‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 15 sur 36 · CANDIDAT A L'ÉCOLE NORMALE · texte numérisé non relu

CANDIDAT A L'ÉCOLE NORMALE

mai 1869.

Je regrette, monsieur, que votre indisposition m'ait privé du plaisir de vous serrer la main. Rien ne pouvait m'être plus agr^^U^ que ce que vous voulez bien me dire de la S]fïlm{|lhie de la jeunesse des écoles, car c'est en elle c(oê réside aujourd'hui notre seule espérance, et si la France est appelée à se relever, ce sera seulement par vous, jeunes gens, qu'elle reprendra sa place. La génération qui arrive aujourd'hui à l'âge mûr est usée avant d'avoir agi. C'est à vous, jeunesse travailleuse, d'acquérir le sérieux, la volonté, l'énergie qui lui ont manqué. Si vous savez y parvenir tout vous deviendra facile et vous n'aurez pas de peine à être plus heureux que vos devanciers. La France, à l'heure qu'il est, est une personne d'infiniment d^sprit, mais qui a peu de jugement et pas de caractère. La g< nération qui rétablira l'équilibre accomplira une grande lâche et je souhaite vivement, monsieur, que cet honneur vous soit réservé à vous et à vos jeunes contemporains, car en vérité, il y a péril en la demeure !

Agréez, je vous prie mes bien sincères remerciements.

P. -S. J'ai lu avec beaucoup de plaisir les articles

de monsieur votre frère et je lui écris pour Ten

remercier.

A M. CHARPENTIER

Je regrette vivement, cher monsieur, d'avoir manqué votre bonne visite. Je n'ai pu résister au désir de connaître le r^ultat des élections et c'est ce qui a causé mon absence du logis. Ma curiosité a été tristement satisfaite. Quel absurde gâchis! Quelle nation affolée ! Où trouverons-nous jamais un point d'appui pour des opinions moyennes et pour un système stable? On n'y trouve que des extrêmes et point de centre. Nous voici revenus au beau temps des blancs et des rouges; les uns, les autres ne demandent que la liberté de s'entre-dévorer. Délicieux pays en vérité I

A vous aflectueusement.

A M. DE GUERLE

Chambéry, ce mercredi 3 août 1869.

J'espère, mon cher ami, que cette lettre vous trouvera encore à Royat malgré ma négligence à vous répondre. Cette lenteur a tenu, autant que je puis m'en rendre compte, non pas à un oubli, mais à l'embarras que j'éprouvais à vous donner mon

A M. DK GUERLE. 193

avis sur le sujet dont vous m'entretenez. Gomme pas un journal ne pénètre jusqu'à moi depuis mon arrivée ici, je ne sais pas le premier mot de la situation et j'avoue que mon ignorance me paraît délicieuse auprès de la science peu consolante que j'ai rapportée de Paris. La seule particularité qui soit parvenue à ma connaissance dans ces derniers temps est un manifeste du sieur Gambetta qui m'a semblé une production ex|a?|||w}inairement bouffonne. Pour que les attitude8-]^htifî cales de ce tribun d'estaminet soient prises au sérieux dans « la. capitale de l'intelligence » il faut évidemment que ce pays soit bien malade. Quant à lui, après son aventure inauïe, après la double élection qui a récompensé une criaillerie de club, il est tout naturel qu'il se considère comme un phénomène et réclame la dictature. C'est de la modestie de sa part de ne pas demander des statues. Ceux qui s'étonnent et s'affligent de ce résultat après l'avoir préparé par leur stupide engouement me mettent hors des gonds. Ils ont voulu faire des héros de Gambetta et des autres, qu'ils les subissent maintenant !

Il est une chose, mon cher ami, que nous ne devons plus nous dissimuler après ce que nous avons vu, c'est que l'avenir appartient aux braillards et aux flatteurs de la multitude. C'a été dans les élections la note dominante et la condition du succès. Avec la pauvreté de caractère qui distingue le Français, tout le iflonde passera par là, même ceux qui affectent le plus de dédaigner ces moyens de| succès. If. 17

Avez-vous VU dans les Débats^ quelques jours avant le scrutin de ballottage, un certain discours de M. Thiers ? Ce petit homme, au dire du journal, avait pris la parole d'un ton sombre et pénétré et après quelques préliminaires il avait déclaré à l'auditoire que, d'après son opinion, «Tavenir appartenait à la république économique. » Si la lutte électorale avait duré huit jours de plus, Thiers aurait fait une profession de foi socialiste. Eh bien , en cela il est le type et ridéâl de ses compatriotes. Une fois sur la pente, tout dégringole, rien ne tient ni à ses idées ni à ses convictions. C'est ce qui réussit qui fait la loi. Et notez que ce même homme qui, par complaisance pour quatre faquins, chevrote un air de carmagnole, a perdu, coulé à fond son parti et, ce qui est plus grave, tous les hommes d'opinions modérées par son obstination routinière, par son refus inébranlable de faire, il y a deux ou trois ans, une concession avec laquelle il aurait été le maître du mouvement électoral.

Assez là-dessus. Parlons de l'Auvergne puisqu'elle vous intéresse. Elle a comme \;ous me le faites remarquer, beaucoup de rapports avec la nature alpestre, mais si vous me permettez de faire valoir les droits de mon pays, j'ajouterai qu'elle a à la fois moins de grandeur et moins de grâce que les paysages de Suisse et de Savoie. L'Auvergne a quelque chose de dur et de revèche comme le caractère de ses habitants; jamais vous n'y trouverez les belles lignes harmonieuses de nos montagnes, ni la

A M. GOJON. 195

richesse de notre végétation, ni le contraste de ces horizons, tantôt d'une douceur et d'une suavité italienne, tantôt d'une sévérité terrible. A part les environs de Glermont, l'aspect de l'Auvergne est maussade, ses sites sont en général médiocres et ses lacs tout à fait bourgeois Mais je reconnais que la région des volcans éteints a une originalité et un caractère de désolation des plus extraordinaires. Il y a aussi derrière le mont Dpi^.tin château à demiruiné, dont j'ai oublié le nom-,*q[lïi vaut à lui seul le voyage. — N'oubliez pas d'aller voir cela. Connaissez-vous les Grands jours d'Auvergne de Fléchier? C'est très curieux à lire sur place. Il y a là des histoires de bandits féodaux à faire plaisir. Gela explique admirablement Rouher. 11 descend à coup sûr en ligne droite du valet d'un de ces messieurs.

Adieu mon cher de Guérie, pardonnez-moi ce long griffonnage et remerciez, je vous prie, madame de Guérie de son aimable souvenir.

Votre ami affectionné.

A M. GOJON.

A La Motte, ce mercredi 1869.

Mon cher Gojon, je suis prisonnier ici pour deux ou trois jours au moins et voici comment : J'ai été rencontré lundi dernier par mon ami Paganin et il m'a engagé à dîner avec de telles instances que je n'ai pu lui refuser. Mais un petit poulet doit lui être

196 CORRESPONDANCE DR P. LANFRRY.

remis ce soir (le dîner étant pour demain jeu par lequel je m'excuse sur une indisposition de mère. Je ne puis donc décemment me laisser ^ demain à Chambéry. Tâchez donc de pousser reconnaissance jusqu'ici. Je vous montrerai n repaire.

M. Lacoste m'a présenté à M. Levret, qui est garçon des plus sympathiques et m'a présenté même à son buste qui est une œuvre vraiment respectable et annonce selon moi de rares < positions, si l'on tient compte à l'artiste du mi oiil s*est développé. Je ne puis pas juger de l'in

Station ne connaissant pas l'original^ mais

"• la première qualité de tout portrait

révv. )hysionomie, un caractère qu'on embn

d'un coup d'œil indépendamment de toute anal

de détail, il est plein d'ensemble et de vie.

Mon insensibilité au sujet de vos ennuis de f priétaire vous parait monstrueuse. Vous avez manière bien simple de vous venger, passez-les-r

Je vous attends demain toute lajournée.

Tout à vous, mon cher Gojon.

A M. BEBERT François.

26 octobre 1869.

Mon cher Bebert,

Les tristes nouvelles que vous me donnez de n< pauvre ami G.... m'ont péniblement affecté, n

A M. BEBERT. 1^7

elles ne m'oot pas surpris. J*ai reçu de lui^qaelques jr.iirs après soq arrivée à Divonne, une lettre dont le conteQu ne pouvait suère me laisser de doute sur la vérité. Toute réflexion sur cet horrible malheur serait inutile. Mais je ne puis, comme vous, m'empéoher de penser que cette adoption d*un genre de vie pour lequel il était si peu fait a eu une déplorable influence sur sa santé. — Et pour mon compte j^ n'ai pas à me reprocher de i y avoir encouragé. J'ai t'ait l'impossible pour rartmdier à cette solitude ou je le voyais chaque année perdre une partie de sa vivacité et de son esprit. Mais» chose singulière^ il y périssait de tristesse et d>nnui de son propre aveu et en même temps il s'y cramponnait avec Ténergie d'un naufragé. Lorsqu'il venait à Paris, qu'il aimait tant autrefois, il s y trouvait tout dépaysé; sa prison lui manquait. Peut-être était-ce là le commencement de la maladie.

Quoiqu'il soit un peu embarrassant de prévoir de si loin, je me décide avec plaisir à louer la maison de M. de Chevilly, car j'en ai-gardé le meilleur souvenir. C'est la plus charmante résidence que je connaisse aux environs de Chambéry et je vous suis bien reconnaissant d'avoir songé à la retenir pour moi. Je vous prie donc, mon cher Beberl, de vouloir bien l'arrêter pour moi lorsque vous reverrez de Chevilly, à condition toutefois que le prix n'excède pas la somme de cinq ou six cents francs. Gomme, selon toute probabilité, je ne pourrai y résider que

du milieu de juin à la fin de septembre au plus tarc^,

le loyer serait trop cher pour moi s'il dépassait ce prix Je m'en rapporte donc à vous pour régler cela le moins onéreusement possible.

Voilà donc arrivé ce fameux vingt-six octobre ! Je méprise tellement tout ce qui s'est brassé à Paris dans ces derniers temps en fait de manifestations démocratiques, que je n'ai pas même la curiosité d'aller voir ce qui se passe. Comme les choses les plus absurdes sont toujours ici celles qui ont le plus de chance de se réaliser, et comme il y a sur le pavé de Paris cinquante mille bêtes brutes en disponibilité, menée> par quelques douzaines de fous, il n'est pas impossible qu'il y ait quelque affaire, mais cela ne peut aboutir à rien si ce n'est à faire casser quehjues mâchoires fort peu intéressantes.

Qui nous délivrera des charlatans, mon cher Bebert ? (Cherchez donc cet insecticide y vous qui êtes chimiste ! Je vous serre bien affectueusement la main.

Quand vous re verrez Q... à son retour, donnezmoi des nouvelles de sa santé. Il est courageux ce diable -là ! «

Ce mardi 1er février 1870.

Je suis tellement en retard avec vous, mon. cher ami, que je ne suis même plus à temps pour m*excuser. Je ne me réfugierai donc pas dans une vaine .

apologie et je reste cyniquement dans mon tort. Vous avez dû voir d'ailleurs par une lettre de madame M... que j'ai fait votre commission. Vos suppositions n'avaient, Dieu merci, rien de fondé. La vérité est que votre aimable amie, qui est du reste une personne parfaitement idéale sous tous les rapports, est d'une paresse crasse. Elle avait fait toutes les choses que vous lui demandiez, mais il s'agissait

de l'écrire et alors ce n'est pas à moi de lui jeter

la pierre. Je puis dire toutefois à ma décharge que je ne crois pas avoir eu pendant les mois dedéçembre et de janvier une demi-heure entière de loisir. Ajoutez à cela que depuis quinze jours je suis emprisonné dans ma chambre par une atroce névralgie, qui résiste à tous les traitements et vous n'aurez pas le cœur de me'garder rancune.

J'ai reçu et relu vos volumes sur la peinture et la sculpture avec un vif plaisir. C'est toujours la même larté de style et la même justesse d'appréciation ; a même mesure et le même bon sens dans les jugements, qualités si rares chez les critiques ondoyants de nos jours. Vous avez écrit là un véritable manuel de l'art, très complet dans sa brièveté.

J'ai eu le regret de manquer deux fois Tourguenefl'. une fois chez moi, une fois chez lui. bites-lui bien de ma part que ça a été une véritable contrariété pour moi. Il fait à Paris des apparitions si rares et si courtes qu'on sera réduit à le prendre au vol comme un papillon. J'ai promis à un de mes amis, (qui est son admirateur frénétique, de lui faire faire

V(K) CORRKSPONDANCE DE P. LANFREY.

Ha coiinnissancc. Or je me demande quel genre de pit'^Ki^ il faudra que je lui tende pour le prendre et le gai'drr toute une soirée.

A r(^ prof)os, je voudrais bien savoir où votre (îoloiiii^ s'cîrtt transportée pour l'hiver. Vous avez donc rcînoncé à Paris, et sous quel futile prétexte? Pour une question d'auberge ! Allez, c'est indigne de vous et je n'aurais jamais cru Pauline Garcia Viardot, capable de devenir Lolotte à ce point ! U vous faut vos aises avec toute espèce de tartines de beurre. Je conviens que cela se trouve difficilement dans les étroits et mesquins hôtels de Paris, mais on est à Paris. Je connais des gens qui ont à la campagne des châteaux de luxe princier et qui viennent passer ici rhiver dans un obscur entresol. Mais ils ont la foi et vous ne Tavez plus.

Tout bien considéré, vous êtes peut-être dans le vrai, j'étudierai la question lorsque j'aurai un château à Bade. Votre éloignement de Paris aura du moins le bon effet de vous faire apprécier avec plus de sang-froid et de justesse le drôle de spectacle auquel nous assistons depuis quelques mois. — Je sens, pour mon compte, que je le trouverais prodigieusement divertissant, si je pouvais le contempler en spectateur désintéressé. Mais il est à la fois irritant et attristant pour celui qui s'y trouve mêlé ; car il ne faut pas vous y tromper, mon cher ami, ce que vous appelez l'agonie du pouvoir impérial, ce sont tout simplement les contorsions impuissantes d'une nation incapable d'avoir une pensée et une volonté I

La France est aujourd'hui livrée à elle-même ; sa destinée dépend d'elle seule. Ceux qui la gouvernent ne lui demandent qu'une chose ; c'est de manifester clairement un sentiment quelconque. Elle ne répond que par des agitations contradictoires, tantôt dans le sens d'une basse démagogie, tantôt dans celui de la peur. C'est pourquoi, malgré l'incontestable bonne volonté de quelques-uns des hommes qui sont au pouvoir,' malgré l'avantage énorme d'une situation qui leur offre une foule de réformes toutes faites, auxquelles il ne manque que leur signature, on est autorisé à craindre qu'ils feront peu de chose. Ils n'ont pas assez de caractère pour donner ^ l'impulsion au pays et le pays pourrait bien la recevoir, mais il est hors d'état d'en imprimer une quelconque à qui que ce soit.

Adieu, cher ami, je vous serre affectueusement la main.

Paris, ce 3 mai 1810.

Cher monsieur,

En présence de la crise où la comédie plébiscitaire vient de jeter notre pays, j'estime que tout homme qui a un titre quelconque à se faire écouter est tenu de se prononcer tout haut. Si donc vous jugez que mon opinion sur la conduite à tenir au sujet du plébiscite vaille la peine d'être publiée, la

^2 CORRESPONDANCE DE P. LANFRKT.

voici en peu de mots. Sans méconnaître Totilité d'un vote négatif, j'y vois plus d'inconvénients que d'avantages, et je conclus, comme vous, à ïabstention, Gc qu'on doit, à mon sens, repousser avant tout, ce qu'aucun esprit éclairé n'accepte, même parmi ceux qui se disposent à voter affirmativement, c'est le principe du vote plébiscitaire ; c'est ce détestable expédient qui n'a jamais produit que la dictature et le césarisme ; c'est cette consultation dérisoire qui soumet les plus graves problèmes constitutionnels à des millions d'bommes auxquels on a oublié d'apprendre à lire. Voilà ce que tous les . partis honnêtes, tous les hommes de bonne foi sont intéressés à répudier; voilà la manœuvre immorale et perfide qu'on doit à tout prix déjouer. Votre non, c'est reconnaître implicitement la légitimité du vote. Faire une réponse quelconque à la question qui nous est posée, c'est admettre qu'on avait le droit de nous l'adresser. Pour ma part, je ne m'y résoudrai jamais. Sous aucune forme et sous aucun prétexte, on ne doit laisser établir un pareil précédent. On ne saurait trop le répéter, le gouvernement n'a pas le droit de consulter le peuple, parce que le peuple n'a pas la capacité de se prononcer. Le peuple est aussi incompétent pour juger les questions constitutionnelles que pour apprécier une loi sur les hypothèques ou sur le régime dotal. En pareille matière, il se prononce par l'organe de ses mandataires et lorsqu'on élude leur contrôle pour lui soumettre des questions si délicates, c'est qu'on a l'arrière pensée

d'exploiter sa confiance et sa crédulité. On affecte de consulter sa souveraineté, mais c'est dans l'espoir que son ignorance seule répondra. Ne nous prêtons pas aux calculs d'un charlatanisme si facile à pénétrer. Il est assez regrettable que des esprits plus ardents que réfléchis aient cru devoir revendiquer le système plébiscitaire au nom des idées démocratiques, dont il est la négation. Apprenons à tenir plus de compte de l'expérience unanime des nations libres et laissons ces moyens discrédités à une politique sans principes. Quel que soit le succès momentané des expédients plébiscitaires, leur règne sera court, parce que, à l'exception du pouvoir dictatorial forcé dans ses derniers retranchements, il n'est personne qui n'ait intérêt à les repousser. Que représente, en efl'et, cette doctrine ?Pour vous, conservateurs, c'est le gouvernement lui-même empruntant les procédés de la plus basse démagogie. Pour vous, libéraux convertis, libéraux bafoués et contents, c'est la revanche des hommes de Décembre que vous vous vantiez naguère d'avoir enchaînés par un système de garanties. Pour vous, démocrates, ce sont les institutions populaires décriées par une indigne parodie. Pour vous enfin , hommes d'État sans conviction, qui prétendiez être les ministres d'une réforme et qui n'êtes plus que les ministres d'un caprice, c'est une arme qui dès demain sera retournée contre vous et qui efTace jusqu'au dernier vestige de cette responsabilité que vous aviez rêvée. Épargnez-nous désormais vos pro-

testations d'indépendance, vous n'êtes plus que des complaisants !

A tous ces points de vue, l'abstention me paraît la conduite la plus sûre, la plus rationnelle et, ce qui n'est pas à dédaigner, la plus facile à obtenir du bon sens populaire. Elle n'est plus aujourd'hui de l'inertie, elle est un acte politique aussi sage que significatif. Ce n'est ni le bon sens, ni l'intelligence politique qui manquent aux populations de notre vieille Savoie. Elles en donneront une preuve éclatante en condamnant par leur silence une manifestation qui n'a jamais été dans leurs traditions et qui ne saurait être de leur goût.

A M. LE COMTE DE MONGADE, MARQUIS D'AYTONA.

Londres, ce 28 mai 1870.

Mon cher ami,

J'accepte avec enthousiasme l'invitation. — Pour le plaisir d'être avec vous d'abord, — y 'para el gusto que je me fais d'avance d'entendre de l'excellente musique espagnole. On m'a souvent parlé du talent de Huerta ^ mais je n'ai pas eu jusqu'à présent la chance de me rencontrer avec lui.

Votre affectionné.

P.'S, — J'ai revu avec grand plaisir votre écriture au lieu de celle de votre secrétaire.

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