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vous m'engagez à attendre pour juger. Si mon Jugement était hostile, je comprendrais que vous m’engageassiez à le suspendre prudemment; mais Je crains que Yous-même n’ayez jugé mon jugement, avec la pensée préconçue qu’il devait être inévitablement hostile; s’il Pétait, ce serait tout à fait contre mon intention.
Je vous le répète, je ne crois pas et n’ai jamais cru que l'initié dût tuer l’initiateur, et j’ai toujours pensé que le fils devait amour et respect au père. Le catholicisme à reçu de Dieu, selon moi, des avertissements, depuis trois siècles surtout, auxquels il n’a pas prêté l'oreille; ses adversaires l'ont déclaré sourd : telle n’a jamais été ma pensée. Il à continué à vivre, comme il avait dû vivre pour élever la société qu'à grand’peine il avait fondée, tandis que cette société se décomposail pour se reconstituer sous une forme nouvelle. Tant qu’il ne s’est agi que de dissoudre, désunir, diviser, le catholicisme s’est tenu en dehors ou audessus de ce mouvement vers la mort. Maintenant qu'il s’agit, pour tout le monde, de reconstruire et de vivre, d’unir et d'associer, j'ai l'espoir qu'il ne manquera pas à cette tâche. Ce n’est pas à moi qu’il appartient de ly appeler aujourd’hui; d’autres voix que la mienne seront pour lui un appel plus efficace.
Je reviens à l'Algérie, dont ceci nous éloignerait trop. Si vous critiquez la place que j’assigne aux prêtres dans les villages coloniaux, et si vous trouvez insuffisant ce que je dis des ordres religieux travailleurs, je vous demande en grâce ce que vous croyez qu'on peut proposer de plus pour aider la religion à prendre, dans la fonda-
tion de la colonisation algérienne, la part qui peut lui être attribuée; Je dis qui peut et non pas qui doit ou devrait; ceci est question de pratique et non de théorie.
Avec la place que j'assigne à la religion, je crois que si elle veut et si elle sait la remplir, c’est-à-dire si Dieu lui donne la volonté et la science pour fonder, elle sera, en Algérie, mieux placée qu'elle ne l'était dans les Gaules, aux troisième et quatrième siècles, pour fonder quelque chose. Pour cela, sans doute, il faut que ses prêtres soient aussi en avant des colons que les évêques gallo-romains élaient en avant du peuple des Gaules; non pas en avant seulement comme ministres d’un culte de cathédrale, mais donnant l'exemple pratique des actes autant que des vertus utiles. Or, ceci ne dépend pas, soyez-en sûr, de la place qu’on assignera aux prêtres, mais bien de leur valeur réelle, qui seule pourra leur conquérir l’importance, comme la valeur des premiers chrétiens et leurs travaux prodigieux de fondation sociale, dans les Gaules et ailleurs, leur acquirent l'importance qu’ils eurent depuis le sixième siècle jusqu'au quinzième.
Dans les temps ordinaires, lorsque rien de neuf n’est à faire, la place assignée aux hommes est pour beaucoup dans le service qu’ils peuvent rendre; mais dans les grands moments de création, la place est toujours conquise par l’homme qui doit la remplir; il en est de même dans les moments de destruction. Robespierre et Napoléon ne sont pas plus miraculeux que Grégoire VIT et Charlemagne. L'important aujourd’hui n’est done pas de tâcher de faire belle place à l'Église, ce serait mettre la charrue avant les bœufs; l'important est que l'Église, qui ne saurait
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agir par ruse ou violence, prouve qu’elle a l'intelligence supérieure des besoins du monde, quelle que soit la place que notre monde désordonné consente à lui accorder. II me semble que vous êtes trop préoccupé de la place que je nai pas faite, et pas assez de ce que l'Eglise pourrait et devrait faire dans la place que vous désirez pour elle ou dans celle que je propose de lui donner.
Vous réclamez, pour rendre compte de mon ouvrage, pleine liberté de langage, limitée par votre amitié pour moi; je vous demande moi-même d’user de cette liberté, étendue au contraire par notre amitié. Ne craignez, en aucune façon, de me blesser; je suis certain que tous les coups que vous me porterez doivent contribuer à éclairer sur ce qu'il est possible de faire pour fonder, soit en Algérie, soit en France; car nous sommes organisateurs tous les deux, et tous deux aussi nous sommes convaincus qu'on ne fonde rien sans religion. Dites donc, à propos de l'Algérie, ce que doit y faire la religion. Reprochezmoi, si vous voulez, de ne l'avoir pas indiqué, et vous rendrez service à la religion, sans que vos reproches puissent me peiner; j'aurai été l’occasion et presque l’excitant d’une bonne parole : de quoi pourrais-je me plaindre?
Dans la note que vous citez ‘, vous avez dû voir que,
1 Un prêtre dont le cœur est rempli d'excellentes intentions, M. Laudmann, ancien curé de Constantine, a écrit sur la colonisation de l'Algérie, et s'en occupe avec un zèle apostolique. Prêtre chrétien, il voudrait voir le christianisme, par son clergé même, jouer en Algérie le rôle civilisatcur
qu'il a joué jadis dans toute l'Europe; ce serait, en effet, un bien beau réveil,
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selon moi, les évêques de France ne possèdent plus ce qui faisait la gloire, la force, la lumière terrestres du christianisme. Vous pouvez être certain que personne ne désire plus que moi voir l'Eglise découvrir et posséder ce qui doit être la lumière, la gloire, la force terrestres dans l'avenir; mais, je le confesse, ces éléments de puissance pour l'avenir ne me paraissent pas être absolument les mêmes que dans le passé : aussi ai-je peine à comprendre comment le prêtre, qui a fait courber la tête au fier Sicambre Clovis devant la religion de paix, hésite encore à commander au peuple, au nom de son Dieu de paix, le respect pour le premier Roi qui ait dit : « La paix partout! la paix toujours ! »
Ce serait le signe, merveilleux sans doute, auquel je reconnaîtrais que l'Église catholique veut reprendre sa place en tête de l'humanité, et reconquérir sa gloire, sa force, sa lumière terrestres. Je crois que si les catholiques étaient un peu moins légitimistes, ce serait déjà fait. L'Église n’a pas encore pris sous sa protection, pour
après un long sommeil. Est-ce possible? — Dieu le sait; mais pour que cela fût possible, il faudrait, avant tout, que le clergé chrétien de l'Algérie se proposât directement autre chose que les pratiques religieuses de l'Eglise, et qu'il fût cultivateur, directeur-modèle du travail colonial, qu'il fût un ordre de prétres laboureurs (comme l’ordre de Malte était un ordre de prétres soldats), comme plusieurs ordres religieux qui ont défriché l'Europe. Cette condition est difficile à remplir aujourd'hui, mais tout ce qui s’en rapprocherait serait excellent, Il vaudrait micux copier, en Algérie, l'ordre de Malte, les Chartreux, les Bénédictins, que d'y transporter une copie exacte de nos évêchés de France, qui ne possèdent plus ce qui faisait autrefois la gloire, la force et la lumière terrestres du christianisme. (Colonisation de l'Algérie, page 484.)
Roues les mettre plus tard sous sa direction, la presse et la vapeur, le verbe et la chair Acruezs; elle boude la royauté citoyenne, bourgeoise, épicière, pacifique : comment voulez-vous qu'on demande pour elle la direction ou semi-direction de la colonisation de l’Algérie ?
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