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Un roman d'Octave Feuillet, alors très en vogue

des poiriers si fleuris, et, hélas! un si beau ciel! A défaut de mon chapeau, c'est mon cœur charmé qui chante ces merveilles, et la plus rare et la plus aimable de toutes, je veux dire la grâce souveraine que donnent à ces beaux paysages deux amis si chers, qui ont le courage et l'esprit d'être heureux. Adieu, Madame et très chère amie. Mille compliments, mille remerciements. Il paraît que je fais plaisir à voir, tant je suis requinqué. On ne me donnerait pas mon âge. Je ne me le donne pas non plus : pas si bête ! Nous sommes là en troupe autour de vous six. On embrasse tout.

Votre ami très reconnaissant,

Louis Veuillot.

Paris, 21 mai 1863.

Madame notre amie,

Il faut vous dire que vous êtes charmante. — Le mot est lâché. Oui, charmante, et cent fois plus que la marquise de Férias, à qui son époux a donné tant de poules. J'exhorte M. de Pitray à vous donner beaucoup de poules; et moi, cédant à l'entra inement général, je vous adresse ce poulet. Elise est ravie de votre lettre; moi, j'en suis affolé. Mon Dieu, qu'il est donc heureux que certaines personnes fassent des fautes ! Quelle bénédiction que saint Augustin ait volé des poires, et que vos beaux yeux se soient égarés à admirer les fleurs en papier de M. Feuillet! Voilà l'origine des

Confessions de saint Augustin et des vôtres. Votre lettre est un chef-d'œuvre de bonne grâce. Je la gardons. Soyez bien tranquille, allez! vous ne deviendrez jamais protestante, et vous ne croirez jamais longtemps que Teau de groseille est du vin; et vous serez une fière femme. Une fîère femme, une femme de grand cœur et de grand sens, ferme dans le vrai, c'est un objet très beau, très utile, très précieux.

J'ai donné vos Fables au relieur, après y avoir incrusté ce que vous savez bien. Le relieur en fera un chef-d'œuvre, un de ces monuments qui passent d'âge en âge et qui restent à l'aîné. Un jour, Jacques, fils de Jacques, dira : « Jacques, père de Jacques, de qui naquit mon arrière-grandpère Jacques, le tenait de son arrière-grand-père Jacques, fils du petit-fils de Jacques, qui fut fils d'Olga; laquelle était une fière femme. » Cela fait plaisir à penser, d'autant qu'à cette époque, l'empereur ne nous ennuiera plus, et que nous serons bien insensibles aux fleurs en papier de M. Feuillet. J'ai vu aujourd'hui quelqu'un qui m'a dit : « Ce Feuillet est un misérable. — Comment? contez-moi donc cela ! » Je m'attendais à quelque chose de surnaturel. Mais, tout simplement, ce quelqu'un avait entendu dire à M. Feuillet ces mots pleins de sens : « L'empereur ! mais il ad-

« mire M. d'Ennery! L'empereur! c'est un

« canonnier l ! ! ! »

1. On sait qu'avant son arrivée au trône Louis-Xapolécn avait publié des études sur l'artillerie.

Vous sentez bien que je ne veux pas signer ce propos infâme, je me déguise; mais vous reconnaîtrez la main et le cœur du

Mangeur de radis.

Paris, 20 juillet 1863.

Madame et très chère amie,

C'est par le journal que j'apprends la mort de M. votre père. Je n'ai rien à vous dire et je ne vous dis rien, sinon que je le sais et que je prie avec vous. Je regrette bien qu'Élise ne soit pas ici : elle irait vous embrasser. Voilà la fin des choses de ce inonde, la fin de toutes les joies, de toutes les fortunes; et, plus certainement encore pour le chrétien, la fin de toutes les peines. Voilà le moment inévitable où rien n'est bon que d'avoir souffert et combattu avec une inébranlable confiance dans la miséricorde de Dieu; et cette miséricorde est assurée, non pas même à qui aime, mais à qui veut seulement aimer.

Votre ami ,

Louis Veuillot.

Je serre la main de M. de Pitray, et j'embrasse les enfants. J'ai vu, l'autre jour, M. votre beau-père, dont j'ai admiré la forte vieillesse; M. Victor de Pitray, qui m'a paru aussi très bien,

M. de Campagne, Mllc Zoé de Pitray. Tous étaient très enchantés de leur voyage à Pitray de Normandie.

Paris, 28 juin 1864.

Salut à la mère et à l'enfant ! Je suis terriblement occupé. Mon livre a été trouvé si beau, si beau, que j'ai trouvé urgent de le refaire. J'y ai travaillé comme un blanc, et, à présent que c'est fini, j'y travaille encore. Mais il n'y a point d'occupation, ni de préoccupation, qui puisse în'empêcher de souhaiter la bienvenue à cette nouvelle fleur de Livet. Bonjour donc, belle petite. Un livre te sera prochainement dédié, et il sera fait de main de maître ; mais ta mère-grand ne sera pas le seul homme de lettres français qui mette un souvenir et un vœu sur ton berceau. Que cela te porte bonheur, mignonne ! et il en doit être ainsi, puisque ta mère-grand et ton ami soussigné, quoique gens de lettres, sont bons chrétiens. Pousse en paix et en joie, fille de bonne race ! Connais Dieu, aime-le fortement, sers-le fidèlement, moque-toi du reste. Néanmoins, je te souhaite de beaux cheveux, de bonnes dents et des yeux clairs, avec du velours à la surface et du feu dans le fond. Tu as de qui tenir, tiens ferme; la vie ensuite s'arrangera pour te mener au ciel, et tu ne prendras pas garde au chemin plus qu'il ne faut. Il y aura du

gazon, il y aura des cailloux; plus de cailloux que de gazon! Ainsi sont les chemins de ce monde, et M. le maire de Beaufait1, malgré son zèle, n'y changera pas grand' chose : aucun maire ne peut enlever tous les cailloux. L'essentiel est de ne point passer par la boue, et tu n'y passeras point, parce que ni Pitray, ni Ségur,ni le bon Dieu ne dirigent de ce côté-là. Je termine ici ma harangue. Tu en entendras de plus ennuyeuses. Celles qui diront autre chose, ne les écoute pas. Va maintenant, ma petite Françoise2. Pleure, tu n'as pas fini, et tâche de prendre la bonne habitude de dormir ; la meilleure, en attendant celle de prier.

Et vous, notre sœur Olga, sachez que nous prions pour vous avec une affection et un respect grandissant comme votre postérité. Voilà onze ans que cela dure, mais ce n'était rien dans le commencement. Vous n'étiez alors qu'une fleurette du bouquet qui produit le parfum de Rome ; quelle rose vous êtes devenue!

Fra Luigi.

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