A H. MOLIN
et comme qualité d'esprit une bonne dose de diplomatie. — Mais peu de jugement et un tempérament quelque peu gascon. J'ai de l'amitié pour lui, mais pas la moindre confiance dans ses appréciations. Si je l'avais proposé pour préfet lors de mon arrivée à Bordeaux, il aurait été agréé, — il m'a été impossible de m'y résoudre et en cela je crois lui avoir rendu service ; il n'aurait pas gardé son poste trois mois. Vous pouvez donc être sur, mon ciierami, que ses conseils influeront peu sur ma conduite et sur ma manière de voir. — Au reste qu'importe? Je commence à croire que je ne ferai guère plus dé- , sormais de politique ni en Savoie, ni ailleurs. Je suis profondément dégoûté de ce pays et de son éitêrneicarnaval. Deux choses seules y réussissent : au pouvoir, la servilité; — dans l'opposition, le charlata-, nisme. — Pour moi qui n'ai de goût ni pour l'un ni pour l'autre, il n'y a qu'un seul parti à prendre, celui de la retraite et du silence.
Adieu, cher Bebert, merci et croyez Lien à ma sincère amitié.
A M. HOLIN, Avocat a CuaubéRï.
Je vous "remercie, mon cher Molin, de la part que vous avez bien voulu prendre à mon escapade de ' Paris. Il est à craindre, en effet, qu'au dernier moment il ne s'y commette beaucoup d'atrocités. En
aW CORRESPONDANCE CE P. LANPRET.
ci; qui concerne la situation de notre pays, il n'y a pour In quart d'heure aucun changement à espérer dans l'ailministration. Le ministère est très convaincu (jun notre pays a les fonctionnaires qu'il désire. A ci't ('■Kani il a considéré le résultat des élections muniripales venant après celui des élections généralns comme une démonstration péremptoire des sentiments du pays. Les manifestations qui ont précédé ce vote n'ont pas peu contribué à accréditer ci'tin idée qui rst d'ailleurs commode pour l'inertie cl la mollesse de nos gouvernants. Ils ont bien d'autres chats à fouetter et d'ici h un mois c'est leur \ existence même qui sera mise en question. Cette . prêo ce u potion leur inspire une telle circonspection ' qu'ils n'osent plus toucher à rien de pour de perdre I quelques-uns de leurs partisans. Voilà, mon i Molin, le dessous des cartes. Le momenl n'e:
favorable pour intervenir, cl lorst m'écoute très amicalement, on a mes désirs, puis on me fait nh-H été élu dans le pays, ce qui i connais p.is, que j'agis par i
11 faut savoir attendre, gei-onl avant peu, mais Jours, pour aller d'nn e et iToyoz-moi toujour >otrc bien
Ce vendredi 16 juin 1871.
Merci, mon cher Roux, de ton bon et aimable souvenir. Je n'ai jamais été arrêté comme otage, je me suis trouvé seulement enfermé pendant quelque temps dans Paris et dans l'impossibilité d'en sortir, ce qui, à ce moment-là, était très fastidieux. J'en suis sorti à temps, c'est-à-dire quelques jours avant les grandes fusillades, mais j'en ai vu assez:, poui* juger tous ces échappés du bagne qui se considéraient comme les maîtres légitimes de la^ France et qui eussent volontiers couché dansle JitdÏBjLouisXlV; Je suis très impatient de lire ta brochure sur le si-, gnor Gambetta, qui est certainement le compère de tous ces gens-là. Ce misérable charlatan qui est, selon moi, la plus frappante personnification de nos hontes, — car il lui a suffi pour tenir un instant la France dans sa main, d'avoir, je ne dis pas un talent d'orateur, il ne l'a pas, — ses harangues sont trop vides pour qu'on puisse le lui attribuer, — mais un grand talent d'acteur. — Cet histrion, dis-je, est loin encore d'être apprécié comme il le mérite, et c'est rendre un grand service que de le démasquer. J'ai vu Bardoux, mais il n'a pas pu encore me donner ton opuscule. — Je le lirai avec délice et t'en remer^ cie à l'avance. Ne crains pas de revenir à la charge, il faut mettre à nu ce personnage.
ÏJO CORRESPONDANCE DE P. LANPRET.
fleroi^ touA mes complimenta pour tes succès manirtipaux et pour tes labeurs qui seraient si féconds 2^1 ton exemple était suivi. Hélas I pour longtemps, je le erains, il n'y aura qu'une seule république possible chez nous, — c'est la république au village. — Dans tous les cas, il est incontestable que c'est par là ffu'il faudrait commencer pour fonder Fautre.
Adieu, mon cher ami, je te serre afTectnensement la main.
A M. EDOUARD GRENIER
l'ari», co samedi 15 juillet 1871.
Mon cher ami,
J*apprcnd9 qu'on vous offre une candidature dans le département du Doubs. Selon moi, vous ne pouvez pas refuser de l'accepter. Vous viendrez soutenir avec nous la cause de la république libérale, c'està-dire du seul gouvernement qui soit assez large, assez impartial pour donner une garantie, une sauvegarde à tous les partis, même à ses adversaires. Dans les circonstances actuelles, c'est un devoir de patriotisme et d'honneur pour tout homme aimant son pays, d'apporter son concours à l'essai qui se fait avec tant de prudence et de modération, pour acclimater chez nous les institutions libres. Ce devoir, mon cher Grenier, qui vous est imposé par votre passé et la constance de vos opinions, vous le
déserteriez si vous laissiez prendre votre place aux démagogues du drapeau rouge ou du drapeau blanc.
Votre bien affectionné.
Paris, 26 juillet 1871.
Cher ami,
J'ai reçu et lui avec infiniment de plaisir ton excellente et amicale chronique de la Revista. — Mais je n'ai encore pu mettre la main sur ton opuscule en faveur du gambettisme. Les quelques mots que tu lui consacres m'ont fait venir l'eau à la bouche et j'ai juré de ne pas laisser un jour de repos à notre ami Bardoux qu'il ne m'ait mis en possession de ta brochure.
Mais je suis de plus en plus ébahi que tu sois parvenu à italianiser avec cette élégante désinvolture au milieu des montagnes de l'Auvergne. — C'est un tour de force toujours nouveau pour moi.
Tu auras peut-être lu dans les journaux l'histoire
de mon ambassade à Berne. Elle n'aura pas été
longue, car elle a été offerte et refusée dans la même
minute. Si on m'avait offert l'Italie, je ne dis pas
qu'il en eût été ainsi — mais on a donné tous les
grands postes à des hommes qui n'avaient pour tout
titre à cet honneur que des titres et je me puis peu
soucié d'une fonction où il n'y a rien de sérieux à II. 21
2ii CORRESPONDANCE DE P. LAXFRET.
faire et où je n'aurais figuré que comme une anomalie. Au milieu de ce personnel d'ancien régime, le mérite individuel qui n'est pas soutenu, — Je dirai presque excusé par un grand nom, produit l'effet d'une dissonance ; il n'y peut avoir, dans tous les cas, aucune chance d'avancement. Quanta moi je préfère infiniment n'être rien — ce qu'en France on appelle rien — que d'occuper on poste de troisième ordre dans un pays où l'on fait un dictateur de Gambetta ou de n'importe quel politique de Ja même force.
Adieu cher ami. Puisque tu italianises si bien, je te serre la main en Leopardi. J'espère que tu aimes et admire ce grand poète.
A toi.
A M. BEBERT, François.
Paris, 27 juillet ISTl.
Je suis bien en retard avec vous, mon cher Bebert, mais je sais que votre bonne amitié me trouve toujours des cxcuj*es et par le fait mes préoccupations me laissent bien peu de temps quoique ce temps soit assez mal rempli, — par la faute des circonstances plutôt que par la mienne. Je n'ai pas accepté le poste au sujet duquel vous me félicitiez si cordialement, et peut-être réussirais-je à vous faire trouver mes raisons bonnes si nous pouvions causer ensemble quelques instants. — La vérité est que ce
A M. VALLET. 243
poste ne m'a pas tenté parce qu'il y a peu de chose de sérieux à y faire. Tous ceux où il y a de vrais Services à rendre ont été donnés à des titres. Je crois que, dans un moment où toutes les alliances de notre pauvre pays sont à refaire, on pourrait trouver quelque chose de mieux que ce système d'ancien régime qui est depuis longtemps jugé. Si nous avions eu des hommes pour diplomates, je pense que la guerre ne se serait pas faite ou se serait faite dan s toute autre condition. On est revenu aux vieux errements ; je ne veux pas entrer dans un système où je ne figurerais qu'à titre d'anomalie et je n'accepterai pas un rôJe de troisième ordre lorsque tous les premiers rôles sont donnés à des nullités. —* J'aime beaucoup mieux n'être rien. — Si c'est de l'ambition, .-; avouez du moins que c'est une ambition qui ne ressemble pas à celle qui court les rues.
Adieu, cher Bebert, croyez-moi toujours
Votre bien affectionné.
A M. VALLET
Paris, ce 1er août 1871.
Mon cher ami,
Je vous remercie de votre amicale sollicitude. J'ai renonoé à me présenter pour) le conseil général.
J'ai reçu de MM de nouveaux renseignements
desquels il résulte que ma candidature serait très
vivement combattue par le clergé. Vous savez que je n'avais consenti à me laisser porter à ces élections qu'à la condition d'avoir une presque ^rtitude de succès. Du moment où il y a doute àîel égârd,je suis trop heureux de me retirer, car j'ai assez de mon premier échec et je ne m'exposerai pas facilement à une nouvelle déconvenue. J'attendrai avec patience que mes chers compatriotes deviennent phis indulgents à mon égard ; et si ce jour ne vient jamais, je m'en consolerai en admirant .les grandes intelligences et les beaux caractères qu'ils m'auront préférés.
Je ne comprends rien au bruit dont vous me parlez au sujet de Gambetta... Il n'y a que dans la gauche extrême quinze députés qui marchent derrière cet homme et, quelque bornée que soit en général la gauche républicaine, elle n'a pour lui que de la défiance. Pour faire un coup d'État, il faut un point d'appui quelconque et il n'en a nulle part. Tout cela n'est qu'une fantasmagorie créée par des journaux qui ne savent rien du fond des choses et qui, par leurs folles suppositions, grandissent outre mesure celui qu'ils veulent combattre. Gambetta ne pourrait pas à l'heure qu'il est renverser un garde champêtre, et son attitude au milieu de ses collègues est beaucoup plus celle d'un homme qui craint de recevoir un coup de pied quelque part que celle d'un homme qui songe à faire un coup d'Etat^^
Adieu, mon cher Yallet. Si la mutation de votre frère se fait trop attendre, ne manquezpas de me le
rappeler et je présenterai cette fois une demande collective ^ec le marquis de Costa.
Votre bien affectionné.
Paris, ce vendredi 18 août 1871.
Il y a bien longtemps, ma chère Thésie, que je ne vous ai pas écrit et je serais bien embarrassé de dire pourquoi, car j'ai souvent pensé à vous. Je vois avec . regret que je n'aurai cette année qu'un temps bien courtà passer auprès de ma mère. Nous n'aurons nos vacances législatives que très tard, et encore e^t-il probable que je n'en pourrai jouir qu'un instant. J'ai en effet fini par accepter (sur de nouvelles instances de M. Thiers) les fonctions d'ambassadeur en Suisse que j'avais d'abord refusées, et aussitôt que le gouvernement sera délivré de la crise qu'il traverse en ce moment ma nomination paraîtra dans le Journal officiel. N'en parle pas pour le moment parce qu'il pourrait survenir des concurrents qui me feraient revenir à ma première détermination. Quand tu verras Laurent Sevez, fais-lui bien mes amitiés et remercie-le, de ma part, d'être venu voir ma mère, qui ne doit pas recevoir beaucoup de visites. Je n'ai appris que par toi la mort de X... Je ne puis pas dire que cette nouvelle m'ait causé une bien vive douleur. Je me suis toujours fait
un devoir de lui rendre la parfaite indifférence qu'il
^tt*f COKKEtPOyDAKCE DE P. VAXTEMY,
HMi'il pour nous et, sous ce rapport, ooos
al>HoJ urncnt quittes. J'ai appris aînée nby la frjof i fie Fosseret, que je renais de lire nonuDer juge à IMjilippcville, en Algérie. Je luiavab expédié lia norninalion il y a un peu plus d'an mois et j'étais /;t^>rin^; Je ne recevoir de lui aucune réponse lorsque la lettre de faire part m'a tout expliqué.
Afiieu, rna chère Tbésie. Offre à ma mère mes fAun Utnâreii amitiés. Mes bons souvenirs aux lléraud, à Cladie, à Françoise.
Ton cousin affectionné.
A M. ÉMÎLE REÏ.
Pari*. 2» octobre IBTI.
Mon cher Rey,
Je viens vous annoncer dès à présent, pour vous tranquilliser un peu, que j'ai la parole du ministre pour votre nomination. Je n'ai pu lui en parler que hier. 11 m'a dit aussitôt qu'en principe il ne nommait plus d'attachés parce qu'il y en avait beaucoup trop, mais que, pour m'être agréable, il ferait votre nomination avec plaisir. Vous pouvez donc regarder là chose comme faite et vous rece\Tez votre nomination ces jours-ci. Peut-être aussi me donnera-t-on un attaché militaire^ qui est un garçon très aimable et très intelligent de ma connaissance. Je compte partir samedi soir, passer deux jours à Ghambéry,
flp*
pour voir ma mère, et être à Berne le 2 ou 3 novembre. ^
Yoyez s^R programme vous va.
Votre affectionné.
Berne, ce 6 novembre 1871.
Chère madame,
Ce sera un double plaisir pour moi de pouvoir en même temps faire quelque chose qui vous soit agréable et rendre témoignage aux services d*un homme de mérite.
Je dois cependant vous faire une difficulté qui est de nature à compromettre très sérieusement le succès de, ma démarche auprès du gouvernement français. Mon prédécesseur le marquis de Châteaurenard a demandé la croix de la Légion d'honneur pour quatre ou cinq personnes qui s'étaient signalées par leur dévouement en faveur de nos blessés. Le ministre français s*est empressé de déférer à ce vœu en accordant la décoration. Ces messieurs l'ont refusée sous différents prétextes. De là une réserve très naturelle et je crois que l'on hésitera beaucoup â Paris avant de s'exposer à un nouveau refus. 11 faudrait donc avant tout que l'on eût la certitude d'une acceptation. Je dois en outre vous faire observer que mon témoignage, vu ma qualité de
VIH CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.
iioiiv(îl arrivant, a nécessaireuient peu . J^valeui*, et si l'on jxjiivait le faire appuyer par ua^^tiestatîon si^firiMl'un homme ayant assisté à lo AKès -43vénemrnls, — du conseil général de Genève par exemple, — nous aurions un peu plus de chances de réussite. iYrM (l.ins rintcrùt même de votre protégé que je pn-nds la lihcrlé de vous soumettre ces observations. Ji; suis hien heureux, chùrc madame, que vous ayez Www voulu nie fournir cette occasion devons renouvrltM- mes remorciements pour l'accueil si aimable (|ui'j'ai trouvé autrefois chez vous. C'est un souvenir (|ui ne s'elfacera ni de mon cœur, ni de ma mémoire. Vt'uillez, je vous prie, agréer l'expression de mes stMitiments les plus respectueux et les plus dévoués.
Ht* rue, ce 22 décembre 1871.
Choro madame, Yotro leltre m'est retournée à Berne où je suis de
retour depuis le h>. J'ai eu, en effet, le regret de manquer lu visite de M. le comte de Flavigny et je serais certainement allé le voir si je n'avais été sur (a riieure mt^me de mon départ. Mais vous pouvez i .. , dire que j'ai recommandé très chaudement à M. de Uemusat son protéiré, M. Uenon, ainsi que le vùtre, M. Binet. J'ignore encore qu'elle pourra être le résultat de cette démarche, mais j'ai bon espoir. Leî malheurs domestiques qui viennent de frapper
A M. REY. 249
M. de Rémuéat ne me permettent pas dlnsister pour : une rébdlaô^iGip ce mor/nent ; d'ici à peu de temps, ceib^j^SiMij^Ê^isiersi plus et je pourrai lui rappeler robjetâié^Pmcommandation.
VeoitteK'jè vous prie, madame, agréer Tcxpression âe mes sentiments les plus respectueux et les plus dévoués.
A M. REY
Berne, ce samedi 5 janvier iSTS.
Mon cher ami, '
Vous pouvez venir ici quand vous, voudrez : je suis persuadé que M. de Rémusat tiendra la parole qu'il ma donnée. Mais si vous avez les nerfs encore quelque peu malades, je vous conseille fort de ne pas vous presser. Vous ne serez sans doute pas étonné que, depuis que je vois les choses de près, je les voie sous un jour quelque peu différent de celui sous lequel elles m'apparaissaient tout d'abord. Je vous dois à cet égard la vérité entière. Je la considère comme un devoir de conscience. Il vous importe beaucoup de voir très clair dans ce que vous allez faire et je suis infiniment plus à même de vous le dire .^a'il y a trois mois. J'ai toujours regardé le métier diplomatique .comme une carrière peu active, et dans les giiades inférieurs comme très favorable à Toisiveté. Mais combien, mon cher ami, combien j'étais loin de me douter de ce qui est! J'ai trois
îS^
secrétaires et deux attachés sans parler de mon chancelier et de ses employés qui ont leur rôle à part. Eh hien, je mets en fait, qu'aidéJ^un copiste je ferais moi seul toute la besogne avl^ûne heure et demie de travail par jour en moyenne ! Com- ^ prenez-vous bien cela ! Comprenez-vous bien ce que peuvent faire et penser ces cinq messieurs, gens d'ailleurs aimables, bien élevés, dont toute roccupation consiste à copier les deux ou trois pages de dépêches que je leur donne de temps en temps. En dehors de cela, leur travail consiste à lire les journaux amusants.
Vous figurez-vous le vide de celte existence? Au reste, dans les grandes villes ils ne sont pas embarrassés d*employer leur temps, mais ici où il n'y a presque rien en dehors de la petite société diplomatique dont on a bien vite fait le tour, il est beaucoup plus difficile de se tirer d'affaire et Ces messieurs en sont toujours à inventer quelque moyen nouveau de jeter leur argent par la fenêtre. Il faut leur rendre cette justice qu'en cela ils réussissent et s'arrangent pour mener ici une vie aussi dispendieuse qu'à Paris. Ajoutez à cela que la carrière est tellement encombrée par toutes ces inutilités que l'avancement y est devenu extrêmement difficile. Le comte de Grouchy, mon troisième secrétaire, est dans la diplomatie depuis quinze ans; le comte delaLonde, le deuxième secrétaire, depuis bientôtvipgt ans ; le baron de Reinach, premier secrétaire, depuis vingtcinq ans! Un des vice-attachés, M. Balmy, a déjà
servi dans trois postes différents , en Italie , à Constantinople, à Berlin et il en est encore à attendre son premier centime d'appointement. Sans doute, avec une bonnJp^otection, on peut abréger l'épreuve ; mais à la première faveur, tout ce monde, qui vit de faveurs, pousse des cris de paon. Pour résumer mon impression, mon cher Rey, notre diplomatie aujourd'hui peut se définir en deux mots : oisiveté et nullité. Le premier ministre qui aura le courage de tenter une réforme dans ce nid d'abus, n'aura pas deux choses à faire. Il faudra qu'il prenne la maison dans ses mains et qu'il la retourne comme on retourne un panier qu'on veut vider. Il faudrait commencer par réduire au dixième le nombre des fonctionnaires. Voilà sur ce point ma pensée très sincère et je vous la dis, bien entendu, tout à fait entre nous, car ces choses-là ne peuvent pas se dire publiquement, surtout aujourd'hui. Je ne veux en rien influencer votre détermination, mais avant de la prendre il faut que vous sachiez bien nettement ce que vous faites et c'est pourquoi j'ai tenu à vous dire la vérité tout entière.
Adieu, mon cher ami. Je vous serre très affectueusement la main. Mille amitiés au docteur Dénarié»
->5^ CORaMPOyB.iy-:"! DE p. LA^ryaKT.
A MADAME 3f. S.
Beri«*. ce iîï^itt L4T2.
iî^itt
C e^: d-rja fait, madame- et depuis plasiearsjoors- Voye7 l'iDûbten mon amitié est *npérieare à la v*>tre ! Elle K-.r. certes beaaooap moins fê•^jnde en réerimi- DaUi>G= et en réqaLritoires : maïs elle devine tos désir* à distance et elle les prévient. Voilà tool ce qoe je me btjraerai à vous répondre pour ma défense. II y a près de haït jours que j'ai écrit ao ministre pour le prier de vous accorder votre requête : et si la chose peut se faire, elle se fera. D'après ce qoe j'ai su. d'un autre ci^jté. il aurait été à peu près décidé que l'aimable couple auquel v«ius vous intéressez aurait été envové à la Hâve. Je le regretterais infiniment pour moi: car j'avoue que ces jeunes époux m'ont paru charmants, A ce propos, permettez-moi de vous adresser mes sincères félicitations. J'ai appris d'une façon indirecte, mais sûre, que vous aviez récemment institué dans vos ateliers une sérieuse concurrence à M. de Foy, et que vous veniez de prendre pour devise: ^^ confiance, discrétion, sécurité. » C'est là une résolution des plus louables. Il n'est jamais trop tard pour reconnaître sa véritable vocation; et tous vos amis se réjouissent comme moi d'apprendre que vous avez enfin trouvé votre voie. J'avais toujours cru rencontrer en vous des facultés de combinaison et de sociabilité qui ne devaientpas trouver leur satis-
faction dans l'existence que vous avez choisie. Elles vont maintenant pouvoir prendre tout leur essor; et ce fait d^^orable qui afflige nos économistes, la décroissant de la population en France, cessera d'effrayer les esprits prévoyants ! Vous aurez la gloire d'avoir fait reculer ce fléau. Quel malheur que mon âge ne me permette pas de me mêler à la clientèle distinguée qui va encombrer vos salons.
Répondrai-je à ce reproche extraordinaire que vous m'adressez d'avoir laissé sans réponse des lettres que vous ne m'avez pas écrites? ou de m'être montré insensible à des preuves d'amitié que vous ne m'avez pas données? Non, je ne serai point naïf à ce point-là. Je n'ai jamais mis les pieds à Paris sans aller vous voir, et vous ne m'avez jamais donné un souvenir, voilà la vérité. Si vous m'écrivez aujourd'hui, c'est parce que vous y êtes forcée par madame T...; mais, par vous-même, vous êtes tout à fait incapable de penser à moi. Vous n'avez plus en tète que votre agence matrimoniale. Certainement, la multiplication du genre humain est une belle chose; mais l'amitié a des droits, môme sur les choses les plus sublimes. Faites-nous la grâce de ne pas oublier cette vérité au milieu de vos grands travaux !
Veuillez, je vous prie, me rappeler au souvenir de M. M...
Votre dévoué.
i51 CORRSSPONDAIfCE DE P. LANFRBT.
B^rne. c^ 15 juillet IffTl.
Au moment où j'aliaià vous obéir, car avec vous je ne connais que ma consigne, j'ai reçu du ministère la nomination de M. W... à Berne. Vous voilà donc encore une fois servie aussitôt que vous avez exprimé un désir, ce qui démontre que vous avez une énorme influence sur les gouvernements en général. Vous étiez é>ndemment née pour la grande politique. Je suis enchanté, pour ma part, d^avoir ici cet aimable ménage ; je vous assure que nous ne sommes pas trop gâtés sous ce rapport : le personnel féminin de Berne est des plus médiocres, pour ne rien dire de plus. L'arrivée de madame deW... est donc inflniment précieuse pour nous. Elle a été très admirée à son passage ici. Vous vous étonnez de ce que je ne lui ai pas dit de mal de vous ; c'est bien simple : c'est que j*ai vu qu'elle était tellement prévenue en votre faveur, que tout serait inutile. Cette pauvre enfant est d'un aveuglement inconcevable, et, pour la ramener à des appréciations plus justes, il m'eût fallu beaucoup plus de temps que je n'en avais alors. C'est maintenant que je vais pouvoir agir sur son esprit et la préparer à recevoir des idées plus raisonnables. Vous me donnez à entendre assez vaguement qu'il n'est pas impossible que vous veniez en Suisse
rautomne prochain. Est-ce bien authentique? Je commence à le croire depuis que vos amis doivent se flxer ici. Je serai bien heureux de cette occasion de vous condiOTe au bord des précipices. Je vous avoue que je serais ravi de vous voir un peu de vertige une fois en votre vie ! Ce sera peut-être une révélation pour vous. Mais n'anticipons pas. Nous avons ici une petite collection d'abîmes des plus complètes, et je me mets entièrement à votre disposition pour vous les faire admirer. Je vous demande une faveur, c'est de vouloir bien me prévenir huit ou quinze jours avant votre voyage en Suisse, afin que je ne commette pas la stupidité d'être absent à ce moment-là. Mille et mille remerciements de votre bonne lettre. Croyezmoi toujours
Yolre affectionné et dévoué.
Il n'y a eu de ma part ni infidélité ni banalité; mais . il pourrait bien y avoir de la vôtre défaut de mémoire. D'abord, je vous ai fait, après le 22 mai, deux visites sans vous rencontrer; mes cartes ont dû vous le dire. Et ensuite, si je n'ai pas renouvelé la tentative, la faute en a été à la Chambre et à mon travail qui ne me permet de sortir que très tard. Or, la personne à qui vous faites allusion demeure à deux pas de chez
moi, et ce n'est que depuis qu'elle a été malade que je l'ai vue plus souvent. Auparavant, elle se plaidait toujours de la rareté de mes visites. Qaant à vos autres suppositions, elles tombent devant ce simple fait : c'er^t que la personne à qui vous faites .cette injure a quitté Paris depuis trois mois. Cette justification est-elle assez limpide, assez irréfutable? Et voas, pendant ce long temps, avez-vous daigné me donner une seule marque de souvenir? Je suis vraiment bien bon de me justifier quand je devrais accuser. Tenez, n'en parlons plus; je vous le demande pour voas! Proclamons une amnistie et que ce soit fini.
Il y a environ un mois, je vous ai parlé d'une chose en manière de plaisanterie. Trois jours après, cela m'est revenu par madame T... Cela m'a d'abord été assez indifférent. Je ne vous en ai même pas parlé. Mais, depuis ce temps, le propos a circulé de nouveau, colporté par un autre de vos amis, qui a eu l'obligeance d'aller le loger juste à l'endroit où il pouvait m'ètre désagréable. Je suis sûr de l'origine de ce commérage; car je n'ai jamais dit cela qu'à vous. Est-ce là un procédé amical? Je vous en fais juge.
A M. BBBBRT. 257
A M. BEBERT François.
Berne. 18T2,
Ce que vous m'écrivez est l'évidence même, mon cherBebert. Le mal est encore pire, peut-être, que vous ne le pensez ; mais où vous vous faites illusion, selon moi, c'est en croyant qu'il dépend de ce gouvernement de jouer au Cromwell. D'abord, il ne le veut pas, et, à mon sens, il a raison: ce n'est pas la peine dechasserlesBonapartes pourfaire du bonapartisme. Il faut que chacun garde son rôle, son caractère et ses principes. Mais, en outre, il ne le peut pas; il lui faudrait pour cela un point d'appui. Il n\v a pas en France à l'heure qu'il est — et c'est là notre plus grande misère — un seul parti qui soit assez fort pour soutenir un gouvernement. Par conséquent, nous ne pouvons avoir qu'un gouvernement d'équilibre, se recrutant un peu partout, vivant de concessions et de compromis. Et ensuite, est-ce bien à \tn vieillard de soixante-quinze ans que vous allez demander des coups de force et d'audace ? Il n'en a ni le tempérament ni le goût. Pour moi, ce n'est pas là ce que je lui reproche; ce qu'on pourrait lui imputer plus justement, c'est, avec des dons merveilleux, de n'avoir pas la sagesse et le bon sens qu'un simple paysan aurait à sa place. C'est de céder à des impatiences, â des susceptibilités d'enfant, de pousser l'obstination jusqu'à l'absurde, de laisser, par un dépit puéril,
•2ÔH CORRESPONDANCE DE P. LANFRKT.
rasseml>l<'*e sans aucune direction, parce qu'elle n'a pas voulu suivre dans tous ses détours celle qu'on a voulu lui donntM\ Si le gouvernement, au L'eu d'affecter de se désintéresser du travail législatif, appelait assidûment l'attention et Tactivité des hommes de bonne volonté sur toutes les réformes qui réclament une prompte solution ; s'il s'appliquait à stimuler leur ardeur en présentant de bons projets de loi, de sérieuses études sur les questions d'affaires, le seul contraste de sa conduite avec les pauvres intrigues de ses adversaires, suffirait pour lui attirer une grande popularité; mais il ne fait rien, voilà le grand mal, et la souveraineté a l'air d'être à l'encan, la place semble vacante; c'est à qui se l'adjugera. En cela, ces prétendants de tout étage me paraissent plus avides que difficiles. Est-il donc si tentant de posséder le cadavre d'une nation? Pour vous dire mon avis, en un mot, mon cherBebert, en France aujourd'hui tout est impossible. Partez de là quand vous voudrez inventer une politique. Croyez-vous, par hasard, que le mal dont nous parlons soit un mystère? Mais tout le monde le connaît, le signale, le rabâche à satiété, et personne ne fera rien pour le guérir. Quand les terribles événements de l'année dernière n'ont rien produit sur l'esprit de ce peuple, pensezvous que ce sont quelques phrases plus ou moins bien tournées qui vont le rappeler à la raison? Vous êtes un peu médecin , mon cher Bebert ; eh bien , souvenez-vous que, s'il est permis à la science de s'agiter et de se troubler devant les souffrances qu'elle peut
A M. DE 6ENAZE. 259
soulager, elle doit être calme devant les maux incurables.
Tout à vous.
A M. DE BENAZÉ.
Berne, 1872.
Mon cher ami, je, fais avec le plus grand plaisir ce que tu veux bien me demander, bien que je doute que ma recommandation ait la moindre influence dans la circonstance en question. D'abord, je ne connais pas personnellement Tamiral Pothuau ; et ensuite il ne manquera pas de se demander quel genre de compétence je puis avoir pour juger des services rendus dans la marine. Je t'envoie néanmoins ,^''
cette recommandation vaille que vaille, en souhaitant de tout mon cœur qu'elle puisse être bonne à quelque chose pour ton beau-frère. Je cfbis que s'il pouvait en réunir deux ou trois autres, ce faisceau aurait beaucoup plus d'efficacité qu'une démarche isolée. Il est excellent, dans ce cas-là, de former un petit dossier. Je n'ai pas grand'chose d'intéressante te raconter de ma nouvelle* existence. L'hiver à Berne n'est pas très réjouissant, et la diplomatie pratiquée dans ces conditions lilliputiennes n'off're pas un immense intérêt. Dans un centre plus actif et plus important, j'y prendrais tout à fait goût. Je suis surtout préoccupé de nos aflaires intérieures, que, du reste, on juge beaucoup mieux de loin que
de près. Si nous pouvions faire trêve, pendant un an ou deux, à nos querelles départi, on peut dire que la partie serait presque gagnée ; mais aurons-nous assez de sagesse pour comprendre cela? Donnons à la France ces trois choses : Tacquittement des cinq milliards, l'instruction réorganisée, une armée forte et sévèrement disciplinée; et la République sera fondée; car tous les intérêts conservateurs, dans le sens élevé du mot, se rallieront à elle. Adieu, cher ami, je te serre affectueusement la main, et te prie de présenter mes meilleures amitiés à madame de Benazé.
A M. DE BENAZÉ.
B«»rne. 1872.
Mon cher ami,
Je t'adresse, sous ce pli, la réponse que je ^^ens de recevoir de l'amiral Pothuau. J'espère que ce ne sera pas de l'eau bénite de cour, car il n'est pas seulement un homme très courtois, il tient ses promesses , ce qui n'est pas commun dans les ministères. Pais-moi le plaisir de me rappeler au bon souvenir de madame de Benazé et crois-moi toujours.
Ton ami très affectionné.
Versailles, ce 25 novembre 18T2.
Cher ami, je n*ai rien reçu de toutes les publications que tu m'annonces, mais peut-être trouveraije la dernière en arrivant à Berne où je me propose de retourner dans peu de jours. Tu peux être assuré, dans tous les cas, que je lirai avec un plaisir extrême tout ce qui sort de ta plume en langue frailque ou non. Je t'écris seulement ce mot pour te remercier de ton amical souvenir et t'envoyer mes meilleurs souhaits. Je suis à la fois trop attristé et trop irrité de tout ce que je vois ici pour t'en parler comme je voudrais. Nous tournons terriblement à la Pologne du dix-huitième siècle, et je crains fort que nous ne finissions comme elle I
Je te serre affectueusement la main.
Bern«, ce mercredi 18 décembre 1872.
Oui, je suis sans excuse, je le proclame et suis prêt à le crier sur les toits et sur tous les tons ! Je ne saurais vous dire combien d'injures intimes je me suis décernées pour mon indigne négligence à votre égard, — mais pour mon oubli! — Non! — J'en atteste les échos auxquels j'ai demandé de vos nou-
ii&2 CORRESPONDANCE DE P. LANFREY.
velles depuis que je n*ai eu la fortune de vous voir. Et aussi la façon dont je leur ai parlé de vous. — J'en appelle à Montbrun, — à Doubet, — au petit Leféhure, — enfin, au feu follet lui-même que j'ai vu ici et qui, je l'espère, portera témoignage en ma faveur. Pourquoi cependant ne vous ai-je pas vue, en ayant dans le cœur un si violent désir que je suis allé, un jour, jusqu'à votre porte avec cette intention? Pourquoi, grands dieux, pourquoi? — Ma foi, je vous le dirai, — car, par la sang-bleu, je m'appelle Férocino, et ce nom me donne des droits et même des privilèges. — Je vous avouerai donc très simplement que c'est parce qu'on m'a assuré que votre salon ne désemplit plus du citoyen Hugo et que j'ai craint de vous mettre dans une fausse situation en l'y rencontrant, lui ou ses amis. Vous savez que j'ai le malheur d'avoir des aversions beaucoup trop prononcées pour ma tranquillité. — Celle-là en est une. — Il me serait positivement insupportable de passer une demi-heure en présence de ce dieu; je crois bien que je n'irais pas jusqu'à lui tirer la langue devant vous, mais mon attitude serait , je le crois, très loin d'exprimer ce respect plein de tremblement qu'on doit ressentir en présence de la divinité. Je me suis dit que je serais contraint , irrévérencieux, que je vous mécontenterais, enfin , qu'il valait beaucoup mieux ne pas vous exposer à cet ennui. Voilà, chère et aimable amie, très franchement exposé le motif qui m'a détourné d'aller vous voir lors de mes deux derniers voyages
à Paris, en mars et en novembre. Je n'ai pas changé à l'endroit du gambettisme. — Ses paroles mielleuses ne m'ont pas fait oublier ses actes et, à mes yeux, l'avènement de cette séquelle est toujours le pire malheur qui puisse arriver à notre pays. — Je dis le pire, sans même excepter une restauration du régime bonapartiste. — C'est vous dire dans quelle estime je tiens ces hommes, et je vous avoue que c'est un vrai supplice pour moi que de me rencontrer avec eux sans pouvoir leur dire ce que j'ai sur le cœur. Me pardonnez-vous cet aveu bien peu diplo- I matique? — Oui, car vous êtes la bonté et l'indul- I gence même. La même raison m'a éloigné, à con- I tre-cœur, de chez les d'Alton, que j'aurais eu» tant de 1 plaisir à revoir. Oserai-je vous prier de leur offrir l mes meilleures amitiés, ainsi qu'à madame la mar- \ quise de Lagrange et à mademoiselle Juliette, i Quant à vous personnellement, vous savez assez ! quel charme^ quel vrai et rare plaisir j'ai toujours I trouvé dans vos entretiens, mais laissez-moi vous . dire combien je vous suis et vous serai toute ma vie reconnaissant de votre accueil si aimable, de votre amitié si bonne et si bienveillante, malgré tant d'esprit! Vous avez mille fois plus de mérite qu'une autre I Ecrivez-moi donc que vous ne me gardez pas rancune, et croyez-moi toujours
Votre tout affectueusement dévoué.
FÉROCINO.
Berue, ce 20 décembre 1872. ' -
Je suis un peu en retard avec vous, mon cher ami, mais vous aurez sans doute conclu de ce seul fait que je ne jugeais pas l'opportunité dont vous m'entretenez aussi pressante que vous le pensez. Je n'ai nullement cessé de croire qu'il n'y a de salut possible, — je ne dis pas pour la République, qui est fort secondaire à mes yeux, — mais pour la France, qui , est tout, que dans la formation d'un parti républi- \ Cain conservateur et libéral, seul capable, à mes yeux, de maintenir, dans notre pays, un gouvernement régulier contre les factions de droite et de i gauche. Je crois aussi que nous devons tous travailler sans relâche à l'œuvre de réconciliation qui doit ; amener les conservateurs à accepter le régime ac- j tuel qu'eux seuls peuvent consolider. Mais avonsnous àChambéry les éléments nécessaires pour fonder et soutenir un journal qui soit l'organe de cette opinion? Voilà ce qui n'est point démontré, malgré les souhaits si généreux que vous exprimez à cet égard. J'ai toujours présente à l'esprit la profonde indifférence avec laquelle nos efforts ont été accueillis lorsque nous avons entrepris cette tâche dans des. circonstances bien autrement graves et importantes que celles où nous nous trouvons aujourd'hui. Vous supposez que ma présence en Savoie pourrait ôtrel
de quelque utilité pour mettre fin à cette déplorable apathie. Je voudrais bien partager cette illusion de votre amitié, mais j'avoue qu'il m'est difficile de m'y associer. Les partis extrêmes ont seuls prise sur notre malheureuse Savoie. — Les opinions modérées n'y trouvent aucun écho. Clérical ou radical, on ne sort pas de là. Je ne connais aucun fait nouveau qui soit venu modifier ce qu'une dure expérience m'a appris à cet égard. Si vous pouvez m'en signaler, je vous en serai extrêmement reconnaissant. Pour en revenir à ce projet de journal, en concevoir le plan et le programme est chose facile, mais où prendrezvous le rédacteur, car je considère comme essentiel à sa réussite qu'il soit choisi dans le pays même. — Quels seront ses auxiliaires? Réuqir des fonds pour la publication n'a rien d'irréalisable, mais où est le public qui le lira? Où sont les abonnés qui le feront durer? Je vous soumets ces simples questions en souhaitant de tout mon cœur que vous y trouviez une réponse. En attendant, merci de votre bon et aimable souvenir. Présentez mes meilleures amitiés àBebert, et croyez-moi toujours, mon cher Rey,
Votre bien affectueusement dévoué.