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Où est le lien qui pourra les réunir, les reconstituer, redonner la vie à l’enseignement et au gouvernement des hommes, les relier? Où sont les apôtres de la religion nouvelle?
À cette demande, monsieur le comte, je désire qu’un jour vous puissiez répondre que vous connaissez des hommes qui ont cette grande passion, cette religieuse ambition dans l’âme. Si vous pensez aujourd’hui que ces liommes ont du savoir, qu'ils portent en eux la faculté de pouvoir, soyez certain qu'ils ont par-dessus tout le bon-vouloir qu’il est si rare de trouver‘aujourd’hui, dont vous doutez souvent, je-le crois, vous-même, dans les autres, mais qui pourtant n’est point aujourd’hui, comme dans là Genèse, porté sur les eaux; il se meut dans le monde.
Au siècle dernier, un Russe qui venait à Paris voulait dîner avec Voltaire, Diderot et d’Alembert, ‘et là, sans s’en douter, on préparait la révolution française, en écrasant l’infâme, en plaisantant sur la Trinité, sur tous les dogmes, c’est-à-dire sur toule-la scrence du passé; c'était même-ce qu’on appelait faire de l'histoire. En faisant cette méchante histoire, onenfantait réellement un avenir de guillotine. Votre Empereur Paul a senti cela; votre Empereur-Alexandre l’a compris; je crois que votre Empereur Nicolas le sent et le comprend, et qu’il peut, ce que n’ont pu ni Paul, ni Alexandre, mettre fin en Europe, dans la chrétienté et dans le monde entier (car l’islamisme lui même raille Allah}, au siècle de Voltaire.
- Ce ne sera pas, comme Paul, en le niant; comme Alexandie, en le combattant; ce sera en fixant les ÿeux sur le
siècle qui doit le suivre; ce sera en cessant de lutter contre le passé, et en embrassant l'avenir.
Vous le voyez, monsieur le comte, on rencontre aujourd'hui à Paris ce qu’on n’y aurait pas trouvé au temps de Catherine. De Maistre écrivait près du palais de Paul; moimême je suis parti de la capitale d'Alexandre, de ce chef de la sainte alliance des Rois, pour venir me jeter dans la mansarde où trônait le chef de la sainte alliance des peuples et des Rois, Saint-Simon; enfin hier, vous et un serviteur fidèle de votre Empereur, vous avez affeclueusement diné et causé avec des hommes que la France condamnait naguère à la prison et repoussait de son sein, comme immoraux et brouillons politiques : c’est que le temps a marché, c'est que l’esprir s’avance vers la Russie aussi bien que vers la France; c’est aussi que vos trois Empereurs ont suivi ce mouvement des âmes; Paul et de Maistre sont contemporains ; Alexandre et Saint-Simon le sont aussi, et je suis né la même année que votre grand Empereur. |
Songez, monsieur le comte, que vous aviez hier auprès de vous, à votre droite, un serf de l’industrie française, et à votre gauche un des aristocrates de cette industrie, tous deux unis dans un même esprit de paix et d’association, d'ordre et de liberté. Là, vous avez vu que nous ne préparions pas au monde une révolution destructive, mais une évolution féconde.
Que vous nous considériez comme des instruments nécessaires d’un événement décrété sans nous par la Providence, ou par la force des choses; que vous ne reconnaissiez pas en nous la puissance d'apprendre à l'humanité
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l'air qu'elle doit jouer sur le clavier divin, toujours est-il que vous avez entendu hier un air nouveau, chanté par le prolétaire Vinçard, air qui ne ressemble ni à la Marseillaise, ni aux chants qu’on apprenait à l’école du dix-huitième siècle.
J'espère, monsieur le comte, que vous garderez le souvenir de cette soirée, heureuse pour moi, puisqu'elle m'a procuré le plaisir de faire votre connaissance. Recevez, je vous prie, la nouvelle expression des sentiments que m'ont fait éprouver, pour votre personne, la profondeur et la variété de vos connaissances, la haute portée de votre intelligence, et l'élévation de cœur qui nous a tous frappés et charmés, en vous et dans votre ami. C'est une belle soirée de Paris que vous nous avez donnée, en échange des belles soirées que de Maistre donnait à Saint-Pétersbourg.
Agréez, monsieur le comte, l'assurance de ma haute estime et de mon parfait dévouement. ;
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