Les Filles de Babylone
année, le sujet de mon examen particulier. Filons doux en tout ce que nous pouvons, ma très chère, et devenons saintes à quelque prix que ce soit. Je vous attends avec une impatience qui dégénère en fièvre. Le frère dit qu'il faudra beaucoup voisiner cet hiver. Lisez son petit volume, et répondez-lui que vous êtes heureuse, heureuse de cette publicité restreinte, qu'il s'amoindrirait en se faisant poète pour le public, etc..
Nos affectueux compliments à M. de Pitray, nos caresses à nos neveux.
Toute vôtre, Elise.
Paris, novembre 1859.
Madame et très chère amie,
Cette canne est charmante, est brillante, est légère, est solide, est souple : une vraie image! Je m'appuierai sur elle, et l'appui qu'y trouvera ma main me rappelle un autre appui donné à mon cœur. Quant à la devise, j'ai bien pu l'écrire autrefois, mais c'est vous qui l'avez trouvée, et elle est digne de vous. Quelle bonne et aimable amie vous faites, et que j'ai donc eu raison de vous rencontrer! Quand je dis que j'ai eu raison, je n'oublie pas ce profond coup d'œil qui me fit croire que je ne faisais pas du tout une trouvaille, et que je n'avais devant moi qu'un fantôme de gaze et de neige qui serait bientôt fondu et envolé. Mais j'ai eu raison
d'être assez aimé du bon Dieu pour qu'il m'ait tenu près de ce fantôme, qu'il se préparait à solidifier si merveilleusement.
Je vous remercie de tout mon cœur; j'embrasse vos enfants de tout mon cœur; je serre de tout mon cœur la main de M. de Livet. Ah! quand serons - nous à Livet! quand ferons -nous des riboles de laitage! Inspirés par le cidre et par le grand air, nous composerons des réclames qui donneront aux fromages de Livet une vogue immense, et, en récompense de mes services, on me nommera bibliothécaire de Livet. Laissez-moi faire cette bibliothèque ; elle sera admirable : cent volumes tout au plus, si bien qu'il n'y en aura guère que cinquante ou soixante-quinze à jeter au feu.
Adieu, Madame et très chère amie,
Frère Louis de la Canne ^oire.
Paris, 30 novembre 1859.
J'avais encore un engagement pour samedi, mais je le découds, Madame, et, s'il fait mine de tenir bon, je le déchire. Voilà comme je réponds aux tristes personnages qui jabotent sur notre amitié. Les monstres! ils outragent à la fois mon intelligence, mon cœur et vos mérites. Ils n'ont jamais aimé, ou ils n'ont jamais eu d'Algé '.
1 Inversion que faisait parfois plaisamment Louis Veuillot sur le prénom de Mme de Pitray, qui s'appelait Olga.
Je serai là samedi ; rien ne me fera bouger. J'y serai pour répondre aux surprises par des surprises, et je serai charmant, parce que je serai très heureux. Nous célébrerons l'entrée dans le monde de Ça et là, qui paraîtra précisément dans ce beau jour. Et voilà pourquoi nos arrangements ont raté jusqu'ici : sans le savoir, nous attendions la circonstance.
Quant à vos allusions sur la Toscane, sur Verbeck, sur Florence, je n'y suis pas du tout, je n'y comprends rien du tout. Mais ça m'est égal, et je suis persuadé que, quand elles me seront expliquées, je les trouverai délicieuses. Pour le moment, il me suffit de comprendre que vous dînerez samedi dans notre « modeste asile », et j'ai de quoi me réjouir assez amplement. Une chaumière et
un cœur, et du pâté et des : ma surprise allait
me glisser des mains
Le frère Élise m'a promis d'être bonne enfant. Elle donnera la clef de.... : autre surprise qui veut courir et que je rengaine. Ce frère Elise est terrible ; mais quand il s'agit de vous, on en obtient tout ce que l'on veut.
Ma soirée de lundi a été lugubre : j'ai causé philosophie, et j'ai été voir un homme qui vole dans les airs au bout d'une ficelle. Ce sera bien mieux samedi prochain, jour des vieilles amitiés et des livres nouveaux, avec de la bonne nourriture.
Adieu, très chère amie. Je termine, pour que Rosalie l ne me trouve pas trop long à trousser