‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la Guerre (volume 3)Chapitre 22 sur 45 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

l'lgypte sois mexod.

Observations sur les opérations militaires en 1801, qui amenèrent Véiacuation de l Egypte.

XX. Première observation : sur le j)lan de campagne. — Le cabinet anglais entreprit, en 1801, la guerre d'Egypte avec une armée de 60,000 hommes présents sons les armes, dont 34,000 Anglais et 26,000 Turcs, savoir : 19,500 Anglais embarqués sur l'escadre de l'amiral Keitb , et débaïqués à Aboukir en mars; 7,500 tirés de l'armée des Indes et débarqués à Qoseyr en août; 7,000 hommes de la réserve, qui partirent de Londres, de Gibraltar, d'Allemagne, et débarquèrent à Aboukir en juillet ;

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6,000 Turcs embarqués sur l'escadre- du capitanpacha, débarqués le 25 mars à Abonkir; enfin 16,000 réunis en Palestine, sous le grand vizir, et qui arrivèrent en Egypte en mai. Avec des forces aussi considérables, le cabinet anglais avait droit de compter sur le succès. Mais il adopta un plan d'opérations si défectueux, si contraire n tous les principes de l'art de la guerre, qu'il pouvait et devait faire écbouer l'expédition. 1° Les ordres parlant de Londres au mois d'octobre ne pouvaient arriver aux Indes avant la fin de janvier ; la division qui devait en partir ne pouvait arriver au détroit de Bab-el-Mandeb qu'au mois d'avril , après la mousson du sud ; elle serait contrariée par la mousson du nord et ne pourrait pas remonter la mer Rouge et gagner Suez de tout Tété. Mais fût-elle arrivée à temps à Ooseyr ou à Suez , elle n'était pourvue d'aucun des moyens nécessaires pour traverser le désert. En effet, cette division mouilla à Qoseyr en août, six mois après que le général Abercromby eut débarqué à Aboukir. Si elle traversa le désert de Coptos, c'est que le grand vizir, étant maître du Caire, put lui procurer 5,000 cbameaux, ce qu'il n'eût pas pu faire si déjà les alliés n'avaient été vainqueurs. Aucune diversion ne devait être faite par la mer Rouge; deux frégates et une corvette avec 200 bommes de débarquement étaient tout ce qu'il fallait y envoyer pour occuper

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Suez et Qosoyr; il fallait laisser rarmée de l'Hiiidoustan tranquille sur le Gange et augmenter d'autant rarmée du général Abercromby. 2° La réserve t|ui partit de Londres et de Giliraltar n'arriva en Egypte que six mois après le général Abercromby. 3° Les 6,000 bommes du capitan-pacha n'arrivèrent à Aboukir que vingt jours après le général Abercromby. i" Le grand vizir ne passa pas le désert et n'entra en Egypte que trois mois après, dans le mois de mai, de sorte qu'au lieu de 34,000 Anglais et 26,000 Turcs, le général Abercromby n'arriva en Egypte qu'avec 19,500 An^^lais , dépourvus de tout. S'il eût été battu, comme cela devait être, à (Uioi eussent servi les divisions de l'Hindouslan, la réserve du capitan-pacba et celle du grand vizir? 5* Le général Abercromby débarqua sans attelages d'artillerie, sans cbevaux pour sa cavalerie, n'ayant rien de ce qui est nécessaire à une armée, et cependant il était demeuré deux mois à Malte et deux mois dans l'Asie Mineure pour faire des préparatifs; pendant ces quatre mois, il eût été facile à l'administration de lui procurer les 2,500 cbevaux dont il avait besoin, puisqu'elle pouvait les acheter eu Sicile, à Tunis, Tripoli, Derne, Candie, en Grèce, dans l'Asie Mineure, en Chypre, à Alep , à Tripoli de Syrie, à Acre, à Jaffa. Ces fautes ont été commises par le cabinet qui a conçu le plan de cette campagne. C'est une nouvelle preuve de la mau-

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vaise administration anglaise, la plus défectueuse de TEurope.

Deuxième observation : siw les manœuvres du général Ahercromhy. — A la fin de février , le général Abercromby partit de Alacri et mouilla, le 2 mars, en rade d'Aboukir. Il pensait avec raison que, maître d'Alexandrie, il persuaderait aux Français d'accepter la capitulation d'El-A'rych, et qu'ainsi, sans hasarder aucune affaire générale, il atteindrait le but de son gouvernement. Mais, 1° il eût dû attendre la bonne saison; la mer au mois de mars est trop mauvaise dans ces parages ; il n'eût dû arriver dans les mers d'Alexandrie qu'au 15 avril. 2' Il fallait que sa cavalerie fût montée et son artillerie attelée; sans cavalerie et sans artillerie attelée, c'était exposer son armée à trop de hasards. 3" Il commit ici la faute qu'il avait déjà faite, en 1799, en Hollande. Il aurait dû se réunir à Aîacri au capitan-pacha, se rendre avec lui dans la ratle de Jaffa et y embarquer 6,000 hommes du grand vizir, parmi lesquels Ibrahim-Bey avec ses Mameluks montés. Il serait alors apparu au 15 avril dans la rade d'Aboukir avec 19,500 Anglais, 12,000 Turcs, dont 2,500 de cavalerie. Il aurait surpris Alexandrie avant que larinée française fût arrivée du Caire au secours de celte pkce. 4° Arrivé devant Alexandrie le l*'' mars, le [général Abercromby ne

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débarqua que le 8; le temps était mauvais. Il était signalé depuis huit jours. La moitié de l'armée française, c'est-à-dire 10 à 12,000 hommes, devait déjà être arrivée sur la plage. Il aurait donc dû lever l'ancre, disparaître de devant Aboukir, menacer d'opérer son débarquement à Damiette, afin d'y attirer l'armée française, revenir ensuite inopinément en naviguant hors de la vue de terre et opérer son débarquement à Aboukir. 5° L'amiral Keith , qui avait sous ses ordres neuf vaisseaux de ligne armés en guerre et beaucoup de petits bâtiments sur lesquels n'étaient embarquées aucunes troupes, eût dû faire trois attaques simulées, une au Alarabout, une au cap des Figuiers, la troisième au Pharillon, chaque attaque composée de deux vaisseaux de guerre , huit ou dix frégates, corvettes, transports ou chebecs , et menacer de débarquer dans chacun de ces endroits une division de 5 ou 6,000 hommes. Cela eut attiré toute l'attention du général Priant, l'eût obligé à retourner à Alexandrie, en laissant tout au plus 2 ou 300 hommes sur la plage d'Aboukir. L'amiral Keith n'a rien fait pour attirer l'attention des Français et favoriser le débarquement, ce qui causa la perte d'un millier d'Anglais et fit courir à l'opération les plus grandes chances. 6° A midi, le 8 mars, le débarquement était effectué ; le général anglais perdit le reste de la journée et celles des 9, 10, 11 et 12 (quatre

journées et deaiie), dans une circonslance où il n'était pas permis d'en perdre une. Dès le 8 mars, à cinq heures après midi , il eût dû être arrivé à la position du Camp des Romains; dès le 9, marcher sur la ville; il s'en fût probablement emparé. Au lieu de cela, il ne se mit en mouvement que le 13; le général Lanusse, étant arrivé dès le 11 au soir, mit la ville à l'abri de toute attaque. Si le débarquement s'était opéré le jour même où le convoi avait été signalé à Alexandrie, le 1" mars, il aurait eu onze jours pour s'emparer d'Alexandrie avant que le premier renfort fût arrivé du Caire. Si, en 1798, Xapoléon ne se fût présenté sous les murs d'Alexandrie que treize jours après avoir mouillé au .Marabout, il n'eût pas réussi ; il eût trouvé les murailles crénelées et bien armées, la moitié des Alameluks déjà arrivés du Caire, avec une immense quantité d'Arabes et de janissaires ; mais il marcha sur Alexandrie et donna l'assaut à ses murailles avec seulement une poignée de son monde, sans attendre son canon, dix-huit heures après que sa flotte avait été signalée. C'est un principe de guerre que, lorsqu'on peut se servir de la foudre, il la faut préférer au canon. 7° Après le combat du 13 mars, le général Abercromby avait manqué son expédition. Il savait que l'armée française était forte de 25,000 hommes, que le général en chef était prévenu de son apparition depuis treize jours. La prudence ne

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lui laissait que deux partis à prendre : le premier, de se rembarquer pour aller attendre en Chypre l'arrivée de ses nouveaux renforls d'Angleterre et ceux du capitan-paclia et du grand vizir; le second, de prendre position derrière Tisllime de l'embarcadère ou sur le mamelon du Cheik, dans la presqu'île d'xAboukir, et s'y fortifier; cette position était inexpugnable. Celle qu'il occupait au Camp des Romains, la droite à la mer et la gauche au lac MaMyeb ayant l,500toises d'étendue, élait mauvaise pour un corps de 15,000 hommes qui n'avait ni cavalerie ni artillerie attelée; il devait s'attendre à être attaqué sous peu de jours par une armée supérieure en forces, ayant une nombreuse et intrépide cavalerie, qui, soutenue par plusieurs batteries légères, forcerait sa gauche, séparerait son armée de sa flotte, ce qui entraînerait sa perte.

Troisième observation : sur les marches et manœuvres du général Hutchinson. — 1° Ce général prit le commandement le lendemain de la bataille du 21 mars 1801. Il savait que l'armée française pouvait être, en peu de jours, renforcée de la division du général Belliard, de 5 ou 6,000 hommes; cela devait le décider à abandonner la position du Camp des Romains pour prendre celle de l'embarcadère.

2° Lorsque, cinq jours après, le capitan-pacba

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arriva arec 6,000 hommes, il eût dû les mettre surle-champ en ligne, en les attachant à ses diverses brigades; 6,000 tirailleurs turcs étaient un véritable renfort pour une armée européenne, tandis que, mis en réserve, seuls, ils étaient de peu de valeur.

3° Il coupa la digue du lac Ma'dyeh le 13 avril et créa le lac Alaréotis; il rendit par là un grand service à Alexandrie; il fit ce que les Français eussent dû faire le 12 mars, puisque par là la place devenait très-forte et à Tabri de toute surprise; or, le but de toute la campagne était de prendre Alexandrie. Il sacrifia donc l'intérêt principal à un accessoire. La gauche de sa position se trouva sans doute mieux appuyée; mais elle Teùt été également en construisant de bonnes redoutes dans Teau et en embossant dans le lac quelques batteries flottantes.

4° La marche sur El-Rahmànyeh en continuant d'occuper le Camp des Romains, les manœuvres pour opérer en juin sa jonction avec le grand vizir sur le Caire, sont autant de fausses opérations. C'était au grand vizir à marcher sur Alexandrie pour se réunir à l'armée anglaise , et non à celle-ci à quitter le point important pour courir après des accessoires. Quand on est à portée de frapper au cœur, il ne faut pas s'en laisser distraire par des manœuvres contraires.

5* Lorsque le général Lagrange se porta d'Ei-

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Rahmànyeh sur le Caire, le général Hutchinson avait une belle occasion de terminer la campagne. Il eût dû retourner }3romptement au Camp des Romains avec le capilan-pacha, attaquer le général Menou, affaibli du détachement du général Lagrange; il Teût jeté dans la muraille des Arabes et eût pris la ville en peu de semaines.

6° Pendant le mois de mai et jusqu'au 22 juin, c'est-à-dire pendant quarante et un jours, il est resté exposé à un double danger : 1° que le général Menou, qui avait 9,000 hommes dans Alexandrie, n'attaquât avec 6,000 hommes les 4,000 hommes du général Coote et ne forçât le Camp des Romains; 2° que le général Belliard, qui avait 14,000 hommes au Caire, ne battît le grand vizir à El-Khànqah, ne le rejetât au delà du désert, ne revînt sur lui, général Hutchinson, avec 10,000 hommes, et ne se réunît avec le général Menou. Après l'afTaire d'El- Khànqah, il avait encore à redouter que le général Belliard, laissant ses malades, ses écloppés et ses vétérans, c'est-à-dire 2 ou 3,000 hommes, dans la citadelle du Caire , ne vînt avec toutes ses forces lui marcher sur le corps. Il aurait évité tous ces dangers s'il avait persisté dans l'idée principale de la campagne :. diriger toutes les opérations contre Alexandrie et conquérir l'Egypte sans perdre de vue les mats de sa flotte.

7» Mais, s'il voulait absolument marcher sur le

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Caire, il fallait alors qu'il évacuât le Camp des Romains et plaçât le camp du général Coote à Tembarcadère ou au mont du Clieik.

8° Pour se trouver eu mesure de manœuvrer contre le général Belliard , il fallait que le grand vizir traversât le Delta et se réunît aux Anglais sur la rive gauche de la branche de Rosette, à la hauteur d'El-Rahmànyeh ; le général Hutchinson eût marché alors sur le Caire avec 25,000 Turcs, 5,000 Anglais et une nombreuse flottille sur le Xil.

9" Lorsque, le 19 juin, il eut construit son pont sur le Xil, sa position se trouva fort améliorée; mais il eût dû ne pas s'en tenir à cette demimesure ; il fallait faire camper le grand vizir sur la rive gauche du Xil, et, après la prise de Gyzeb, lorsque le pont des Français aurait été détruit, les deux armées se fussent portées ensemble sur la rive droite, laissant, dans les deux cas, un corps d'observation sur la rive opposée. En effet, si le 22 juin, à deux heures du matin , le général Belliard eût débouché de Gyzeh avec 10,000 hommes, il eût repoussé le général Hutchinson, le capi tan-pacha, et eût enlevé le pont avant que le grand vizir eût pris un parti. En supposant que celui-ci se fût logé dans quelques maisons du Caire, il n'aurait occupé aucun fort important, il en aurait été délogé le lendemain.

10° Le général Hutchinson a pressen'i c.-:-' •■.:•-

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nient le danger de sa position ; il a cru y remédier en marchant très-lentement; il est vrai qu'il a toujours été trompé sur la force du général Belliard, dont il a supposé l'armée la moitié au plus de ce qu'elle était réellement. Il croyait que les troupes qui avaient marché sur El-Khànqah étaient les mêmes que celles qui se trouvaient à El-Rahmànyeh ; il était dans Terreur. Lorsque le général Belliard était devant le grand vizir, il n'avait pas avec lui un seul homme de l'infanterie qui était à El-Rahniânyeh. L'art de la guerre a des principes invariables, qui ont principalement pour but de garantir les armées contre Terreur des chefs sur la force de l'ennemi, erreur qui, du plus au moins, a toujours lieu.

11° Le général Coote a traversé le lac Maréotis et fait le siège du Marabout avec 5,000 hommes : cela n'était pas suffisant; il lui en aurait fallu 7,000; le général Hutchinson Ta senti et Ta renforcé cinq jours après d'un détachement anglais et turc; mais c'était trop tard. Que de suites pouvait avoir celte seule faute!

Quatrième observation : sur le mouvement du général Friant. — 1° Le général Priant, gouverneur d'Alexandrie, accourut sur la plage d'Aboukir avec toutes les forces dont il pouvait disposer, pour s'opposer au débarquement; mais il aurait dû amener plus d'artillerie et construire deux bonnes bat-

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teries de côte avec des pièces de 24, de 18 et des mortiers. 2° Puisqu'on avait négligé de construire un fort en maçonnerie sur la falaise, il aurait dû y construire une redoute en hois de palmier, ce qu'il aurait pu faire en trente-six heures; il ne manquait pas non plus de sacs à terre à Alexandrie. 3° Il eut tort de s'affaiblir des 800 hommes qu'il envoya de l'autre côté du lac Ala'dyeh; si l'ennemi débarquait du côté de Rosette, ce faible détachement ne pouvait rien , et 300 hommes étaient quelque chose, réunis aux 1,700 qu'il avait avec lui. Qui sait ce qui serait arrivé si ces 300 hommes, avec quatre pièces de canon, eussent été placés sur le mont du Puits? 4° Dans tous les cas, il eût dû établir six pièces de campagne, soutenues par un carré de la 75% sur la hauteur du Puits ; c'était la clef de la plage; le débarquement n'était pas assuré tant que l'ennemi n'était pas maître de la hauteur du Puits.

Cinquième observation : le général Lanusse. — 1° Le général Lanusse eût dû éviter le combat. Le 13 , il eût dû faire sa retraite sur les hauteurs de la porte de Rosette, et même, s'il le fallait, se couvrir par la muraille des Arabes et chercher protection sous le canon des forts. Les Anglais ayant défilé pendant plusieurs heures sous ses yeux, il les avait comptés; il n'était donc pas raisonnable de descendre de sa position pour braver une armée quatre

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fois plus forte que la sienne, lorsqu'il attendait des renforts considérables.

Sixième observation : le général Lag range. — 1° Lorsque le général Lagrange se porta d'EI-Ralimànyeh sur le Caire, le 10 mai, il eût dû laisser un homme de résolution dans le fort, avec 150 hommes, et lui ordonner de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité; il eût pu arrêter pendant huit ou dix jours la marche de l'armée anglaise. Il y laissa un mauvais commandant avec 40 hommes, et ordonna lui-même que l'on gâtât les munitions et les magasins. Ce commandant se rendit le 10, à la pointe du jour, et, s'il se trouva 110 hommes dans le fort, c'est que 60 ou 70 y restèrent sans ordre, s'étant enivrés au pillage des magasins. 2° Le général eût dû envoyer une chaloupe et une reconnaissance sur le canal Menouf, pour faire rétrograder les convois sur le Caire. 3° Pourquoi n'a-t-il pas rallié à El-Rahmânyeh , pendant les vingt jours qu'il y est demeuré, la garnison de Lesbé et de Bourlos? Il se serait ainsi renforcé de 700 hommes, qui ont été perdus. 700 hommes étaient le cinquième de sa division.

Septième observation : le colonel Cavalier. — La conduite du colonel Cavalier est injustifiable. i\ son arrivée en France il eût dû être traduit devant

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un conseil de guerre. Les Romains eussent fait décimer son détachement. Ce fut Tenvie de rentrer en France qui porta les soldats à capituler. Alais toute la faute appartient au commandant. Il connaissait les dispositions de ses soldats, il eût dû empêcher tout pourparler, recevoir les parlementaires à coups de fusil, continuer sa marche sur Alexandrie et sur le lac \atroun. Le colonel Cavalier était un brave homme et un officier très-distingué, fort attaché au général en chef; sa conduite en cette occasion n'en est que plus blâmable. Les 600 chameaux qu'il remit furent d'une grande utilité à l'armée anglaise. Une loi nécessaire dans une armée française serait celle qui défendrait tout parlementage. Nos soldats sont si bons, si prêts à être amis, et nos officiers si faciles à tromper, que les étrangers les jouent perpétuellement.

Huitième observation : le général Belliard. — 1° Le 13 mai au soir, le général Lagrange ayant joint au Caire le général Belliard, celui-ci eut sous ses ordres 14,000 hommes, dont 500 vétérans, une centaine d'employés civils armés et formés en garde nationale, 800 malades et 1,500 autres hommes malingres, ouvriers, hommes de dépôt. Ces 3,000 hommes étaient suffisants pour garder la citadelle, Gyzeh et les forts autour du Caire. Il avait donc 11,000 hommes disponibles. En laissant au Caire

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une colonne mobile de 1,000 hommes à pied et à cheval, quelques pièces de canon pour servir de réserve, il pouvait s'éloigner avec 10,000 hommes, dont 1,000 de cavalerie et vingt-quatre pièces de canon. Au lieu de cela, il laissa 8,000 hommes pour la garde de la ville et ne marcha contre le grand vizir qu'avec 6,000 hommes.

2° Mais 6,000 Français, dont près de 1,000 hommes de cavalerie et vingt-quatre pièces d'artillerie bien servies, étaient plus qu'il n'en fallait pour battre le grand vizir et le jeter au delà du désert. Le grand vizir n'avait avec lui que 16,000 Turcs, dont le quart était à Damiette. Au combat d'El- Khànqah, les Osmanlis étaient 9,000 hommes. Si le général Belliard n'eût pas manqué de résolution, il n'avait qu'à faire battre la charge et il sauvait rÉgypte, en se couvrant d'une gloire immortelle. Il aurait couché le 16 à Belbeys, et le 18 à Sâlheyeh; il aurait été de retour au Caire le 20 ou le 21, aurait passé le \il le 23 ou le 24, serait arrivé le 27 ou le 28 à Terràneh, aurait attaqué le général Hutchinson, qui avait 4,000 Anglais et 6,000 Turcs du capitan-pacha. L'armée anglaise était très-affaiblie par les maladies; elle n'avait alors encore reçu aucun de ses renforts.

3° Le général Belliard rentra le 18 mai dans le Caire, sans avoir attaqué le grand vizir; c'était le moment de prendre un parti définitif, en se portant

sur Alexandrie par la rive gauche du \i], avec tous les Français qui étaient au Caire, embarquant sur la rivière tout ce qui ne pouvait pas être transporté par terre et laissant 2,000 hommes dans la citadelle. Le grand rizir eût été incapable de prendre la citadelle, qui eût pu se défendre longtemps. Lorsqu'elle aurait eu perdu Tespoir d'être dégagée par suite de la jonction des généraux Belliard et Menou, elle aurait obtenu une capitulation honorable, et les hommes, qui étaient en grande partie malingres, vétérans et convalescents, auraient été sauvés.

k" Le 18 juin, c'est-à-dire quarante jours après le combat d'El-Khànqah , le général Hutchinson arriva enfin près de Gyzeh et le grand vizir vris-à-vis de lui, sur la rive droite, les deux armées étant séparées par le Xil : si le général Belliard eût attaqué, avec tout son monde, l'une ou l'autre armée, il eût été vainqueur; la défaite de l'une de ces deux armées eût entraîné la retraite de l'autre, tandis que, s'il avait éprouvé un échec, il ne l'eût pas éprouvé sans faire beaucoup de mal à l'ennemi , et ses affaires n'en auraient pas été pires.

5° Le 19, le général Hutchinson fit construire un pont pour communiquer avec le grand vizir ; cela améliora fort sa position. Alais, si le général Belliard eût attaqué, comme le proposa le colonel Dupas, en débouchant sur une seule rive, à la petite pointe

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du jour, il eût enlevé le pont avant que Tarmée placée sur l'autre rive l'eût passé.

6° Le 22 juin, il n'était pas encore cerné ; l'armée anglaise était vis-à-vis de Gyzeh, sur la rive gauche ; l'armée du grand vizir vis-à-vis du Caire; tout le haut Nil était encore lihre ; les Anglais n'étaient qu'au nombre de 4,000 hommes, et les Turcs de 30,000, en comptant 16,000 Bédouins ou troupes d'Egypte, qui n'avaient aucune consistance. Le général Belliard avait 10,000 hommes en état de combattre et vingt-quatre pièces de canon ; il était abondamment pourvu de tout, il avait 70,000 projectiles, 200 milliers de poudre. Puisqu'il avait perdu toutes les occasions que la fortune lui avait offertes débattre les armées ennemies isolément, il lui restait la gloire de défendre la place avec toute l'opiniâtreté qu'exigeaientle salut de l'armée, l'honneur des armes françaises et les règlements militaires. En s'étudiant à attaquer dans ses sorties spécialemeni les ilnglais, il fût venu à bout de détruire ce petit corps, qui seul donnait de la consistance à toute cette armée. Du moins il eût pu gagner le mois d'août; alors l'inondation, couvrant tout le pays, aurait obligé l'ennemi à cesser ses opérations de siège, puisqu'il n'aurait pu les continuer que sur l'enceinte du côté du désert. En se maintenant trente jours, le général Belliard eût donc pu gagner jusqu'au mois de novembre, et pendant ce

temps il eût donné à ses fortifications un nouveau degré de force. Les mois se succèdent, mais ne se ressemblent pas. Pendant tout ce temps-là Alexandrie n'eût pas été inquiétée.

7° Le général Belliard a cru avoir un corps d'au moins 10,000 Anglais devant lui ; mais qui l'autorisait à avoir cette opinion? S'il fût sorti du côté de Gyzeh et se fût déployé en ligne de bataille, les Anglais se seraient montrés, il eût pu les compter. Si le 21 juin on avait réuni un conseil de guerre, à l'unanimité on aurait couru aux armes. Les règles de la guerre voulaient que, dans des circonstances importantes comme celle-là, on ne s'en tînt pas à des bruits, mais que l'on manœuvrât afin d'obliger l'ennemi à se montrer et à se laisser compter. L'état de situation de l'armée anglaise montait à 4,000 hommes.

8" Alais sans obliger l'ennemi à déployer ses forces, sans se battre, sans tenter la fortune, il capitula! 11 rendit la capitale de l'Egypte, ses magasins, quatre cents canons, des forts, sans avoir tiré un coup de fusil! 11 est vrai que les intérêts des généraux, des officiers et des particuliers furent stipulés avec un grand soin. De ces 14,000 hommes 500 s'enrôlèrent dans les Mameluks, 13,723 furent embarqués à Aboukir et arrivèrent en France. L'armée rapporta ses drapeaux, ses armes, cinquante pièces de canon, beaucoup de chevaux, une

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immense quantité de bagages, toutes les raretés du pays. Cette capitulation fut, au reste, la même que celle d'El-A'rych. Quand les armées croient possible de sortir d'une position critique avec une convention sans se déshonorer, tout est perdu. Autant vaudrait confier la défense et l'honneur des armes à de vieilles femmes armées de leurs fuseaux.

9° Pendant la marche du Caire à Aboukir, le général Aloore escorta l'armée française, mais celleci était plus nombreuse que son escorte ; à l'approche d'Aboukir, le général anglais craignait, avec raison, que l'indignation ne s'emparât du soldat français, qu'il n'attaquât les Anglais ou ne se joignît avec Menou pour sauver l'Egypte.

L'officier qui apporta en France la nouvelle de cette extraordinaire capitulation fut retenu au lazaret de Marseille; il envoya son rapport et son état de situation. La douleur du Premier Consul est facile à concevoir; son premier mouvement fut de faire arrêter les généraux qui avaient formé le conseil de guerre et de faire un exemple sévère d'une pareille violation de tous les règlements militaires. Un général de division, commandant un corps, ne pouvait pas abandonner son général en chef et l'armée pour sauver son corps particulier. Or la division du général Belliard était entière; elle n'avait éprouvé aucun échec, elle ne s'était pas mesurée avec l'ennemi et avait posé les armes

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par une stipulation d'autant plus honteuse et déshonorante que les conditions en étaient plus avantageuses pour les individus. Tout ce que le général allégua dans son rapport pour justifier sa conduite, en faisant valoir des considérations politiques, ne peut être admis. 11 avait reçu de la République le droit de faire tuer ses soldats pour sa défense, mais non celui de les sauver au détriment de la chose publique. Il craignait la division anglaise de Tlnde, et le 22 juin, jour de cette capitulation, cette division était encore mouillée dans le port de Djeddah, dans la mer Rouge, sur la côte de l'Arabie, à trois cents lieues de là ! Il se disait cerné par une armée anglaise très-nombreuse, et il n'avait fait aucun mouvement, livré aucun combat pour l'obliger à se déployer; il ne l'avait pas vue^ elle n'était que de 4,000 hommes! Il disait manquer de munitions, et il avouait avoir 60,000 coups de canon à tirer! Il disait manquer de vivres, et les magasins en étaient pleins! C'est bien abuser des mots que de comparer cette conduite honteuse à la conduite glorieuse que tint Chevert dans Prague lorsque le maréchal de Belle-Isle le laissait avec une poignée de monde, pour faire son arrière-garde et pour favoriser sa retraite. Chevert se sacrifiait pour son armée; Belliard sacrifiait l'armée et l'honneur pour sauver son corps.

Mais à ce premier mouvement du Consul succé-

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dèrent des réflexions qui firent changer ses dispositions. Le général Bélliard était un officier trèsdistingué ; il avait rendu de grands services dans cette même campagne; à Arcole, il avait couvert de son corps Xapoléon et reçu une halle qui lui était destinée; son opinion était très-prononcée jiour la conservation de l'Egypte et très-opposée à la convention d'El-A'rych. Sa marche sur El-Khànqah prouve qu'il avait bien vu ce qu'il fallait faire, mais il avait manqué d'audace et de caractère; la nature ne l'avait pas fait pour une action aussi importante. Le général en chef l'avait abandonné sans lui donner aucun ordre. Le mécontentement général et le désespoir qu'avaient produits dans l'armée la lenteur, l'irrésolution et le défaut de talents militaires du général Alenou, avaient banni tout espoir et toute confiance. Les généraux qui avaient signé la capitulation étaient des officiers distingués, et tous fort opposés à la convention d'El-A'rych. Convenait-il, dans la situation brillante où était la République, lorsque la paix de Lunéville, celle avec la Russie, la Porte et l'Angleterre, avaient élevé si haut la gloire française, d'obscurcir cet éclat et d'attrister la nation par des . enquêtes déshonorantes contre des braves qui, dans tant d'autres circonstances, avaient si bien mérité de la patrie? X'était-il pas préférable de fermer les yeux et d'attribuer tout ce qui arrivait à la fatalité

et à la nullité absolue du chef? Car enfin, quelque chose qu'on fasse, quelque énergie que montre le gouvernement, quelque vigoureuse que soit la législation, une armée de lions commandée par un cerf ne sera jamais une armée de lions.

Neuvième observation : le général Menoii. — 1° Le général Alenou eût uii être instruit le 3 mars de l'apparition de la flotte anglaise devant Alexandrie ; il ne le fut que le 4 dans l'après-midi ; c'était un retard de vingt-quatre heures bien fâcheux. Il avait dû savoir le 2 mars la capture faite le 28 février, dans la rade d'Aboukir, d'un ingénieur anglais, et devait connaître les papiers d'un autre ingénieur qui avait été tué; ces papiers contenaient des indices assez frappants de l'expédition du général Abercromby.

2" Le général en chef prit le change et dissémina ses troupes. Le général Reynier reçut, dans la nuit du 4 au 5, son ordre de mouvement. Il se rendit au quartier général pour témoigner la douleur qu'il éprouvait de ces dispositions. 11 cita au général en chef Texemple de ce qui était arrivé lorsque Alustafa-Pacha parut devant Aboukir, le 12 juillet 1799; Napoléon en fut instruit le 15, se trouvant alors campé aux pyramides; il expédia à l'instant même des ordres à toute l'armée et la réunit à El-Rahmànveh. « Il fallait imiter cette

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conduite et partir dans la nuit même, évacuer la hante Egypte, en laissant seulement des vétérans, des malades et quelques pièces de canon au Caire, n Le général Menou resta sourd et froid ; il persista dans Texécution de ses ordres. A la pointe du jour, les troupes se mirent en mouvement dans des directions divergentes, contrairement à tous les principes de la guerre. Un des aides de camp de Alenon arriva le 12 mai à xAlexandrie, au quartier général du général Lanusse, sur la hauteur des Romains, et vanta aux officiers de Tétat-major les dispositions savantes qu'avait faites son général en apprenant la nouvelle de l'apparition de la flotte devant Alexandrie. Ci Alon vieux général, dit-il, n'a pas pris le change ; il a compris que la véritable attaque ne serait point là où il était menacé ; il a pourvu à Damiefte, au débouché du désert et à celui de la mer Rouge. De quelque côté que se présente l'ennemi, le vieux renard a prouvé qu'il avait plus d'un trou à son sac. — Hélas ! s'écria le colonel du génie, Bertrand, présent à cette conversation, je croyais que la science de la guerre consistait à avoir ses troupes réunies sur le point principal, en négligeant les accessoires. Lorsque les Anglais seront les maîtres d'Alexandrie, que deviendront les troupes qui sont à Suez, dans la haute Egypte, à Sàlheyeh? ^^

3° En concentrant son armée sur Alexandrie,

200 OEUVRES DE XAPOLÉOX 1"

Menou laissa le général Belliard avec une forte garnison dans le Caire, des garnisons à Damiette,

dans le '

et la haute Egypte, il

ne réunit que 12,000 hommes; il pouvait en réunir 19,000 sur le champ de bataille; avec 7,000 hommes déplus, la journée du 21 n'eût pas été douteuse. 4° Devait-il, le 21, attaquer Tarmée anglaise? Celle-ci était supérieure en infanterie, mais trèsinférieure en cavalerie. Il était à craindre qu'elle ne reçût des secours, puisque la mer lui était ouverte. Le point faible de la ligne de bataille anglaise était sans contredit la gauche. II fallait que, dans la nuit du 20 au 21, Tarmée française se plaçât, par un changement de front, la gauche en arrière, la droite sur le lac Ala'dyeh, la gauche sur Alexandrie, à cheval sur la route du Caire ; qu'elle laissât sur les hauteurs, en avant de la porte de Rosette, quelques pelotons de cavalerie, quelques pièces d'artillerie, et tous les hommes chargés de défendre l'enceinte de Rosette. A la petite pointe du jour, l'armée, rangée sur quatre ou cinq lignes, aurait attaqué la gauche de l'ennemi, faisant canonner la flottille mouillée dans le lac par quelques pièces de 24. La gauche étant dépostée, toute la cavalerie française, avec dix-huit pièces d'artillerie

^ Ici un espace eu blanc dans le manuscrit.

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Jégère, se serait portée derrière le centre et la droite de Tennemi. Celle-ci attaquée à revers, privée de ses communications avec le lac, d'où elle lirait ses munitions et où étaient ses ambulances, menacée de perdre sa retraite, n'ayant aucune cavalerie pour la protéger, aurait été compromise. Et, si le général Alenou voulait attaquer par sa gauche, alors il fallait que, dans la nuit, le centre et la droite de l'armée française se déployassent derrière la gauche du général Lanusse, laissant sur leur emplacement quelques pièces, quelques pelotons de cavalerie et quelques dromadaires. L'armée, pelotonnée sur son extrême gauche, se mettant en marche pour attaquer la Alaison de Ptolémée, s'y fût logée ; aux premiers rayons du jour, la cavalerie se fût portée derrière le centre et la gauche de l'armée anglaise, menaçant ses communications ; un grosse batterie eût dû ouvrir son feu contre les canonnières embossées en pleine mer et flanquant la droite de l'armée ennemie. Une pareille combinaison eût été couronnée d'un plein succès; le mamelon eût été enlevé, et, si le centre et la gauche de l'armée anglaise eussent marché pour s'en emparer, ils auraient dû le faire sous le feu de toute l'artillerie française, les flancs et les derrières inquiétés par la cavalerie et l'artillerie légère; cela n'était pas probable.

5° Après la journée du 21, le général Menou eût

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dû encore concentrer foutes ses forces à Alexandrie, afin de pouvoir livrer à l'ennemi une nouvelle bataille ; il pouvait encore y réunir pins de 16,000 hommes.

6° Lorsque le lac Alaréotis fut formé, dans le courant d'avril , le général Menou devait sur-lechamp construire, au milieu du lac, une chaussée qui débouchât sur Damanhour, en y employant à la fois tous les moyens qui étaient à sa disposition : des levées de terre, des ponts sur pilotis, des ponts sur radeaux, des ponts sur nacelles. Ce lac n'avait dans la plupart des endroits que trois ou quatre pieds de profondeur; au débouché de cette digue il eût du construire une tète de pont, et élever le long de la digue des batteries pour la protéger contre les bateaux ennemis. Ces ponts étaient importants pour le mettre à même de manœuvrer.

7' Lorsque le général Hutchinson se porta sur le Kil, en mai, le général Alenou eût dû, par un mouvement inverse , se concentrer sur Alexandrie et profiter de la dissémination des forces anglaises pour attaquer le Camp des Romains, que défendait le général Coote ; il suffisait que le général Lagrange gagnât vingt- quatre heures.

8" A la fin de mai le général Coote n'avait que 4,000 hommes ; le général Menou pouvait l'attaquer avec 6,000 hommes, le succès était probable, il eut été décisif.

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9° Le général Aïenou , après le combat d'El- Khânqah, eût dû donner l'ordre au général Bclliard de marcher sur Terràneh avec 10,000 hommes, et de sa personne il eût dû partir avec 4,000 hommes et 800 chameaux, passer aux lacs Xalroun et attaquer la droite du général Hutchinson à Terràneh, pendant que le général Belliard l'aurait attaqué de front. Il eût laissé 6,000 hommes dans Alexandrie, ce qui était suffisant.

10° Les travaux du camp retranché sur les hauteurs en avant de la porte de Rosette étaient trop étendus, puisqu'il fallait 6,000 hommes pour les garder, ce qui paralysait son armée; il eût fallu simplement trois forts bien situés , sous la portée du canon de l'enceinte de la porte de Rosette, ayant des fossés pleins d'eau et défendus par un millier d'hommes, ce qui eût empêché l'ennemi de camper sur les mamelons en avant de la porte de Rosette. Le général Menou aurait alors eu les moyens de fortifier l'ouest d'Alexandrie et de mettre ce côte en équilibre, en établissant une première ligne à la hauteur du fort des Bains. Ce fort ferme le Port- Vieux, il est à 500 toises du lac Alaréotis.

11° Il fallait construire une deuxième ligne en avant du fort, la gauche, appuyée au lac Alaréotis, se liant avec le fort de Pompée. Ce maliieureux camp retranché du côté de Rosette a été la cause de tout le mal.

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