‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la Guerre (volume 3)Chapitre 26 sur 45 · ARRIVÉS PENDANT LES SIX DERNIERS MOIS DE 1T · texte numérisé non relu

ARRIVÉS PENDANT LES SIX DERNIERS MOIS DE 1T

OBSERVATIONS SLR LES ÉVÉNEMENTS MILITAIRES EX HOLLANDE, EN SUISSE ET EX IT.ALIË, PENDANT LES SIX DERNIERS MOIS

DE ns9.

V. Première observation ; plans de campagne. V Le projet d'agir avec quatre armées eu Italie, en Suisse, sur le Rhin et en Hollande, de réunir les troupes d'une même nation , autant que cela se pouvait, dans une même armée, était bon en luimême; mais il eût fallu le mettre à exécution au commencement ou à la fin de la campagne. Pendant les quartiers d'hiver, les mouvements se font sans

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inconvénient et les états-majors ont le temps crétudier le pays, connaissance bien importante.

2° Il eût fallu faire agir les Russes sur le bas Rhin, en chargeant les Autrichiens de la Suisse et de ritalie. Les Russes ne sont pas propres à l'Italie.

3° L'invasion de la Hollande avec 45,000 hommes aurait réussi s'ils eussent agi réunis; si, débarqués le même jour, ils se fussent sans relard mis en marche sur Amsterdam. Le duc d'York eût fait son entrée dans cette capitale dans la semaine de son débarquement. Mais 15,000 hommes de l'armée débarquant vingt et un jours avant les 30,000 autres, il était impossible de rien espérer de bon d'une combinaison si fautive; c'était presque la seule qui pût faire échouer l'expédition, le cabinet de Saint- James eut la fortune de la rencontrer.

4" Le mouvement de l'archiduc sur le bas Rhin fut prématuré. Ce ne furent pas les dangers que pouvaient courir Philippsburg et rAlIemagne qui influèrent sur sa résolution , ce fut la volonté de ne pas être en retard et de seconder le mouvement de l'armée du duc d'York. La perte de la Suisse et la défaite de Korsakof ont été la suite de ce faux mouvement de l'archiduc; ces événements doivent donc être attribués aux Anglais. Ainsi, en 1799 comme en 1800 , l'intervention de leur armée ruina la coalition.

5° Les armées des Alpes et d'Italie eussent dû

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être réunies sous un même chef; le défaut d'ensemble entre ces deux armées a été funeste. Les plans adoptés à Paris étaient contre toutes les règles de Tart de la guerre. La guerre étant un métier d'exécution , toutes les combinaisons compliquées doivent en être écartées. La simplicité est la première condition de toutes les bonnes manœuvres ; il vaut mieux faire trois ou quatre marches de plus et réunir ses colonnes en arrière et loin de l'ennemi, que d'opérer leur réunion en sa présence.

Deuxième observation : Masséna ; Lecourhe. — 1" Après le détachement de Bellegarde en Italie, l'armée française d'Helvétie a été constamment plus forte que l'arniée autrichienne. Masséna eût dû profiter des grands avantages que sa droite remporta les 1-4, 15 et 16 août. Son succès était certain s'il eût fait manœuvrer Lecourhe sur la rive droite de la Linth et du lac de Zurich, s'il eût concentré le reste de son armée sur la Limmat et passé celte rivière. Il se cassa le nez devant les remparts de Zurich ; il était évident que , pour battre les Autrichiens avant l'arrivée des Russes, il fallait passer la Limmat.

2** A l'armée du Bas-Rhin, Lecourhe traversa le Rhin avec 20,000 hommes. Il investit Philippsburg. Que voulait-il? Prendre Philippsburg? Alais, IMl n'avait pas d'équipage de siège; 2° ce siège aurait

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duré trente à quarante jours; la saison était trop avancée ; 3° il ne pouvait se flatter avec des forces si inférieures de prendre une place de cette importance, à quatre marches de toute rarméedeVarchiduc. Il fallait au préalable chasser ce prince nonseulement de Donaueschingen , mais mèmedX'lm, et le rejeter au delà du Lech ; ou bien, pour prendre cette forteresse en sa présence, il fallait se couvrir par des lignes de circonvallation , selon l'ancien usage; ce qu'il n'a pas fait. L'archiduc ne pouvait être rejeté au delà du Lech que par un mouvement combiné avec Tarmée d'Helvétie, et dans ce cas, il eût été préférable que l'armée du Bas-Rhin, au lieu d'agir sur Textréme droite du prince Charles, à cinquante lieues de l'armée d'Helvétie , eût agi dans un système contigu à celui de la principale armée.

3" Du 10 octobre au 15 novembre, pendant trentecinq jours, Masséna n'a fait aucun mouvement; et cependant Lecourbe, quoiqu'il eût éprouvé un échec qui Tavait obligé de lever le siège de Philippsburg, recommença de plus belle et se battit pour se battre, mais contre des forces doubles; il courut, de gaieté de cœur, le risque d'être jeté dans le Rhin ou dans le \eckar. Tout lui conseillait de rester tranquille sur la rive gauche du Rhin, pour grossir son armée, la former, la discipliner; s'il voulait absolument faire ^ une diversion, ce n'était pas en bloquant Philipps-

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burg, OU en s'enfonçant dans rAlIemagne avec de petites forces, qu'il pouvait y réussir; c'était en s'étahlissant solidement sur un point de la rive droite , devant Kebl ou devant Manheim , en y construisant un camp retranché, qui, d'abord de 20,000 hommes, eût été bientôt de 30 à 40,000, ce qui eût inquiété le prince Charles, eût favorisé les opérations de l'armée d'Helvétie et tenu toute l'Allemagne en alarme. Ce genre de diversion était analogue au genre de guerre que faisait Masséna, qui, après la bataille de Zurich, se tint sur la défensive. Lorsque le corps principal est immobile , un corps séparé et secondaire ne doit pas faire diversion par un mouvement actif ou d'invasion ; il doit se conformer à l'attitude du corps principal et peser sur le théâtre des opérations par une contenance défensive , en occupant une position qui soit de sa nature menaçante. En trois jours, une armée bien constituée doit remuertant de terre, creuser de si bons fossés, s'environner de tant de palissades, de pieux, depalanques crénelées, etc., mettre en batterie tant d'arlillerie, qu'elle doit être inattaquable dans son camp. Une armée de 20,000 hommes peut, sans le secours des paysans, remuer en trois journées 30 à 40,000 toises cubes de terre. Le premier profil de Vauban n'emploie que 2 toises 12 cubes de terre par toise courante. Près du Rhin, le général Lecourbe eût tiré un grand secours des eaux et des bois.

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Troisième observation : Hollande ; duc d'York, — 1° Le général Abercromby occupa près de vingt jours la pctsition de la Zype , d'abord avec 12,000 hommes, ensuite avec 17,000. Son but était, 1° de couvrir la passe de la rade du Texel, où devaient débarquer les autres divisions de Tarmée; 2° d'ouvrir Tentrée du Zuiderzee aux escadres et flottilles anglaises et de porter l'alarme jusqu'aux murs d'Amsterdam. Mais, pour remplir ce but, il n'était pas nécessaire qu'il se porlàt sur la Zype. Le 10 septembre il a été attaqué par l'armée gallo-batave , forte de 25,000 hommes; s'il eût été battu, il eût pu difficilement gagner le Helder; tous les projets des cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg eussent été renversés. Ce général a par cette conduite aggravé encore les vices du plan de campagne. Aussitôt après son débarquement, il devait prendre position dans les lignes du Helder, occuper par des redoutes les dunes Morland et se couvrir par des inondations et des chaloupes canonnières; alors il eût été inattaquable. Dans cette position, sous le canon de son escadre, il était maître de la porte du Zuiderzee ; le duc d'York eût débarqué sous sa protection. Alors seulement, avec toute rarmée réunie, forte de 40,000 hommes, il devait se porter en avant.

2<* L'armée gallo-batave a échoué dans son attaque de la Zype, le 10 septembre. S'il arrive quel-

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qucfois que 17,000 hommes en battent 25,000, cela ne justifie pas la témérité de celui qui s'expose à cette lutle sans motif. Lorsqu'une armée attend un renfort devant tripler sa force, elle ne doit rien risquer, pour ne pas compromettre un succès qui est certain après la réunion de toutes ses divisions. Cependant, si le général Brune eût attaqué à fond la Zype, il eût réussi. Toute armée en retraite ne peut être attaquée qu'après que sa position a été bien reconnue. L'armée gallo-batave devait donc, le 10 septembre, prendre une position à portée du canon de la Zype; ce mouvement eût été terminé à midi. Son général eût dû employer le reste du jour et le lendemain à reconnaître, à méditer, à arrêter son plan d'attaque, à en instruire les généraux et les commandants des colonnes , à faire faire des fascines, à préparer les madriers, les ponts, les outils. Il eût alors reconnu que la droite de l'ennemi, entre la mer et le village de Krabbendam, sur une étendue de près de 3,000 toises, était la partie la plus forte de sa position, parce qu'au pied de la digue de la Zype coule le canal d'xAlkmaar, large et profond ; que des frégates et des canonnières embossées flanquaient cette ville; que du village de Krabbendam à celui de Sant-Maarten il y a une lieue et demie; qu'enfin de Sant-AIaarten aux grandes inondations du Zuiderzee il y a deux lieues. En menaçant la droite, on ne devait attaquer réelle-

ment que vers Sant-AIaarten, sur trois lignes, à 2 ou 300 toises l'une de l'autre; l'ennemi, surpris par cette grande réunion à la pointe du jour, n'eût pu opposer aucune résistance sérieuse. Son extrême gauche enfoncée, tournée, menacée sur ses derrières, il eût rétrogradé en toute hâte sur le Helder, étant obligé de combattre en marche. Le général d'artillerie de l'armée gallo-batave devait se pourvoir pour cette opération de huit ou dix batteries de 12 et d'obusiers, indépendamment de l'équipage ordinaire de l'armée, afin de faire précéder l'attaque par une vive canonnade qui fit taire les canons de campagne de l'ennemi. Le général du génie devait se pourvoir, 1° d'un bon nombre de bateaux et autres objets pour jeter en peu d'heures plusieurs ponts sur les canaux ; 2° des outils, des sacs à terre nécessaires pour exécuter promptement le logement sur la digue et tous les autres travaux que les circonstances pourraient exiger. Si le général Abercromby eût pris les positions du Helder , il n'eût pas couru les dangers auxquels il s'exposa.

3° Le duc d'York a perdu la bataille de Bergen, qu'il devait gagner, parce que, la veille, dans le dessein de tourner l'armée gallo-batave, il détacha Abercromby sur Hoorn avec 15,000 hommes, le tiers de son armée; de sorte que le 19, pendant la bataille , Abercromby était à sept lieues du feu , cantonné à Hoorn; autant valait-il qu'il fût sur la

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Tamise. Toutes les règles de la guerre proscrivent de pareils détachements, mais surtout dans des pays tels que la Hollande, où une digue coupée met un obstacle infranchissable entre le détachement et Tarmée. Il en est résulté qu'au lieu de livrer la bataille avec 40,000 hommes le duc d'York ne Ta donnée qu'avec 25,000, force égale ou même inférieure à celle de l'armée gallo-batave. S'il eût placé Abercromby à la droite au lieu de la gauche, et l'eût mis en deuxième ligne derrière Hermann, il eût couché dans Amsterdam peu de jours après et y eût arboré les couleurs d'Orange.

4" Pendant la bataille, les trois colonnes d'attaque d'Hermann , de Dundas et de Pulteney étant séparées entre elles par des obstacles naturels, à mesure que le général russe Hermann s'est avancé, sa position est devenue plus mauvaise, parce que le canal d'Alkmaar, qui le séparait du reste de l'armée, allant toujours en s'éloignant de la mer, ce généra! se trouvait avoir les deux flancs en Tair, et ne pouvait pas avec seize bataillons couvrir les trois lieues de terrain entre la mer et Alkmaar. Le centre et la gauche de l'armée ne pouvaient avancer à sa hauteur, à cause des canaux et autres obstacles du pays, qui favorisaient la résistance des Gallo-Bataves. Au lieu de ces dispositions vicieuses, le duc d'York devait faire manœuvrer ses trois divisions en échelons, savoir : Hermann appuyé à la mer, en avant; Dun-

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das au centre, en arrière; Pulteney, sa gauche au canal, plus en arrière. Lorsque Herniann serait arrivé à la hauteur de Bergen, l'échelon de gauche serait arrivé à la hauteur du village de Schoorldam, Hermann serait entré à Alkinaar avant neuf heures du matin, se serait emparé du quartier général français, de ses parcs et de ses communications; répouvante et le désordre auraient gagné le centre et la gauche, où commandaient Dumonceau et Daendsls , qui eussent fait leur retraite avec précipitation dans des pays coupés, et lorsque la fusillade et la canonnade de Hermann eussent été déjà à deux lieues sur leurs derrières.

5° La bataille d'Egmond et la bataille de Castricum étaient inutiles : la journée de Bergen avait décidé de la campagne. La Hollande était sous les armes; Tarmée française aurait reçu beaucoup de renforts; un grand nombre de bataillons étaient en chemin ; Masséna avait battu à Zurich la grande armée des alliés le 24 septembre, ce qui avait obligé l'archiduc à quitter le bas Rhin et à rétrograder sur le Danube. Or, sans la présence d'une armée autrichienne sur le bas Rhin, l'armée anglo-russe ne pouvait espérer de se maintenir à Amsterdam ; elle y aurait été compromise. A la bataille d'Egmond, le duc d'York fit de meilleures dispositions, mais il était trop tard.

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Quatrième observation : Hollande ; Brune. — 1* Le général Brune perdit les dix derniers jours d'août dans une fâcheuse irrésolution. Pour se décider, il attendit de bien connaître ce que voulait l'ennemi ; il pensa qu'il valait mieux agir lentement que d'agir mal et à contre-sens. Cette circonspection n'était pas de saison ; il ne pouvait y avoir aucun doute sur le point d'attaque des Anglais, Ils voulaient prendre la Hollande ; ils ne le pouvaient faire qu'en s'emparant du Zuiderzee; pour cela il leur fallait le Helder.

En effet, la Hollande est une plaine rase qui a la forme d'un losange, dont Fîessingue, le Texel, Delfzyl et Ximègue sont les .quatre angles. Le côté du Texel à Fîessingue est de quarante-cinq lieues , celui de Fîessingue à Ximègue de trente-cinq ; ce qui donne mille cinq cent soixante et quinze lieues carrées de surface , sur laquelle la mer intérieure appelée Zuiderzee en a 4 ou 500. La Hollande est au confluent de l'Escaut, de la Aleuse et du Rhin. Les eaux de ces trois grandes rivières se mêlent par plusieurs larges embranchements et communiquent entre elles par un grand nombre de canaux ; tantôt elles couvrent d'inondations et dévastent ces belles plaines, tantôt elles les arrosent, fertilisent et embellissent. Les eaux douces sont séparées de l'Océan par un système très-soigné d'écluses, qui, dans les basses marées, leur permettent de s'écouler dans

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la mer, et qui, dans les hautes marées, arrêtent et empêchent les flots d'inonder le pays; car la Hollande est en général, et dans sa plus grande partie, au-dessous des hautes marées; de sorte que, si elle n'était protégée par des digues et des écluses, elle serait couverte par la mer deux fois par jour. La Batavie faisait partie de la Gaule ; géographiquement elle fait partie de la France. L'Escaut la sépare des Pays-Bas, l'Ems de l'Allemagne; c'est l'entrepôt naturel du nord au midi de l'Europe, par les grandes artères du Rhin , de la Meuse, de l'Escaut, de l'Ems, par les ports de Flessingue , de Rotterdam et d'Amsterdam. Cette dernière ville fut longtemps la métropole du monde commerçant. Les blés et les charbons de la Belgique, les flottes de bois du Rhin et de ses affluents, ont été les principales sources de la richesse de la Hollande et forment les branches naturelles et locales de son commerce. La Meuse et le Rhin, ses frontières du côté de la France, ont été rendus redoutables par l'art. La route militaire la plus convenable aux armées françaises pour entrer en Hollande est celle de Ximègue et d'L'trecht.

Du côté de la mer, la Hollande peut être attaquée par l'Escaut, la Meuse et le Zuiderzee. Une armée, débarquant dans l'Escaut, est d'a])ord arrêtée par Flessingue, le fort de Bath et Berg-op- Zocm. D'ailleurs les branches de l'Escaut oriental,

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celles (le la Meuse, forment autant de lignes qu'il faut franchir. Si le débarquement s'opère dans la Meuse, l'armée est arrêtée par les places fortes d'Hellevoelsluis, de Brielle et par plusieurs branches de la Aleuse. Depuis la Meuse jusqu'au Helder, la plage est basse, bordée de dunes, sans aucune rade, golfe ni port. Pour s'emparer de la Hollande, il faut s'emparer d'Amsterdam ; et toute armée ayant ce dessein, et qui arrive par mer, n'a pas le choix ; elle doit se porter sur le Helder; maîtresse de ce point, elle l'est de la passe du Texel et de tout le Zuiderzee.

Le Zuiderzee est une mer intérieure, remplie de ports, oii débouchent des canaux qui communiquent sur tous les points de la Hollande : elle baigne les murs d'Amsterdam. Les bâtiments tirant plus de 16 pieds d'eau y naviguent difficilement. Cette circonstance avait décidé les ingénieurs constructeurs hollandais à donner à leurs Viiisseaux et à leurs frégates des formes rondes, tiPcint seulement 16 à 18 pieds d'eau; ce qui avait le plus grand de tous les inconvénients, celui de leur ôter toute marche. Des vaisseaux de construction hollandaise ne sont plus propres à lutter contre des vaisseaux de construction française et anglaise. Des chantiers d'Amsterdam, où se construisent les vaisseaux de guerre, on est obligé de transporter les carcasses dans les ports de Medemblik ou de \ieuwe-Diep, à l'aide

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de chameaux, et dans ces derniers ports seulement on achève leur armement. Pendant le temps que la Hollande a été réunie à l'Empire, on a mis sur les chantiers d'Amsterdam des vaisseaux de 7-4 et de 80 de l'échantillon français , et tirant 23 et 24 pieds d'eau ; on les a également placés sur des chameaux et transportés au Xieuwe-Diep, sur le Helder. Le Nieuwe-Diep était considéré par l'Empereur comme la clef de la Hollande, dont il fallait être assuré par une bonne place qui protè^jeàt l'arsenal et les chantiers que l'on y construirait, et défendît contre les vaisseaux ennemis la passe du Texel, l'entrée du Zuiderzee et la rade. D'autres passes permettent aux petits bâtiments d'entrer lians le Zuiderzee; mais les frégates et les vaisseaux de 74 ne peuvent y pénétrer que par la passe du Helder, en longeant la terre. Depuis la conquête de la Hollande, en 1793, on avait senti l'importance du Helder, mais les ingénieurs français et hollandais adoptèrent un faux système. Ils occupèrent ce point par des retranchements d'une si grande étendue, qu'il fallait une armée pour les défendre^ une armée placée ainsi, contre un ennemi maître de la mer, opérant un débarquement et se rendant maître du Texel, se serait trouvée cernée et obligée en peu de temps de capituler. En 1811, l'Empereur fit construire un petit hexagone, le fort Lasalle , couvert par des fossés pleins d'eau et des inondations ; il coûta un

OU deux millions. Il protégeait du côté de terre les nombreuses batteries de côte qui étaient placées à l'extrémité du Helder pour défendre la passe, la rade et l'escadre. En 1814, l'excellent amiral Ver Huell, avec 7 ou 800 Français, se jeta dans ce fort, et s'y maintint plusieurs mois maître de la passe et de la rade, quoique des révolutions intérieures eussent fait tomber Amsterdam et le reste de la Hollande. Si ce fort eût été établi vingt ans plus tôt, deux escadres bollandaises, qui furent prises ou se rendirent aux Anglais, auraient été sauvées.

Mais en 1799 ce fort n'existait pas. Les lignes du Helder n'étaient rien, une fois qu'elles étaient tournées par un débarquement au sud. 11 était donc évident que c'était près du Helder que l'armée anglaise devait débarquer pour s'emparer tout d'abord des lignes et des batteries qui défendent les passes^ puisqu'elle se trouvait par là dès le premier moment maîtresse du Texel et de l'escadre hollandaise mouillée au Zuiderzee. L'amiral hollandais n'avait pas la faculté de se réfugier dans le port d'Amsterdam , parce qu'il aurait fallu pour cela qu'il désarmât, et que les vaisseaux fussent mis sur des chameaux. Le général gallo-batave devait donc, lorsque le Directoire hollandais lui donna l'avis qu'une flotte anglaise avec une armée se présentait sur le Helder, porter sur-le-champ son quartier général au Helder, et y diriger en toute hâte les divisions Daendels,

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Diimonceau et Vandamme. Elles pouvaient y être arrivées le 27, et rejeter dans la mer Tarant-garde d'Abercromby, au moment de son débarquement; on eût ainsi sauvé le Helder etFescadre, et rendu nulle l'expédition.

2" Le général Daendels arriva avec sa division, forte de 10,000 hommes, au Helder, le 25. Il eut quarante-huit heures pour préparer le terrain où voulait débarquer Famiral anglais. Il pouvait, avec 9,000 hommes, remuer en quarante-huit heures 7 à 8,000 toises de terre, et mettre quarante à cinquante boucbes à feu en batterie. Il eût dû, P occuper la crête supérieure des dunes avec huit ou dix redoutes armées chacune de quatre ou cinq pièces, dont deux pièces de 36 ou de 24 et deux pièces de campagne, avec 2,500 hommes pour leur défense; 2' partager le reste de sa division en trois brigades de 2,500 hommes, Tune formant la réserve pour soutenir les redoutes, les deux autres, chacune avec neuf pièces de canon attelées, se portant par la droite et par la gauche sur Tennemi, aussitôt qu'il aurait mis pied à terre et que les vaisseaux embossés auraient été obligés de cesser leur feu. 11 était à croire que de pareilles dispositions eussent été couronnées par le succès. Ces cinquante bouches à feu pouvaient être prises au Helder, où il en existait une grande quantité; des détachements de Tescadre hollandaise pouvaient aider à cet armement

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et même au service des pièces ( une batterie de vingt pièces de 24 ou de 36 et de dix gros mortiers aurait été d'un grand effet contre la ligne d'embossage des chaloupes), et la mitraille des soixante-huit bouches à feu , y compris les pièces attelées, aurait détruit les troupes débarquées sur l'estran.

3" A la bataille de Bergen, le général Brune devait placer non-seulement la division Vandamme, mais aussi celle de Dumonceau, sur sa gauche, entre la mer et le canal. La division Daendels était suffisante pour garder l'espace situé sur la droite du canal d'Alkmaar.

4° Les huit jours du 11 au 19 septembre furent employés avec activité par l'armée gallo-batave à se retrancher. Ses retranchements furent élevés sans système. Les officiers du génie des divisions construisirent des redoutes sur les digues , barricadèrent les villages, firent ce qu'ils jugèrent pour le mieux. Alais le général du génie et le général en chef ne s'occupèrent d'aucun système central, ni de créer un point d'appui où toute Tarmée se fût réunie et eût imposé par sa position et sa contenance. L'armée anglaise était beaucoup plus forte que l'armée gallo-batave; c'était une chimère que de prétendre sérieusement l'empêcher de cheminer entre le canal et la mer, sur une étendue de deux ou trois lieues, parce que toutes les redoutes construites sur ces sables sont les plus mauvais et les

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plus imparfaits des ouvrages de campagne, déjà si faibles de leur nature. Alais il n'en était pas de même sur la rive droite du canal; où Ton peut partout se couvrir de fossés pleins d'eau et d'inondations, ce qui est incomparablement la meilleure défense : on pouvait s'y établir presque à l'abri de toute attaque de vive force. Il eût fallu construire, à cheval sur le canal, un camp retranché assez grand pour contenir Tarmée, couvrir ce camp d'inondations, et le fortifier de tous les secours de l'art ; trois ponts sur ce canal eussent permis de manœuvrer sur ses deux rives, et de se porter sur les derrières et le flanc de l'ennemi, s'il les eût négligés. Après avoir disputé toutes les avenues sur l'une et l'autre rive, les troupes centralisées dans ce camp eussent tenu en respect l'armée ennemie.

5° Le lendemain de la bataille d'Egmond le général Brune a opéré conformément aux règles de la guerre, en évacuant sa position et prenant celle de Beverwyk.

6° Après les batailles de Bergen, d'Egmond, de Castricum, avec les nouveaux renforts que l'armée batave, avait reçus et ceux qui étaient en marche, enfin après la victoire de Zurich, la convention d'Alkmaar doit être considérée comme une faute. On était à la mi-octobre, la mer était déjà trèsmauvaise en ces parafées; le duc d'York n'avait

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pas 25,000 combattants sous les armes; il y avait eu 16,000 hommes mis hors de combat par les batailles et les maladies. La Zype est une bonne position; mais elle n'est pas de nature à mettre une armée battue et inférieure en sûreté contre des attaques médifées, réitérées et soutenues par une artillerie nombreuse. Brune avait à sa disposition dans l'arsenal du Helder trois ou quatre cents bouches à feu de 12, des obusiers, des mortiers à la Coehorn. Amsterdam et les réquisitions des campagnes eussent fourni des attelages ; d'ailleurs les canaux suffisaient pour le transport des munitions. Il y avait quarante compagnies de canonniers hollandais dans les places, avec cent ou cent cinquante bouches à feu de trois calibres, indépendamment de l'équipage de campagne de l'armée. En réunissant tous ces moyens, la Zype eût été une faible protection pour l'armée anglo-russe; elle eût été forcée et rejetée en désordre sur le Helder. Une fois que la confusion commence à se mettre dans un corps d'armée en retraite, les suites en sont incalculables, plus encore pour une armée anglaise que pour toute autre. Brune a préféré suivre le proverbe de « faire à l'ennemi un pont d'or " .

Il a conduit la campagne sagement. Son armée a toujours été la plus faible en nombre et en qualité, hormis à la bataille de Gaslricum Les Anglais et les

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Russes étaient des troupes d'élite ; les troupes hollandaises au contraire étaient pour la plupart mauvaises ; beaucoup d'Allemands désertèrent.

Cinquième observation : Italie; Jouhert. — 1° Le général Joubert a aggravé le défaut du plan de campagne en se mettant en mouvement avec l'armée d'Italie six ou sept jours avant que Cbampionnet eût commencé ses opérations et opéré la diversion qui a obligé Souvarof à faire contre lui un détachement de son camp de Pozzolo.

2° Voulant livrer bataille devant Xovi, Joubert devait au préalable reprendre le petit fort de Serravalle, qui s'était rendu le 7 août; ce } este, dans l'ordre défensif , lui appartenait ; l'ennemi n'y avait pas de droit. Ce dernier, en l'occupant, interceptait une des routes de Xovi à Gènes, avait une vedette sur les derrières des Français, et possédait le point d'appui de leur droite, qui par là se trouvait en Tair.

3* La gauche de l'armée française n'eût pas dû déboucher par la Bormida et faire sa jonction à Novi avec la droite, en plaine, devant l'ennemi. Elle eût dû l'opérer derrière la Bocchetta, et, réunie à la droite, déboucher à Novi. Ceci est fondé sur ce principe, qui n'admet pas d'exception, que toute jonction de corps d'armée doit s'opérer en arrière et loin de l'ennemi. La droite et la gauche pou-

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valent être attaquées et battues isolément, lorsqu'elles étaient encore loin l'une de l'autre; il était important de cachera l'ennemi le mouvement offensif de l'armée. Si la gauche avait débouché par la Bocchetta, elle serait arrivée le 14 dans la soirée devant \ovi. Attaquant le 15, Souvarof aurait été surpris et n'aurait pas eu le temps de concentrer ses forces. L'armée eût pris position, Xovi au centre, et perpendiculairement à sa ligne de retraite de Xovi à Gènes. Un liront d'une iieue lui suffisait, savoir : 1,200 toises entre Kov'i et la Scrivia pour sa droite, et 1,200 toises pour sa gauche; alors son ordre de bataille eût été continué sur trois lignes. Sa force lui permettait de garnir 5,000 toises ; ce qui lui donnait une première ligne de 2,200 toises, une deuxième de 1,800, une troisième de 1,000.

4* L'armée, ainsi rangée, eût été placée pour l'ofTeubive comme pour la défensive, et son général n'eût été, dans aucun cas, forcé de recevoir la bataille dans cette belle position. La marche de gauche, par Acqui, l'obligea à garder comme ligne d'opération la chaussée de Capriata à Pasturana, et de laisser 3,000 hommes dans diverses positions pour assurer cette ligne. Cependant l'occupation du village de Pasturana, éloigné de 4,500 toises de JVovi, étendait trop la ligne, qui se trouva être de 5,700 à 6,000 toises, c'est-à-dire presque double de

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ce qu'elle pouvait être, vu le nombre de ses troupes à l'extrémité gauche. La chaussée de \ovi à Gênes fut compromise, les 1,200 toises de \ovi à la Scrivia n'étant défendues que par la division Watrin, qui, sur une seule ligne, ne pouvait couvrir que 1,000 toises.

5° Le mouvement de Watrin, lorsqu'il quitta sa position pour descendre dans la plaine prendre en flanc l'attaque des Russes sur Xovi eût été très-bon s'il l'eût fait avec une première ligne, et qu'il eût laissé une deuxième ligne, avec une réserve, sur sa position ; mais il était imprudent avec l'ordre de bataille de l'armée.

6° Le mouvement de Mêlas entre la Scrivia et Kov\ n'était pas de nature à obliger à la retraite : il était cinq heures du soir, le général français pouvait faire attaquer Mêlas ; d'ailleurs le vin était tiré, il fallait le boire; il fallait attendre la nuit. La retraite de l'armée sur Pasturana a été désastreuse ; elle devait l'être. Il fallait donc rester dans Xovi et s'y battre. On a fait, et il est arrivé ce qui pouvait arriver de pis. Si Joubert eût vécu, il n'eût pas ordonné la retraite, et le champ de bataille serait demeuré aux Français. A la guerre, il ne faut jamais rien faire de son gré qui soit pis que ce qui peut arriver.

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Sixième observation : Armée des Alpes; Championne f. — P Cliampionnet, pour opérer la diversion dont il était convenu, divisa ses 25,000 hommes en quatre divisions. La première entra dans la vallée d'Aoste, la deuxième passa le mont Cenis et arriva à Suze, la troisième passa le mont Genèvre, la quatrième le col de TArgentière et s'empara des Barricades. Il était impossible que Tennemi s'en laissât imposer par des attaques aussi faibles. L'œil le moins exercé ne pouvait y être trompé. Mais, si ces quatre divisions se fussent réunies sui" le mont Cenis par des marches combinées derrière les montagnes, si elles fussent descendues à Xovalaise, marchant sur Turin, leurs 25,000 hommes eussent facilement passé pour 40,000; cette capitale eût été fort agitée. Championnet eût dû alors prendre position sur Rivoli \ s'appuyant n des mamelons, et s'occuper de suite à se retrancher, en réunissant les deux autres positions entre Rivoli et Suse plus resserrées et plus fortes. Descendu du mont Cenis le 8 août, il serait arrivé à la position de Rivoli le 10. La division autrichienne chargée de la défense de Turin aurait porté l'alarme au quartier général de Souvarof, qui, dans la nuit du 11 an 12, le 13 au plus tard, aurait fait des dispositions

* Rivoli, ville des aucieas Étals sardes, à trois lieues ouest de Turin et à huit lieues et demie est de Suse.

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pour arrêter le mourement d'une armée aussi menaçante. On peut mépriser les entreprises de 5 à 6,000 hommes, mais on ne peut rester indifférent aux opérations de 30 à 40,000 hommes qui agissent sur vos derrières. Lorsque le 14 au soir Joubert aurait débouché sur Novi, le détachement de Souvarof sur Turin eût déjà été en marche.

2° Championnet devait rester campé avec toutes ses forces dans sa position de 12 à 1500 toises d'étendue, ses flancs appuyés à des ouvrages de fortiBcations, bien placés ei bien palissades, et son front couvert de redoutes ; fourrageant la plaine pour réunir des vivres de toute espèce dans son camp, il eût ainsi porté partout Talarme. Dans une pareille position il n'avait rien à craindre; il fallait toute Tarmée de Souvarof pour le déposter, et alors même il avait le temps de recevoir l'ennemi, de déployer, de ranger son armée en bataille. Si Joubert était vainqueur, il était en mesure de se joindre à lui en deux marches-, s'il était vaincu, il avait le temps de repasser tranquillement les montagnes sans se compromettre et sans attendre le ralliement de toute l'armée ennemie. Cette manière d'opérer une diversion était la seule dont on pût espérer de bons effets. Sans doute il eût mieux valu que ces 25,000 hommes eussent été réunis à Xovi par des marches combinées derrière les montagnes; mais enfin c'était la seule manière de corriger les

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défauts du plan de campagne adopté par le gouvernement.

3* La marche sur la Bocchetta pour débloquer Tortone est blâmable. L'armée de Kray était nombreuse, composée de vieux soldats encouragés par la victoire. Si Aloreau eût été vainqueur, sans doute il fût arrivé à Tortone; mais il n'aurait pas pu s'y maintenir plus de quaranle-huit heures, puisque Mêlas serait accouru de Coni au secours de Kray; ce qui eût forcé l'armée française à rentrer dans les montagnes, et à abandonner Tortone à son sort. La parole du commandant de cette place aurait été dégagée , il est vrai; mais les vivres qu'on pouvait y faire entrer en quaranle-huit heures n'auraient renouvelé ses approvisionnements que pour peu de jours, la ville se fût également rendue. C'était une acquisition faite par l'ennemi sur le champ de bataille de Xovi : on ne pouvait la lui ùter.

4° Championnet renouvela, pour favoriser le mouvement de l'armée d'Italie sur Tortone, ce qu'il avait fait en août. La division qui était à Aoste se porta sur lefortdeBard, celle de Suse sur Turin, lui de sa personne surPignerol. Tous cesmouvements éparpillés, sans plan, sans couleur, le conduisirent à un échec.

Au lieu d'opérer ce mouvement trois jours avant ceux de Moreau , il ne les fit que plusieurs jours après; de sorte que, ayant rejeté l'armée d'Italie au delà de la Bocchetta le 9 septembre, et pris position

à Tortone le 11, Kray eut le temps de se porter sur Cherasco et Fossano, de combiner ses mouvements avec Alelas, et de se réunir à lui pour cerner l'armée des Alpes et la précipiter dans les vallées au pied des montagnes, après lui avoir fait éprouver une perte sensible. Les mêmes bataillons qui avaient repoussé Moreau le 9 septembre, dans son attaque sur Serravalle et Novi, battirent Championnet le 18 à Fossano.

Si son armée eût été concentrée dans les mains d'un général de quelque habileté, elle eût pu frapper de bien grands coups ; car les combats , les maladies de Tautomne, Téloignement de Souvarof, avaient considérablement affaibli les Autrichiens. Mêlas seul n'aurait pu lutter contre celte armée, et, en agissant en temps propice, elle empêchait Kray, occupé par Moreau, de secourir Mêlas. Ces deux généraux ne purent réunir que 30,000 hommes; Championnet, en concentrant ses divisions, eût eu une force égale; mais, par son inhabileté, il ne leur opposa à Fossano que 7 ou 8,000 hommes.

Septième observation : Armée des Alpes et d'Italie; Championnet. — 1° En octo])re , Mêlas n'avait plus qu'un but : prendre Coni pour être maître de toute l'Italie, et obliger les Français à hiverner au delà des Alpes. Championnet, au contraire, voulait conserver cette clef de l'Italie pour

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prendre ses quartiers d'hiver dans les plaines fertiles du Piémont. Il eut raison de penser que le moyen le plus efficace de faire échouer les plans de Tennemi était de porter son quartier général à Coni, et de réunir une armée dans un camp en avant de cette place. Mais quand, par ce mouvement, il eut contraint Aielas à en lever le blocus et à reployer son armée sur la rive gauche de la Stura, en lui abandonnant toute la rive droite; quand non-seulement Coni était débloqué, mais encore que ses communications étaient devenues libres avec Savone, Carrù, Alondovi , les cols de l'Argentière et de Tende, il avait réussi, il n'avait plus rien à faire : il devait persister dans ses projets, fortifier son camp, accroître son armée, faire entrer dans ses lignes Duhesme et ses 15,000 hommes. Le général autrichien eût été obligé, soit à renoncer à son projet, soit a attaquer le camp formidable des Français pour les forcer à abandonner Coni; ce qu'il ne pouvait entreprendre sans être assuré d'avance de sa défaite. Mais, loin de là, Cbampionnet sortit de son camp avant d'avoir fait sa réunion avec Duhesme ; il manœuvra sur les deux rives de la Stura de ses quatre divisions, il en plaça trois sur la rive droite, entre Alondovi et Coni, laissant écraser sa quatrième par Mêlas avec toute son armée. Cette faute eut des suites bien fâcheuses. La fatale bataille de Genola fit perdre aux Français 8,000 hommes,

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fît tomber Coni et éparpilla rarmée, qui, chassée de la plaine, périt de misère dans ses hirouacs, sur les montagnes de la Rivière de Gênes.

2° Alais, si enfin Championnet voulait absolument livrer bataille, il fallait qu'il marchât sur une seule rive de la Stura et eût toujours ses 25,000 hommes dans la main; que la réunion deDuhesme au camp de Coni se fîtparlesderrièresetnon en face de l'ennemi.

Dans les trois mois qu'il a commandé l'armée des Alpes, Championnet a, par des manœuvres calculées sur de faux principes, trois fois ruiné son armée, même sans mettre la fortune en balance; et cependant il avait des forces supérieures à son ennemi, non sur le champ de bataille, où il eut l'art de n'être jamais qu'un contre trois, mais sur le théâtre d'opération. Ses manœuvres et ses mouvements doivent être observés comme une série de fautes. Il n'a pas fait un mouvement qui ne soit contraire à l'art de la guerre. Lorsqu'une armée a éprouvé des défaites, la manière de réunir ses détachements ou ses secours et de prendre Tofiensive est l'opération la plus délicate de la guerre, celle qui exige le plus, de la part du général, la profonde connaissance des principes de l'art; c'est alors surtout que leur violation entraîne une défaite et produit une catastrophe.

D'après le manuscrit original, donné en 1841, par le général Bertrand, à la Bibliothèque de la ville de Chàteauroux.

DÉFEXSE DE GÊMES PAR MASSÉXA

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