DES CAMPAGXES DE 1196 ET 1797 EX ITALIE K
I. Sur le feld-maréclial Beaulieu. — IL Sur les manœuvres de Napoléon contre le feld-maréchal Beaulieu. — III. Sur le feldmaréchal Wurmser. — IV. Sur les manœuvres de Xapoléou contre le feld-maréchal Wurmser. — V. Sur le feld-muréchal Alvinzi. — VI. Sur les manœuvres de Xapoléon contre le feld-maréchal Alvinzi. — VU. Sur la marche contre l'armée du Saint-Siège. — VIII. Sur l'archiduc Charles. — IX. Sur les manœuvres de Xapoléon contre l'archiduc Charles.
Première observation. — 1° Une armée qui serait en position sur la crèle supérieure des Alpes maritimes, appuyant sa gauche sur le col de TArgentiére, sa droite sur le col de Tende, couvrirait tout
^ Ces Observations sont reproduites d'après les Mémoires pour sen'ir à riiistoire de France sous le règne de Xajjo^ léon b\ édition de 1830.
le comté de Xice. Elle se trouverait éloignée de quinze à dix-huit lieues de la mer, trois ou quatre jours de marche. Elle aurait derrière elle un grand nomhre de honnes positions, où elle pourrait se rallier, arrêter la marche du vainqueur; elle aurait le temps de faire sa retraite à volonté sur Gênes ou sur le Var. Ce théâtre d'opérations est assez profond pour pouvoir être défendu avec avantage.
Une armée qui occuperait les crêtes supérieures de l'Apennin, depuis le Tanarello jusqu'au Saint- Bernard du Tanaro, couvrirait une partie de la Rivière du Ponent. Elle occuperait des positions éloignées de la mer de deux jours de marche; elle aurait derrière elle Monte-Grande, San-Bartolomeo, Rocca-Barhena; la petite rivière de TArrosia, qui passe à Pieve et à Albenga, est d'une bonne défense. Cette armée pourrait donc aussi défendre le terrain, couvrir Oneille, et se porter sur Gênes ou sur Xice à volonté. Mais une armée qui occuperait la crête supérieure de l'Apennin, de Bardinetto à la Bocchetta, savoir : les hauteurs de San-Giacomo Cadi- •bona, Montelegino, Stella, Monte-Fajale, couvrirait sans doute l'autre partie de la Rivière du Ponent jusqu'à Gênes; mais, comme cette armée ne serait éloignée de la mer que de deux à cinq lieues, elle pourrait être coupée dans le même jour et serait exposée à n'avoir pas le temps de se rallier, de faire sa retraite. Ce champ d'opérations, mauvais,
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est de sa nature ilan[>ereiix, parce qu'il n'a pas assez de profondeur.
2° Si le général Beaulieu eût réfléchi sur ces circonstances topographiques, il n'aurait pas marché sur Voltri pour couvrir Gènes; il se fut porté sur Acqui et sur Cairo; de là il eût dél oiiclié en même temps en trois fortes colonnes de 1 5,000 hommes : celle de gauche, par RIontenotte, Montelegino et Savone; celle du centre, sur Cadihona et Vado, et celle de droite, sur la Madonna-della-Xeve, San- Giacomo et Finale. Il aurait eu une réserve à portée de secourir ces trois attaques. L'armée française se fût hientôt repliée, de Voltri et de Gènes, pour défendre ces trois importantes positions. Le général autrichien aurait engagé la guerre sur un terrain tout à fait à son avantage, puisqu'il pouvait, dès le premier jour, couper l'armée française, l'acculer à la mer et la ruiner.
3° Après la bataille de Montenotte, les Autrichiens se rallièrent sur la route du Montferrat; ils ne pouvaient pas faire autrement, puisque la majorité de leurs forces étaient sur Voltri , Sassello, et encore éparpillées, sur leur gauche. Mais l'armée piémontaise, sous les ordres du général Colli, au lieu de se porter sur Millesimo, eût dû appuyer sur Dego et former la gauche de Beaulieu. C'était une erreur de supposer que, pour couvrir Turin, il fallait se trouver à cheval sur la route de cette ville : les armées réunies
à Dego eussent couvert Milan, parce qu'elles eussent été à cheval sur la grande route du Montferrat; elles eussent couvert Turin, parce qu'elles eussent été sur le flanc de la chaussée de cette ville. Si Beaulien eût eu cinq ou six jours à sa disposition pour rallier sa gauche , il eût dû se porter sur Ceva pour se réunir à l'armée piémontaise, parce qu'il était plus avantageux aux alliés de se maintenir près de la ligne d'opérations de l'armée française. Il n'y avait pas à craindre que celle-ci entrât dans le Montferrat tant que l'ennemi aurait une armée sur Ceva. Réunies, les deux armées étaient encore supérieures à l'armée française; séparées, elles étaient perdues.
4' Les points de Dego et de Millésime étaient trop près de .Montenotte pour que les deux armées autrichienne et piémontaise pussent s'y rallier avec sûreté. Beaulieu eût dû rassembler son armée en avant d'Acqui, et CoUi, puisqu'ils voulaient se séparer, sur les hauteurs de Montezemolo; cela leur eût évité la bataille de Millesimo et le combat de Dego. Les divisions de chaque armée eussent eu le temps d'arriver à ces deux points de rassemblement avant que l'armée française eût pu les y attaquer.
Lorsque vous êtes chassé d'une première position, il faut rallier vos colonnes assez en arrière pour que l'ennemi ne puisse les prévenir; car ce qui peut vous arriver de plus fâcheux, c'est que
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VOS colonnes soient attaquées isolément avant leur réunion.
5° Le général Beaulieu, pour défendre le passage du Pô, prit j^osition sur la rire gauche de ce fleuve , près de Valcggio. Cette opération ne pouvait pas remplir son but vis-à-vis d'une armée manœuvrière. II eût dû se mettre à cheval sur le Pô, en jetant des ponts à la hauteur de Stradella, et les couvrant par de fortes tètes de pont; par cela seul, il eût empêché l'armée française de descendre la rive droite, et celle-ci eût été obligée de passer le Pô au-dessus de Stradella; ce qui donnait au général autrichien l'avantage important de protéger sa défensive par les deux grandes barrières du Pô et du Tessin.
6° Le général Beaulieu voulut défendre le Alincio par un cordon. Ce système est ce qu'il y a de pire dans l'ordre défensif. On était encore au mois de mai ; il aurait dû occuper le Serraglio avec toute son armée ; il pouvait y séjourner soixante-dix jours sans avoir rien à craindre des maladies. Il laissa 13,000 hommes de garnison dans Mantoue, il en avait 26,000 sur le Mincio ; il aurait donc pu réunir 40,000 hommes, c'est-à-dire une armée supérieure à l'armée française, dans une position aussi formidable que celle du Serraglio; il eût maintenu ses communications avec Modène et la basse Italie; il eût fait entrer une grande quantité de vivres dans X 8
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Alaiitoue. Si le général français fût parvenu à forcer ce camp retranché, il ne lui eût pas été facile d'investir une armée qui eût occupé en force Saint- Georges, Cerea, Pietole et Pradella. En se conduisant ainsi, Beaulieu n'eût pas été dans le cas de violer la neutralité de Venise; l'Empereur aurait exigé et aurait obtenu que le sénat de Venise maintînt sa neutralité; ce qui lui eût été d'un grand avùulage.
7" A défaut d'adopter ce parti , le maréchal Beaulieu pouvait, après avoir passé l'Oglio, se porter sur les hauteurs de Gavardo , et prendre la position de Sant'-Osetto, la droite à la Chiese, et la gauche au lac de Garda; l'armée française eût été forcée de prendre position vis-à-vis, en avant de Brescia; elle n'aurait pas pu s'étendre au delà du Alincio pendant tout le temps que l'armée autrichienne aurait occupé cette position, ou toute autre entre les lacs d'Idro et de Garda.
8° Enfin, puisque le général autrichien, dans l'état où se trouvait le moral de son armée, ne pouvait pas livrer bataille, il ne devait pas se faire illusion sur le peu de protection que lui donnerait le Mincio. En disséminant son armée le long de cette rivière, il s'affaiblissait; il eût été plus fort en occupant une bonne position sur les mamelons entre le lac de Garda et l'Adige, en avant du plateau de Rivoli, et en s'y couvrant de retranchements. Il
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aurait pu exiger alors que les Vénitiens occupassent en force la place de Peschiera, et refusassent les portes à Tarniée française, comme ils seraient censés les avoir refusées à l'armée autrichienne. Vérone, qui était une place forte, renfermant une garnison de 3,000 Esclavons, aurait également refusé ses portes aux Français, puisqu'elle aurait été censée les avoir refusées aux Impériaux. Ces grands avantages , le général autrichien les a sacrifiés pour renforcer son cordon du Alincio. îl a violé lui-même la neutralité de Venise en occupant Peschiera.
Deuxième observation. — 1° Lorsque l'armée française se dirigea sur Ceva pour attaquer l'armée piémontaise, la division Laharpe fut laissée en observation contre le camp d'Acqui , où Beaulieu ralliait toute l'armée autrichienne. Il paraîlrait que la position naturelle de ce corps d'observation aurait dû être sur les bords de la Bormida, en avant de Dego, afin de couvrir la ligne d'opérations sur Savone. Il est à remarquer que, si Xapoléon préféra la position sur le Bclho, en avant de San-Benedello, à deux marches sur la gauche de Dego, laissant la cliaussée de ^'avone à découvert, c'est qu'il voulut tenir son armée réunie pour que Beaulieu ne pût se placer entre ses divisions et les isoler. Le camp de San-Benedetto couvrait l'armée qui manœuvrait sur
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Ccva. Si Beaulieu se fût porté sur Dego, le corps placé à San-Benedetto l'eût attaqué en flanc et par derrière. D'ailleurs, la communication de Garessio, Ormea, était ouverte. Le choix du camp de San- Benedetto pour placer le corps d'observation contre Beaulieu mérite d'être médité.
2° Les divisions Serurier et Afasséna marchèrent sur Alondovi ; elles étaient suffisantes. Dans ce temps-là Beaulieu ayant fait un détachement d'Acqui sur Xizza-della-Paglia, la division Augereau eut ordre de se porter à l'appui du camp de San-Benedetto, et, après la bataille de Alondovi, elle se dirigea sur Alba, poussant une avant-garde sur Xizzadella-Pagiia.
3" On a dit que Xapoléon aurait dû passer le Pô, non à Plaisance, mais à Crémone; on a eu tort. Son opération était déjà assez audacieuse, puisque, longeant le Pô depuis Alexandrie, il a j^reté le flanc pendant vingt lieues à l'armée autrichienne; s'il l'eût prolongée encore pendant sept lieues, il aurait été évidemment plus exposé; Beaulieu, arrivé à Fombio , aurait passé le Pô à Plaisance et serait tombé sur les colonnes en marche ; il aurait coupé la ligne d'opérations de la rive droite, comme il interceptait celle de la rive gauche en observant l'Adda. D'ailleurs, Plaisance est située sur la rive droite, et cette ville offrait des ressources pour le passage de la rivière ; Crémone est située sur la
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rive gauche : le peu d'Autrichiens qui s'y trouvaient étaient suffisants pour retarder le passage.
4° Si l'armée française, après la bataille de Lodi, eût marché sur Mantoue, elle aurait trouvé cette place sans approvisionnements, désarmée, et elle s'en fût emparée. Cette conjecture est très-hasardée. L'armée avait, en peu de jours, conquis toute la Lombardie; il fallait s'y arrêter assez pour former le blocus des forteresses, occuper les points les plus importants et organiser l'administration. Ce que les Français ont fait dans ces circonstances est le maximum de ce que l'on peut exiger de rapidité et d'activité; vouloir quelque chose au delà serait demander l'impossible. Pendant les six jours que l'armée française séjourna en Lombardie, elle doubla ses moyens en accroissant le matériel de son artillerie, les remontes de sa cavalerie, et en ralliant les traînards qui étaient restés en arrière par l'effet des marches forcées.
5° La révolte de Pavie pouvait avoir de grandes conséquences; l'activité et la vigueur des moyens de répression, l'incendie de Binasco, le sac de quelques maisons de Pavie, les quatre cents otages pris dans toute la Lombardie et envoyés en France, le beau rôle de conciliateurs dont Xapoléon investit les évèques et le clergé, tout cela est digne d'éloges et doit être imité. Depuis, la tranquillité de ce beau
pays n'a plus été troublée.
En confiant la police du pays à la garde urbaine, aux gardes champêtres et à des magistrats nationaux, il organisa le pays, épargna son armée et se donna des auxiliaires.
(j" La bataille de Borghetto a été donnée le 30 mai 179(3; l'attaque de Wurmser est du 1 ■■ août: c'est dans ces soixante jours d'intervalle qu'une partie de l'armée a passé le Pô, pris les Légations de Ferrare et de Bologne , le fort Urbano , la citadelle de Ferrare, Livourue, et a désarmé ces provinces; les troupes étaient de retour sur TAdige avant que Wurmser fut en mesure de commencer son opération ; c'est bien employer son temps. La force d'une armée, comme la quantité de mouvement en mécanique, s'évalue par la masse multipliée par la vitesse. Cette marche, bien loin d'affaiblir l'armée, augmenta son matériel et son moral, elle accrut ses moyens de victoire.
7° Si Xapoléon eût mis à exécution l'ordre de son gouvernement, il se fût porté sur Rome et sur Xaples avec 20,000 hommes, laissant le reste de l'armée sous Mantoue, aux ordres de Kellermann : l'Italie et l'armée eussent été perdues. Il n'eût fait qu'obéir à des ordres supérieurs, sans doute, mais il n'en eût pas moins été coupable.
Un général en chef n'est pas à couvert par un ordre d'un ministre ou d'un prince éloigné du champ d'opérations et connaissant mal ou ne con-
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naissant [^as du tout le dernier état des choses. 1° Tout général en chef qui se charge d'exécuter un plan rju'il trouve mauvais et désastreux est criminel; il doit représenter, insister pour qu'il soit changé, enfin donner sa démission plutôt que d'être l'instrument de la ruine des siens. 2° Tout général en chef qui, en conséquence d'ordres supérieurs, livre une bataille, ayant la certitude de la perdre, est également criminel. 3° Un général en chef est le premier officier de la hiérarchie militaire. Le ministre, le prince, donnent des instructions auxquelles il doit se conformer en âme et conscience, mais ces instructions ne sont jamais des ordres militaires et n'exigent pas une obéissance passive. A° Un ordre militaire même n'exige une obéissance passive que lorsqu'il est donné par un supérieur qui , se trouvant présent au moment où il le donne, a connaissance de l'état des choses, peut écouter les objections et donner les explications à celui qui doit exécuter l'ordre.
Tourville attaqua quatre-vingts vaisseaux anglais avec quarante; la flotte française fut détruite. L'ordre de Louis XIV ne le justifie point ; cet ordre n'était pas un ordre militaire qui exigeait une obéissance passive, c'était une instruction. La clause sous-entendue était : s'il y avait des chances de succès au moins égales; dans ce cas, la responsabilité de l'amiral était à couvert par l'ordre du prince.
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Mais, lorsque par Tétat des choses la perte de la bataille était certaine, c'était mal comprendre l'esprit de cet ordre que de Texécutcr à la lettre. Si , en abordant Louis XIV, Tamiral lui eût dit : «Sire, si j'eusse attaqué les Anglais, toute votre escadre aurait été perdue ; je l'ai fait rentrer dans tel port --^ , le roi l'eût remercié, et, de fait, Tordre royal aurait été exécuté.
On a justifié la conduite du duc d'Orléans devant Turin en 1706 ; les historiens l'ont déchargé de tout blâme. Le duc d'Orléans était prince, il a été régent ; il était d'un caractère facile; les écrivains lui ont été favorables, tandis que Alarchin, resté mort sur le champ de bataille, n'a pas pu se défendre. On sait pourtant qu'il protesta, en mourant, sur le parti que l'on prit de rester dans les lignes. .Mais quel était le général en chef de l'armée française d'Italie? Le duc d'Orléans. Alarchin, la Feuillade, Albergotti, étaient sous ses ordres. Il dépendait de lui de prendre ou non les avis d'un conseil de guerre ; il le présida; il dépendait de lui de se conformer ou non à l'opinion de ce conseil de guerre. Le prince n'a pas été troublé dans son commandement; personne ne lui a refusé obéissance. P S'il eût donné l'ordre à l'armée de sortir de ses lignes; 2** s'il eût donné Tordre à la gauche de passer la Dora pour renforcer la droite; 3° s'il eût donné positivement Tordre à Albergotti de repasser le Pô,
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et que les généraux eussent refusé d'obéir, sous prétexte qu'ils ne lui devaient pas obéissance, tout serait bien : le prince serait disculpé. Mais, dit-on, Albergotti n'obéit pas à l'ordre qu'il reçut de faire un détachement sur la rive droite du Pu; il s'est permis des observations. Eh ! c'est ce qui arrive tous les jours; ce ne fut pas un acte de désobéissance. Si le prince lui eût envoyé un ordre positif, s'il se fût porté à son camp d'un temps de galop, qu'il eût fait prendre les armes et qu'il eût commandé : « Tète de colonne à gauche », il eût été obéi. 4° La bataille perdue, l'armée se retirait sur Asti, pour couvrir la Lombardie et joindre l'armée de Aledavy, qui avait, le même jour, remporté une victoire à Castiglione. Le prince général en cbef changea de résolution, et il se retira sur Pignerol , parce qu'il crut que la route de la Lombardie lui était coupée. Si l'obscure anecdote que l'on a colportée, que le duc d'Orléans n'était général que de nom, et que ALirchin était investi d'un ordre secret du roi pour commander, était en effet vraie, le duc d'Orléans, en acceptant un pareil rôle à l'âge de trente-deux ans, aurait fait une chose contraire à l'honneur, digue de mépris , et qui aurait couvert de honte le dernier gentilhomme. Si les Français eussent été vainqueurs, qui aurait eu la gloire? Le comte de Marcbin était muni d'une recommandation du roi auprès de lui , pour que ce jeune prince
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écoulât (le préférence ses avis, voilà tout. Le duc d'Orléans était le général en chef reconnu par les généraux, les officiers et les soldats; aucun ne refusa et n'eût refusé de lui obéir : il est responsable de tout ce qui a été fait.
Le général Jourdan dit, dans ses Mémoires^ que le gouvernement lui avait fait insinuer de donner la bataille de Stockach ; il cherche ainsi à se justifier de la mauvaise issue de cette affaire ; mais cette justification ne pourrait pas être admise, quand même il en aurait reçu Tordre positif et formel, comme nous l'avons prouvé. Lorsqu'il s'est décidé à donner la bataille, il a cru avoir les chances favorables pour la gagner : il s'est trompé.
Mais ne pourrait-il pas arriver qu'un ministre ou qu'un prince expliquât ses intentions assez clairement pour qu'aucune clause ne pût être sous-entendue? qu'il dît à un général en chef : " Livrez bataille; l'ennemi, par le nombre, la bonté de ses troupes, et les positions qu'il occupe, vous battra; n'importe , c'est ma volonté » ? Un pareil ordre devrait-il être exécuté passivement ? \on. Si le général comprenait Futilité et dès lors la moralité d'un ordre aussi étrange, il le devrait exécuter ; mais, s'il ne les comprenait pas , il ne devrait pas y obéir.
* Mémoires pour servir à l" histoire sur la campagne de 1796, contenant les opérations de l'armée de Sambre-et' Meuse, etc. Pans, 1819.
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Quelque chose de semblable cependant arrive souvent à la guerre : «n bataillon est laissé dans une position difficile pour sauver l'armée ; mais le commandant de ce bataillon en reçoit Tordre positif de son chef, qui est présent au moment où il le donne, qui répond à toutes les objections , s'il y en a de raisonnables à faire; c'est un ordre militaire donné par un chef présent et auquel on doit une obéissance passive. I\Iais si le ministre ou le prince étaient à l'armée? Alors, s'ils prennent le commandement, ils sont généraux en chef; le général en chef n'est plus qu'un général de division subordonné.
Il ne s'ensuit pas de là qu'un général en chef ne doit pas obéir au ministre qui lui ordonne de livrer une bataille; il doit, au contraire, le faire toutes les fois que, dans son opinion, il y a égalité de chances et autant de probabilités pour que contre, car l'observation que nous avons faite n'est que pour le cas où les chances lui paraîtraient tout à fait contraires.
Troisième observation. — 1° Le plan du général Wurmser , au commencement d'août, était défectueux : ses trois corps, l'un sous ses ordres directs, l'autre sous ceux de Quosdanovich , le troisième sous Davidovich, étaient séparés entre eux par deux grandes rivières, TAdige et le Mincio, plusieurs chaînes de montagnes et le lac de Garda,
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Wurmser devait :
Ou déboucher avec toutes ses forces entre le lac de Garda et TAdige, s'emparer du plateau de Rivoli et se faire joindre à Incanal par son artillerie : 70 à 80,000 hommes, ainsi postés, appuyés, la droite au lac de Garda, la gauche à l'Adige, ayant trois lieues de front, eussent imposé à l'armée française, qui, comptant à peine 30,000 combattants, n'eût pu leur tenir tête;
Ou bien déboucher, avec toute son armée réunie, par la Chiese, sur Brescia : l'artillerie peut y passer.
2° 11 fit, dans l'exécution de son plan , une faute qu'il paya bien cher : ce fut de perdre deux jours pour se porter sur Mantoue. Il devait, au contraire, jeter deux ponts sur le Mincio, à une portée de canon de Pescbiera , et passer promptement cette rivière, joindre sa droite à Lonato, Desenzano, Salo, et réparer ainsi, par une rapide exécution, les défauts de son plan.
3° Opérer par des directions éloignées entre elles et sans communications est une faute qui , ordinairement, en fait commettre une seconde. La colonne détachée n'a des ordres que pour le premier jour; ses opérations pour le second jour dépendent de ce qui est arrivé à la principale colonne : ou elle perd du temps pour attendre des ordres , ou elle agit au hasard. Dans cette circonstance, Wurmser eût dû éviter cet inconvénient et donner des ordres à Quos-
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(lanovicli, non-seulement pour déboucher sur Brescia, mais même sur Mantoue, et se porter lui-même, avec le principal corps, à tire-d'aile sur cette place forte. Quosdanovich serait arrivé à Alantone s'il ne se fût pas arrêté à Brescia; il eût fait lever le siège, eût trouvé protection derrière les remparts de cette place, eût vécu de ses magasins; la jonction s'y serait faite avec son armée, sur un point fixe et qui était à l'abri des vicissitudes de la campagne. Si Wurmser eût été battu avant d'arriver à .Aîantoue, Quosdanovich n'en aurait pas moins ravitaillé la garnison; il aurait pu longtemps occuper le Serraglio; enfin il aurait pris conseil des circonstances.
Il est donc de principe qu'une armée doit toujours tenir toutes ses colonnes réunies, de manière que l'ennemi ne puisse pas s'introduire entre elles. Lorsque, par des raisons quelconques, on s'écarte de ce principe, il faut que les corps détachés soient indépendants dans leurs opérations, et se dirigent, pour se réunir, sur un point fixe vers lequel ils marchent sans hésiter et sans de nouveaux ordres, afin qu'ils soient moins exposés à être attaqués isolément.
V Au commencement de septembre, Wurmser se mit en mouvement pour se porter avec 30,000 hommes dans le Bassanais, en laissant Davidovich avec 30,000 hommes dans le Tyrol. 11 devait prévoirie cas où le général français déboucherait dans le
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Tyroi, et prescrire à Davidovich de ne pas recevoir bataille à Roveredo, mais de se replier sur Bassano pour, réunis, donner bataille à l'armée française; les milices tyroliennes étaient suffisantes pour observer la vallée de TAvicio; ou bien il devait faire en sorte de se trouver sur le champ de bataille dans le Tyrol, en faisant retirer Davidovich sur Caliano et la vallée de TAvicio. Marco, Alori , Roveredo, sont de bonnes positions, mais, contre des troupes impétueuses, elles ne peuvent compenser le défaut du nombre. Dans toutes ces affaires de gorges, les colonnes, une fois rompues, se culbutent les unes sur les autres et tombent au pouvoir de l'ennemi.
5° Il était trop tard lorsque Wurmser conçut le projet de diriger la division du général Aleszàros sur Vérone. Ce mouvement avait été prévu ^ Kilmaine y était avec un petit corps d'observation. Wurmser eût mieux fait de garder celte division à Bassano, au soutien des deux autres. Mais enfin, puisqu'il voulait opérer sur Mantoue avec une partie de ses troupes, il fallait qu'il donnât à cette division 2,000 hommes de cavalerie, trente pièces de canon, un équipage de pontons; qu'il la dirigeât, non sur Vérone, mais sur Albaredo, où elle aurait jeté un pont, et se serait portée à tire-d'aile sur .Mantoue. La place eût été débloquée, les derrières de l'armée fort inquiétés; Vérone même pouvait être pris à revers. La garnison de Mantoue, ainsi renforcée,
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aurait jm se maintenir longlenips maîtresse de la campagne. Le maréchal se fût alors retiré de Bassano, avec ses deux autres divisions, ses parcs et son état-major, sur la Piave. L'armée française eût été obligée, par sa gauche, de se tenir sur la vallée de l'Avicio, en avant de Trente; par son centre, sur la Piave, pour s'opposer au corps principal de l'armée, et enfin d'accourir sur ses derrières à Mantoue pour rétablir le blocus. C'était bien de la besogne pour une petite armée , et cela pouvait donner lieu à des changements de fortune.
6° La marche de Wurmser sur l'Adige, avec les 16,000 hommes restant de son armée, a été obligée. Il devait être cerné, acculé au fleuve, et forcé de poser les armes, parce qu'il n'avait pas l'équipage de pont, ses deux équipages et ses parcs de réserve ayant été pris à Bassano. Il ne dut le bonheur de pénétrer jusqu'à Alantoue qu'à la faute d'un chef de bataillon qui évacua Legnago.
7° Le maréchal laissa mal à propos dans Legnago 1,800 hommes et plusieurs batteries; la retraite ne lui était plus possible dans la direction de l'Adige, où était toute l'armée française; il fallait qu'il gagnât Mantoue; si cela ne lui était pas possible, il lui était plus facile encore d'entrer à Alilan que de retourner à Legnago. Il s'affaiblit et sacrifia du monde inutilement.
S** Wurmser eut également tort de risquer la
bataille de Saint -Georges; il lui était plus profitable de se maintenir dans le Serraglio , qui est le vrai champ de bataille des garnisons de Mantoue , quand elles sont nombreuses.
9" Le maréchal pouvait également, pendant qu'il était encore maîfre du Serraglio, passer le Pô avec toute sa cavalerie, quelques bataillons de grenadiers et quelques batteries bien attelées, descendre la rive droite de ce fleuve, repasser le bas Pô, le bas Adige et regagner Padoue : le général français eût appris cette opération trop tard pour pouvoir s'y opposer. Wurmser eût ainsi sauvé toute sa cavalerie, une grande partie de son artillerie, l'étatmajor de son armée, tout son quartier général, et rhonneur des armes autrichiennes.
Quatrième observation. — 1" Il y avait à Brescia un hôpital et un magasin français, et seulement trois compagnies de garnison ; elles furent prisonnières de guerre. Si Ton eut fait metlre à l'abri d'un coup de main la citadelle, cela ne fût pas arrivé. C'est ce que l'on fit depuis, et ce que Ton eût dû faire plus tôt.
2° La division Sauret, qui était à Salo , eût cù tenir une avant-garde sur le lac d'Idro, à la Roccad'Anfo, pour éclairer la chaussée de la Cbiese jusqu'à Lodrone; ce qui eût empêché que Brescia et Salo ne fussent surpris : on eût été prévenu douze
heures plus tôt, et on aurait eu le temps de se mettre en défense.
3" Puisque entre les lacs de Garda et d'Idro il n'y a pour l'artillerie qu'un chemin praticable q^ui passe à la Rocca-d'Anfo, et qu'il fallait que Ton passât par ce défilé pour arriver à Salo , n'eùt-il pas été plus convenable de placer la division Sauret en position sur le lac d'Idro, derrière le défilé d'Anfo, et occupant, par des redoutes, des retranchements et deux barques armées, les avenues et le lac d'Idro? Il eût fallu vingt-quatre heures à Quosdanovicb pour enlever cette position; ce qui eût mis à même de prévenir à Brescia, à Salo, à Vérone et au quartier général. La position qu'occupait la division Sauret à Salo ne défendait, ne couvrait rien- il faut donc convenir que cette division fut mal postée et n'occupait pas les positions qu'elle devait occuper pour remplir son but : couvrir le pays, de la Chiese au lac d2 Garda.
4° On a dit : La marche de la division Masséna parla rive gauche de l'Adige, celle de la division Vaubois par la Chiese, en septembre, ont les mêmes inconvénients que celles de U'urmser et de Quosdanovicb, en août, puisque, dans les deux cas, les colonnes sont également séparées par l'Adige, le Mincio, le lac de Garda et les montagnes. Cette assertion n'est pas exacte. Loin d'être semblables, ces deux marches sont inverses. Wurmser et Quos-
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danovich se séparèrent à Roveredo, où ils étaient réunis, et marchèrent par deux directions qui forment un angle obtus, de sorte que chaque jour ils s'éloignèrent davantage; à leur troisième journée de marche, Tun était à Brescia, Tautre à Rivoli. C'est alors qu'ils étaient séparés par deux rivières, un lac et des montagnes, c'est-à-dire au moment où ils devaient rencontrer l'ennemi, où ils entraient en opération et débouchaient dans la plaine. Les deux colonnes françaises, au contraire, étaient, avant de se mettre en mouvement, Tune sur l'Adige et l'autre à Brescia; elles marchèrent en suivant le même côté de l'angle, mais sur le sommet, de sorte que le troisième jour elles arrivèrent l'une à Mori, l'autre à Aîarco ; elles se touchaient, et n'étaient séparées que par l'Adige, sur lequel elles avaient jeté deux ponts, à Serravalle et à Roveredo. Ces colonnes n'ont jamais cessé d'être en communication; la communication devenait plus courte et plus facile à mesure qu'elles s'approchaient de l'ennemi, si bien qu'au dernier moment elles pouvaient se parler. Les deux colonnes de Wurmser sortaient des montagnes pour déboucher eu plaine, tandis que les colonnes françaises quittaient la plaine pour entrer dans les gorges, où le nombre était moins important ; ayant toutes deux le même but, celui d'arriversur Trente, elles s'aidaient évidemment dans la marche, puisqu'elles arrivaient sur un théâtre étroit.
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5° S'il est prouvé que ces deux opérations ne se peuvent comparer, s'ensuit-il que la marche du général français soit conforme aux règles et sans danger? On ne peut pas dire abstractivement que cette marche fût sans danger; mais elle en avait peu. Si Vaubois ne fût pas parti de Brescia et de Lodrone, il eût dû revenir sur Pol pour y passer l'Adige, ce qui eût occasionné un retard de cinq jours. Les divisions Hlasséna et Augereau étaient déjà en colonne sur une seule route, dans des gorges étroites ; la division Vaubois n'eût été qu'un surcroît d'embarras. \a'^o]éon se contenta de donner des instructions détaillées sur tout ce qui pouvait arriver, non-seulement au général Vaubois, mais au général Saint-Hilaire, officier de contiance, qui commandait l'avant-garde. Il leur recommanda de se tenir bien éclairés, et de ne pas s'engager, si l'ennemi, par un mouvement imprévu et inattendu, se portait à leur rencontre avec des forces supérieures ; à cet effet, de tenir loin en arrière les parcs et les bagages, afin de pouvoir rétrograder d'une marche sans inconvénient. Enfin la division Vaubois fut constamment en communication avec l'armée, par Riva d'abord , et puis par le pont de la Sarca ; elle donnait et recevait des nouvelles trois fois par jour.
6" On a pensé que, si Napoléon eût fait occuper Legnago comme place forte , qu'il y eût mis un
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commandant, des adjudants, des officiers d'artillerie et du génie, nn commissaire des guerres, qu'il y eût réuni des magasins et 4 ou 500 hommes de garnison, indépendamment de quelques dépôts, il ne fut pas venu dans l'idée du commandant de cette place de l'évacuer, et que Wurmser n'aurait pu la forcer, puisqu^il était coupé de Alantoue; ce qui eût décidé sa ruine. Xapoléon le sentit, car depuis il fit fortifier Legnago.
7° Si de prime abord il eût construit des lignes de circonvaliation à Saint-Georges , cela eût beaucoup gêné Wurmser. Il en fit construire depuis; elles contribuèrent au succès de la bataille de la Favorite.
Une armée française qui assiège Mantouc, indépendamment du corps d'observation qui est sur l'Adige et sur Alonte-Baldo , doit avoir des avantpostes sur les bords de la Alolinella et du Tartaro, couvrir ses ponts par des ouvrages ayant des fossés pleins d'eau et des inondations. Avec peu de travail, les chaussées de Legnago à Alantoue et tout le pays depuis le Pô jusqu'à Roverbella peuvent être rendus impraticables par le moyen des eaux.
8° On a dit que cette marche de l'armée française au travers du Tyrol et son mouvement à droite par les gorges de la Brenta et sur Bassano , la compromettaient; que, si Wurmser se fût porté sur Vérone, il eût coupé sa retraite et reùt cernée dans
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les gorges du Tyrol ; que cette opération était plus qu'audacieuse, qu'elle était téméraire et qu'elle violait les règles.
La bataille de Roveredo eut lieu le A septembre 1796, et la bataille de Bassano le 8. Le 4 septembre au soir, les Français avaient fait 9,000 prisonniers et mis bors de combat la moitié de l'armée autrichienne. Le 5, le quartier général de Wurmser était encore à Borgo-di-Val-Sugana, avec deux divisions en marcbe pour Bassano, et une division concbait ce soir-là à Bassano. Il n'était plus possible alors que le maréchal pût rien tenter sur l'Adige. Effectivement, l'armée française arriva le 8, à la pointe du jour, à Bassano, et le quartier général de Wurmser n'y était arrivé que la veille fort tard. Une opération de cette nature peut être méditée à l'avance et conçue tout entière; mais son exécution est progressive et se trouve autorisée par les événements qui ont eu lieu chaque jour. Mais, enfin, supposez que Wurmser fût arrivé à Vérone, eût passé l'Adige, l'armée française avait toujours une retraite assurée sur la Chiese et sur Brescia, trois journées plus en arrière. Cette opération était donc conforme à toutes les règles de la guerre, audacieuse, il est vrai, mais bien raisonnée.
Cinquième observation. — 1° La cour de Vienne ne se laissa point décourager par la mauvais issue
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du second plan qu'elle avait prescrit à Wurmser. Alvinzi, en novembre, déboucha avec deux corps d'armée : l'un par le Tyrol, commandé par Davidovich , et l'autre par le Vicentin , commandé par lui-même. Rien de plus fautif que ce plan; pour y remédier, il eût dû, aussitôt qu'il fut maître de Bassano, et Davidovich de Trente, faire venir celuici par les gorges de la Brenta sur Bassano, laissant les milices tyroliennes sur Trente, et se présenter sur l'Adige avec toute son armée réunie.
2° En occupant la position de Caldiero , il eût dû établir des postes dans les marais d'Arcole et vis-àvis de Ronco. Il pensa mal à propos que ces marais étaient impraticables ; ce qui permit d'y construire un pont et d'y faire déboucher l'armée par la rive gauche sur ses derrières sans qu'il en fût informé.
3° Les communications entre le corps d'Alvinzi et celui de Davidouich étaient si difficiles, que, bien qu'ils ne fussent éloignés que de dix ou douze lieues de Caldiero à Rivoli, ils furent plus de huit jours sans pouvoir communiquer. Le système du pays au nord de Vérone est extrêmement âpre ; il n'y a aucune communication.
4° Alvinzi avait, sur le champ de bataille de Rivoli, quarante-quatre bataillons, vingt-quatre escadrons et cent trente pièces de canon, en tout 50.000 hommes sous les armes. Mais il fit déboucher vingt bataillons et toute son artillerie, 25,000 hommes,
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avec ses voitures et ses bagages, par la vallée de l'Adige, savoir : une colonne parla rive gauche, commandée par Vnkassovich, forte de six bataillons, se dirigeant sur la Cbiusa, où elle fut arrêtée par cent hommes en position dans ce fort ; elle ne servit à rien. La colonne qui déboucha par la rive droite de l'Adige y arriva, en passant cette rivière au pont de Dolce ; elle longea pendant une lieue le pied du Monte-Magnone, resserrée entre cette montagne et la rivière. Dans plusieurs endroits il n'y a que la largeur de la route; le revers du AIonte-Magnone est presque perpendiculaire à TAdige ; il n'y a aucune issue jusqu'au pied de la chapelle San-.Marco; d'un côté est le plateau de Rivoli, de l'autre la chaussée de Trente à Peschiera, qui, arrivée au pied du plateau de Rivoli , traverse l'Osteria-della- Dogana et le petit hameau d'Incanal; mais ce chemin est dominé par le revers de la chapelle San- Marco du côté du nord, et par le revers du plateau de Rivoli du côté du midi.
Avec les vingt-quatre autres bataillons sans cavalerie et sans artillerie, c'est-à-dire avec moins de 25,000 hommes , Alvinzi franchit les hauteurs de Monte-Baldo, occupa tout l'espace compris entre le Monte-Magnone et le lac de Garda. Ces dispositions étaient contraires au grand principe qui veut qu'une armée soit , tous les jours et à toute heure, en état de combattre. Or Alvinzi n'était point en état de
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combattre à son arrivée sur ces montagnes, ni pendant le temps qu'il lui fallait pour arriver au plateau de Rivoli ; car, pour qu'une armée soit en état de combattre, il faut qu'elle soit réunie; mais les vingt bataillons qui longeaient la vallée de l'Adige étaient séparés et ne pouvaient se réunir qu'après avoir pris le plateau de Rivoli. Une armée , pour se battre, a besoin de sa cavalerie et de son artillerie ; or la cavalerie et l'artillerie, qui étaient sous les ordres de Quosdanovicb, ne pouvaient joindre l'armée que par le plateau de Rivoli. Alvinzi supposait donc qu'il ne serait point obligé de se battre depuis la Corona jusqu'à Rivoli , et cela ne dépendait pas de lui. 11 avait exposé vingt-quatre bataillons sans cavalerie et sans artillerie à être attaqués par toute l'armée française, forte de 20,000 hommes d'infanterie, de 2,000 chevaux, avec soixante pièces de canon; cette lutte n'était pas égale. Mais le maréchal Alvinzi croyait n'avoir affaire qu'à la division Joubert, de 9,000 hommes, qui, étant chargée de garder tout le pays de la Corona à Rivoli et depuis le lac de Garda jusqu'à l'Adige, serait obligée de placer au moins 3,000 hommes à Rivoli, pour défendre le plateau et empêcher Quosdanovicb de déboucher par la vallée de l'Adige. Alvinzi avait dans les mains 25,000 hommes contre 5 ou 6,000; il détacha en conséquence la division Lusignan, qu'il fil passer entre AIonte-Baldo et le lac de Garda, pour
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se porter sur Monte-Pipolo et tourner le i^lateau de Rivoli. Il ne lui resta plus alors que 18,000 hommes contre Joubort , qui n'en pouvait avoir que 9,000 sur Monte-Balilo et AIonte-Mafjnone. Cette combinaison eût été fort belle si les hommes, comme les montagnes, étaient immobiles ; mais il avait oublié le proverbe j)opulaire, que, « si les monta,^nes sont immobiles, les hommes marchent et se rencontrent ;' . Les ti'.cticiens autrichiens ont toujours abondé dans ce faux système; le conseil aulique, qui avait rédigé le plan de Wurmser, supposait que l'armée française était immobile, fixée à la place de Mantoue : cette supposition gratuite entraîna la perte de la plus belle armée de la maison d\Autriche. Lauer, qui dirigeait les opérations d'Alvinzi, s'imagina que la division AÎasséna serait contenue par la division qui débouchait par Caldiero, et resterait fixe, clouée aux remparts de Vérone; qu'enfin le général en cbef ne comprendrait pas l'importance de prévenir Tarmée sur le plateau de Rivoli.
5" Qu'eût dû faire Alvinzi? Marcher de manière que tous les jours, à toutes les heures, il pût se battre. A cet effet, P tenir ses quarante-quatre bataillons sur les montagnes, entre Monte-Alagnone et le lac de Garda, de manière qu'ils fussent réunis en communication et ne formassent qu'une seule masse; 2° y réunir également ses trente escadrons de cavalerie, car c'est un préjugé que de supposer
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que la cavalerie ne passe pas partout où passe l'infanterie; enfin avoir à chaque colonne des pièces sur affûts-traîneaux; 3° ne faire de dispositions pour attaquer la division Joubert que le matin même de l'attaque , après Tavoir reconnue et s'être assuré de l'elat des choses par le retour des reconnaissances, le rapport des déserteurs, des prisonniers et des espions.
Car il est de principe qu'il ne faut faire aucun détachement la veille du jour d'une attaque, parce que, dans la nuit, l'étai des choses peut changer, soit par des mouvements de retraite de l'ennemi , soit j ar l'arrivée de grands renforts qui le mettent à même de prendre l'offensive et de rendre funestes les dispositions prématurées que rous avez faites.
On est souvent trompé à la guerre sur la force de l'ennemi qu'on a à combattre. Les prisonniers ne connaissent que leurs corps-, les officiers font des rapports bien incertains; c'est ce qui a fail adopter un axiome qui remédie à tout :
Qu'une armée doit être, tous les jours, toutes les nuits et toutes les heures, prête à opposer toute la résistance dont elle est capable ; ce qui exige que les soldats aient constamment leurs armes et leurs munitions; que l'infanterie ait constauiment avec elle son artillerie, sa c.ivalerie, ses généraux; que les diverses divisions de l'armée soient constamment en mesure de se soutenir, de s'appuyer et de" se
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[irotéger; que dans les camps, dans les haltes et dans les marches, les troupes soient toujours dans des dispositions avantageuses, qui aient les qualités exigées pour tout champ de bataille , savoir : 1° que les flancs soient appuyés; 2° que toutes les armes de jet puissent être mises en jeu dans les positions qui leur sont le plus avantageuses. Pour satisfaire à ces conditions, lorsqu'on est en colonne de marche, il faut avoir des avant-gardes et des flanqueurs qui éclairent en avant, à droite et à gauche, assez loin pour que le corps principal puisse se déployer et prendre position.
Les tacticiens autrichiens se sont constamment éloignés de ces principes en faisant des plans basés sur des rapports incertains, et qui même, s'ils eussent été vrais au moment où ils arrêtaient les plans, cessaient de l'être le lendemain ou le surlendemain , c'est-à-dire lorsqu'ils devaient être exécutés.
Vn grand capitaine doit se dire plusieurs fois par jour : Si l'armée ennemie apparaissait sur mon front, sur ma droite ou sur ma gauche , que ferais-je? S'il se trouve embarrassé, il est mal posté, il n'est pas en règle : il doit y remédier. Si Alvinzi se fût fait, cette demande ; « Si l'armée française vient à ma rencontre avant mon arrivée à Rivoli , et lorsque je n'aurai à lui opposer que la moitié de mon infanterie, point de cavalerie, point d'artil-
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lerie » , il se fût répondu : « Je serai battu par des forces inférieures aux miennes. » Comment l'exemple de ce qui s'était passé à Lodi , à Castiglione, à la Brenta, à Arcole , ne le rendit-il pas plus circonspect ?
6° Alvinzi déboucha en janvier 1797. Mantoue était aux abois. Il opéra avec deux corps : le premier se porta sur AIonte-Baldo, il y commandait en personne; l'autre sur le bas Adige, commandé par Proiera. Le succès de Provera devait être sans résultat si Alvinzi était battu. On aggrava ces fautes du plan de campagne, en liant les deux attaques par une attaque centrale sur Vérone, qui n'avait aucun but, affaiblissait les deux attaques principales sans les lier, puisque les localités rendaient cela impossible. Il est vrai que les ordres de Vienne étaient que, si Alvinzi était battu et que Provera réussît à débloquer Alantoue , Wurmser passât le Pô avec la garnison de Manloue et se retirât sur Rome; mais, à moins qu'on ne fût assuré de la coopération du roi de Xaples, ce qui n'était pas, cela ne pouvait avoir de résultat.
7" Provera, après avoir surpris le passage de PAdige à Angiari, eût dû passer sur la rive droite avec tout son corps, la division Bajalich comprise, lever son pont, se diriger sur Alantoue, qui était son seul refuge. Il y serait arrivé avec 20,000 hommes. Au lieu de cela, il n'y arriva qu'avec 8,000,
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parce qu'il laissa la division Bajalich sur la droite, 2,000 hommes à la garde de son pont, qui furent faits prisonniers, et qu'ayant perdu du temps, son avant-garde fût entamée. Arrivé dans la matinée devant Saint-Georges, il aurait dû être entré dans la place avant midi, par la citadelle , où il n'y avait pas de ligne de circonvallation , ou par Pietole, traversant le lac, qui est très-étroit dans cet endroit; il y avait plus de cent bateaux dans le port de Mantoue. Il perdit la journée et la nuit. Dès cinq heures de l'après-midi, Xapoléon étant arrivé à la Favorite avec une partie de l'armée de Rivoli, tout se trouvait changé. Provera fut obligé de capituler le lendemain matin. Les Autrichiens, en général, ne connaissent pas le prix du temps.
8° Le général Provera avait été pris à Cosseria, le lendemain de Hlillesimo ; il avait fait preuve de peu de talent; ce qui fut la véritable raison qui engagea Xapoléon à Pexalter afin de l'accréditer; cela lui réussit: Provera fut réemployé, et se laissa prendre pour la seconde fois à la Favorite. Il faut donc tenir pour suspectes les louanges de ses ennemis, à moins qu'elles ne soient données après la cessation des hostilités.
Sixième observation. — T On a dit que le pont de l'Adige devait être placé à Albaredo, et non à Ronco ; on a eu tort. Kilmaine n'avait dans Vérone
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que 1,500 hommes. Après avoir passé le pont à Ronco, avant de marcher sur Arcole , on envoya une reconnaissance sur la digue de Porcile et on s'empara de ce village, on se porta Masséna, qui se trouva ainsi placé à deux lieues sur les derrières du maréchal Alvinzi . Si ce n]aréchal eût niarché le même jour sur Vérone, comme cela était prohahle, l'armée française Teùt suivi en queue; il n'y avait aucun ohstacle qui les séparât, et Alvinzi eût été acculé sur Vérone. Si le pont eût été placé vis-à-ris Alharedo, sur la gauche de TAlpone, celte rivière ou les marais d'Arcole eussent couvert la marche d'AIvinzi , et lui eussent donné le temps de forcer Vérone. Les circonstances étaient si délicates ! L'opération de passer sur les derrières d'Alvinzi à Ronco est audacieuse, mais à l'abri de tout inconvénient ; celle de passer l'Adige à Alharedo est téméraire, hasardeuse; elle compromettait Vérone et l'armée.
2- Pourquoi, le premier et le second jour, a-t-on abandonné Arcole? Pour pouvoir lever le pont de Ronco à minuit, si les nouvelles de Rivoli l'exigeaient, marcher alors sur Roverbella, et y arriver avant Davidovich. Si celui-ci arrivait devant .Aîantoue avant l'armée française, tout était perdu ; si l'armée française y arrivait avant lui , tout était gagné. Réuni à Vauhois, le général en chef eût battu Davido\ich, l'eût rejeté dans le Tyrol, et fût revenu sur
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TAclige avant qu'Alrinzi eût pu passer cette rivière.
3° Il fallait, a-t-on dit encore, jeter, le premier jour, un pont sur TAlpone et déboucher en plaine ; il le fallait faire au moins le deuxième jour. \on. Ce ne fut que le troisième jour de cette bataille que l'armée ennemie fut suffisamment affaiblie, démoralisée, pour qu'on pût espérer de la battre en ligne déployée. Ce fat même contre l'opinion des généraux , qui trouvaient cette manœuvre trop hardie, et après avoir hésité une heure , que Xapoléon en donna l'ordre le troisième jour. Il feiut bien se rappeler que l'armée française avait été affaiblie par la bataille delà Brenta, par celle de Caldiero ; elle ne comptait plus que 13,000 hommes , et la première jet la deuxième journée d'Aicole l'avaient encore réduite. On ne peut comprendre les manœuvres de cette bataille qu'en connaissant bien le système topographique de Rivoli, Vérone, Castelnovo, Alantoue, Ronco, Caldiero, Villanova et licence.
4" La capitulation accordée à Wurmser est sans exemple. Napoléon s'y détermina par un sentiment de générosité pour ce vieux maréchal, qui eût ; u èt''e son grand-père, par le désir d'acquérir la réputation de clémence envers le vaincu, enfin pour témoigner toute son indignation de l'ordre que le Directoire lui avait envoyé de traiter ce respectable maréchal comme un émigré pris les armes à la main, étant natif d'Alsace.
5° Xapoléon aurait dû faire occuper le plateau de Riroli , la Corona , la chapelle San-Marco, et la Rocca-d'Anfo, par de bons ouvrages en bois et même en maçonnerie. L'Adige est chargé de trains de bois que le commerce fait descendre du Tyrol pour les porter à Ferrare et à Venise; la chaux et la pierre y sont très-abondantes; Vérone et Brescia offrent toute espèce de ressources. En six semaines on eût pu établir sur le plateau de Rivoli , à la chapelle San-AIarco, à la Corona, à la Rocca-d'Anfo, quatre forls, qui, armés chacun d'une quinzaine de pièces de canon et de 4 à 500 hommes de garnison, eussent mis ces quatre débouchés à l'abri de toute surprise et de tout coup de main; cela eût valu à l'armée plus qu'un renfort de 15,000 hommes. On dit qu'après l'opération de U'urmser en août, oùl'on avait éprouvé le danger que pouvait faire courir à l'armée le débouché de la Chiese, Xapoléon donna Tordre qu'on occupât la Rocca-d'Anfo, mais que les ingénieurs se jetèrent dans des plans trop étendus; qu'il eût fallu un an de travail pour les exécuter. AJais évidemment cette opinion des ingénieurs était erronée ; à la guerre, le chef seul comprend l'importance de certaines choses, et peut seul, par sa volonté et par ses lumières supérieures, vaincre et surmonter toutes les difficultés.
6° Alantoue tomba enfin après huit mois d'investissement. Des ingénieurs italiens avaient proposé
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de détourner les eaux du Mincie, et, par ce moyen, de dessécher les lacs de Mantoue, ce qui eût |irivé cette place de sa principale défense. Cette opération fut tentée par les Visconti dans leurs ;]uerres contre les ducs de Mantoue; mais ils n'étaient pas maîtres de Peschiera; et d'ailleurs les ingénieurs milanais conduisirent leurs travaux sur de faux principes : ils essayèrent de barrer le Mincio par des digues, que la rivière finit par enlever. On sait assez qu'il ne faut pas s'opposer directement au cours des eaux; c'est en le caressant et en se soumettant à tous ses caprices que les Hollandais ont assujetti l'Océan. C'eût été en dérivant les eaux dans le Tartaro et la Molinella qu'on eût réussi.
1" Pour raccourcir la ligne de l'Adige , on a plusieurs fois indiqué, comme un moyen efficace, de couper la digue de la rive droite de cette rivière, près Legnago. Les eaux dérivées se mêleraient avec celles du Tartaro et de la Alolinella et feraient un marais de tout le pays compris entre l'Adige, de Legnago au Pô. Mais les résultats d'une pareille opération seraient funestes à cette province. Lors de la deuxième attaque d'Alvinzi et de Provera, en janvier, ce projet fut présenté à Xapoléon, qui ne crut pas que l'urgence des circonstances pût l'autoriser à une pareille dévastation. Les Anglais n'en ont pas agi avec cette modération en Egypte. Pour obtenir un avantage de peu d'importance, ils ont
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coupé la digue du lac Ma'dyeh et fait entrer la Méditerranée dans le lac Alareotis, ce qui faillit entraîner la ruine d'Alexandrie.
Septième observation. — L'armé française qui marcha sur Rome ne comptait que 4,000 Français; elle était, il est vrai, de 9,000 hommes, en y comprenant les bataillons de nouvelle levée, milanais et bolonais, qui ne pouvaient pas encore être présentés en ligne contre des troupes régulières. Les efforts de la cour de Rome furent assez grands, mais produisirent peu de résultats. Quand une nation n'a pas de cadres et un principe d'organisation militaire, il lui est bien difficile d'organiser une armée. Si la France, en 1790, a mis si promptement sur pied de bonnes armées, c'est qu'elle avait un bon fond, que l'émigration l'améliora plutôt qu'elle ne le détériora. La Romagne et les montagnes de l'Apennin étaient fanatisées; l'influence des prêtres et des moines était toute-puissante; les moyens des missions, des prédications et des miracles étaient efficaces. Les peuples de l'Apennin sont naturellement braves; on y retrouve quelques étincelles du caractère des anciens Romains. Cependant ils ne purent opposer aucune résistance à une poignée de troupes bien disciplinées et bien conduites. Le cardinal Busca citait à tout propos la Vendée. La Vendée s'est trouvée dans des circonstances particu-
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lières; la population était guerrière, et contenait un grand nombre d'officiers et de sous-ofliciers qui avaient servi dans l'armée; tandis que les troupes qu'on envoyait contre elle avaient été levées dans les rues de Paris, commandées par des hommes qui n'étaient pas militaires, et qui ne firent que des sottises; ce qui, insensiblement, aguerrit les Vendéens. Enfin les mesures extrêmes adoptées par le Comité de salut public et les jacobins ne laissèrent pas à ces peuples de mezzo- termine : mourir pour mourir, encore valait-il mieux se défendre. On conçoit très-bien que si, dans cette guerre contre le Saint-Siège, au lieu d'employer des calmants et de remporter des victoires, on eût d'abord éprouvé des défaites et qu'on eût recouru à des moyens extrêmes et sanguinaires, une Vendée eût pu s'établir dans l'Apennin. La rigueur, le sang, la mort, créent des enthousiastes, des martyrs, enfantent les résolutions courageuses et désespérées.
Huitième observation. — 1° Le prince Charles, dans la campagne de 1797, voulant couvrir Vienne et Trieste, devait réunir toutes ses forces dans le Tyrol, où il eût trouvé un appui dans les localités et dans l'esprit des habitants. Il eût été à portée de recevoir promptement ses renforts de l'armée du Rhin. Tant qu'il se serait maintenu dans le Tyrol, il n'avait pas à craindre que Tarmée française se
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portât sur Tlsonzo. Au premier mouvement qu'elle eût fait sur la Piave, il Feût rappelée en passant l'Avicio et en s'emparant dn Trentin. Cela eût donc obligé le général français à porter la guerre dans le Tyrol avec toute son armée, opération bien difficile et bien chanceuse. Si le quartier général du prince Charles, au lieu d'être à Conegliano, eut été à Bolzano; si les 40,000 hommes qu'il avait sur la Piave et le Tagliamento eussent été sur TAvicio, Vienne et Trieste eussent été parfaitement couverts. Rien ne Feùt empêché cependant d'armer et d'occuper la place forte de Palmanova, et d'en faire le point d'appui d'une division de 5 ou 6,000 hommes de toutes armes, chargée d'observer la Piave et le Tagliamento.
2° Les projets de Xapoléon à la bataille du Tagliamento ne pouvaient pas être douteux : il voulait s'emparer du col de Tarvis, Ce n'est donc pas à Codroipo que l'archiduc devait porter son quartier général, mais sur les hauteurs de San-Daniele , afin de pouvoir opérer au besoin sa retraite sur Pontebba et les hauteurs de Tarvis.
3° Après la journée du Tagliamento , il n'eût pas dû diriger sa retraite, par les gorges de Cividale et de l'isonzo, sur Tarvis, puisque déjà AJasséna en était maître; ce qui entraîna la perte de toutes les troupes qu'il engagea dans cette fausse direction, et ruina son armée.
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4° La place de Gradisca n'était pas tenahle aussitôt que risonzo était passé. Les bataillons qu'il avait mis dans cette place ont donc été sacrifiés sans raison; ils ne retardèrent pas la marche de l'armée française d'un seul moment.
5° Puisque l'archiduc avait un grand intérêt, en avril, à gagner trois ou quatre jours pour donner le temps à Kerpen et à Spork de le joindre, que déjà il était à Alureau, à une journée de Scheifling, il devait profiter du moyen que lui offrait le général français de gagner ce temps en lui proposant la paix. Il eût dû répondre par une adhésion sincère de sa part, par la promesse d'y employer son influence et la demande d'un armistice pour se rendre à Vienne, en parler lui-même à l'empereur; l'armistice eût été signé. Mais il fit une réponse louche, froide, et, vingt-quatre heures après, il se ravisa pour demander une suspension d'armes; il n'était plus temps; son but était trop évident.
Neuvième observation. — 1° « La marche en Allemagne par deux lignes d'opération , celles du Tyrol et de Pontebba, n'est-elle pas contre le principe qu'une armée ne doit avoir qu'une seule ligne d'opération? La réunion de ces deux corps d'armée dans la Carinthie, si loin du point de départ, n'estelle pas contraire au principe de ne jamais réunir ses colonnes devant et près de l'ennemi ? \'eût-il X. 10
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pas été j3référable de laisser 7 ou 8,000 hommes en avant de Trente sur la défensive, et de réunir sur la Piave 10 ou 12,000 hommes de plus? Par ce plan, on évitait de porter la guerre dans le Tyrol, théâtre difficile; on ne s'exposait pas aux chances défavorables à une réunion, et dès le début des opérations toutes les forces étaient concentrées. «
L'un et l'autre des principes ci-dessus indiqués n'ont point été violé?. Si l'on n'eût laissé que 8,000 hommes à Joubert sur FAvicio, il eût été attaqué, et le corps d'armée de Davidovich serait arrivé à Vérone aiant que l'armée française fût arrivée à Villach. Pour que Joubert pût se maintenir sur l'Avicio, il lui fallait au moins 14,000 hommes. Il parut préférable de ne lui rien oter, et de profiter de la supériorité de forces que cela lui donnait sur l'armée de Davidovich pour la battre, l'entamer, l'affaiblir et la pousser au delà du Brenner. Le Tyrol est un théâtre difficile, mais il est funeste au vaincu. Les troupes françaises avaient acquis une grande supériorité sur les troupes allemandes.
On n'entra pas en Allemagne par deux lignes d'opération, puisque le Pusterthal est en deçà de la crête supérieure des Alpes, et qu'aussitôt que Joubert eut passé Lienz, la ligne d'opération fut celle de Villach et de Pontebba. On ne fit pas la jonction des deux corps d'armée devant l'ennemi,
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car, lorsque Joiibert quillfr Brixen pour se porter, par un à-droite, sur Spital, par Je Pustertlial ou la vallée de la Drave, le principal corps de l'armée était arrivé à Klagenfurt et avait des patrouilles jus qu'à Lienz. L'archiduc ne pouvait donc imaginer aucune manœuvre pour s'opposer à cette jonction. Joubert, jusqu'à la bataille du Tagliamento, resta sur la défensive. Après cette bataille, il attaqua, battit et détruisit la plus grande partie du corps de Davidovicb et le repoussa au delà du Brenner ? ce qui était sans inconvénient, puisque, battu, il se serait simplement retiré de position en position jusqu'en Italie. Lorsqu'il apprit que l'armée avait, passé les xAlpes Juliennes et la Drave, il fit son mou vement de jonction par le Pusterlbal; ce qui était aussi sans inconvénient. Cette opération , ainsi exécutée en trois temps, était conforme à toutes les règles : elle devait avoir et eut, en effet, toute espèce d'avantages.
2° On a demandé pourquoi la division Serurier et le quartier général n'ont pas appuyé la division Guieu , en se dirigeant du champ de bataille du Tagliamento sur Cividale et Caporetto, prétendant que la division Bernadotte seule suffisait pour suivre la gauche de l'ennemi sur Palmanova et Gorizia.
De Cividale à Tarvis, en passant par Carporetto, la route n'offre qu'un défilé. La division Guieu, qui comptait 8,000 combattants et de très -bonnes
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troupes, était plus que suffisante pour pousser le corps de Bajalich jusqu'à Caporetto. .Mais, comme la direction que Farchiduc donna à ce corps était fautive, et qu'elle entraînait sa ruine si, arrivé à Caporetto , Bajalich persistait à marcher dans la direction de Tarvis, on supposa que l'archiduc se raviserait et lui enverrait l'ordre, à Caporetto, de descendre surGradisca pour revenir sur la Carniole; ce qui décida Xapoléon à se diriger sur Palmanova et Gradisca avec les divisions Serurier et Bernadotte. De Gorizia, il envoya la division Bernadotte dans la Carniole, à la suite de la gauche du prince Charles, et se porta avec la division Serurier sur Caporetto. Si le corps de Bajalich, au lieu de remonter Tlsonzo, le descendait pour chercher son salut par Gorizia, il serait attaqué en tête, dans le temps que Guieu en pousserait l'arrière-garde : ce corps était pris. Si, au contraire, sans s'embarrasser de la position de Alasséua , qui occupait Tarvis, il s'y portait, ce qui arriva effectivement, la division Serurier se îioiivait en deuxième ligne derrière Guieu. \apolèou avait ainsi pourvu à toutes les suppositious.
3' La division Bernadotte se porta sur Laybach, parce (piil f:ilhiit soumettre la Carniole, se saisir de Tric-to et des mines d'idria, chasser de la Carniole et pousser au delà de la Drave la gauche du prince Charles; mais immédiatement après, lorsque ces
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buts furent remplis, cette division se porta, par un à-gauche, pour joindre Tarmée. Le général français se garda bien de la diriger, comme beaucoup de généraux l'eussent fait, par Cilli et Graetz, sur le Semring, puisque alors cette division ne se lût pas trouvée en mesure de soutenir l'armée dans tous les combats qui eurent ou qui pouvaient avoir lieu à Judenburg, Bruck, etc. La marche de la division Bernadotte sur Graetz, qui, si elle se fût faite sans inconvénient, pouvait avoir quelque avantage, eût été contre les règles; lu marche qu'elle a tenue est, au contraire, conforme aux principes de concentration, qui sont les vrais principes de la guerre.
4" \apoléon se résolut à conclure le traité de Leoben et à s'arrêter sur le Semring, parce que, comme on l'a vu , une lettre du Directoire lui avait fait connaître qu'il ne devait pas compter sur la coopération des armées du Rhin. Si, au lieu de cela, le gouvernement lui eût mandé que cette coopération aurait lieu, ne fût-ce qu'au mois de juin , il eût attendu et n'eût point conclu la paix, car sa position était bonne ; il avait sous sa main, dans la Carinthie, près de 60,000 hommes, et sur l'Adige des réserves plus que suffisantes pour dissiper les insurrections des Vénitiens et contenir les levées du Tyrol; dès lors il désirait entrer dans Vienne.
5° L'ordre du mouvement donné à Joubert, après la bataille du Tagliamento, d'entrer dans le Tyrol
et de se porter à Villach en Carintljie par le Piistertlial, fut communiqué à Lallcment, ministre de France auprès de la république de Venise, pour qu'il fût en mesure de prévenir la commotion que Ton redoutait : aussitôt que les oligarques sauraient que le Tyrol était évacué, ils croiraient les Français battus et se précipiteraient dans de fausses mesures. Lallement eut, avec les Sages qui lui furent députés, des conférences à cet effet; il leur montra la copie des instructions données à Joubert. Cela fit quelque effet, mais cette communication était trop tardive : le sénat avait pris secrètement son parti depuis trente-six heures, dans la croyance de la destruction du corps de Joubert. Ce retard de trentesix heures a été la principale cause de la ruine de la république de Venise. A quoi tient la destinée des Etals !
G" Des militaires étrangers, mal instruits des faits, ont blâmé Xapoléon d'avoir laissé les divisions Victor et Kilmaine dans les Marches et la Romagne pour observer l'armée du Pape et Xaples, ce qui, disaient-ils, était inutile, puisque la paix était rétablie avec ces puissances.
Le général Kilmaine commandait sur l'Adige, son quartier général était à Vérone, quand l'insurrection de cette ville et l'arrivée du général Fioravanti le mirent dans la nécessité d'ordonner aux commandants des forts de s'enfermer : il quitta
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l'Adige et se retira sur le Alincio avec 6 ou 700 hommes, cavalerie, artillerie et infanterie, ne voulant pas se laisser cerner, voulant protéger Brescia et maintenir ses communications avec Alantoue et Peschiera. La division du général Victor était de 8,000. hommes, dont 3,000 Milanais sous les ordres du général Lahoz. Elle eut ordre de se porter sur l'Adige pour former un corps d'ohservation et contenir les Vénitiens. Victor se fit précéder par le général Lahoz et retarda sa marche d'une quinzaine de jours avec la brigade française, soit qu'en effet il n'eût pas senti l'importance d'accélérer son mouvement, soit que ce temps lui fût nécessaire pour l'exécution des articles de Tolentino , soit pour toute autre raison indigne de fixer l'attention de l'histoire. Il est de fait que ces quinze jours de retard furent seuls la cause des massacres de Vérone. Peut-être Pesaro et son parti eussent- ils été plus circonspects s'ils avaient vu la division de ce général cantonnée surl'Adige, comme cela devait être ; cela eût été fort heureux pour le sénat et eût prévenu sa ruine. Le Pape avait congédié son armée ; elle était sur le pied de paix et ne donnait plus aucune inquiétude. Les troupes de Bologne étaientplusque suffisantes pour occuper la Romagne et contenir tous les malveillants sur la rive droite du Pô. On n'a donc jamais eu l'idée de laisser un seul homme en observation sur le Rubicon. Cepen-