clef, j'en reconnais le charme et j'en honore la vertu. Vous êtes charmante d'aimer mes images. Elles amuseront Jacques et Jeanne dans la suite des temps; et vous, quand vous les regarderez, vous penserez à moi et vous prierez pour moi. Voyez donc si elles ne font pas mieux dans vos mains que dans mon tiroir!

Bonne fin d'année , très chère sœur, et au frère Emile et aux bambini. Ne disons plus bébés : c'est anglais. Pouah !

Soyez bien tranquille : vous êtes bien gentille,

comme dit Elise, et on vous aime fameusement et

avec allégresse.

Frère Louis.

Paris, 4 janvier 1859.

Nous verrons bien qui finira le premier. Ça ne sera pas moi, Madame la mère de Jacques. Plus vous donnerez de merveilles à Elise, plus je vous

lancerai de bibelots, jusqu'à ce que vous m'ayez tant enrichi qu'enfin je sois sur la paille. Mais non : il me restera mon cœur, que je vous défie d'épuiser. Oh ! que je vous aime, les Ségur ! oh ! que je vous chéris, les Pitray! C'est si fort, que je ne puis me dispenser de vous envoyer cet adieu ; et certes, je n'ai pas le temps.

Votre frère, Louis.

Paris, avril 1859.

Hélas ! voici trois ou quatre pauvres jeunes gens de lettres qui me déclarent positivement, Madame, qu'ils ont absolument besoin de moi à deux heures et demie. Il s'agit d'un journal à fonder; ils y trouveraient deux choses qu'ils désirent également, d'une ardeur sans égale : de l'encre à verser, du pain à manger. Verser de l'encre, manger du pain! Si vous apparteniez à la gent de lettres, ma sœur riche, vous sauriez ce que c'est, et vous comprendriez que je ne puis, sans les scandaliser, leur donner pour excuse que je dois aller avec une vicomtesse voir des croûtes1, que je ne mangerai pas, et qui ne sont même pas couleur d'encre : il faut se sacrifier et prendre un autre jour. Ne me dites rien, ne me plaignez même pas. Je suis assez

malheureux.

Frère Louis.

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