LXXXVIII
Paris, 22 novembre 1866.
Très chère amie
Malgré la presse de finir mon livre1, qui m'a fait laisser toutes visites, toutes correspondances et autres devoirs sociaux, je n'ai pu m'empêcher de batifoler un moment avec le gros Philéas2. J'ai lu un chapitre, puis un autre, puis d'autres, puis à peu près tout : ce qui prouve que je ne m'intéressais pas seulement à l'auteur. Mais attendez, et faites-vous un cœur de héros. Quoique entraîné par la lecture ; quoique satisfait du style, qui est clair, correct, etgénéralement convenable au sujet, je n'ai pas été aussi content que je l'aurais voulu. Ouf! Mais il ne s'agit pas de vous laisser aller de travers, et de souffrir que d'excellentes jambes se fatiguent dans le sable ou se cassent dans les pierres. Le grand défaut de l'ouvrage est la composition : elle est défectueuse, parce que le héros, qui est Philéas, n'y paraît que comme une pièce ajoutée; la plupart du temps, il n'agit pas, on le raconte, ce qui jette beaucoup de froideur. Quelques-unes de ses farces sont trop grosses. D'autres épisodes n'ont pas assez de mouvement, et ne sortent pas assez des choses de partout et de toujours. Mais, par-dessus tout, les diverses pièces ne font pas corps : voilà le défaut capital. Il est heureuse-