VII. Septième observation. — 1° Le duc de
Wellington a été surpris dans ses cantonnements; il eût dû, dès le 1 5 mai, les concentrer à huit lieues autour de Bruxelles, tenant des avant-gardes sur les débouchés de Flandre. L'armée française manœuvrait depuis trois jours à portée de ses axantpostes; elle avait, depuis vingt -quatre heures, commencé les hostilités; son quartier général était depuis douze heures à Charleroi , que le général anglais ignorait encore tout à Bruxelles; et tous
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les cantonnements de son armée étaient encore en pleine sécurité, occupant un terrain de plus de vingt lieues.
2° Le prince de Saxe-Weimar, qui faisait partie de l'armée anglo-hollandaise, était le 15, à quatre heures du soir, en position en avant de Frasnes, et savait que Tarmée française était à Charleroi. S'il eût envoyé directement un aide de camp à Bruxelles, il y serait arrivé à six heures du soir; et cependant ce ne fut qu'à onze heures que le duc de WelIingtoD fut instruit que Tarrnée française était à Charleroi. Il perdit ainsi cinq heures dans une circonstance, et contre un homme, où la perte d'une seule heure était d'une grande importance.
3* L'infanterie, la cavalerie et l'artillerie de cette armée étaient cantonnées séparément, de sorte que l'infanterie se trouva engagée aux Quatre-Bras sans cavalerie ni artillerie^ ce qui lui fît éprouver une grande perte, puisqu'elle fut obligée de se tenir en colonnes serrées pour faire face aux charges de cuirassiers, et sous la mitraille de cinquante bouches à feu. Ces braves étaient ainsi à la boucherie, sans cavalerie pour les protéger et sans arlillerie } our les venger. Comme les trois armes ne peuvent pas se passer un moment l'une de l'autre, elles doivent être cantonnées et placées de manière à pouvoir toujours s'assister.
4° Le général anglais, quoique surpris, donna
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pour point de réunion à son armée, dans la journée du 16, les Quatre-Bras, déjà au pouvoir des Français. Il exposa ses troupes à être défaites partiellement et à mesure de leur arrivée : le danger qu'il leur fit courir était d'autant plus grand qu'il les faisait arriver sans artillerie et sans cavalerie; il livrait son infanterie morcelée et sans l'assistance des deux autres armes à son ennemi. Son point de rassemblement eût dû être Waterloo. Il aurait eu alors toute la journée du 16 et la nuit du 16 au 17; ce qui était suffisant pour y réunir toute son armée, infanterie, artillerie.
VIlï. Huitième observation. — 1° Le général anglais a accepté le 18 la bataille de Waterloo. Ce parti était contraire aux intérêts de sa nation, au plan général de guerre adopté par les alliés; il violait toutes les règles de la guerre. Il n'était pas de l'intérêt de l'Angleterre, qui a besoin de tant d'hommes pour recruter ses armées des Indes, de ses colonies d'Amérique et de ses vastes établissements, de s'exposer de gaieté de cœur à une lutte meurtrière qui pouvait lui faire perdre la seule armée qu'elle eût et lui coûter tout au moins le plus pur de son sang. Le plan de guerre des alliés consistait à agir en masse et à ne s'engager dans aucune affaire partielle. Rien n'était plus contraire à leurs intérêts et à leur plan que d'exposer le succès de
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leur cause clans une bataille chanceuse à peu pr(''S à forces égales, oii toutes les probabilités étaiciit contre eux. Si l'armée anglo-hollandaise eût été détruite à Waterloo, qu'eût servi aux alliés ce grand nombre d'armées qui se disposaient à franchir le Rhin, les Alpes et les Pyrénées?
2° Le général anglais, en prenant le parti de recevoir la bataille en avant de la forêt de Soigne, comptait sur la coopération des Prussiens; mais cette coopération ne pouvait avoir lieu que dans l'après-midi; il restait donc exposé seul, depuis quatre heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, c'est-à-dire pendant douze heures. Une bataille n*en dure par ordinairement plus de six ; cette coopération était donc illusoire.
3° Mais, pour compter sur la coopération des Prussiens , il supposait donc que l'armée française était tout entière vis-à-vis de lui ; il prétendait donc, pendant douze heures, avec 90,0C0 hommes de troupes de diverses nations, défendre son champ de bataille contre une armée de 104,000 Français.
Ce calcul était évidemment faux; il ne se fût pas maintenu trois heures; tout aurait été décidé à huit heures du matin, et les Prussiens ne seraient arrivés que pour être pris à revers. Dans une même journée les deux armées eussent été détruites.
4° S'il comptait qu'une partie de l'armée française aurait, conformément aux règles de la guerre, X. 18
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suivi rarmcG prussienne, il devait dès lors lui être évident qu'il n'en aurait aucune assistance, et que les Prussiens, battus à Ligny, ayant perdu 25 à 30,000 hommes sur le champ de bataille et en ayant 20,000 d'éparpillés, poursuivis par 35 à 40,000 Français victorieux, ne se seraient pas dégarnis et se seraient crus à peine suffisants pour se maintenir. Dans ce cas, l'armée anglo-hollandaise aurait dû seule soutenir l'effort de 62,000 Français pendant toute la journée du 18 ; et il n'est pas d'Anglais qui ne convienne que le résultat de cette lutte n'était pas douteux , que leur armée n'était pas constituée de manière à supporter le choc de l'armée impériale pendant six heures.
5" Pendant toute la nuit du 17 au 18 le temps a été horrible, ce qui a rendu les terres impraticables jusqu'à neuf heures du matin. Cette perte de cinq heures, depuisla pointe du jour, a été tout à l'avantage de l'ennemi. Mais son général pouvait-il faire dépendre le sort d'une pareille lutte du temps qu'il ferait dans la nuit du 17 au 18? Le maréchal Grouchy, avec 34,000 hommes et cent huit pièces de canon, a trouvé le secret, qui paraissait introuvable, de n'être, dans la journée du 17, la nuit du 17 an 18 et la matinée du 18, ni sur le champ de bataille du Mont-Saint-Jean ni sur Wavre. Mais le général anglais avait-il reçu l'assurance de ce maréchal qu'il se fourvoierait d'une si étrange ma-
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nièrc ? La conduite du maréchal Grouchy, qui s'était distingué si souvent depuis vingt ans à la tète de la cavalerie, était aussi imprévoyable que si, sur sa route, son armée eût éprouvé un tremblement de terre qui l'eût engloutie.
3" Si le maréchal Grouchy eût été sur le champ de bataille de Alont-Saint-Jean, comme l'ont cru le général anglais et le général prussien pendant toute la nuit du 17 au 18 et toute la matinée du 18, et que le temps eût permis à l'armée française de manœuvrer dans les terres à quatre heures du matin, avant sept heures l'armée anglo-hollandaise eût élé écharpée, éparpillée; elle eût tout perdu. Et si le temps n'eût permis de commencer la bataille qu'à dix heures, à une heure après midi l'armée anglohollandaise eût fini ses destins ; les débris en eussent été rejetés au delà de la forêt ou dans la direction de Hal ; on eût eu tout le temps, dans la soirée, d'aller à la rencontre du maréchal Blûcher et de lui faire éprouver un pareil sort. Si le maréchal Grouchy eût campé devant Wavre le soir du 17, l'armée prussienne n'eût fait aucun détachement pour secourir l'armée anglaise, et celle-ci eût été également et complètement battue par les 62,000 Français qui lui étaient opposés.
1° La position de Alont- Saint- Jean était mal choisie. La première condition d'un champ de bataille est de n'avoir nas de défilés sur ses derrières.
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Pendant la bataille, le général anglais ne sut pas tirer parti de sa nombreuse cavalerie j il ne jugea pas qu'il devait être et serait attaqué par sa gauche; il crut qu'il le serait par sa droite. Malgré la diversion opérée en sa faveur par les 30,000 Prussiens du général Biiloxi-, il eût deux fois opéré sa retraite dans la journée, si cela lui eût été possible. Ainsi, par le fait, ô étrange bizarrerie des événements liunvnins ! le mauvais choix de son champ de bataille, ■ i rendait toute retraite impossible, a été la cause de son succès.
IX. Neuvième observation. — On demandera : Que devait donc faire le général anglais après la bataille de Ligny et le combat des Quatre-Bras? Il ne peut pas y avoir deux opinions. Il devait traverser, dans la nuit du 17 au 18, la forêt de Soigne sur la chaussée de Charleroi dans le temps que Parmée prussienne la traverserait sur la chaussée de U'avre; les deux armées devaient se réunir à la pointe du jour sur Bruxelles, laisser des arrièregardes pour défendre la forêt, gagner quelques jours pour donner le temps aux Prussiens dispersés par la bataille de Ligny de rejoindre leur armée, se renforcer des quatorze régiments anglais qui étaient en garnison dans les places fortes de la Belgique ou venaient de débarquer à Ostende de retour d'Amérique, et laisser manœuvrer Tempereur des Fran-
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çais comiue il l'aurait voulu. Aurait-il, avec une arnièe de 100,000 hommes, traversé la forêt de Soigne, pour attaquer, au débouché, les deux armées ennemies réunies, fortes de plus de 200,000 hommes et en position? C'était certainement tout ce qui pouvait arrivei* de plus avantageux aux alliés. Se serait-il contenté de prendre lui-même position? Il n'eût pas pu la tenir longtemps, puisque 300,000 Russes, Autrichiens, Bavarois, déjà arrivés sur le Rhin, eussent été en peu de semaines sur la Afarne, ce qui l'eût obligé à courir au secours de sa capitale. C'est alors que l'armée anglo-prussienne devait marcher en avant et se joindre aux alliés sous Paris; elle n'aurait couru aucune chance, n'aurait éprouvé aucune perte, aurait agi conformément aux intérêts de la nation anglaise, au plan général de guerre adopté par les alliés et aux règles de l'art de la guerre.
Du 15 au 18 le duc de Wellington a constamment manœuvré comme Fa désiré son ennemi ; il n'a rien fait de ce que celui-ci craignait qu'il ne fit. L'infanterie anglaise a été ferme et solide. La cavalerie pouvait mieux faire. L'armée anglo-hollandaise a été deux fois sauvée dans la journée par les Prussiens : la première fois, avant trois heures, par l'arrivée du général Biilow avec 30,000 hommes, et la deuxième fois, à huit heures du soir, lors de l'arrivée du maréchal Bliicher avec 30,000 hommes.
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Dans cette journée , 62,000 Français ont battu 3 20,000 hommes. La victoire leur a été arrachée entre huit et neuf heures du soir, mais par 150,000 hommes.
Qu'on se figure la contenance du peuple de Londres, au moment où il aurait appris la catastrophe de son armée, et que Ton avait prodigué le plus pur de son sang pour soutenir la cause des rois contre celle des peuples , des privilèges contre l'égalité, des oligarques contre les libéraux, des principes de la Sainte-Alliance contre ceux de la souveraineté du peuple !
D après le manuscrit original communiqué par M™* la comtesse de Montbolon.