Un exemplaire de Çà et là
XXXYII
Paris, jeudi 23 décembre 1859.
Je vous écris de la terre d'exil, Madame et très chère amie; je suis loin d'Élise, loin de mon bel encrier, dans le pays des articles de fond. Je m'y suis réfugié parce qu'il y fait chaud, et que les fumistes ont fait une Sibérie de ma chambre. Je trouve drôle et affreux de vous envoyer du papier à tête1, mais ce serait une chose horrible de remettre plus longtemps à vous remercier de cette belle surprise. Quel encrier! Si je me décide à couler de l'encre dans cet objet d'art, ce sera une autre merveille. Je crains de rester en extase devant lui toute ma vie sans oser y toucher. Avezvous pu croire que je m'exposerais à faire des taches sur ce bois précieux, sur ces perles d'argent et sur ces oiseaux de même? Non! non! J'y puiserai des inspirations, mais de l'encre, jamais, pas même pour vous écrire. L'encrier dont je me sers pour vous écrire est d'ailleurs plus beau, oui, Madame! Et je comprends enfin ce mot d'un journaliste qui disait pour peindre son émotion : Je trempe ma plume dans mon cœur!
C'est égal, j'ai un bel encrier. Il rayonnera sur mon bureau, et je voudrais que tous mes ennemis le pussent voir. Gela les convertirait. Ils verraient que c'est un bon métier d'écrire honnêtement. Ils