M. Taconet était directeur du Monde
Adieu, Madame et très chère amie. Aimez-nous toujours comme nous vous aimons.
Votre fidèle et dévoué
Louis Veuillot.
Le Pouliguen, 26 juillet 1861.
J'ai enfin reçu votre lettre, notre très chère sœur. Elle était attendue avec une grande impatience. Vous donnez des raisons qui ne paraissent pas très claires; et, après tout ce que j'ai entendu par ici, je crois toujours à une très forte lubie de votre part, déterminée par je ne sais quel accès de modestie foudroyante. Mais enfin, vous voilà remise : Dieu soit béni ! Je veux vous dire toute la joie que j'en ai, malgré le terrible état de mes yeux. Je pleurerai toute la journée de vous avoir écrit ce billet. Voyez si l'on vous aime.
Il y a dans votre griffonnage un point de réticence qui me trouble la cervelle. Vous avez eu de la peine, et vous auriez voulu... quoi? Que j'eusse de la peine aussi, autant de peine que vous? Je vous assure que cela n'a pas manqué. Je n'ai pas un moment supposé que vous eussiez raison d'avoir cette peine à cause de nous , car nous sommes irréprochables en ce qui vous regarde, et môme impeccables; mais j'ai vu votre peine, elle était trop bien peinte, et il n'en faut pas tant
pour m'affliger. Et puis, j'aime bien que vous me mêliez là-dedans. Est-ce que je suis aussi accusé, moi, comme Élise, d'avoir forfait envers vous à L'amitié? Gela serait fort, et je protesterai éternellement contre cette injustice. J'aime bien plusieurs amies, parce que j'aime bien tout le monde, à l'exemple de ma fille Luce ; mais je ne fume que pour le très bien, et je ne brûle que pour le parfait. Voilà mon aveu de frère, puisqu'il faut tout vous dire; et comme je n'y vois plus, je vous fais la révérence avec tout le respect et toute la tendresse d'un bon vieux sage, assez dévoué pour souffrir même qu'on le soupçonne et qu'on l'injurie. Oh!
que je voudrais être à Livet !
Fret Luigi.
Quant au quatrième, c'est M. de Pitray qui doit prier pour avoir ce qu'il veut. Quant à vous, cela ne vous regarde pas. Recevez ce que Dieu vous enverra dans sa miséricorde. C'est Lui qui sait bien ce que deviendront ces petites choses, et dans quel but il les façonne. Si c'était une Olga, je ne vois pas en quoi vous auriez à vous plaindre de n'avoir pas un Baroche1.
M1!e Veuillot ajoutait à cette lettre :
Ma très chère amie, je n'ai que le temps de vous embrasser au galop. Ma journée a été horriblement prise, oui, horriblement, puisque j'ai eu quatre heures de salon, au moins quatre heures. Si vous