‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la Guerre (volume 3)Chapitre 25 sur 45 · ARRIVÉS PE\DA\T LES SIX PREMIERS MOIS DE · texte numérisé non relu

ARRIVÉS PE\DA\T LES SIX PREMIERS MOIS DE

OBSERVATIONS SLR LES EVEXEMEXTS MILITAIRES EX ALLEMAGNE ET EX HOLLANDE PENDANT LES SIX PREMIERS MOIS DE 1799.

VIII. P Le gouvernement français ordonna que ses armées prissent l'offensive en Allemagne comme en Italie. Il eût fallu rester sur la défensive en Allemagne, puisqu'on ne pouvait pas y réunir des forces supérieures à celles de l'ennemi. Dans tous les cas, les trois armées du Danube, de l'Helvétie et du Bas-Rhin n'en devaient former qu'une seule. L'armée du Bas-Rhin n'était composée que de 3" bataillons ; c'était vouloir s'en imposer à soi-même,

puisque les 3'" bataillons n'étaient pas mobiles, et étaient d'ailleurs nécessaires pour la garde des places et le recrutement des bataillons de guerre. Il y avait dans l'intérieur un grand nombre de vieux régiments ; une partie aurait dû être eujployée dès ces premiers moments. Les -40,000 hommes qui composaient Tarmée du Danube, réunis à Farmée d'Helvétie , étaient suffisants pour assurer la possession de la Suisse et occuper des camps sur la rive droite du Rhin , du côté de Scbaffhouse et de Stein, prenant à revers les montagnes Xoires.

2° Il était nécessaire de prendre l'offensive en Italie, parce que les forces françaises dans la Péninsule étaient beaucoup plus considérables que celles de l'ennemi, et qu'il était essentiel de chasser les Autrichiens de la position de l'Adige avant l'arrivée des Russes. Mais il fallait prendre cette offensive avec toutes nos forces réunies. Scherer a attaqué avec 60,000 hommes; quelques jours avant, il s'était affaibli de 14,000 hommes, qu'il avait détachés dans la Valteline et la Toscane. L'issue de la bataille qui devait avoir lieu sur l'Adige influerait sur le sort de la Valteline et de la Toscane, tandis que les affaires dans ces provinces ne pouvaient avoir aucune influence sur le succès de la bataille. Il fallait aussi rappeler les 30,000 hommes de l'armée de \aples. L'armée française, alors très-supérieure, eût battu l'armée autrichienne, l'eût poussée au

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delà de la Piave, lui eût fait éprouver de grands revers, et Ton se fût emparé de Legnngo, ce qui aurait entraîné la perte du corps de Souvarof, événement d'autant plus important, qu'il eût fait réfléchir le czar. Tout ce qui n'est que fantaisie et n'est pas fondé sur un véritable intérêt ne résiste pas à un revers. Le sort de la république parthénopéenne était d'une considération secondaire; car, pour qu'elle existât, il fallait avant tout que l'armée française de l'Adige fût victorieuse. D'ailleurs l'armée napolitaine avait déjà 12 à 15,000 hommes; on pouvait lui laisser quelques bataillons cisalpins et romains avec lesquels elle se fût maintenue maîtresse de \aples, du moins des forts et des places fortes, pendant tout le temps que les Français se seraient maintenus maîtres de l'Italie supérieure. Le cardinal Rutfo ne put parvenir à réunir son armée de paysans et à se présenter devant Xaples que trois mois après la défaite de Scherer sur l'Adige, et il lui eût fallu encore plusieurs mois pour soumettre les places fortes. En suivant ce plan, la deuxième coalition eût été promptement dissoute.

Première observation : Massé na. — P La première attaque de Alasséna sur Feldkirch était fort naturelle, les cinq autres attaques étaient inutiles. Cette position n'était pas nécessaire pour assurer la défense de la Suisse, encore moins pour la jonction

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des deux armées d'Helvétie et du Danulje ; cette jonction était toute faite par Stein et Schaffhouse. Dès le 11 mars Masséna eût dû, avec son centre et sa gauche, passer le Rhin et marcher, réuni avec Tarmée de Jourdan, contre rarchidiic. Lecourhe, avec la droite, suffisait pour garder la Suisse. Si les Français eussent eu 70,000 hommes à Stockach , au lieu de 40,000, ils eussent été victorieux.

2° Le passage du Spliigen par le général Lecourhe, et toutes les opérations qui ont eu lieu dans les Engadines et dans la Valteline, sont sans but. La droite de l'armée ne pouvait pas trouver de meilleures positions que celles du Saint-Gothard et du Splûgen. Avait-on le projet de conquérir le Tyrol? Alais celte opération ne pouvait pas être faite avec 15,000 hommes, par une seule division de Farmée, lorsque les autres divisions restaient à trente lieues en arrière et séparées par de hautes montagnes. Si Lecourhe avait eu le malheur d'arriver à Inspruck, il eût été cerné. Cette guerre, dans les Engadines, avait été conçue à Paris par des hommes sans expérience, qui n'avaient que des idées ohscures et fausses sur Fart de la guerre. Les pays de montagnes dépendent des plaines qui les nourrissent, et n'ont d'influence sur elles qu'autant que celles-ci sont sous la portée de leurs canons. Les frontières qui couvrent les empires se composent de plaines, de pays de mamelons, de pays de montagnes. Si

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une armée veut les franchir et qu'elle soit supérieure en cavalerie, elle fera bien de prendre sa ligne d'opération au travers des plaines: si elle est inférieure dans cette arme, elle préférera le pays de mamelons; mais pour les pays de montagnes elle se contentera dans tous les cas de les observer pendant ({u'elie les lournera. En effet , une ligne d'opération ne doit point passer par un pays de montagnes: 1" parce qu'on n'y peut pas vivre ; 2" parce qu'on y rencontre à tous les pas des défilés qu'il faudrait occuper par des forteresses; 3° parce que la marche y est difficile et lente; -4" parce que des colonnes de braves peuvent y être arrêtées par des paysans déguenillés, sortant de la charrue, être vaincues et défaites; 5° parce que le génie de la guerre de m.ontagnes est de ne jamais attaquer : lors même que l'on veut conquérir, on doit s'ouvrir le chemin par des manœuvres de position qui ne laissent d'autre alternative au corps d'armée chargé de la défense que d'attaquer lui-même ou de reculer; 6" enfin parce qu'une ligne d'opération doit servir à la retraite ; et comment songer à se retirer pardes gorges, des défilés, des précipices? Il est arrivé que de grandes arm.ées, lorsqu'elles ne pouvaient pas faire autrement, ont traversé des pays de montagnes pour arriver dans de belles plaines et dans de beaux pays. C'est ainsi qu'il faut nécessairement travers(*r les Alpes pour arriver en Italie. Alais faire des ef-

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forts surnaturels pour traverser des montagnes inaccessibles et se trouver encore au milieu de précipices, de défilés, de rochers, sans autre perspective que d'avoir pendant longtemps les mêmes obstacles à surmonter, les mêmes fatigues à essuyer; être inquiet à chaque nouvelle marche de savoir sur ses derrières tant de mauvais pas ; être tous les jours plus en danger de mourir de faim, et cela lorsque l'on peut faire autrement : c'est se plaire dans des difficultés et lutter contre des géants; c'est agir sans bon sens, et dès lors contre l'esprit de l'art de la guerre. Votre ennemi a de grandes villes, de belles provinces, des capitales à protéger, marchez-y par des plaines. L'art de la guerre est un art simple et tout d'exécution : il n'a rien de vague; tout y est bon sens, rien n'y est idéologie.

Deuxième observation : Jourdan. — 1° Jourdan avait le commandement supérieur des armées du Danube, d'Heluétie et du Bas- Rhin. Mais ces armées avaient leurs généraux en chef, qui correspondaient avec le ministre; Jourdan n'était pas réellement le maître. Il n'eût fallu sur toute cette frontière qu'une armée de cinq ou six corps de 15 à 18,000 hommes chacun.

2° Jourdan a donné la bataille de Stockach sans motif; il a prétendu qu'on lui avait insinué de la vlonnor. Un général ne doit se décider à donner

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bataille que lorsqu'il a respérance de la victoire, et quelle espérance pouvait-il concevoir en mettant 40,000 hommes aux prises avec G5,000? S'il eût été vainqueur, quel fruit pouvait-il tirer de la victoire? xAvec une armée aussi faible pouvait-il se porter sur riller, passer le Lech, entrer en Bavière? et, s'il l'eût fait, n'eût-il pas été perdu? Pendant l'action il a tenu ses divisions trop éloignées les unes des autres; son champ de bataille était triple de ce qu'il devait être.

3° Il a fait sa retraite sur le Rhin; il eût dû la faire sur la Suisse. Il était inférieur en nombre, battu, n'ayant aucune troupe sur la gauche du Danube, puisque l'armée du Bas-Rhin n'existait que sur le papier; il ne pouvait donc avoir aucun espoir de se maintenir sur les débouchés des montagnes Xoires.

Troisième observation : V archiduc Charles» — L'archiduc, en attaquant de front la Suisse et en s'engageant dans une guerre de montagnes, a neutralisé les avantages qu'il avait obtenus sur divers champs de bataille. La Suisse offre à chaque pas des positions et des lignes. Le Français est plus propre que l'Allemand à ce genre de guerre. Ce principe général devait guider le prince Charles : tourner et ne pas traverser les pays de montagnes.

Si, après la bataille de Stockach, il se fût porté X. 13

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sur le bas Rhin, menaçant Tintéiieur de la République, et spécialement les anciennes provinces autrichiennes, il aurait forcé Alasséna à abandonner la Suisse pour lui faire front. Il eût agi conformélûent aux règles, il en eût été récompensé par des succès. Sa manœuvre, lorsqu'il se fait rejoindre par Hotze, à la bataille de Stockach, en le faisant remplacer par Bellegarde, est dans les vrais principes de Fart; on y reconnaît le général de 1796.

Quatrième observation : Scherer. — P L'armée d'Italie aurait dû commencer les hostilités le même jour que l'armée d'Helvétie, le 5 mars. Elle n'aurait pas dû s'affaiblir des 14,000 hommes détachés en Toscane et dans la Valteline. Le sort de Florence, de Livourne, de Chiavenna, de Bormio, dépendait de la bataille qui serait livrée sur i'Adige; mais l'état de ces villes n'avait aucune influence sur l'issue de cette bataille. Scherer, puisqu'il avait le commandement supérieur de l'armée de Xaples, devait rappeler cette armée, afin d'attaquer l'ennemi avec plus de 100,000 hommes, par le même principe que le sort de Xaples serait décidé sur I'Adige, et que l'occupation de Xaples ne pouvait avoir aucune influence sur la bataille qui devait avoir lieu sur les rives de I'Adige.

2° Scherer, avec 60,000 Français, attaqua dans la journée du 26 mars 54,000 Autrichiens; le

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moral de ses troupes était si supérieur qu'il devait en battre 80,000.

30 — 10 L^ division Alontrichard ne pouvait, en se portant sur Legnago, que se faire mitrailler par les remparts de la place ; elle eût dû être sous Vérone, à côté des deux autres divisions sous les ordres de Moreau. 2° La division Serurier n'avait rien à faire à Rivoli etsurle AIonte-Baldo; car, puisque Tennemi, retranché aux camps de Pol et de Pastrengo, avait des ponts sur TAdige, il était évident que la ligne d'opération était sur Vérone, et qu'il communiquait au Tyrol par la rive gauche de FAdige, où passe la chaussée, et non par la rive droite, où il n'y a que des sentiers. Serurier aussi aurait dû être vis-à-vis de Vérone, pour faire la quatrième division sous Moreau. 3° Les généraux Grenier et Delmas avaient forcé le camp retranché de l'ennemi sur la rive droite de FAdige, à dix heures du matin; ils devaient à cinq heures après midi être devant Vérone, à côté des quatre autres divisions. Il suffisait de quelques escadrons et de quelques bataillons à Rivoli et devant Pol et Pastrengo. A° L'armée réunie devant Vérone, on devait, pendant que Fennemi était disséminé et menacé partout, jeter trois ponts au-dessous de Vérone, au coude de la rivière, les protéger par cent bouches à feu, et à la pointe du jour, le 28 mars, toute l'armée française, sans qu'il lui manquât une seule brigade, devait atta-

quer et battre l'ennemi à San-AIartino, le poursuivre le 30 au delà de Caldiero et le jeter de l'autre côté de la Piave. 5* Le 30 il fallait faire bloquer Legnago; le 2 avril y ouvrir la tranchée par deux attaques, l'une sur la rive droite, l'autre sur la rive gauche; le 15 avril on devait entrer dans cette place.

4° Le passage de la division Serurier, le 31 mai, sur la rive gauche de FAdige au-dessus de Vérone, ne pouvait avoir de résultat qu'autant qu'elle aurait été soutenue par toute l'armée; seule elle courait à sa perte. Alais il n'y a pas de chemin qui, des bords du haut Adige, conduise sur les hauteurs de Vérone; ce sont des sentiers par lesquels il est impossible à l'artillerie de passer; il n'y avait pas un soldat ayant été en garnison à Vérone en 1796 et 1797 qui ne le sût; pourquoi le général en chef l'ignorait-il?

5° Toutes les marches et contre-marches de Farmée sur le bas Adige, au milieu de rivières, de marais et de boue, n'étaient propres qu'à la ruiner et à achever de la démoraliser. Le général français voulait-il passer l'Adige, il devait réunir ses troupes sur un seul point dans un pays sec, à Villafranca, par exemple, surprendre le passage et se porter en toute diligence sur son pont. A la bataille de Alagnano, Scherer n'avait pas de plan. S'il eût jeté l'ennemi sur la rive gauche de l'Adige, il n'aurait

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pas pu en profiter; ses ponts étaient à deux marches en arrière. Le succès de la bataille de Magnano ayant été partagé, il ne devait pas abandonner la ligne du Mincio ; il devait s'y fortifier et attendre ses renforts.

6" Voulant abandonner le Mincio, il devait se retirer dans le Serraglio, ayant des têtes de pont sur le Pô et la Fossa-Maestra. Pendant mars, avril, mai et partie de juin, l'air du Serraglio n'est pas malsain ; c'est à la fin de juin seulement que la saison des fièvres commence. Dans ce vaste camp retranché il eût reçu, avant le 20 avril, 25,000 hommes de renfort venant de Bologne, de Toscane, d'Ancône, de la Cisalpine et du Piémont; il en eût reçu 25,000 autres dans les premiers jours de mai, par la jonction de l'armée de Xaples; et, si le 25 avril, jour où l'armée russe était arrivée sur PAdige, il eût jugé ne pouvoir plus se maintenir dans le Serraglio, il eût dû passer le Pô, marcher à la rencontre de l'armée de Xaples, et, réuni à elle, revenir contre Pennemi.

7° Dans sa retraite, Scherer ne devait laisser que 2,500 hommes dans les châteaux de Brescia et de Begame; ces châteaux avaient été ruinés fort anciennement. Sur leurs décombres on avait établi des retranchements tout au plus suffisants contre la cavalerie et contre la populace.

Scherer ne manquait ni d'esprit ni de courage,

il manquait de caractère; il parlait de la guerre hardiment, mais vaguement; il n'y était pas propre. Il faut qu'un homme de guerre ait autant de caractère que d'esprit ; les hommes qui ont beaucoup d'esprit et peu de caractère y sont les moins propres; c'est un navire qui aune mâture disproportionnée à son lest; il vaut mieux beaucoup de caractère et peu d'esprit. Les hommes qui ont médiocrement d'esprit et un caractère proportionné réussiront souvent dans ce métier; il faut autant de base que de hauteur. Le général qui a beaucoup d'esprit et du caractère au même degré, c'est César, Annibal, Turenne, le prince Eugène et Frédéric.

Cinquième observation : Moreau. — Le général Aloreau, qui, sous Scherer, manœuvra avec habileté à la tête d'une et de deux divisions, lorsqu'il eut le commandement en chef, 1" donna la bataille de Cassano et la perdit. Il laissa cerner les deux divisions deSerurier, qui furent ol)ligées de capituler. 2" Il fit sa retraite derrière le Tessin; il eût dû la faire par Plaisance, sur la rive droite du Pô, pour rester en communication avec Tarmée de Xaples ; car, réuni à cette armée, il pouvait encore reconquérir Tltalie; il faut toujours opérer sa retraite sur ses renforts. 3" Du Tessin il se porta sur Turin, et laissa par là Souvarof maître de marcher sur la Bocchetta et de le couper de l'armée

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de Xaples. A" L'irrésolution de Souvarof lui donna le temps de revenir sur ses pas; il redescendit , par la rive droite du Po, de Turin sur Alexandrie; mais, peu de jours après, au lieu de rouvrir Gènes et de se réunir à l'armée de Xaples, qui déjà était en Toscane, il marcha sur Coni. Lorsqu'il y arriva, le 24 mai, l'armée de Xaples entrait à Florence et à Sarzana, elle se mettait en communication avec Gènes; la jonction eût été dès lors opérée si le général Aloreau ne se fût éloigné de quarante lieues par ce faux mouvement sur Coni, ce qui eut des résultats funestes. 5*^06 Coni, il repassa alors la grande chaîne des Alpes au col de Tende, et se porta sur Gènes par des chemins atfreux , se séparant de son artillerie, qu'il dirigea sur Xice par la chaussée de Sospello. Il envoya l'ordre à Alacdonald de passer l'Apennin et de déhoucher dans la vallée du Pu, sur Tortone, où il lui donnait rendezvous. 6° Pendant que l'armée de Xaples exécutait cette marche si dangereuse, si contraire aux règles de l'art, il passa la Bocchetta avec 30,000 hommes, mais trop tard ; la hataille de la TrebLia avait déjà décidé du sort delarmée de Xaples. Aloreau eût dû déboucher parBobbio et joindre Macdonald avant la balaille. Ces deux armées françaises étaient de 75,000 hommes; elles eussent reconquis l'Italie si elles eussent été commandées par un général capable.

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Sixième observation : Macdonald. — P Alacdonald aurait dû partir de Xaples le 15 avril, le lendemain du jour où il reçut Tordre de Sclierer, en date du 8 avril; il pouvait être dans la vallée du Pô assez à temps pour couvrir TAdda. 11 ne partit que le 2 mai de son camp de Caserte; il perdit quinze jours dans une circonstance bien délicate. Arrivé le 24 mai à Florence, il n'avait qu'un seul parti à prendre , c'était de se porter sur la Spezia avec s( n artillerie et ses charrois pour faire sa jonction avec Hloreau derrière l'Apennin. La Spezia n'est qu'à vingt lieues de Gênes. Réunies dans les premiers jours dejuin, les deux armées, fortes de 75,000 hommes, auraient repassé la Bocchetta, fait lever les sièges de Tortone, d'Alexandrie et de Turin, et reporté la guerre sous les murs de Mantoue. Les principes de Fart de la guerre n'admettent aucun autre plan, ils condamnent tout autre parti. Mais le chemin de la Spezia à Gênes n'est pas, dit-on , praticable à l'artillerie ?L'artillerie de l'armée de Xaples consistait en quarante pièces de canon, dont seulement huit de 12. Les obusierset les pièces de 4 pou valent êtrs transportés par terre, soit dans des troncs d'arbres creusés en forme de traîneaux, soit avec des leviers. Les munitions pouvaient être portées à dos, soit par des chevaux d'attelage, soit par des mulets de réquisition. Les montagnes delà Ligurie sont pleines de mulets de bât. Florence, Livourne,

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Sarzana, la Spezin, ne manquaient pas de bals pour harnacher les chevaux. La Corniche, de la Spezia à Gènes, longe la mer et ne traverse que des collines ; on n'y trouve aucune montagne, l'arlilleric pouvait passer facilement; elle a passé le grand Saint-Bernard en 1800; en 1794 et 1795 elle avait passé de Xice à Savone. Enfin on pouvait embarquer Tarlillerie comme on l'a fait après la bataille de la Trebbia; il ne fallait que quelques felouques pour la porter en deux jours à Gênes par le cabotage le long des côtes. Il y avait des centaines de 1 àtiments à Livourne, à la Spezia, etc. L'escadre anglaise n'était pas dans ces parages; y eût-elle été , elle n'eût pas pu empêcher le cabotage; et, quand bien même Alacdonald eût perdu ses pièces de position, c'était de peu d'importance, puisque, en conservant les chevaux et les harnais, il eût en vingt-quatre heures reformé son équipage dans une place comme Gênes, où, indépendamment de l'artillerie génoise, il y avait l'artillerie française provenant de l'évacuation de l'Italie; les arsenaux de Xice, d'xAntibes, de Toulon, étaient d'ailleurs abondamment pourvus.

2" Marcher avec une armée de 40,000 hommes pendant l'espace de quarante lieues dans la vallée du Pô, depuis Bologne jusqu'à Xovi, le flanc droit exposé aux débouchés du Pô, dont l'ennemi occupait toute la rive gauche, sans pouvoir conserver la possession de ses derrières, exposé ainsi m avoir

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Tennemi en front, en queue et en flanc, c'était une opération folle. Mais enfin, si l'on était résolu à l'entreprendre, il fallait la faire rapidement, à marches forcées, à tire-d'aile , être le 28 mai à Alodène* et arriver le 4 juin à \ovi ; alors Souvarof n'aurait pas eu le temps de réunir son armée. Au lieu de cela, le général de l'armée de \aples resta quatorze jours à Florence sans bouger, ce qui permit aux généraux autrichiens d'être bien instruits de l'orage qui se préparait. Arrivé le 15 juin à Plaisance , il y séjourna inutilement deux jours, ce qui donna le temps à Souvarof d'arriver de Turin.

Il est des militaires qui ont dit que Alacdonald devait passer le Pô et se porter sur le Serraglio ; mais ils ne savent pas que pendant juillet le Serraglio est inhabitable, que l'armée y eût perdu 500 hommes par jour; qu'une fois passé sur la rive gauche du Pô, l'Oglio, l'Adda , Je Tessin formaient de grands obstacles.

3° Les troupes françaises ont montré à la Trebbia le courage et l'intrépidité de ces vieilles bandes fières de leurs lauriers d'Italie et de ceux qu'elles venaient de cueillir à Xaples. Mais le terrain a été mal choisi , les opérations mal dirigées, Alacdonaîd n*y a montré que de l'intrépidité. L'armée française avait, pendant cette bataille, la droite au Pô, la gauche aux montagnes, les derrières sur la ville de Plaisance, dont l'ennemi occupait la citadelle. Sou-

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varof, au conlmirc, avait sa droite aux montagnes, sa gauche au Pô, ses derrières sur Torlone, où était le corps (le Bellegarde; sa retraite était ainsi assurée sur ses derrières et sur la rive droite du Pô, dont il était maître.

Un grand général, résolu à livrer bataille avant la réunion des deux armées , se fût présenté sur le champ de bataille de la Trebbia, sur la rive droite du Tidone, en masquant sa véritable ligne de bataille par la cavalerie et ayant l'air d'avoir sa ligne d'opération sur Plaisance, mais l'ayant effectivement sur Bobbio et Gènes ; la gauche de sa ligne de bataille étant alors du côté de Tortone , la droite du côté de Plaisance et parallèlement à la chaussée de Plaisance à San-Giovanni, à cheval sur le chemin de Plaisance à Gènes par Bobbio, et tendant à jeter l'ennemi dans le Pô. Tous les efforts que l'ennemi eût faits le long du Pô pour gagner la chaussée de Plaisance, efforts qu'il eût cru devoir décider de la victoire, n'auraient abouti qu'à lui faire prêter le flanc droit à l'armée française et à l'entraîner à sa perte.

La retraite de Parmée devait être sur Bobbio; la route est bonne pour l'artillerie pendant quatorze lieues, jusqu'à Ponte-Rovegno. Arrivée à la source de la Trebbia, l'armée se fût trouvée à trois lieues de la Bocchetta; sa jonction eût été faite dès lors avec Parmée d'Italie, communiquant par la chaîne

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supérieure de l'Apennin. Du champ de bataille de la Trebbia , en quatre jours rarmée arrivait sur Gènes; elle n'eût pas été arrêtée une seule heure par la difficulté du passage de l'Apennin.

4° La retraite de Macdonald sur Parme , Alodène et la Toscane, devait entraîner sa ruine ; elle l'exposait de nouveau pendant quarante lieues à être enveloppé par Hôhenzollern, Kray et Klenau , déjà sur ses derrières, pendant que Souvarof lui couperait sa retraite par Gènes et la Toscane, ce qui le rejetterait sur Rome et rendrait impossible son retour en France. Il est enfin arrivé à Gènes, mais seulement trente jours plus tard et avec 8,000 hommes de moins; il a couru beaucoup de dangers de gaieté de cœur; il pouvait être en quatre jours sur l'Apennin, à la droite de Aloreau.

Septième oh servation : Souvarof . — P Le maréchal Souvarof avait Tàme d'un grand général , mais il n'en avait pas la tête. 11 était doué d'une forte volonté, d'une grande activité et d'une intrépidité à toute épreuve; mais il n'avait ni le génie ni les connaissances de l'art de la guerre. Lorsqu'il arriva sur TAdige , Kray avait enfoncé les portes de l'Italie, Alantoue et Peschiera étaient cernés, et Scherer était derrière l'Adda, affaibli par la perte de deux batailles et par les garnisons qu'il avait jetées dans Mantoue, Peschiera, Bresoia, Bergame, Fer-

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rare, le fort Lrbano et Pizzighettone. II ne pouvait plus se relever et ne pouvait plus être dangereux que par sa jonction avec l'armée de Xaples. Souvarof devait, dans (outes ses manœuvres, ne se proposer qu'un but : empêcher cette jonction. Ce fut justement la seule chose â laquelle il ne pensa pas ; il a agi sans plan, sans calcul.

2° Il chargea le général Kray avec 25,000 hommes d'assiéger Alantoue, et envoya le général Klenau avec 9,000 hommes investir Ferrare et observer la rive droite du Pô. Le siège de Hlantoue ne pouvait pas être entrepris tant que l'armée de Xaples ne serait pas passée; il fallait donc bloquer cette place avec 10,000 hommes, et envoyer Kray, avec 25,000 hommes, s'emparer de Bologne, désarmer les patriotes de la rive droite du Pô, y prendre des otages, entrer en Toscane , défaire les divisions Montrichard et Gaultier, qui étaient dans ces pays, et, interceptant tout à fait les communications de l'armée de Xaples avec celle d'Italie, les obliger à se replier sur Rome ou Gênes. Les 25,000 hommes de Kray se morfondirent dans les marais de Mantono et peuplèrent les hôpitaux ; le siège de Alantoue fnt levé deux fois par la crainte de l'armée de Xaples. La division Klenau, trop faible, se contenta de bloquer le château de Ferrare , et laissa les divisions françaises Montrichard et Gaultier maîtresses de la Romagne, de la Toscane et des débouchés de

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rApennin. Les communications entre Farniée tle Kaples et celle de l'Italie ne furent pas interceptées un seul jour, et, lorsque Alacdonald arriva en Toscane , il fut renforcé de toutes les troupes françaises qui s'étaient maintenues dans les Légations et en Toscane.

3" Les manœuvres de Souvarof, de Milan sui Vogliera; ses tentatives mal conçues pour déposter les Français de la position du Tanaro ; la manière dont il jeta une belle division russe dans les mains de son ennemi, au confluent du Tanaro et du Pô; son changement de projet, en abandonnant la rive droite du Pô et se portant sur Turin et les vallées des Alpes ; trente jours perdus dans ces incertitudes et ces fausses manœuvres, pendant que l'armée de Naples arrivait dans la Rivière de Gènes , indiquent un homme qui n'avait aucune connaissance des principes de la guerre. Il eût dû, de Milan , arriver en quatre jours sur Voghera, envoyer Mêlas avec 30,000 hommes à la poursuite de Aloreau, se porter sur Gènes avec 20,000 hommes (il y serait arrivé le 6 mai au plus tard), de là aller joindre le général Kray en Toscane, et, ayant ainsi réuni 45,000 hommes, se porter à la rencontre de Macdonald, qui n'en avait pas 30,000. Pendant ce temps Mêlas, avec 30,000 hommes, eût tenu Moreau en échec sous Turin et dans le comté de Xice ; ce qui , joint aux 10,000 hommes sous Mantoue, aux 5,000

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devant la citadelle de Alilan et à 10,000 hommes pour observer Alexandrie et Tortone, aurait employé ses 100,000 hommes. L'escadre anglaise, qui croisait sur les cotes de Toscane et de Gùues, lui eût rendu de grands services. Il est probable que Tarmée de Xaples aurait rétrogradé sur Rome; elle eut été perdue pour la France.

4° Après la perte de la bataille de la Trebbia, pas un homme de Farmée de Alacdonald n'eût du rentrer en France, ce qui aurait évité la bataille de Novi ; dès lors l'Italie était conquise. Mais Souvarof, au lieu de couper l'armée française de Gènes, en marchant rapidement sur l'Apennin, abandonna sa poursuite au moment le plus important, et cette armée lui échappa.

D'après le manuscrit original donné, en 1841, par le général IJertraiid à la Bibliothèque de la ville de Chàleauroux.

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