‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la GuerreChapitre 34 sur 199 · S. — A L'ELECTEUR DE BAVIERE · texte numérisé non relu

S. — A L'ELECTEUR DE BAVIERE

Camp de Boulogne, " fructidor an XIII (25 août 1805).

Mon Frère, mon aide de camp, le général de brigade Bertrand, remetira à Votre Altesse Electorale cette lettre. Je l'enioie pour qu'il voie la position de Passau, qu'il parcoure l'Inn, Ingolstadt, Ulm et les différents débouchés du Tyrol.

L'Autriche paraît vouloir la guerre ; je ne puis me rendre raison d'un tel égarement; toutefois, elle l'aura, et plus tôt qu'elle ne s'y attend. .l'ai contremandé les mouvemenis de mes escadres. L'existence de vingt-cinq régiments autrichiens dans le Tyrol menace trop la Bavière et mes frontières. J'ai déjà mis en mouvements différents régiments d'infanterie pour Strasbourg; vingt-six régiments de dragons et dix de cuirassiers, avec des attelages , et quarantepièces d'artillerie sont en marche pour l'Alsace. Cent mille hommes d'infanterie sont déjà désignés de mes camps pour s'y rendre.

^lon intention est de commander moi-même mon armée, et je serai, dans le courant de vendémiaire, auprès de Votre Altesse. Je ne puis lui donner

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une plus grande marque tle confiance que de lui confier ce secret, qui n'est connu d'aucun de mes ministres, et qui est encore dans ma jjIus arrièrepensée.

L'Autriche se repentira trop tard des fausses démarches qu'on lui fait faire. La Bavière y gagnera l'accroissement et la splendeur que lui réservent l'ancienne amitié de la France et la politique actuelle de mon empire.

Le général Bertrand , qui est un officier du génie d'une grande expérience, fera connaître à Votre Altesse s'il pense qu'on puisse tenir ou non dans Passau, ce qui serait assez important. Dans tous les cas, je désire que Votre Altesse, pour déguiser mes mouvements, devienne plus que jamais pacifique, feigne de craindre plus que jamais l'armée autrichienne. Qu'elle fasse confectionner à W iirzburg 500,000 rations de biscuit, sous prétexte d'approvisionner cette place, et 500,000 à Ulm. .le ferai rembourser le tout au trésor de Votre Altesse.

Voulant mettre beaucoup de rapidité dans mes mouvements, je ne puis qu'engager Votre Altesse à lever le plus de chevaux de trait qu'elle pourra. Si elle pouvait en faire fournir 2,000, les fonds en seraient faits sur-le-champ.

L'intérêt de Votre Altesse est que mon armée ne séjourne pas dans ses Etats ; il faut donc que je puisse les traverser rapidement cet automne.

11 n'y a qu'un moyen à l'Autriche de conjurer l'orage, c'est d'exécuter le recès do l'Empire, de renoncer au droit d'épave, d'évacuer le Tyrol, la Styrie et la Carinlliie, et de faire rentrer nés troupes dans leurs garnisons de paix; je le lui ai lait signifier. Je vois qu'il est dans son intérêt de jiasser l'automne et de gagner du temps pour former de nouvelles intrigues ; mais elles seront complètement déjouées.

Mon cœur saigne de douleur en pensant aux maux qui seront la suite de ces nouvelles circonstances. Mais Dieu sait que je suis innocent. J'ai deux fois sauvé l'Allemagne , deux fois rassis l'Autirche sur son trône ébranlé. Elle profite du temps où mes opérations maritimes sont commencées, où mes troupes sont campées sur le bord de l'Océan pour faire marcher ses troupes vers la Suisse, où je n'ai pas un homme, et menacer toutes mes frontières.

Je désire que Votre Altesse ne communique cette lettre à personne, pas même à ses ministres; c'est un secret que je confie à son honneur. Elle peut, dans toutes les circonstances , reposer avec tranquillité.

Si Votre Altesse ne voit pas d'inconvénient à envoyer près de moi un ingénieur qui connaisse parfaitement le pays, avec des cartes, je le recevrai avec plaisir.

Qne Votre Altesse ne néglige rien pour rendre

ma marche plus rapide; qu'elle me procure abondamment des subsistances et des charrois, sans se démasquer. Son intérêt, encore une fois, est que je ne m'arrête pas en Bavière.

Quant aux objets qu'elle aura fait fournir, je sais que, par le traité conclu entre nos ministres, je suis tenu de tout payer : tout le sera ponctuellement.

Mon intention est de confier mon avant-garde au prince Murât, qui pourra me précéder de quelques jours.

Je prie Votre Altesse de répondre à cette lettre par un courrier extraordinaire, sans attendre le retour de mon aide de camp, afin que je puisse profiter de tous les instants et donner un plus grand développement à nos armées combinées.

Napoléon.

Archives de l'Empire.

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