C'était alors la mode des crinolines
arrivent de Conches , pour ouïr une demoiselle qui a eu l'honneur de chanter devant l'empereur, gardien de la morale et des lois.
LXXY
Paris, octobre 1864.
Oh ! les idées de la solitude ! Vous croyez bonnement que mes lettres intéresseraient le public qui ne m'aime pas, autant que vous qui m'aimez ; vous prenez au sérieux les emphases de Villemessant [. Vous êtes bien de votre village, ma très chère amie, et cette ingénuité campagnarde fait grandement l'éloge des mœurs de Livet. N'allez pas donner suite à cette idée : vous auriez de grands désenchantements. Il ne faut livrer au public que ce qui est écrit pour lui, ou il faut attendre que celui qui a écrit soit mort, et que le mérite de l'écriture ait résisté au temps. L'agrément des lettres intimes consiste dans les choses intimes. Oter cela, c'est ôter tout. Ces lettres, raclées comme il serait nécessaire, vous paraîtraient à vous-même très fades pour le moins. Un nez, ou
1. A la suite de quelques articles du Figaro en l'honneur de Louis Veuillot, alors réduit au silence, Mme de Pitray, qui, comme quêteuse pour le Denier de Saint-Pierre, avait besoin de battre monnaie pour cette grande œuvre, avait eu l'idée, plus ingénieuse que pratique, d'offrir à M. Villemessant quelques lettres de Louis Veuillot, en retour d'une offrande assez grosse qu'il pourrait faire pour ladite œuvre. C'est cette idée que combat Louis Veuillot.
un œil, ou une verrue de moins dans un visage, le changent beaucoup. Vous à qui je parle, vous avez quelquefois dans les yeux certain travers, un certain bégayement qui nous plaît à tous singulièrement. Le peintre qui corrigerait cela pourrait faire encore un charmant visage, ce ne serait plus notre Olga; et celui qui achèterait le tableau comme figure originale serait à demi volé. Villemessant s'y connaît, et ne fait point de ces fausses spéculations. Hélas ! notre très Saint-Père IX aura toujours besoin d'argent, et son successeur encore plus. Si donc ces lettres vous semblent valoir quelque chose, elles gagneront à vieillir, et je finirai moi-même par prendre le grand parti de leur donner le dernier fion en souhaitant le bonjour à la compagnie. Gardez-les jusque-là ; il n'y a pas de raison pour que je tarde infiniment, et cent ou deux cents francs de plus que vous pourriez donner aujourd'hui au Saint-Père, en vendant ma peau, ne valent pas le crève-cœur de voir supprimer tout ce qui constate combien vous êtes bonne et aimable, et combien je vous aime. J'aurai sur le dos un tas de fâcheux paquets : Montalembert augmente tous les jours le sien ; Falloux ne doit pas rester oisif ; Msr Dupanloup y mettra bien quelque chose, et que d'autres Cognât { travaillent dans l'ombre ! Ce sera ma gloire et ma justification d'avoir été si bien avec les Ségur. Nous n'irons pas à Livet cette année. Je résiste
1. M. l'abbé Cognât avait pris la responsabilité du pamphlet l'Univers jugé par lui-même .
à l'appel. Gomment ça se peut-il ? Quel cable peut ne pas rompre, quand c'est votre main qui tire ? Nous allons à Rome, tous! Ah ! cela me coûte à vous dire, car je vous entends soupirer de ne pouvoir partir aussi. C'est Xotre-Seigneur qui paye. J'avais bien envie de faire cette sainte et ruineuse folie, de porter mes filles sous la bénédiction de Pie IX, d'aller moi-même encore une fois baiser ses pieds. Les moyens manquaient ; le succès de la Vie de Jésus [ les a donnés. Nous allons tout dépenser, et nous ne reviendrons que ruinés à plat. Rester ici et envoyer notre argent, ce serait un beau denier de Saint-Pierre, mais nous ne pensons pas môme à cet acte de vertu. D'ailleurs, c'est le moment d'enrichir les Romains. Là-bas nous penserons bien à Livet, nous prierons bien pour Livet, nous pousserons de gros soupirs en passant sous les fenêtres de Brancadoro. Là nous sommes devenus amis sans le savoir. Il n'y a que douze ans. Mais il fallait que les racines existassent déjà à notre insu : car il n'est pas possible qu'en douze ans une amitié pousse de ces racines fortes et profondes qu'on ne pourrait arracher sans arracher le cœur.
1. Louis Veuillot, en écrivant ce livre, avait d'abord eu la pensée de répondre au livre impie de M. Renan ; mais, comme il l'explique en sa préface, il élargit son dessein en élevant son œuvre au-dessus même de la polémique, bien que cette large exposition de la vie du Sauveur fût une réponse triomphante. Le résultat fut que Louis Veuillot composa ainsi l'un de ses plus beaux livres, à l'étonnement et à l'admiration des plus savants théologiens.
Priez bien pour nous durant ce voyage. Je pars sans inquiétude. Nous reviendrons. Il faut que je revoie Livet, et qu'Elise, Agnès et Lucc en connaissent les douceurs. Ce cher Livet ! je m'y suis trouve si bien ! C'est là que j'ai aimé les chansons et même les romances de Nadaud, à ma grande surprise ; mais vous les chantiez. Je suis sûr qu'elles me plairaient moins ailleurs. Tel serait l'effet de mes lettres sur vous-même, si vous les entendiez lire par Yillemessant. Jugez des autres !
Adieu, chère Madame; adieu, très chère sœur; adieu, amie. Cela me va joliment que vous m'aimiez ; mais ne le dites pas encore à cette grosse bète de tout le monde. Plus tard, avec une notice nécrologique, ce sera très intéressant.
En religion, fret Luigï de Liveto.
Paris, 23 octobre 1864.
Très chère amie,
Vous me mettez à la torture : voilà encore une chose que je suis obligé de vous refuser. Yillemessant est un bon diable, contre qui je n'ai rien à dire, et de qui je dirais même du bien ; mais je ne peux aller à lui sous aucun prétexte, et tout ce que je peux faire est de le rencontrer1. Voyez
1. M. de Villemessant avait offert à Louis Veuillot un traitement de vingt-quatre mille francs, s'il consentait à faire librement, sur des sujets de son choix, une chronique hebdomadaire
la foule qui se heurte à sa porte, et dites si je peux aller, à mou âge, couvert de brefs du Pape, me fourrer là-dedans, même pour bâtir une église. Au fond, il s'agit d'accréditer le Figaro. Ce n'est pas mon métier, parce que Villemessant ne fait pas le mien. Ce n'est pas rien d'ailleurs que cette besogne. Il s'agit d'un demi petit volume. C'est affaire de huit jours, et je ne les ai pas. Et puis, point de politique! Il faudrait donc s'escrimer d'un bout à l'autre à chercher des plaisanteries qui ne sont bonnes qu'à condition de venir sans être cherchées et sans être appelées. Ne me condamnez pas au sort de ces pauvres diables qui passent leur vie à siffler le chien de Jean de Nivelle.
Soyez tranquille. J'aiderai Notre-Dame des Petits Enfants. Élise et moi nous travaillons pour cela, et nous finirons par vous mettre de l'argent dans les mains, qui n'en sera pas plus mauvais, pour n'être point de l'argent de plume.
Je vous remercie de vouloir bien garder mes lettres, non jusqu'après notre mort à tous deux, mais jusqu'après la mienne, que nous retarderons seulement pour grossir un peu le volume. Il faut bien que vous restiez pour surveiller l'impression et jouir de ma gloire, et surtout pour m'arroser des De profanais dont j'aurai grand besoin. Hélas!
dans le Figaro. Louis Veuillot avait nettement refusé. MmC de Pitray, ayant en vue une œuvre de charité, avait pensé que peut-être il consentirait d'écrire à cette intention. On va voir quelles bonnes raisons donna Louis Veuillot pour n'en rien faire.
vous ne serez pas de trop. A ce propos, je vous gronde tout à fait de parler dévie inutile. Inutile, la vie d'une épouse, d'une mère, d'une amie, d'une chrétienne! Voyez combien de monstruosités vous diles en un seul mot. Il ne faut pas être triste, chère sœur ; il ne faut pas dire qu'on ne fait rien. Le bon Dieu n'a rien mis d'inutile sur la terre, et les âmes qui croient en lui et qui prononcent son nom sont plus utiles que la pluie, le soleil et la rosée. Le monde ne vit que des grâces que ces âmes obtiennent de Dieu. Vous seriez seule sur la terre et incapable de tout mouvement, que vous n'auriez ni le droit ni le sujet de vous dire inutile, attendu que vous pourriez prier pour les âmes du purgatoire. Imaginez que vous êtes sur un champ de bataille, parmi des blessés dévorés de fièvre, hors d'état d'en guérir un seul, mais portant dans vos mains un vase inépuisable d'eau fraîche et pure, dont une seule goutte peut désaltérer chacun de ces mourants. Demanderiez-vous à Dieu de vous ôter la vie, de briser ce vase, de répandre cette eau pure dans la fange de sang qui coule de tous côtés?
Adieu, très chère amie. Voyez-moi devant vous à quatre pattes, tout étonné et tout consterné de ne pas faire ce que vous voulez. Puisque je ne le fais pas, c'est bien la preuve que je ne le peux pas.
Frère Louis.
Rome, 18 janvier 1865.
Parce que je fais cent visites à cent indifférents, ce n'est pas une raison pour ne vous point écrire, sous prétexte que le temps me manque. J'enrage de ne vous avoir pas encore donné signe de vie, très chère petite sœur. Je suis mangé par moimême et par la foule; les livres, les notes, mais surtout les odieuses visites ne me laissent pas respirer. Gela va jusqu'à m'arracher Rome. Je ne suis plus à Rome ; je suis à Paris, ou même en Angleterre. Il y a des choses que je n'aurai pas revues, pour voir des Anglaises très maigres. C'est cette fichue gloire qui est cause de tout cela. On lit dans les journaux que je fais des encycliques, et Ton veut voir comment un homme qui fait des encycliques est fait. J'ai bien connu hier l'injustice de mon sort ! Je m'étais dérangé pour une visite que je ne pouvais décidément escamoter ni remettre, et j'ai passé devant le palais Brancadoro. Le souvenir s'est mis à chanter et à pleurer. Ah ! est-il possible que je me laisse lâchement arracher une heure ou deux par cet ennui, et que je n'écrive pas, faute de temps, à notre chère Olga, qui barbote en ce moment dans la boue de Paris pour bâtir son église! J'ai eu envie de revenir sur mes pas, et j'aurais bien fait. L'infâme politesse l'a emporté. Je m'en punis en vous écrivant maintenant, pendant qu'on est à Saint-Pierre, et notez qu'il
l'ait du soleil, ce qui n'arrive pas ton- les jour-. Néanmoins, la pénitence est douce. Il y a des moments où le seul soleil qui éclaire et qui réchauffe est le soleil qu'on a dans le cœur,
nue vous dire, à présent que je vous ai envoyé ce salut? Je m'arrête devant l'immensité. Vous m ' a v i e z c o m m a n d é d e vous fi t i r e u n j o u r n a 1 . J ' a u r a i s Lien voulu le faire, et pour vous et pour moi. Mai-, même en écrivant la nuit, ce qui est mortel à mes yeux, je ne parviens que tout juste à confectionner le peu d'écriture qu'il faut préparer pour la marmite. J'ai a peu près refait le Parfum de Piome. qui était manqué de diverses façons. Quant au journal intime. Açmès et Luce le rédigent sur leur- o-enoux. Nous comptions naïvement sur des soirées où je dicterais. Ah bien oui ! Au milieu de ce tourbillon et de cet ahurissement, malgré les Anglais, les autres et la pluie, la joie abonde. C'est si grand. c'est si beau, c'est si doux, c'est si peu ce que l'on voit ailleurs! Pour les enfants, il n'y a vraiment point d'ennuis, et les miens en sont fort allégés. Nous avons aussi dans le pêle-mêle quelques relations très aimables, en dehors de celles dont vous connaissez le charme. Xons ne quittons guère M** Bastide: nous voyons très souvent M-' de Mérode, M. Anatole1 toujours. Nous rencontrons le Saint-Père. Le soleil nous ravit quand il se montre, les parapluies nous amusent quand il pleut, et ainsi le temps passe vite : trop vite, puis-
l. M. Anatole de Ségur, frère de Mme de Pitrav.
qu'il nous emmène; pas plus vite qu'il ne faut, puisqu'il nous ramène. Enfin, nous finirons bien par aller à Livet. C'est là que nous ferons revivre Piome, et il n'y aura plus d'importuns, ou ils seront divertissants.
A présent, il faut vous dire adieu. C'est triste. Je n'aborde pas la politique : ce serait hideux, et la police aurait du chagrin. Pour le moment, la politique se fait en France. D'ici, nous admirons. Il y avait quelque temps qu'on n'avait vu les évoques ; mais la retraite ne les a pas rouilles, et le silence ne leur a pas désappris la parole. Quels beaux abus ! et que Messer Baroche s'entend bien à faire des piédestaux et à fournir les porte-voix! On attend l'archevêque de Paris1. On se demande s'il a dépensé toute sa vigueur, tout son zèle, toute son encre, à conjurer le grand péril que l'abbé de Ségur faisait courir à l'Eglise. Oh! quels personnages ! et comme l'occasion leur est vite fournie de montrer leur fond ! et comme ils en profitent ! Adieu, adieu. Vous avez plus que jamais tout le cœur de
Fra Luigi.
1. Ms1' Darboy venait d'interdire Msr de Ségur, pour avoir trop vivement soutenu les doctrines ultramontaines , ce que l'archevêque considérait comme un acte d'opposition. L'interdiction fut d'ailleurs levée, Ms1' Darboy ayant compris qu'elle paraîtrait à Rome peu justifiable. On trouvera dans l'histoire de Msp de Ségur par son frère, M. le marquis de Ségur, le récit complet de ce grave incident,
Paris, septembre 1865.
Notre sœur,
Je vous en conjure, ne me tirez pas ainsi : vous me feriez briser tous les câbles, et j'arriverais à Livet, au grand contentement de mon cœur, mais au grand détriment de mon petit commerce. C'est tartare1, ça! On doit avoir le cœur miséricordieux pour un pauvre homme. Quand on a le cœur miséricordieux pour un pauvre homme, on le laisse travailler à son Raphaël2, après qu'il a confectionné son Parfum. Et quand on veut que le pauvre homme puisse conditionner son Raphaël, on ne lui dit pas : « Ah ! tu vas là, et puis tu vas là, et tu ne viens pas ici? » on ne lui montre pas Jacques le chasseur ; on ne lui parle pas d'arbres nouveaux qui ont des noms en a, et enfin, ce qui est la pire des cruautés et le retournement en zigzag du poignard, on ne lui jette pas trois ans d'absence, trois années de la courte vie, si misérablement privées du bonheur le plus charmant et le plus facile à prendre. Votre grand-papa Gengis-Kkan n'avait pas de ces inventions meurtrières, et l'autre grand-papa le brûleur3 n'allumait pas
1. Mme de Pitray disait parfois, en manière de plaisanterie, que, par sa mère, elle était Tartare.
2. Ce livre sur Raphaël n'a pas paru. Il en a été publié d'importants chapitres dans la Revue du Monde catholique. Il est à peu près achevé, et sera publié.
3. Le comte Rostopchine, qui, par patriotisme, incendia Moscou, afin de ne point le voir tomber aux mains de Napoléon.
de si après feux : trois ans, trois ans sans vous voir; c'est peut-être vrai, mais ce n'est pas possible, et cela fait haïr la destinée, de penser qu'elle peut receler de pareils coups. Comment les choses se sont-elles donc arrangées de cette sorte que j'aie pu, durant ces trois ans, aller voir les fenêtres du palais Brancadoro et ne point paraître à Livet, où je vous aurais trouvée sur le seuil, dans vos fleurs, dans votre sourire, entourée de vos enfants, irf accueillant de ce regard qui fait chanter l'esprit et le cœur, comme le soleil du matin fait chanter les oiseaux. Je m'en veux plus que je ne peux dire ; cela me semble plus qu'atroce, cela me semble bête. Et qui m'a arrêté ? Un rien ! Des riens ont été plus écoutés que mes pensées pleines de vous, et que les pentes de mon cœur qui vont si fortement vers vous. Vous imaginez bien que ces gredins de riens n'ont pas fait les fiers, ne se sont pas avisés de dire qu'ils ne voulaient pas me laisser aller à Livet. Ils demandaient une quinzaine, une huitaine, un jour! Ils ont ainsi grugé trois années, s'il est vrai que je ne vous aie point vue depuis trois années. Mais c'est impossible : je sais bien que je vous ai vue, je sais bien que je vous vois, je sais bien que je n'ai cessé de vous voir. Vous êtes là, dis-je, et je ferais votre portrait, et qui voudrait soutenir que vous n'êtes point à Paris, ou que je ne suis point à Livet, me prouverait seulement qu'il ne sait point voir. Mais enfin, sœur Olga, vous qui êtes jeune, quoique mère d'un chasseur, défiez-vous du rien. Il n'y a chose
LETTRES A MADAME DE PITRAY kOS
pire au monde, et cette vermine dévore la fleur et la chair de la vie.
Je m'aperçois que je suis au bas de la page 3, et je n'ai pas encore touché ce que je voulais dire. J'ai donc « mis la main à la plume >j pour vous remercier du soin que vous prenez de mes yeux, en me recommandant de ne vous point écrire. Voyez le succès ! Je vous avoue que cette grâce m'a pénétré d'indignation, et me parait le trait d'une femme qui se venge. Faisons la paix, par pitié ; sinon, ne pouvant me précipiter sur Livet en ce moment-ci, je vous harcèle de mes papiers, et je fais faillite au libraire, jusqu'à ce que tout le monde chez moi soit au moment de mourir de faim.
Adieu, très chère amie. Je vous assure que vous êtes bonne et gracieuse, et une des grandes joies de mon àme, et qu'il ne passera pas longtemps avant que j'aille admirer vos arbres savants, et m'émerveiller devant l'avenir de vos massifs nouvellement plantés, et embrasser vos poupons. Il ne me reste plus la place d'exprimer la pompe de mes sentiments pour M. de Pitray, créateur et conservateur de tant de bonnes et belles choses.
Je vous supplie tous d'aimer toujours votre pauvre vieux
Louis.
Epoisses, 9 novembre 1865.
Sœur olga, très honorée et très aimée,
Vous vous entendez à enfoncer les pointes, et j'ai celle-ci dans le cœur. Quoi ! que je laisse passer une année sans vous écrire ! Quand même vous m'en jugeriez capable, devriez-vous avoir la férocité de le dire ? Avez-vous lu dans mon cœur? avez-vous vu mon bureau couvert de papiers pressés? avez-vous entendu mes soupirs? Non, non, l'année n'aurait pas fini comme cela. Mais je suis houspillé, éperonné, aiguillonné, ahuri, etj'attends un jour, une heure, un moment. Si vous saviez combien j'ai d'affaires et d'ennuis, et comme mes yeux sont mauvais depuis six mois ! Je voulais avoir mon nouveau Parfum de Rome, pour vous l'offrir et renouveler connaissance, parce que ce sera quasi un livre tout neuf. Il vous viendra dans une quinzaine. J'espère que vous le trouverez bien honnête, plein de bonnes senteurs que vous reconnaîtrez, et assez vert.
Vous nous offrez Livet. Voilà votre cœur. En même temps que vous me poignardez, vous pensez à nous sauver la vie. Il faut faire avec vous comme saint Augustin dit qu'il faut agir avec le bon Dieu : « Veux-tu fuir sa colère , jette-toi dans ses bras ! » Toute courroucée que vous êtes, je me serais bien jeté dans Livet. Vous savez comment
non- avions déjà décampé. C'était arrangé depuis longtemps, et nous n'avons pas cru que Vhonneur dût nous contraindre à rester pour tirer la langue au choléra. L'évêque d'Orléans, si éloquent et si délicat sur l'honneur, tournera cela comme il pourra, lorsqu'il fera mon oraison funèbre. Le fait. est que nous sommes partis, et que nous avons un peu tardé à rentrer, pour ne pas risquer de donner à l'évêque d'Orléans trop de larmes à répandre. Hélas ! je n'ai rien à faire dans Paris. L'empereur des Français et des Arabes veut que je vive de mes rentes : le plus sage est donc de manger le pain de mes amis. N'en doutez pas, je finirai par tomber sur le vôtre.
Comme Jacques doit être grand ! et comme les autres doivent être en fleurs ! Je voudrais bien voir tout cela ; je voudrais bien voir les alentours, et si le bonnet carré que vous avez transplanté continue de prospérer. Je voudrais bien vous entendre chanter le doux pays des Espagnes, qui n'est charmant qu'au doux pays de Livet. Gela viendra, il faut bien que cela vienne. Adieu, très chère amie. J'incline ce qui me reste de cheveux gris sur votre main blanche. Tout ce qui vous resterait à pardonner, pardonnez-le, car il est vrai que je vous aime très fortement. Soyez assez bonne pour présenter mes compliments à M. le maire. Je sais comment il apprécie Y Oraison funèbre l. Oh ! qu'il a un bon jugement! Mais je n'ai cessé d'avoir la