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que ce roman paraisse ou plutôt parce qu’il parait dans le journal des bourgeois et qu’il signale de grandes misères du peuple. En un mot, les ouvriers et les prêtres me paraissent les grands travailleurs intellectuels du moment; et si, comme vous semblez l’espérer et comme j'en ai la foi la plus ferme, Dieu veut modifier, par une révélation nouvelle, appropriée au temps actuel et à l’avenir, l’expression de son éternelle volonté, je pense que ce sont les ouvriers et les prêtres qui, les premiers, entendront sa parole et la proclameront. Le jour où les ouvriers et les prêtres s'uniront pour une œuvre commune, nous serons en pleine voie d'avenir; jusque-là, comment fonder? — Sans religion et sans peuple on ne fonde qu'un Parlement.
Vous le voyez, votre langage ne me fait pas sourire, mon oreille y est faite; je crains seulement, si J'ose le dire, que vous ne soyez trop exigeant envers Dieu, et que vous ne refusiez de croire à sa volonté, aux ordres qu’il donne aux hommes du dix-neuvième siècle, à moins que cette volonté n’ait pour sanction le martyre de ceux qui l’annoncent, et que ces ordres ne soient accom— pagnés d'événements que vous nommez surnaturels. Je ne vois pas que ces deux preuves soient indispensables aujourd’hui.
Ballanche a raison de dire que l’initié tue l'initiateur ; car le fils tue le père, en ce sens qu’il lui succède, et des peuplades sauvages pratiquent la chose à la lettre; toutefois l'humanité, en se développant, s'améliore, et quoique le fils succède au père et ne puisse pas l'empêcher de
er Gr ee mourir, il Paide, autant qu’il peut, à vivre, et lui rend la mort aussi peu douloureuse que possible, en lui donnant ses soins affectueux. Je ne vois donc pas pourquoi, à tout jamais, les prophèles devraient être insultés el martyrisés.
Quant au surnaturel, comme je ne connais rien dans la nature qui ne soit inexplicable, incompréhensible, à commencer par ma propre naissance, par ma vie de tous les jours, de chaque instant; comme tout ce qui est me PROUVE DIEU, je ne vois pas non plus en quoi il serait nécessaire d'imaginer une chose surnaturelle qui me le prouvât davantage. Ceux qui ont besoin de ces preuves sont ceux qui sentent Dieu dans telle ou telle chose ; mais ceux qui le sentent en tout ce qui est n’en ont pas besoin.
Si je ne me trompe, malgré le « Notre Père qui êtes aux cieux, » 1l est de foi chrétienne orthodoxe que Dieu est partout, mais nulle part entièrement. Il ne serait done pas plus intégralement et essentiellement dans le miracle surnaturel qu'il ne l’est ailleurs. Vous pensez sans doute qu'il s’y manifesterait davantage et d’une façon plus incontestable. Même en admettant cette pensée, Je ne vois pas pourquoi vous désireriez que l’on ne crût à la volonté de Dieu que lorsque l’on ne peut pas faire autrement; ce ne serait plus de la foi; le martyre et le miracle n’ont Jamais été, que je sache, d'obligation.
MM. de Ravignan et Lacordaire, MM. Bautain, Cœur et bien d'autres continuent, pour tous et pour moi-même, l’enseignement d’une doctrine qui a dix-huit siècles de vie. Or, j'ai déjà près d’un demi-siècle sur la têle, et