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Est-ce que ce n’est pas lui, lui seul, qui a prorr, de par la volonté expresse du monde, de par le consentement au moins tacite du père, d'enseigner la morale au fils et à la fille ?
Oui, mon cher monsieur, tout ce qui est trop vieux ou trop jeune pour garder ou prendre sa place dans le monde; tous ceux qui en sont repoussés ou délaissés parce qu’ils sont pauvres ou infirmes; en un mot, les faibles écrasés par les puissants trouvent encore dans le prétre la consolation et l’espoir ; car en les détachant de ce monde ingrat, imprévoyant, il les rattache à un autre monde de grâce et de providence.
Le prêtre conservera ce saint et glorieux privilége, par-dessus tous les philanthropes et philosophes humanitaires, tant que ceux-ci ne prêcheront pas, comme DOGME de ce monde même, comme loi de la terre et non point seulement comme loi du ciel, Passocrarion de la vieillesse et de l’enfance dans la famille; du maitre et de l’ouvrier dans l'atelier ; du gouvernant et du gouverné dans l'État; tant qu’ils n’affirmeront pas que le temps est arrivé, MAINTENANT, Où le règne de Dieu doit être réalisé sur la terre comme au ciel, et où chacun, quelle que soit sa naissance, doit être honoré, rétribué, élevé selon ses œuvres passées, présentes ou futures, c’est-à-dire a droit à la retraite, au salaire, à l'éducation qu’il mérite; enfin tant qu'ils ne confesseront pas que telle est la volonté de Dieu.
Vous avez reconnu vous être trompé pour avoir dit que des hommes mariés n'auraient pu élever ces églises go—
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thiques, monuments sublimes, cette flèche de Strasbourg, etc. Mais vous paraissez croire qu'en montrant l'esprit chrétien dans ces pierres vivantes, vous avez enseigné au clergé lui-même, qui ne l’a pas compris, ditesvous, ce que signifiaient ces pierres, et l’avez remis ainsi sur la voie de ce qu'il devrait faire aujourd’hui. En effet, vous avez puissamment réhabilité le passé, que le dix-huitième siècle avait méconnu, et vous avez ainsi préparé l'avenir, qui ne peut s'établir que par la Justice et non par la violence, par la re-connarssance, et non par l'ignorance. Mais si l'esprit chrétien n’était pas destiné à subir lui-même une transfiguration, nous serions con— damnés à voir se repeupler les cathédrales, comme elles l’étaient il y a six à huit siècles, car elles sont la fidèle expression du dogme, elles sont l'esprit chrétien pétrifié. Eh bien! ce signe de pierre n’est plus un signe d'avenir, car l'esprit de Dieu ne doit plus être en dehors du monde, mais bien réellement dans le monde; car la matière, qui aspirait à la vie et la cherchait alors dans le ciel, la doit trouver aussi sur la lerre; car la maison de Dieu cesse d’être un lieu de pénitence, d’expiation, de tristesse, de mort au monde, pour devenir aussi la maison du peuple, son lieu de communion avec les autres peuples, le centre de ses relations catholiques avec le monde. En un mot, la politique et la religion ne doivent plus être qu’une seule et même chose, le jour où le règne de Dieu n’est plus seulement dans le ciel, le jour où ses ministres sont vraiment
aussi les ministres des intérêts de l’aumaNITÉ. Oh non! le temple de l'avenir ne sera pas une copie de ces sublimes et sévères cathédrales; celles-ci seront tou-
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jours admirables pour détacher l'esprit de la terre, pour le faire régner en maître dans le monde des sombres rêves, pour le mettre en rapport mystique de tristesse avec ce qui fut et ce qui sera, mais non pour établir un lien réel, un lien joyeux et vivant entre l’homme et ce qui Esr. La MORT y règne d’une façon magnifique et sauvage, la vie y reçoit un triste baptême de renonciation à elle-même; et la communion, pour avoir été conçue par l'esprit chrétien comme l'union de l’homme à Dieu, détache l’homme de l’homme plutôt qu’elle ne les unit. Oui, dans la communion même, l'Église est parvenue à isoler les uns des autres tous ces convives de la sainte table; dans l’immensité de ce vase sacré, chacun sent son âme, comme les hosties au ciboire, séparée de celles de ses frères et seule en présence de son Dieu.
Quelque grande qu’elle soit, et même plus elle est grande, la cathédrale est la maison d'isolement; c’est le monument de l'individu, prêtre ou fidèle; c’est une cellule.
Prêtre ou fidèle, viens-je de dire, et je l’ai dit au singulier ; c’est qu'en effet, lorsque je parcourais les vieux temples de l'Égypte, je voyais la place d’un peuple de prétres et d’un peuple de fidèles; et dans ces vastes solitudes il me semblait voir encore ces deux peuples agir, se mouvoir, bien plus que méditer sur eux, prier pour eux, songer à eux, ne voir qu'eux et leur Dieu. Ces temples, c'était le moxne, leur monde à tous; et si quelques lieux secrets étaient réservés pour les initiés, si pour les prêtres le dogme avait une formule, et pour les fidèles une autre formule, au moins tous s’occupaient au temple de l'œuvre
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commune; et la pierre raconte aujourd’hui leurs travaux, leur histoire, leurs mœurs, leur société.
« Quelle demeure que cette Église ! dites-vous. Quel hôte immense doit donc y habiter! » — Vous le voyez, pour vous aussi, Église vous fait songer à un homme; dans l'avenir, ce mot fera songer surtout à numanITÉ; C’est qu’alors la pierre elle-même prononcera ce grand nom.
A qui dirait que Notre-Dame est une œuvre sur-humaine, je serais tenté de dire in-humaine. Glace du corps, glace de l’âme, extase de l’esprit, ce n’est point là la vie, et pourtant c’est bien l'esprit chrétien; car Dieu, pur esprit, a été crucifié dans la chair, en Jésus-Christ, pour le salut des hommes ; car l'âme de l’homme doit retourner solitaire à Dieu, comme elle a été créée par lui solitaire.
Comment se fait-il, cher monsieur, que dans tout votre ouvrage le prêtre actuel, le prêtre du dix-neuvième siècle, cet esprit étroit, chaussé de gros souliers, couvert d’une sale robe noire, cet ange mal peigné, à figure plate et souvent ignoble, vous ait paru un Lovelace, un don Juan, comme pouvaient l’être autrefois un vigoureux et beau cordelier, un charmant abbé musqué, un riche et aimable possesseur de scandaleux bénéfices?
Je sais qu’il y eut naguère, et qu’il y a sans doute encore des Mingrat ; il doit y en avoir surtout depuis que le célibat des prêtres a été si vigoureusement attaqué par des esprits éminents, par des hommes considérables qui ont ainsi aidé l’aiguillon de la chair à se faire sentir, là où une discipline autrefois respectée par tous, même par les laïques, éteignait dans le silence les ardeurs de la
nn luxure; mais vraiment le prêtre ne prend aujourd’hui tant d’âmes de femmes, que parce qu’il fait, au contraire, réaction contre tant de laïques qui, dans leurs amours, ne rêvent que richesse ou débauche, qui n’épousent une femme que parce qu’elle est riche, s’ils sont pauvres; que parce qu’elle est belle, s’ils sont riches, sans s’inquiéter de son âme.
De toutes les classes d'hommes qui vivent sous le ciel, croyez-vous qu’il en soit une seule qui ne renferme pas mille fois plus de sépucreurs de femmes et de filles que la classe des prêtres? Ceux-ci, direz-vous, ont fait serment d’être sages, et pourtant ils ne le sont pas tous. Oui, sans doute, ils ont fait ce serment, et c’est précisément ce à quoi vous ne paraissez pas faire attention suffisante. Ils ont fait ce serment ; mais qui donc le leur a imposé? dans les mains de qui l’ont-ils prêté? à qui pourrait-on, et qui pourrait en imposer un semblable, un de celte force ? Essayez donc de faire prêter un tel serment à cette autre troupe de célibalaires qui se nomme l’armée; essayez de moraliser tellement les garçons et les filles de nos villes et de nos villages même, que vous puissiez obtenir d'eux cette castration à laquelle le clergé se condamne volontairement par ses vœux.
Lorsque toute la société laïque montre en elle-même, de toutes parts, cet appétit désordonné des sens, on peut y voir (du moins c'est mon opinion) le signe avant-coureur du jour où les sens recevront une règle plus humaine que cette chaîne, que cette discipline de fer, imposée jadis par réaction contre les orgies du paganisme. On peut, on doit voir, selon moi, par exemple, dans le
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développement si prodigieux que prennent, à notre époque, ce qu'on nomme les intérêts matériels, l'indice d’une évolution sociale dans laquelle l’industrie, affranchie et ennoblie, prendra, dans la politique, une place plus grande que celle qui fut jadis l'apanage de la guerre; on doit y voir le fer de lance se transformant en soc de charrue; mais à un lel moment de soif de plaisirs et de richesses, croire que, dans ces deux carrières, les prétres sont d’habiles maîtres, voir en eux des satyres et des Rôbert-Macaire, c’est prendre un séminaire pour un bal masqué de l'Opéra ou de la Chaumière.
Si vous voulez tonner contre les ravisseurs de femmes et de filles, contre les spoliateurs d’héritages et les avides accapareurs d’or, vous dirigez vos foudres là où ne sont pas les plus coupables, je dirai même là où sont les plus innocents. Le malheur et le défaut du prêtre, au contraire, c’est de ne pas comprendre et de chercher à entraver, au lieu de la RÉGULARISER pour la contenir, cette vive ambilion du pauvre à devenir riche, source puissante de travail et de production, mais aujourd’hui encore source de désordre, de misère et de crimes. Le malheur et le défaut du prêtre, c’est que les premiers chrétiens aient cru que dans le culte de Vénus, de l'Amour et des Grâces, rour absolument était mauvais, au fond et dans la forme, et que le corps n’a d’autre manière de se purifier, de se sanctifier, qu'en se marlyrisant, s'exténuant, s’annulant. Le grand malheur du prêtre, c’est de ne point sentir et savoir que la femme et l’industrie auront, dans la société future, une place tout autre que celle où les reléguait la société du passé.
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Que de belles et bonnes choses vous avez dites, mon cher monsieur, sur la puissance de la mère à faire de son fils un homme! Pourquoi n’ai-je point trouvé en vous la même foi dans la puissance du père pour faire de sa fille une fenune? Ne serait-ce point parce que l’homme de nos jours ignore, parce que vous-même n’0sez dire cette destinée nouvelle de la femme? Ne serait-ce pas, à votre insu peut-être, parce que vous êtes entraîné à croire, par ha— bitude chrétienne, qu’il faudra encore bien longtemps lui enseigner, par-dessus tout, la résignation, l’obéissance? qu’il faudra encore et toujours lui dire: La femme fut et sera la cause de la chute de l'homme; elle doit étre la servante de son seigneur, fidèle quaND MÈME, obéissante QUAND MÊME, cloitrée dans la famille rousours?
Voilà ce qu’en effet le prêtre chrélien enseigne à nos filles ; vous, vous montrez la femme, la mère, comme étant la cause du rroGrÈs de l'enfance à la viriLiTÉ; osez donc dire ce qu’elle sera comme amante, comme épouse, comme citoyenne de la cité humaine devenue cité de Dieu, cité pacifique.
Tant qu’une destinée nouvelle pour la FEMME ne sera pas généralement désirée, qui donc osera prétendre avoir plus de droit que le prêtre à la direction de sa vie? N'est-il pas nourri de la vie biblique et évangélique de la Femme? ne lui donne-t-il pas, en lui-même, l'exemple de la résignation et de l’obéissance, mieux que tous les laïques du monde? Cet homme ne s'est-il pas fait presque femme, tel qu’il rêve la femme? La Vierge ne vaut-elle pas bien toutes les femmes chantées par les poëles, toutes leurs muses et leurs héroïnes?